A l'époque des Bush

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Regard sur l'histoire contemporaine : Affaires et politique au temps des Bush

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Sommaire

Du bon usage de la guerre (1/4)

En toile de fond se détache cette phrase mémorable d'Henri Ford, le constructeur automobiles américain, à la veille de la seconde guerre mondiale : « Nous ne nous considérons pas comme une compagnie nationale, seulement comme une organisation multinationale. » Belle profession de foi d'autant plus surprenante qu'elle est rarement le fait de la haute finance ou des chevaliers d'industrie qui préfèrent généralement un douillet anonymat de bon aloi. Seul un affreux dictateur comme Saddam Hussein par exemple peut parler franchement, avec un cynisme détaché. Il n'a le veinard, ni électeurs à satisfaire, ni opinion publique à ménager. La suite le démontrera amplement.

Tous ces gens ont une vision très personnelle de la vérité, l'une très intime à l'usage de leur cénacle, une pour le syndicat de l'entreprise (quand ce n'est un syndicat 'maison'), une autre pour leur conseil d'administration, peut-être même une petite dernière pour leur femme de ménage (pardon : pour leur gouvernante). Leur forme de cynisme à eux et qui leur paraît d'autant plus naturelle qu'ils considèrent comme la vérité du moment, qui sera sans doute différente demain dans d'autres conditions; autrement dit, pour eux, la vérité est comme la météo : éminemment changeante. Les bons collègues de Ford, ses alter ego américains vont se charger de nous démontrer cette évanescence de la vérité qui s'adapte aux situations. Forme de cynisme qui n'est pas sans conséquences.

Prenons le cas de General Motors qui en 1929 rachète la firme allemande Opel, une entreprise qui fabrique des camions très performants pour l'armée allemande. Le chancelier Hitler est si content de lui qu'il lui décerne lui-même en 1938 "l'aigle de première classe". Puis General Motors reconvertit les usines Rüsselsheim pour fabriquer le ''Junker 88'', considéré comme le meilleur bombardier de toute la guerre. Avion performant et sophistiqué s'il en est qui, comme de bien entendu, tua et estropia nombre de soldats alliés et civils et de 'compatriotes américains'. Combien de morts doit-on au savoir-faire industriel de General Motors ?

À la même époque, pour ne pas être en reste sans doute, Ford ouvre dans la banlieue de Berlin une usine de transport de troupes pour la Wehrmacht. Décidément, la guerre excite toutes les convoitises et les grandes entreprises américaines anticipent, alléchées par les bénéfices énormes escomptés. Elles ne seront pas déçues. Que ce soit sous la férule d'un dictateur mégalomane qui a déjà depuis 1933 ouvert ses premiers camps de concentration à usage interne ne les dérange aucunement.

« Organisation multinationale » avait précisé Henri Ford dans un moment d'égarement ou de vérité, en tout cas pour sa postérité. General Motors fabrique le Mustang P510 pour l'armée américaine et les moteurs du Messerschmitt 262 pour l'aviation allemande, la Luftwaffe. Avec l'effet boomerang, ils gagnent sur tous les tableaux : après la guerre, il faut bien reconstruire, on peut même se retourner contre son ancien allié qu'on a armé pour le détruire. Un exemple plus récent montre les américains armant l'Irak dans sa guerre contre les Iraniens (y compris leur procurant des armes chimiques) pour être contraints plus tard d'envahir le pays pour détruire son armée.

De façon totalement illégale, Alfred Sloan et son staff siégeront au conseil d'administration de General Motors-Opel pendant la guerre. Ses filiales construiront les 3/4 des half-tracks de 3 tonnes et les camions de tonnage moyen équipant les armées du Reich. IBM aussi a constitué une aide efficace pour les nazis. Thomas Watson son fondateur, avec beaucoup d'à-propos (ou de culot) joue sue les deux tableaux : sous couvert d'une holding installée à Genève, il travaille pour l'Allemagne nazie tout en fabriquant aux États-Unis des canons et des pièces pour moteurs d'avion (qui lui rapporteront au moins 200 millions de dollars). Il a même trouvé une filière pour rapatrier ses bénéfices sans payer d'impôts en passant par l'ambassade des États-Unis auprès de Vichy. Même si leur rôle est exemplaire, ces 3 firmes ne furent pas les seules à s'être beaucoup enrichies pendant la guerre, engrangeant sans scrupules d'énormes bénéfices.

