Georges Brassens à Sète

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Georges Brassens à Sète

tumbGeorges Brassens en compagnie de ses parents

Si l’enfance modèle pour partie la conduite de l’adulte, l’adolescence de Georges Brassens devrait être instructive pour mieux comprendre l’adulte timide qui entamera une carrière de chanteur-poète et l’homme qui sera toujours en retrait et étonné de son succès. C’est un garçon joufflu qui naît à Cette le 22 octobre 1921, car c’est ainsi que s’orthographie le nom de la ville qui deviendra Sète en 1928. C’est une ville prospère où s’est installée la famille Brassens qui espère aussi en bénéficier, eux qui viennent de Castelnaudary dont ils sont originaires.

Á Sète, la famille Brassens habite une maison construite par Jean-Louis Brassens, entrepreneur de maçonnerie, une maison à deux pas du centre ville, rue de l’hospice. [1] Le jeune Brassens arrive dans une famille élargie avec son père et sa mère Elvira, sa demi sœur Simone et ses grands-parents paternels Jules et Marguerite. Sa mère, veuve de guerre, vient d’une famille de Marcico Nuovo dans la région de Basilicate dans le sud de l’Italie. Autant la mère Elvira est une catholique résolue, autant le père Jean-Louis est un libre penseur, anticlérical et de tempérament assez indépendant. Le jeune Georges est plutôt attiré par son père mais il recevra pendant deux ans une bonne instruction religieuse à l’institut Saint-Vincent sous l’influence de sa mère. Cette dualité marquera l’enfant qui affichera un solide anticléricalisme mâtiné parfois d’une grande indulgence [2] et basé sur ses connaissances religieuses.

tumbGeorges Brassens avec sa sœur Simone sur la plage de la Corniche

Poésie et chansons

Puis ce sera le parcours classique de l’école communale et du collège, mais sans conviction. L’école n’est pas vraiment sa vocation, il est plutôt rêveur et préfère les copains, la baignade et les vacances. Sa chance sera sa rencontre au collège avec son professeur de français Alphonse Bonnafé dit "le boxeur" [3], professeur et ouvert et atypique auquel il soumet, surmontant sa timidité, quelques poèmes de son cru. Bonnafé l’aide à acquérir la technique de versification et à prendre confiance en lui-même. « On était des bruts, écrira-t-il plus tard, on s’est mis à aimer les poètes […] Grâce à ce prof, je me suis ouvert à quelque chose de grand. Alors j’ai voulu devenir poète… » [4] Chez les Brassens, on aime la chanson et on la fredonne, on écoute Mireille ou Ray Ventura. Il découvrira ensuite le jazz avec ses copains, grâce surtout à la TSF et trouvera en Charles Trénet une synthèse de ces différents apports.

Les copains d’abord

L’amitié est son credo, son confiteor comme il le chantera. La bande des copains descend du Quartier-Haut, rues accrochées à la colline, la Caraussane, grimpant vers le mont Saint-Clair, jusqu’à la rue Gambetta. Elle va chahuter autour de la place de la mairie –le collège est situé juste au-dessus- ou goûter aux plaisirs de la mer du côté de la plage de La Corniche ou poussant jusqu’à la pointe du Barrou. Avec ses meilleurs copains, ceux de l’école, du quartier, ce sera "pour toujours", Roger Thérond futur directeur de Paris-Match [5], Mario Poletti [6], Louis Bestiou et Henri Delpont "son alter ego" qui rejoindront un temps l’ami Georges à Paris avant de regagner Sète [7], Émile Miramont [8] dit "Corne d’Aurochs", ‘héros’ de la chanson éponyme, et quelques autres seront d’une façon ou d’une autre toujours à ses côtés, le cercle le plus intime. [9] Georges Brassens célébrera dans la vie comme dans ses chansons le thème de l’amitié et le public fera des "Copains d’abord" ‘une de ses chansons fétiches et sans doute son plus gros succès.

Même si sa mère lui refuse des cours de solfège, « il n’y a pas que les mères qui font les enfants », [10] Georges Brassens parvient à constituer un petit orchestre avec les copains, où il tenait la batterie. Ils jouèrent quelquefois à la cité Doumet ou dans la guinguette au sommet du mont Saint-Clair. Ses poèmes d’alors portent la marque du romantisme propre à cet âge, qu’on retrouve dans ces vers qu’il dédie à Yvonne, son amour de jeunesse morte prématurément :

« Seul dans la nature,
Je reste ce soir
Et sans aventure,
Je vais au hasard. » [11]

tumbGeorges Brassens à 18 ans

La mauvaise réputation

Au printemps 1938, une affaire assez banale au demeurant va bouleverser le landerneau sétois : quelques larcins perpétrés par une bande de galopins dont fait partie Brassens, membre anonyme du groupe mais, "morbleu de sacrebleu" [12] il se retrouve ‘gros jean comme devant’, impliqué dans l’affaire et "gratifié" d’une peine de prison heureusement avec sursis.

