Évolution sociologique et histoire lyonnaise

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Évolution sociologique et histoire lyonnaise est une étude sur l'évolution d'une population sur une longue période, du 16ème au 18ème siècle, à travers l'évolution d'une ville comme Lyon qui offre une continuité particulièrement intéressante à ces différentes époques et qui offre aussi une documentation riche et diversifiée, [1]en particulier de médiévistes et d'historiens locaux et de l'éclairage apportée par L’École des Annales.

Sommaire

Présentation générale

tumb La tour rose

Étudier l’évolution sociologique d’une ville sur plusieurs siècles ne peut s’appuyer que sur une ville au passé riche et dense qui possède un parc documentaire permettant de réaliser une analyse efficiente et Lyon en est l’un des exemples français les plus intéressants.

Une ville n’est pas seulement représentée par les strates du passé qui ont ponctué son parcours historique à travers son paysage urbain et les événements petits et grands qui s’y sont déroulés. A partir des années 1960, L’École des Annales en donne une autre vision [2] à partir des hommes qui y vécurent et qui l’ont façonnée. La cité lyonnaise avec une histoire comme nulle autre pareille, de l’époque antique de Condate puis de Lugdunum aux aménagements les plus récents de la Confluence en 2010-2012, en offre un exemple unique en France et plein d’enseignements.

Une approche socio-économique ne signifie nullement qu’il faille abandonner toute autre approche et que les recherches antérieures soient obsolètes. Les études générales d’un historien comme André Kleinclausz et son équipe ou de Gilbert Garrier [3] fourmillent d’informations qui brossent déjà un tableau intéressant de l’évolution de cité, la place de ses édiles, leurs rapports avec l’État royal, leur rôle et leurs relations avec leurs concitoyens. Les monographies offrent aussi beaucoup d’intérêt, donnant un éclairage spécifique sur tel ou tel aspect de la vie lyonnaise à une époque donnée, que ce soit les activités urbaines [4] ou le déroulement de la vie citadine. [5]

Structuration sociale de la cité lyonnaise

tumb Le musée de l'imprimerie

L’histoire lyonnaise est surtout connue à travers les grands bouleversements qui ont marqué son itinéraire et parmi ceux-là trois événements qui sont autant de points forts et de révoltes :
- La révolte contre la Révolution française qui valut à la ville une répression féroce dirigée par le conventionnel Fouché ;
- Les grandes révoltes des Canuts, les travailleurs de la soie, contre leurs terribles conditions de travail ; [6]
- La révolte contre l’occupant allemand pendant la seconde guerre mondiale, si importante que Lyon fut surnommée la "Capitale de la Résistance".

Mais, malgré les sources disponibles, on connaît moins les périodes précédentes qui, de l’époque du gothique flamboyant qui marque la fin du Moyen-âge, aboutit au siècle des Lumières. Les particularités de la cité, dans ce qu’elle a de plus intime, il faut la rechercher d’abord dans son emplacement unique au confluent du Rhône et de la Saône, la mentalité collective et l’idiosyncrasie de ses habitants, les aléas des cycles économiques, sa dimension culturelle. La cité est aussi représentative de l’évolution des grandes villes françaises à la même époque, présentant des invariants qui mettent en exergue ces évolutions. [7]

L’une des caractéristiques les plus intéressantes est l’absence –ou en tout cas singulièrement réduite- de classes moyennes dans cette société aux classes bien différenciées sans grande mixité ou ascension sociale. Les gouverneurs de la ville sont toujours choisis parmi les membres de la famille Villeroy, les présidents de la cour des monnaie chez les Charrier de la Roche, les Riverieulx de Varax et plus rarement quelques autres. Les principales familles de banquiers sont les Bonvisi et les Philibert. [8] Les travailleurs, qu’ils soient indépendants comme les artisans ou salariés, sont intégrés dans des systèmes clos qui se déploient dans le cadre des Corporations ; systèmes fermés donc qui fonctionnent en parallèle et manquent de communication, ce qui signifie une économie statique et stable mais peu efficace. Il faudra attendre l’arrivée de la Révolution en 1789 et le vote de la loi Le Chapelier pour voir apparaître les prémices d’une économie libérale. [9]