Les investissements en Allemagne du patriarche de la famille Bush, Prescott Bush se sont révélés eux aussi hautement profitables. Le plus succulent, qui frise la provocation, c'est l'extraordinaire culot ou inconscience de ces dirigeants qui ont osé réclamer après la guerre des indemnités pour dommage de guerre, du fait de la destruction de leurs usines allemandes. Que croyez-vous qu'il advint ? Ces impudents personnages furent-ils déboutés, remis à leur place, détenus pour collusion avec l'ennemi ? Nenni, point du tout, bien au contraire. Toute honte bue, ils prouvèrent leur préjudice et furent largement indemnisés par l'état américain : General Motors obtiendra 33 millions de dollars d'indemnités et Ford, le pauvre, seulement un petit million de dollars. Une aumône!

Fritz Thyssen, le grand maître de forges allemand, était plus clair. Celui qu'on appelait « le banquier privé de commune avec Hitler, » reconnaissait avoir aidé le parti nazi dès octobre 1923 dans son livre "J'ai financé Hitler. Un titre sans ambiguïté. Ce dont il ne parle pas, c'est de la création d'une structure commune avec le multimillionnaire américain Harriman, l'Union Banking Corporation pour des financements croisés générateurs de combinaisons financières très fructueuses permettant par exemple de jouer sur les taux de change ou d'organiser des évasions fiscales par le biais de filiales. Voilà l'une des faces cachées de l'empire Thyssen aussi bien gardée que le secret défense. Il faut savoir parfois beaucoup parler (ou écrire) pour cacher l'essentiel et utiliser les médias pour ce qu'ils sont : de formidables caisses de résonance pour diffuser la bonne parole au bon peuple.

Fin de la guerre et début d'une autre histoire. Les grands managers internationaux vont poursuivre leurs pratiques dans d'autres guerres et mettre leurs compétences au service d'autres conflits qui ne manqueront pas d'éclater. C'est bien le diable s'il n'y a pas quelque part sur terre à un moment donné une petite guerre entre deux potentats, qui ne demande qu'à grandir. La décolonisation, la guerre froide qui ne demande qu'à se réchauffer, les guerres civiles pour la maîtrise du pouvoir, sont de véritables mines d'or, de nouvelles raisons de vendre des armes -souvent financées par des trafics ou par la drogue- des armes aux belligérants pour transformer les peuples en victimes, en morts ou en éclopés... et de participer ensuite à la reconstruction de pays qu'ils ont largement aidé à détruire.

Ainsi va la vie et la mort dans ce monde-là et avec ces gens-là.

Les affaires et la politique (2/4)

On l'a vu, Prescott Bush, père et grand-père de futurs présidents des États-Unis, avait commencé ainsi comme profiteur de guerre. Il réussit à s'implanter en Allemagne et utilisa lui aussi les financements croisés avec le groupe Thyssen. Mais le 20 octobre 1942, catastrophe, L'Union Banking Corporation dont Prescott Bush est le directeur, est l'objet d'une saisie par l'administration américaine pour "commerce avec l'ennemi". Même chose huit jours plus tard pour deux autres entreprises que dirige Prescott Bush, la Silesian American Corporation en particulier avec ses mines de charbon exploitées avec des déportés de camps de concentration qui ont, selon un rapport américain, « sans doute fourni au gouvernement allemand une aide considérable dans son effort de guerre. » Autrement dit, on lui reproche à mots couverts (on est entre gens 'bien', tout de même) d'avoir trahi son pays en guerre en aidant ses ennemis. Toujours pour ses affaires allemandes, Bush est en relations avec des gens aussi recommandables que le banquier Kurt von Schroeder, général SS et banquier de Himmler et Friedrich Flick condamné en 1945 par le tribunal de Nuremberg mais qui mourut ( dans son lit) milliardaire et respecté en 1975.
Décidément, comme aurait pu dire Octave Mirbeau qui écrivit sa pièce en 1903: « Les affaires sont les affaires. » [1]

