Roger Vailland : Différence entre versions

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3- [[Roger Vailland et la Grèce]] : L'influence de Plutarque -- Voyages en Grèce -- Costa Coulentianos
 
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Presque 3 ans après, il écrit 'le roman du romancier', "La Fête", traitant du roman dans le roman, ce qu''''André Gide''' appelait '''la mise en abyme'''. Il y narre l'aenture d'un romancier qui vit aussi en-dehors de son roman, manière de dire ce qu'est pour lui le roman, cette fête qu'il appelle 'roman'. "La F^te" est aussi une réflexion sur la conception d'un roman qui s'élabore peu à peu : "'' Quand je passe au second chapitre, j'en sais déjà beaucoup plus sue mes personnages ''", puis il précise : "'' j'essaie de ne pas inventer. De ra conter sans inventer. ''" Duc son héros ne peut réussir son roman, ses personnages ne sont pas souverains, guidés par la passion. Dans cet univers bourgeois, la fête charnelle de Duc avec Lucie n'est pas une réussite et c'est Vailland le romancier qui triomphe. La médiocrité empêche Duc d'être heureux, époque dont Vailland écrira : "'' Dans une société sans mœurs, il n'est plus de délicieux que l'austérité. ''" Le roman se termine comme il avait commencé, par la même phrase mais cette fois-ci avec des points de suspension... pour que Duc puisse enfin écrire sa version de "La Fête".
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Presque 3 ans après, il écrit 'le roman du romancier', "La Fête", traitant du roman dans le roman, ce qu''''André Gide''' appelait '''la mise en abyme'''. Il y narre l'aventure d'un romancier qui vit aussi en-dehors de son roman, manière de dire ce qu'est pour lui le roman, cette fête qu'il appelle 'roman'. "La Fête" est aussi une réflexion sur la conception d'un roman qui s'élabore peu à peu : "'' Quand je passe au second chapitre, j'en sais déjà beaucoup plus sur mes personnages ''", puis il précise : "'' j'essaie de ne pas inventer. De raconter sans inventer. ''" Duc son héros ne peut réussir son roman, ses personnages ne sont pas souverains mais guidés par la passion. Dans cet univers bourgeois, la fête charnelle de Duc avec Lucie n'est pas une réussite et c'est Vailland le romancier qui triomphe. La médiocrité empêche Duc d'être heureux, époque dont Vailland écrira : "'' Dans une société sans mœurs, il n'est plus de délicieux que l'austérité. ''" Le roman se termine comme il avait commencé, par la même phrase mais cette fois-ci avec des points de suspension... pour que Duc puisse enfin écrire sa version de "La Fête".
  
 
Quatre ans séparent ses deux derniers romans "La Fête" et "La Truite", au cours desquels il complète son Journal intime, <ref>Paru en 1968 à titre posthume avec des textes complémentaires sous le titre Écrits intimes. </ref> reprend ses essais, sépare son œuvre de sa vie. Vailland est dans "La Fête" le narrateur comme dans "Beau Masque" ou "325.000 francs". Mais ce n'est plus le militant ou le moraliste qui intervient, c'est celui qui raconte et témoigne. En ce sens, il sert de synthèse entre "La Loi" et "La Fête", réduisant le rôle de la biographie, tout en tirant la leçon de ses précédentes expériences. Le narrateur est ici acteur-spectateur, regard morose ou ironique sur une réalité où il a encore part.
 