Dans la logique de l’approche de L’École des Annales, cerner au plus près la réalité historique consiste à reconstituer l’univers quotidien dans lequel vivaient les gens à une époque donnée, ce qu’ils mangeaient, leur habitat, la façon dont ils s’habillaient, les rites qui marquaient leur existence et leurs mentalité, rites amoureux, religieux aussi bien que ludiques, l’influence des événements extérieurs. L’ensemble de ces différentes études devait permettre de comprendre leur système de valeurs, les conditions socio-économiques en vigueur et à dresser la carte de l’historicité de la société à une époque donnée.

Cette quasi absence des classes moyennes s’illustre dans l’habitat urbain avec les quartiers aux beaux hôtels particuliers dont on peut encore admirer des exemples dans le Vieux-Lyon à Saint-Jean ou Saint-Paul, jouxtant des immeubles tout en hauteur et s’élevant dans des rues si étroites que le jour y pénétraient à peine. Mais les esprits et les mœurs vont évoluer au fur et à mesure que le peuple arrivera à s’affranchir des peurs ancestrales et de la prégnance de l’Église et les libéralités d’hommes comme Hans Kleberger, surnommé "le bon Allemand", mécène de L’Aumône Générale de Lyon, [10] ne suffirent plus à calmer le ressentiment des plus déshérités. [11]

Beaucoup de fabriques emploient des enfants dans des conditions de vie terribles. En 1767, 30 des 76 fillettes travaillant chez un fabricant de dentelles, monsieur Petitain, moururent à cause de leurs conditions de vie désastreuses qui leur étaient faites dans les quatre années suivant leur embauche. D’autre part, le besoin d’acheter son salut est encore vif et les donations aux couvents et autres institutions religieuses, très importantes. D’où l’énorme parc immobilier que possède l’Église catholique à la Révolution. L’ouverture au monde procède plutôt de l’état de l’économie, accueillante dans la prospérité et marquée par des mouvements xénophobes en cas de récession. [12] Les lyonnais sont donc plutôt ouverts et même tolérants puisque ce bastion catholique comptera toujours une forte communauté protestante bien intégrée à la cité. [13]

Les rapports sociaux intra urbains

tumb La Saône et St Georges

Les élites lyonnaises n’ont compté en général que fort peu de dirigeants issus de la noblesse mais qui occupent les postes-clés de prévôt des marchands et les quatre échevins. [13] A côté de la noblesse, on trouve les officiers, les grands marchands, étrangers ou régnicoles, ainsi que les marchands-fabricants. La lutte pour le pouvoir est constante et sans merci, que ce soit entre ces deux groupes ou à l’intérieur de chacun d’eux. Ils redoublaient d’allégeance envers le pouvoir monarchique et rivalisèrent de magnificence dans l’art de paraître. Ces élites étaient donc surtout préoccupées de leur position respective pour participer efficacement à l’essor de la ville qui va connaître un certain déclin au cours du 18ème siècle. [14]

La ville se trouve souvent sous tension et nombreuses sont les scènes de violence qui s’y déroulent. Les taxes locales et royales pressurent la population et les révoltes contre les représentants officiels sont fréquentes. L’un des points de friction importants est la crise endémique du logement, la population ayant tendance à augmenter plus vite que ne s’accroît le bâti. Ces difficultés n’empêchent pas la ville d’organiser des fêtes et de connaître une vie intellectuelle intense. Beaucoup de bibliothèques ont été ouvertes, que fréquente surtout la jeunesse, et des sociétés de pensée dont la plus célèbre est l’Académie de Lyon. [15] Aux beaux jours, les lyonnais aiment se promener long des remparts sur les bords du Rhône ou des quais peu à peu aménagés, ainsi que sous les grands tilleuls de la place Bellecour, se baigner au pied des ponts du Rhône et de la Saône ou aller déguster une matelote d’anguilles dans les nombreuses guinguettes des bords de Saône, du centre ville jusqu‘à l’île Barbe.