Prescott Bush, fortune faite pendant la guerre sur le dos des prolétaires de tous les pays, fut élu sénateur en 1952. Une position politique n'est pas à dédaigner et vaut bien un ruban à la boutonnière. Ainsi il apprit à ses descendants cette devise qui lui avait si bien réussie et dont il fit son credo : « Avant de vous lancer dans la politique, commencez par réussir dans les affaires. » Autrement dit, suivez mon exemple. Il est vrai que la démocratie coûte cher; surtout aux États-Unis.
Il rajoutait volontiers, sans rire et l'air sentencieux : « Vos futurs électeurs seront alors convaincus que vous êtes compétents et désintéressés, attachés à l'intérêt général. » Selon lui, il n'y a donc que les riches qui puissent être désintéressés, tous les autres étant de fieffés gredins lorgnant sur cet énorme gâteau que constitue le budget de l'état. Il serinait ainsi ses devises comme des sentences définitives, surpris de sa réussite sociale et néanmoins imbu de sa place dans la hiérarchie sociale. N'empêche, il se planta totalement sur l carrière de on petit-fils George W Bush qui, selon la formule d'un journaliste américain, « perdit autant de millions de dollars dans l'industrie pétrolière que son père en avait gagnés... »

Pour George Bush, le futur président, l'année 1976 est une année faste. C'est un laborieux qui a connu beaucoup de déboires au début de sa carrière. Mais les choses ont évolué depuis l'affaire du Watergate. Et après, ce fut au tour de la CIA d'être placée sur la sellette : le film « Ennemi d'état » la montre sous un jour très défavorable. Il fallait nommer un nouveau directeur de la CIA mais George Bush apparaissait mal placé dans la liste des candidats potentiels qu'avaient dressée les 'faucons' Donald Rumsfield et Dick Cheney. Pour gagner, il emploie la méthode qui lui a si bien réussi en affaires : battre le rappel de tous ses amis du monde des affaires et de la finance, tous gens d'influence et gros bailleurs de fonds du Parti républicain alors au pouvoir. De quoi faire réfléchir tous ceux qui méconnaissent son pouvoir, leur montrer qu'il a vraiment le bras long et les amener ainsi à plus d'aménité à son égard.

Et effectivement, George Bush fut nommé à la tête de la CIA. Par reconnaissance de ses capacités, bien entendu. C'est effectif en janvier 1976 avec même des pouvoirs accrus par rapport à ses prédécesseurs. C'est dire le pouvoir de cet homme qui place des amis aux endroits importants, aux postes stratégiques, amis qui bien sûr le soutiennent le moment venu. Ainsi s'enclenche le mécanisme de prise de pouvoir sur le Parti républicain d'un petit groupe qui truste les postes clés de cette grosse machine politique. Fait anodin qui passe inaperçu sur le moment : une simple cession d'avions à la société Skyways Aircraft Leasing, domiciliée aux îles Caïmans et contrôlée par des saoudiens. C'est le premier maillon visible de la collusion entre des saoudiens et George Bush, entre la famille Bush et la famille Bin Laden. Cette société est dominée par un certain Khalid bin Mahfouz et selon son successeur, la sœur de ce personnage interlope qui dirigea des sociétés redirigeant des fonds vers le terrorisme et mis en quarantaine dans son propre pays, était l'une des épouses de Ousama bin Laden.

Affaires et politique font bon ménage chez les Bush, particulièrement avec le fils George W Bush sauvé plusieurs fois de la faillite par des financiers proches de sa famille. La défaite aux élections présidentielles avec le triomphe de leurs adversaires démocrates et le mandat de Jimmy Carter vont plonger le Parti républicain dans un profond désarroi, une crise de leadership dont George Bush va profiter. Ainsi se font -et parfois se défont- les destins. La victoire de George Bush va se dessiner sur la défaite de son parti en quête d'un leader et aussi dûment travaillé par le clan Bush, son argent, ses amis, ses alliés et ses obligés, qui utilise tous les moyens pour propulser son chef jusqu'au perron de la Maison Blanche.