Le père Jean-Louis ira récupérer son rejeton au commissariat, "derrière les grilles" [13] devant la haute réprobation de la bourgeoisie sétoise et des philistins indignés. [14] Indulgent et bonhomme, son père ne lui fera aucun reproche, ne se fendra d’aucun commentaire. Brassens évoquera cet épisode bien plus tard dans une chanson """"Les quatre bacheliers"""" : « ""Je sais qu’un enfant perdu… a de la chance quand il a… un père de ce tonneau là. ""» [15]

Petit écho, bref coup de tabac dans le port sétois mais l’adolescent -il a alors 17 ans- a ressenti durement cette humiliation. Il écrira plus tard, dans "Le grand chêne" : « Il souffrit de quitter l’ingrate patrie. » Lui qui n’aimait déjà guère la maréchaussée, les tabellions et autres fonctionnaires de même tabac, gardera durablement une dent contre tout ce beau monde, des flics ridiculisés dans Hécatombe au juge fustigé dans Le Gorille. Autant de traces autobiographiques qui jalonnent ses chansons.

Le départ pour Paris

Il ne retournera pas au collège. Dès lors, il donne bien des coups de mains à son père mais, bien qu’il soit costaud, la maçonnerie ne l’intéresse pas vraiment. Pour s’éloigner de Sète, il ira à Paris passer quelques temps chez la tante Antoinette, 173 rue d’Alésia dans le XIVème arrondissement, ce quartier entre "la rue Didot et la rue de Vanves" [16] ou entre l’impasse Florimont et la rue Santos-Dumont où il s’installera pour longtemps. [17]

Á Sète sa ville natale, il y retournera de temps en temps revoir la famille, les amis, se baigner et faire du bateau. Il y retournera une dernière fois reposer, non pas au cimetière marin aux côtés de Paul Valéry comme il l’a chanté [18] mais auprès des siens au cimetière municipal du Py.

[1] Actuellement rue Georges Brassens (la maison est au numéro 20)
[2] Indulgence envers des flics compatissants, qu’on retrouve des chansons comme "L’épave".
[3] Voir l’excellente biographie qu’il lui a consacrée "Georges Brassens" parue chez Seghers dans la collection Poètes d’aujourd’hui en octobre 1963.
[4] "Brassens, le livre du souvenir", Martin Monestier, Pierre Barlatier, éditions Tchou, 2006
[5] Roger Thérond jouera un rôle important dans la rencontre avec Patachou qui a permis à Brassens de démarrer sa carrière de chanteur.
[6] Mario Poletti a écrit deux livres de souvenirs sur Brassens dont l’excellent "Brassens me disait", éditions Flammarion, octobre 2006, isbn 2-080-11635-5.
[7] Henri Delpont deviendra directeur du théâtre de Sète
[8] Émile Miramont, auteur du livre de souvenirs "Brassens avant Brassens", de Sète à l’impasse Florimont, éditions L’Archipel, 2001, isbn 978-284187-327-2.
[9] Amis d’enfance auxquels on peut ajouter Victor Laville que Brassens retrouvera à Paris et jouera un grand rôle dans sa rencontre avec Patachou ou le cinéaste Henri Colpi pour qui Brassens interprétera la chanson de son film "Heureux qui comme Ulysse"
[10] Citation tirée d’une chanson d’Eddy Mitchell, "M’man", citée dans "Georges Brassens, histoire d’une vie", Robine et Séchan, éditions Hidalgo-Fixot, 1991
[11] Jean-Michel Brial, "Georges Brassens", éditions PAC, 1981
[12] Jurons surannés chers à Brassens qu’on retrouve dans sa chanson "La ronde des jurons"
[13] Sur l’une des pochettes de son premier disque 33 tours, on voit effectivement Georges Brassens derrière les grilles d’une cage.
[14] Brassens mettra en musique un texte de Richepin qu’il intitulera "Les philistins"
[15] Brassens, le livre du souvenir", Martin Monestier, Pierre Barlatier, éditions Tchou, 2006
[16] Titre qu’il donnera à l’une de ses chansons
[17] Sa maison est située au 42 rue Santos-Dumont dans 15ème arrondissement, tout près d’où a été édifié le parc Georges Brassens
[18] La supplique (pour être enterré sur la plage de Sète)

Autres fiches à consulter
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- Georges Brassens
- Georges Brassens entre Basdorf et Paris
- Paul Valéry à Sète, Montpellier, Paris
- Georges Brassens à Paris


Références
- René Fallet, Brassens, articles de journaux, écrits pour pochettes ou programmes…, éditions Denoël, 1967, réédition octobre 2001
- Éric Battista et Mario Poletti, Georges Brassens, souvenirs et portraits d’intimes, éditions du Gévaudan, 1986 - Pierre Berruer, Georges Brassens, la marguerite et le chrysanthème, éditions Presses de la cité, 1981, réédition France Loisirs, 2001
- Espace Georges Brassens, musée et espace musical, 67 Boulevard Camille Blanc, 34200 Sète

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