Quatre ans séparent ses deux derniers romans "La Fête" et "La Truite", au cours desquels il complète son Journal intime, <ref>Paru en 1968 à titre posthume avec des textes complémentaires sous le titre Écrits intimes. </ref> reprend ses essais, sépare son œuvre de sa vie. Vailland est dans "La Fête" le narrateur comme dans "Beau Masque" ou "325.000 francs". Mais ce n'est plus le militant ou le moraliste qui intervient, c'est celui qui raconte et témoigne. En ce sens, il sert de synthèse entre "La Loi" et "La Fête", réduisant le rôle de la biographie, tout en tirant la leçon de ses précédentes expériences. Le narrateur est ici acteur-spectateur, regard morose ou ironique sur une réalité où il a encore part.
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Vailland a toujours eu un faible pour le XVIII ème siècle et du goût pour les libertins de cette époque. Déjà en 1952, il avait écrit un essai sur "Laclos", à la lumière de sa lecture des "Liaisons dangereuses" <ref> Voir ma présentation de cet ouvrage dans wikipedia : [http://fr.wikipedia.org/wiki/Laclos_par_lui-m%C3%AAme Laclos par lui-même] </ref> où il écrit :
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''Les beaux esprits souvent perdent leurs soins,<br />
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Version du 15 juin 2011 à 15:23

ROGER VAILLAND ET SON ŒUVRE


1- Itinéraire de Roger Vailland : d'après Jean-Jacques Brochier, "Vailland, tentative de description", édition Losfeld, 1969
2- Roger Vailland et la fabrique de la peinture
3- Roger Vailland et la Grèce : L'influence de Plutarque -- Voyages en Grèce -- Costa Coulentianos

un 'libertin au regard froid',un jeune homme seul,
un militant communiste,un passionné du XVIIIe siècle,
un écrivain exigeant,un romantique, un classique, un surréaliste,
un cynique, un désenchanté...
... tant d’images disparates, contradictoires,tant de facettes d’une personnalité à découvrir ... ou à redécouvrir...

Roger Vailland, tentative de description

Les romans de Roger Vailland représentent une tentative, une volonté à partir de son expérience qu'elle soit ou non autobiographique, de réaliser une description de lui-même à travers ses personnages, 'en miroir' en quelque sorte. Au-delà des mots-clés qui le caractérisent souvent, et même s'ils sont nécessaires (libertinage, souveraineté...), apparaît l'importance des temps forts qui ont marqués sa vie, ce qu'il appelle lui-même 'ses saisons', saisons éclatées au contours peu marqués, souvent flous. L'enfant qui défie, le lycéen qui découvre simultanément Rimbaud et la rigueur des mathématiques, l'adolescent, le surréalisme, Marianne, Andrée et Élisabeth, les femmes qui ont compté dans sa vie, la drogue, la résistance, la guerre, le communisme... " autant de saisons sans commune mesure apparente, chacune dans son temps et son espace, qui ne s'articulent pas... qui se juxtaposent, hétérogènes. "

A travers cette mosaïque, on peut suivre quelques fils conducteurs, son rapport à la politique, sa morale, son rapport complexe aux femmes, [1] son art de vivre inséparable de sa vision de la liberté et de la souveraineté. En effet, on peut parler de roman d'éducation quand un personnage se révèle à lui-même et devient souverain, ce qui explique son attachement au XVIII ème siècle, à Laclos, à Sade et même à Goethe. Roger Vailland a souvent dérouté ses contemporains qui l'auraient volontiers rangé dans une case de sa vie, surréaliste, [2] résistant, communiste, libertin, il fut de son vivant repoussoir pour les uns, mythe pour d'autres auteur 'peu fréquentable' qui quitte les intellectuels parisiens qu'il jugeait lui-même peu fréquentables pour aller parcourir le département de l'Ain avec Élisabeth à la recherche d'un autre style de vie.

Il voulait sculpter sa vie à grands coups de certitudes à travers sa propre morale et ses contradictions d'homme engagé dans son époque comme il a voulu sculpter son œuvre avec une plume d'une rigueur incisive, ses organigrammes de travail, ses personnages aux multiples facettes, créés souvent à son image et ses conceptions de la structure romanesque ou dramatique. [3]

Du surréalisme à la Résistance
Ce qu'il retient de sa jeunesse et sa participation au mouvement surréaliste : " Notre fierté se rebella : nous n'admettions pas d'être vaincus dès le départ; et nous avions de solides appétits. Nous décidâmes de devenir poètes. " C'est à Reims que lui et ses amis découvrirent la révolution surréaliste : " La révolution par la poésie. La poésie au pouvoir. Cela n'exige pas de capitaux. Nous étions décidément dans la bonne voie, la Voie royale.