Les mécomptes de George Bush président montrent bien qu'il est resté un homme d'appareil tenant bien en mains le Parti républicain mais manquant par trop d'expérience politique. En matière de politique étrangère par exemple, George Bush manque des connaissances élémentaires et ne s'y intéressait pas avant son investiture. Il est même d'une rare incompétence, qu'on en juge à travers ces deux réflexions que rapportèrent des journalistes qui l'interrogeaient : il se rendirent compte qu'il ne connaissait même pas le nom du premier ministre pakistanais, « Je pense qu'il s'appelle "Général"  » répondit-il sans se rendre compte de sa bourde. IL s'adresse au présent brésilien en lui demandant « s'il y avait beaucoup de Noirs dans son pays », ce qui fit tiquer les brésiliens présents et laissa tous les officiels dans le plus grand embarras. Comment ensuite penser que la politique étrangère américaine puisse être prise au sérieux ?

Il serina au monde entier le slogan des armes de destruction massive, largement reprise par ses principaux collaborateurs, sans connaître la réalité irakienne, ses difficultés internes, produit d'un pays épuisé par les années d'une guerre terrible contre le voisin iranien suivie de l'épisode koweitien et de la guerre tempête du désert. Comme son ministre de la défense Donald Rumsfield, George Bush n'avait aucune idée des mutations technologiques intervenues en matière militaire. Il continue donc à financer des projets grandioses datant de l'époque de la guerre froide alors que l'armée aurait besoin de matériels plus légers mais réactifs et télécommandés (de type obus ou drones téléguidés) pour lutter contre les guerrillas ou les guerres d'usure auxquelles les États-Unis sont soumis en Irak, en Afghanistan ou ailleurs.

Dans ces conditions, on ne peut s'étonner des ratés de la diplomatie américaine et du manque de cohérence de sa politique extérieure.

George W Bush ou le retour à l'ère Reagan (3/4)

George W Bush commence sa carrière politique par une cuisante défaite lors des élections au Congrès qui se déroulent en 1978, malgré l'appui financier de Jim Bath, associé à la famille Bin Laden et à Bin Mahfouz, le fameux financier qui sous couvert de mouvements de fonds, finançait des groupes islamistes extrémistes. Peu de temps après, il crée sa propre société pétrolière Arbusto Energy. Il aimerait bien agir comme son père, imiter la façon dont il a réussi, mais ses résultats seront à l'opposé, catastrophiques. George W Bush se révèle un velléitaire qui traîne son ennui dans les boîtes de nuit et dans l'alcool, il n'a pas hérité des qualités d'opportunisme de son père et de son grand-père. Sa société sera très vite en grandes difficultés et sauvée d'une faillite inévitable par l'appui attentif de ses proches et les hautes relations financières du clan Bush. Les appuis financiers d'amis riches et puissants ne lui feront jamais défaut et, bien mieux, ses nombreux échecs se transformeront toujours pour lui en opérations fort rentables. Ce n'est pas parce qu'une entreprise est en grande difficulté que son directeur ou ses actionnaires n'empochent pas des revenus ou des primes considérables.

Cette technique à la limite de la légalité mais en tout état de cause immorale, a été depuis largement utilisée par des nombreux patrons d'entreprises multinationales qui ne socialisent que les pertes et ne sont pas soumis à une obligation de résultats, pas même à rendre des comptes. Forme pernicieuse de démocratisation du capitalisme. Dans Arbusto Energy, on trouve des capitaux provenant de la famille (3 millions de dollars de sa grand-mère par exemple), le financier William Draper, le président d'une chaîne de drogstores et l'ami Jim Bath qui détient 5% du capital et sert aussi de prête-nom à la famille Bin Laden.

Ces financiers, gens avisés en temps ordinaire, semblent investir à fonds perdus dans cette affaire dirigée par un novice qui, de surplus, ne possède aucun titre ni aucune compétence. Et ce n'est pas le changement du nom de la société, passant d'Arbusto Énergy à Bush Exploration Oil Co qui changera quelque chose. Comme l'écrit un journaliste : « Le placement est financièrement désastreux mais politiquement fructueux. » Et coïncidence fort opportune et heureuse : George Bush père est devenu entre-temps le vice-président de Reagan. Philip Uzielli, financier encore plus complaisant, achète pour un million de dollars 10% des actions de cette société agonisante qui ne les vaut même pas. Opération financière ou mécénat ? Cet homme a fait fortune au panama au temps de la vice-présidence de son ami George Bush dans un pays dominé et à la solde des États-Unis. Mais la situation de cette société ne s'améliore pas pour autant. George W Bush trouve de nouveaux sauveurs et fusionne avec Spectrum 7, petite société pétrolière de l'Ohio. Opération particulièrement intéressante pour un homme près de la faillite : il cumule les fonctions de PDG et de président du conseil d'administration et reçoit en sus 13,6% de l'ensemble des actions. Fabuleux cadeau; plus la société périclite et plus son PDG s'enrichit.