Spectacles et festivités

Parmi les spectacles, ce sont les bateleurs, surtout les jours de foire, avec les hercules, les prestidigitateurs et les jongleurs, les chants et les danses, les comédies théâtrales, les mystères, farces et autres sotties où les méchants sont souvent rossés, à l’image de Guignol, à l’origine justicier qui défend les pauvres contre l’arbitraire des gens de pouvoir et de leurs représentants, toutes ces manifestations qui réjouissent le public.

Dès l’an 1500, est représentée La vie de la Madeleine, en 1506 Le mystère de la vie de Saint-Nicolas de Tolentino joué par les augustins de la ville, aux Terreaux près des fossés de la porte de la Lanterne ou en 1518 avec un spectacle sur Saint Jean-Baptiste sur la place des Cordeliers. Les spectacles populaires tranchent avec un théâtre d’auteur interprété par quelques troupes permanentes et des troupes ambulantes comme celle de L’Illustre Théâtre de Molière qui passe à Lyon chaque année entre 1652 et 1658.

Les fêtes religieuses y tiennent bien sûr une place prépondérante. A Lyon, quatre fêtes ont un éclat particulier. D’abord les Rogations avec des processions qui durent trois jours, la plus importante par tant de la cathédrale Saint-Jean, empruntant les quais de la Saône rive droite en passant par les églises Sainte-Eulalie, Saint-Irénée et Saint-Just. Suivent la Fête-Dieu et la fête de la Saint-Jean où tous ceux qui déposent une aumône à la cathédrale reçoivent une indulgence. Fêtes d’importance puisque par exemple on y compte quelque 30.000 personnes en 1734. La fondation de l’Aumône générale organise aux alentours de Pâques les processions des Pauvres auxquelles participent tous les assistés de la ville, suivis des corps des notables et les religieux des ordres mendiants qui ferment la marche.

Si la musique populaire est de toutes les fêtes, il faut attendre 1687 pour que soit fondé l’opéra, l’Académie de musique en 1713, le ballet dès le début du 17ème siècle, la reine Anne d’Autriche assistant en 1623 au spectacle Aurore et Céphale. D’une façon générale, les genres les plus en vogue sont les comédies (18%), les opéras-comiques (22,8%) et les comédies qui arrivent largement en tête avec 40,1%, tandis que les compositeurs les plus joués sont Grétry, Dini, Philidor et Monsigny. [16]

Un univers contrasté

tumb Vue sur le Vieux-Lyon

Si les fêtes et les occasions de se réjouir sont légion à Lyon sous l’ancien régime –on ne dénombre pas moins de douze fêtes annuelles importantes, sans compter les commémorations et les fêtes profanes- la cité n’en est pas moins considérée comme industrieuse. C’est un centre fluvial indispensable à la circulation des marchandises, un centre commercial essentiel pour les échanges de toute nature entre la région parisienne, le nord, l’Allemagne et le sud provençal qui permet de desservir l’Italie et l’Espagne. Elle deviendra vite un bassin productif avec l’industrie de la soie et le travail des Canuts, les ouvriers de la soie installés essentiellement sur les pentes du quartier de la Croix-Rousse, ouvriers fiers de leur savoir-faire mais qui vivent chichement et travaillent au moins douze heures par jours, ce qu’on retrouve dans ce quatrain du 16ème siècle :

« Au reste, c’est bien une gent
Laborieuse et fort active,
Et qui ne jette pas l’argent
Ains’experte à la lucrative. » [17]

Bibliographie

Cette bibliographie est centrée sur quelques ouvrages essentiels dont certains ont servis de support à cet article, ainsi que des ouvrages de deux auteurs importants de l’histoire de Lyon et de sa région.