Sa biographie, il la rédige lui-même, avec son ironie habituelle :


Curieux chemin que celui qui le mènera à la Résistance : parcours chaotique dans le journalisme pendant l'entre-deux-guerres, en 1939-40, il se 'désintéresse' de la guerre et de l'occupation jusqu'en 1942 où subitement, il entreprend une désintoxication drastique [4] et entre en résistance avec courage et désinvolture, ce que rend bien son roman "Drôle de jeu", livre décalé sur la résistance, pris interallié 1945. Il se- rapproche des communistes mais il reconnaît lui-même qu'il n'a pas le style communiste', il reste en marge, marqué encore par son milieu bourgeois tel le personnage de Marat. [5] C'est à cette époque qu'il prend contact avec le département de l'Ain, à Chavannes-sur-Reyssouze, département où il passera ensuite l'essentiel de sa vie. Déjà deux de ses grands thèmes apparaissent : la distance de soi à soi, la souveraineté.

D'Andrée à Élisabeth
Roger Vailland tourne la page, liquide son mariage-passion avec Andrée Blavette, dont il se sert pour écrire "Les Mauvais coups" [6] Il liquide son enfance et sa famille dans "Un jeune homme seul", un jeune homme qui comme Vailland finira par rejoindre la Résistance. Roman d'apprentissage pour l'un, de la politique pour l'autre. Part d'autobiographie difficile à évaluer. Eugène-Marie Favard est et n'est pas Vailland, Roberte est et n'est pas Andrée Blavette... La vérité profonde du roman, c'est son organisation, sa mise en forme. Le roman du roman possède sa propre autonomie et plus le roman progresse, plus c'est vrai, reconnaît-il dans La Fête.

Roger Vailland n'écrit un roman que s'il connaît bien la réalité qu'il dépeint. Ceci est d'autant plus vrai pour les 2 romans qu'il écrit après son adhésion au Parti communiste en 1952 : Le Clusot dans "Beau masque" et Bionnas dans "325.000 francs [7] il met en scène la vie des ouvriers et des ouvrières de l'industrie textile et celle de la matière plastique. " A l'époque où j'écrivais ce texte, écrit-il, j'habitais un hameau dans une clairière, au cœur de la forêt qui couvre les contreforts méridionaux du plateau d'Hauteville. " [8] Il développe quelques 'morceaux de bravoure' comme les appelle Jean-Jacques Brochier à propos de chasse dans "Les Mauvais coups" ou de course cycliste dans "325.000 francs". [9] La 'dose' de biographie qu'il instille dans ses romans détermine aussi la distance qu'il prend par rapport à ses personnages. Comme l'écrit Jean-Jacques Brochier, " Vailland ne peut pas 'se mettre à la fenêtre' pour se regarder passer dans la rue, même si le passant s'appelle Eugène-Marie (Favard), avec le même regard froid qu'il peut contempler de sa fenêtre Busard passant dans la rue. " [10] Ces liens entre biographie et écriture sera l'un des thèmes essentiels de son roman "La Fête" paru en 1960.

Du bolchevik à Don César
Comme il s'est donné au libertinage ou à la Résistance, Vailland s'est aussi donné à la politique et au communisme. Et il n'avait pas l'habitude de faire les choses à moitié. Aussi vit-il le processus de déstalinisation engagé en 1956, comme un véritable traumatisme : " J'ai pleuré le jour de la mort de Staline. Et j'ai de nouveau pleuré sur le chemin de Moscou, à Prague j'ai pleuré toute une nuit. " [11] Dans son Journal intime, Vailland raconte comment il a décroché le portrait de Staline au-dessus de son bureau et évoque sa désintoxication de 1942. Pour lui, faire ce deuil équivaut à une nouvelle désintoxication, celle de ses illusions perdues qui le laissent impuissant, seul avec lui-même. Il tente de compenser par un voyage en Italie -c'est Élisabeth qui l'organise comme elle le fera en 1958 pour le voyage à La réunion.