En fait, tous ces petits malins de financiers comptent sur l'intervention, sur l'amitié bien comprise du vice-président pour trouver une solution acceptable et éviter la faillite du fils du vice-président qui ferait tâche dans sa carrière politique et dans le curriculum vitae de son rejeton, qui n'est déjà pas si engageant. Ils espèrent bien que George Bush reçoive l'investiture du Parti républicain et puisse succéder à Ronald Reagan en devenant le nouveau président en 1988. Un coup de ponce du destin politique en quelque sorte, un formidable retour sur investissement. Mais pour le moment, Georges W Bush est toujours aussi incompétent et Spectrum 7 perd 400.000 dollars par semestre. La journaliste Moly Ivins, qui suit le parcours de Bush junior, résume ainsi son parcours : « Il est arrivé à Midland dans la banlieue de Houston en 1977, a créé une première compagnie, perdu en 1978 une élection au Congrès, relancé une nouvelle compagnie, perdu plus de deux millions de dollars appartenant à ses partenaires pendant que lui-même repartait de Midland avec 840.000 dollars en poche. » Pendant que ses partenaires perdent leur mise, lui s'enrichit à chaque nouvel échec.

Puisque le système fonctionne si bien, le scénario va se reproduire en 1986 où la société Harken Corporation absorbe Spectrum 7, lui évitant une nouvelle fois la faillite, une société que Time Magazine présente comme « une des plus mystérieuses et déroutantes créations de l'univers de l'exploitation pétrolière. » C'est dire son goût pour le secret et leurs combinaisons financières opaques. Lors de cette transaction, George W Bush est nommé au conseil de direction, reçoit 600.000 dollars plus 120.000 dollars par an comme consultant. Fabuleux jackpot. De toute façon, un consultant non consulté est quand même payé. Décidément, les sociétés de George W Bush ressemblent à un tonneau de Danaïdes qui se vide à mesure qu'on le remplit -et à son seul profit.

Les choses allant en empirant -mais le contraire eût été surprenant- il fallut trouver une nouvelle solution. Cette fois, c'est l'Union des Banques Suisses (l'USB) qui apporte 25 millions de dollars avec la filiale suisse de la BCCI. Cette banque que le financier Bin Mahfouz contrôle à 20%, était déjà intervenue dans une vente d'avions faite par Bush, alors directeur de la CIA. Si des financiers saoudiens renflouent la société du fils Bush, s'ils investissent aussi massivement dans l'état du Texas, ce n'est pas pas contreparties espérées. Ils veulent faire des Bush des gens puissants certes, mais qui leur sont redevables, leurs obligés. Pour revenir au Texas, Khalid Bin Mahfouz rachètera en 1985 la Tower Bank contrôlée par James Baker, l'ami intime de George Bush, qui deviendra son secrétaire d'état. La BCCI, cette banque tentaculaire à capitaux saoudiens dont on saura plus tard qu'elle drainait beaucoup d'argent vers les réseaux terroristes et qu'un enquêteur américain n'hésitera pas à appeler un « véritable syndicat du crime, » était décidément bien proche de la famille Bush. Trop proche diront certains.

On allait en avoir une nouvelle preuve en janvier 1990 avec la société pétrolière du fils Bush qui s'appelle désormais Harken Energy. À cette date, quelque deux ans après l'élection de George Bush à la présidence, une information si surprenante circule qu'elle stupéfie le milieu pétrolier -qui pourtant en a vu d'autres : L'émirat de Bahreïn confie à la petite société Harken Energy -qui n'a aucune expérience en matière d'extraction offshore- une magnifique exploitation au large de ses côtes. A priori, une décision incompréhensible... qui fait beaucoup d'envieux. C'est ainsi que l'on retrouve une nouvelle fois la fameuse banque BCCI, la Banque de Crédit et de Commerce International.