  • Ouvrages de base

- Jacqueline Boucher, "Lyon et la vie lyonnaise au XVIème", éditions lyonnaises d’art et d’histoire, 142 pages, 1992
- Jean-Pierre Gutton (sld), "Les Lyonnais dans l’histoire", éditions Privat, 409 pages, 1985
- André Kleinclausz (sld), "Histoire de Lyon", éditions Masson, 1954
- Maurice Garden, "Lyon et les lyonnais au XVIIIème siècle", éditions Les belles lettres, 772 pages, 1970
- Pierrre Grosclaude, "La vie intellectuelle à Lyon dans la seconde moitié du XVIIIème siècle", éditions Picard, 464 pages
- Richard Gascon, "Grand commerce et vie urbaine au 16ème siècle, Lyon et ses marchands", éditions SEVPEN, 2 volumes, 1000 pages, 1971

  • Œuvres de Françoise Bayard

- " Histoire de Lyon", tome II, du XVIème siècle à nos jours, éditions Horvath, 479 pages, 1990
- "L’émergence de nouvelles élites socio-politiques à Lyon dans la première moitié du XVIIème siècle : mythes et réalité ", Arlette Jouanna
- "Les crimes de sang en Lyonnais et Beaujolais 17-18ème siècle", 1992
- "Ville et campagnes dans la fortune de Pierre Perrachon, noble lyonnais", éditions PUL, 1977
- "Au cœur de l’intime en Lyonnais et Beaujolais", 17-18ème siècles, Centre d’histoire économique et sociale en lyonnais, 1989
- "Le libraire, le lieutenant et l’agent de change", Congrès des sociétés savantes, pages 277-292, Avignon, 1990

  • Œuvres d’Olivier Zeller

- "Les recensements lyonnais de 1597 et 1636", démographie historique et géographie sociale, éditions PUL, 472 pages, 1983
- "Futaines et futainiers à Lyon à l’époque moderne", Congrès national des sociétés savantes, Lyon, pages 103 à117, 1987
- "Un mode d’habiter à Lyon au 18ème siècle", Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 35, 1988
- "Un exemple de gestion immobilière à Lyon : la famille Petitot", éditions PUL, 1995
- "Le théâtre à Lyon en 1776 : pratiques et enjeux", Centre d’études et de recherches théâtrales et cinématographiques, pages 69-132, Université de Lyon II, 1990


Notes et références

  1. En particulier les ouvrages de Françoise Bayard et d’Olivier Zeller (voir bibliographie)
  2. « L’histoire doit opérer une véritable reconversion, abandonner le regard neutre qu’il porte sur les choses et les faits d’autrefois. » George Duby
  3. André Kleinclausz, "Lyon des origines à nos jours", la formation de la cité, Editions Masson, 429 pages, édition originale 1925 et Gilbert Garrier, "Le Rhône et Lyon", de la préhistoire à nos jours, éditions Bordessoules, 427 pages, 1987
  4. "La manufacture royale de faïence de Lyon au XVIIIème siècle", Musée historique de Lyon, 1994
  5. Marie-Ange Nogier, "Jeux, fêtes et spectacles à Lyon au XVIème siècle", mémoire de maîtrise, 1976
  6. Voir l’ouvrage de base de l’historien Fernand Rude "Les grandes révoltes des Canuts"
  7. Voir André Kleinclausz, op cité, Chapitre II
  8. M. Vigne & A. Bonzon, "Les banques à Lyon du XVème au XVIIIème"
  9. Françoise Bayard, "L’émergence des nouvelles élites socio-politiques à Lyon dans la première moitié du XVIIème siècle"
  10. Surnommé aussi "L’homme de la roche", sa statue étant sous une entrée de roche, située en face du pont de L’homme de la roche, sur la Saône
  11. Maurice Garden, "Lyon et les lyonnais au XVIIIème siècle,", éditions Les belles lettres, 1970
  12. André Latreille, "Histoire de Lyon et du lyonnais", éditions Privat, 511 pages, 1975
  13. Odile Martin, "La conversion protestante à Lyon", éditions Droz, 308 pages, 1986
  14. Voir l’analyse d’André Kleinclausz, dans "Histoire de Lyon", tome II, de 1595 à 1814, éditions Masson
  15. Roger Chartier, "L’Académie de Lyon au 18ème siècle", Nouvelles études lyonnaises, éditions Droz, page 133-250, 1969
  16. Olivier Zeller, "Le théâtre à Lyon en 1776 : pratiques et enjeux", Université Lyon II, 1990
  17. Charles Fontaine, "Ode de l’antiquité et excellence de la ville de Lyon ", 1557
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