De "La Fête" à "La Truite"
Presque 3 ans après, il écrit 'le roman du romancier', "La Fête", traitant du roman dans le roman, ce qu'André Gide appelait la mise en abyme. Il y narre l'aventure d'un romancier qui vit aussi en-dehors de son roman, manière de dire ce qu'est pour lui le roman, cette fête qu'il appelle 'roman'. "La Fête" est aussi une réflexion sur la conception d'un roman qui s'élabore peu à peu : " Quand je passe au second chapitre, j'en sais déjà beaucoup plus sur mes personnages ", puis il précise : " j'essaie de ne pas inventer. De raconter sans inventer. " Duc son héros ne peut réussir son roman, ses personnages ne sont pas souverains mais guidés par la passion. Dans cet univers bourgeois, la fête charnelle de Duc avec Lucie n'est pas une réussite et c'est Vailland le romancier qui triomphe. La médiocrité empêche Duc d'être heureux, époque dont Vailland écrira : " Dans une société sans mœurs, il n'est plus de délicieux que l'austérité. " Le roman se termine comme il avait commencé, par la même phrase mais cette fois-ci avec des points de suspension... pour que Duc puisse enfin écrire sa version de "La Fête".

Quatre ans séparent ses deux derniers romans "La Fête" et "La Truite", au cours desquels il complète son Journal intime, [12] reprend ses essais, sépare son œuvre de sa vie. Vailland est dans "La Fête" le narrateur comme dans "Beau Masque" ou "325.000 francs". Mais ce n'est plus le militant ou le moraliste qui intervient, c'est celui qui raconte et témoigne. En ce sens, il sert de synthèse entre "La Loi" et "La Fête", réduisant le rôle de la biographie, tout en tirant la leçon de ses précédentes expériences. Le narrateur est ici acteur-spectateur, regard morose ou ironique sur une réalité où il a encore part.

Vailland a toujours eu un faible pour le XVIII ème siècle et du goût pour les libertins de cette époque. Déjà en 1952, il avait écrit un essai sur "Laclos", à la lumière de sa lecture des "Liaisons dangereuses" [13] où il écrit :

Les beaux esprits souvent perdent leurs soins,
Tandis qu'un sot a le talent de plaire.

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Liens externes
- Roger Vailland aux Allymes dans l'Ain par C. Broussas
- Site officiel

Références

  1. Voir l'ouvrage de Jean Recanati, "Vailland, esquisse pour la psychanalyse d'un libertin", éditions Buchet/Chastel, 1971
  2. Voir son essai "Le surréalisme contre la révolution"
  3. Sur ses conceptions en la matière, voir son essai "Expérience du drame"
  4. Voir la relation qu'il en fait dans son roman "La Fête"
  5. Voir se romans "Drôle de jeu" et "Bon pied, bon œil"
  6. " Milan, comme Vailland lui-même, ressemblait à un oiseau de proie : Le torse large, les membres courts, le visage comme un bec. Tu n'avais donc pas regardé les mains, les doigts crochus, ses mains : des serres, c'est un rapace. "
  7. Le Clusot en réalité la commune de Saint-Rambert-en-Bugey et Bionnas en réalité la commune d'Oyonnax dans le département de l'Ain.
  8. Il habitait alors avec Élisabeth le hameau des Allymes sur la commune d'Ambérieu-en-Bugey dans l'Ain
  9. Sur ce sujet, voir son essai intitulé "De l'amateur" paru dans son recueil "Le regard froid"
  10. Eugène-Marie Favard fait référence au Vailland de sa prime jeunesse alors que Busard n'est rattaché à aucun élément biographique de Vailland.
  11. Voir ses Écrits intimes à la journée du 5 juin 1956 et la biographie de Jean-Jacques Brochier pages 60 à 62
  12. Paru en 1968 à titre posthume avec des textes complémentaires sous le titre Écrits intimes.
  13. Voir ma présentation de cet ouvrage dans wikipedia : Laclos par lui-même
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