Pour nombre de journalistes, il était évident qu'on voulait avant tout faire plaisir à la famille Bush. Mais la réalité est plus complexe. Le Premier ministre du Barheïn Shekh Khalifa, actionnaire de la BCCI et Charles Holster l'ambassadeur américain , bailleur de fonds de George Bush, ont largement pesé sur la décision. De son côté, Bin Mahfouz a joué de ses relations auprès du roi Fahd pour faire favoriser Harken Energy. George W Bush ne sera même pas reconnaissant de la sollicitude bienveillante et si efficace de ses puissants amis. Profitant de la flambée du cours de l'action, George W Bush revend le 20 juin 1990 les 2/3 de son stock d'actions, réalisant une superbe plus-value de 848.560 dollars. Une semaine plus tard, Harken Energy reconnaît une perte de 23 millions de dollars et l'action perd les 3/4 de sa valeur. Personne n'a osé évoqué un quelconque délit d'initié.

La famille Bush n'en est d'ailleurs pas à son coup d'essai dans ce domaine. Dans les années soixante, un soutien providentiel évita à Zapata, la société de Bush père, de grosses difficultés financières en lui permettant d'empocher un marché fort lucratif pour une exploitation offshore au Koweit. Circonstances identiques et mêmes mécanismes quelque vingt ans après. Zapata et Harken Energy, même combat. Qui a dit que l'histoire se répétait ? La petite histoire avec ses gros bénéfices, ses financements occultes et croisés, ses alliances politico-financières, plus sûrement que les lois pour empêcher de telles dérives.

La saga Bush : La réussite par le sport (4/4)

L'entrée en politique de George W Bush, que certains observateurs pensent liés à une réaction contre frasques de Bill Clinton, est surtout le fait d'un populisme à l'américaine qui prouve d'une façon assez ironique que le sport peut être vecteur de réussite. C'est en effet par le sport que le jeune dandy qui traîne son ennui sans bien savoir ce qu'il veut, va se faire remarquer. Mais pas en jouant, en mouillant le maillot, non, simplement en encourageant les joueurs, en apparaissant comme leur premier supporter.

Deux mois après l'élection de George Bush à la Maison Blanche, Eddie Chiles, l'un de ses amis, décide de vendre son club de base-ball, les Texas Rangers, ce qui intéresse beaucoup George W Bush, l'un de ses plis fervents supporters. Avec de puissants appuis, il n'éprouve guère de peine à réunir les fonds nécessaires pour acquérir 2% du capital. Une participation modeste certes, mais il adore son nouveau jouet, signait des autographes, se mettait en valeur, en profitant ainsi pour faire sa propre promotion et devenir populaire dans tout le Texas. Il se comporte comme la vraie vedette de l'équipe, se rêve populaire et populiste, un bonimenteur à la Reagan qui devait séduire les salariés de la General Electric pour entretenir leur moral. Le clan Bush flaire l'ouverture et va transformer le club de base-ball des Texas Rangers en une entreprise de relations publiques au service du fils Bush et en une opération financière fort rentable.

Le 8 novembre 1993, George W Bush, fort de l'appui de son père se présente au poste de gouverneur du Texas. Bien briffé par l'équipe paternelle, il martèle son unique slogan à cet électorat farouchement individualiste : soyez responsables, assumez-vous plutôt que de dépendre du gouvernement. Lui qui incarne si peu ce principe, il est élu avec 53% des voix. Ce qui est bon pour les autres n'est pas bon lui mais il a appris à cette occasion le pouvoir de la démagogie. Il va s'en souvenir. Peu de temps après son élection, un richissime original Thomas D Hicks le rencontre et devient rapidement son ami, servant sa carrière et son compte en banque. S'il est difficile de s'y retrouver dans les embrouilles financières du gouverneur George W Bush, disons qu'avec son ami Thomas D Hicks, ils se envoient la balle. Bush lui offre un superbe stade pour son équipe de Hockey sur glace les Dallas Stars, qui favorise à son tour un associé, le milliardaire Rainwater qui reçut une commission de dix millions de dollars après la construction du stade.

En 1998, un an plus tard, l'ami Thomas D Hicks rachète le club de Bush les Texas Rangers pour 250 millions de dollars, soit 3 fois le prix payé en 1989. D'après des indiscrétions, lors de la signature de l'accord qui lui laissait 15 millions de dollars net, le gouverneur George W Bush se serait écrié : « J'ai plus d'argent que j'en aie jamais rêvé ! » C'est là toute l'ambition de monsieur le gouverneur. Fort des protections de son père et du parti républicain, George W Bush "oublie" de geler ses avoirs sur un compte spécial appelé un blind trust comme la loi l'y oblige, comme il oubliera aussi de déclarer ses revenus de la société Caterair reçus pour le poste de conseil de direction qu'il occupa entre 1989 et 1994.

Pendant ses deux mandats de gouverneur du Texas, un système opaque d'intérêts croisés s'organise autour de George W Bush. D'après plusieurs enquêtes menées par le Dallas Morning Post et un organisme public Le Centre pour l'intégrité publique de Peter Einner, repose sur un mécanisme assez simple de relations -pour ne pas dire de collusions- entre intérêts privés et puissance publique. Deux hommes vont essentiellement présider au fonctionnement de ce système. D'abord son ami Richard Rainwater : la privatisation des hôpitaux psychiatriques voulue par Bush bénéficiera surtout, selon le Houston Chronicle, à Rainwater par l'intermédiaire de l'une de ses entreprises la Magellan Health Services Inc.

Quant à son ami Thomas D Hicks, il sera nommé président d'un fonds de placements qui assure la gestion des actifs détenus par l'université du Texas, l'University of Texas Investment Management Co. Un vrai pactole : 13 milliards de dollars d'actifs. Un audit révélera une gestion plus que douteuse de Hicks avec un taux de profit nettement inférieur à la moyenne et des prises de participation discutables dans le fonds d'investissements Carlyle qui se présente lui-même comme une firme « menant une stratégie d'investissements à l'intersection du gouvernement et du monde des affaires. » On ne saurait dire mieux pour présenter les lobbies et expliquer le système Bush.

Comme l'écrit un journaliste : « Carlyle était un véritable réseau d'hommes de pouvoir de premier plan, ayant leurs entrées auprès de tous les décideurs politiques, économiques et financiers, et capables d'influer sur leurs décisions. » D'après Larry Klayman, le président de l'organisation juridique Judicial Watch, la présence de George Bush père à la direction de Carlyle constitue « un conflit d'intérêts évident. » Déjà, des journalistes avaient trouvé vraiment étonnant qu'un PDG d'un fonds d'investissements négocie avec le ministre de la défense d'un président qui fut salarié de ce fonds. Le fils Bush avait de qui tenir.

Sa politique irakienne révèle sa manie du secret, sa curieuse conception de la démocratie que cette pratique qui consiste à prendre des décisions sous forme de 'directives secrètes' : c'est ainsi que début 2002, Georges W Bush autorise la CIA (que son père connaît si bien pour en avoir été directeur) à utiliser tous les moyens pour renverser Saddam Hussein, y compris par la force pour le capturer ou même le cas échéant pour le faire disparaître. C'est bien sûr Dick Cheney qui supervise et finance toute l'opération montée par la CIA. Il pensait à l'époque qu'on pouvait noyauter le régime irakien, engageant des dizaines de millions de dollars pour saper le régime de l'intérieur, circonvenir, acheter des gens importants capables de renverser Saddam Hussein ou de le liquider. Il entretient à grands frais des opposants sans pouvoir -comme l'INC, le Congrès National Irakien- des gens qui passaient une bonne partie de leur temps à s'entre déchirer.

Le parcours de George W Bush éclaire ainsi d'un jour particulier les tendances de celui qui allait devenir président des États-Unis. Sur sa personnalité nous possédons quelques témoignages qui pour être sans aménité ne s'en recoupent pas moins.
- Selon Marilyn Quayle, la femme du vice-président Dan Quayle colistier du père Bush, qui a son franc-parler -peut-être parce que son mari ne peut se le permettre- George W était « un type qui n'avait jamais rien accompli et tout ce qu'il avait obtenu, il le devait à Daddy. » Philipps rajoutait que « pour la première fois dans l'histoire américaine, les qualifications d'un candidat à la Présidence ressemblaient à celles du prince de Galles : l'hérédité et la naissance. »
- De son côté, le Washington post du 21 avril 2002 écrit que « George W Bush est accusé d'indécision et d'incohérence stratégique face à une série de crises internationales : ces dernières semaines, les conservateurs pro-israëliens et les états arables pro-palestiniens ont déclaré que la politique de Bush au Moyen-Orient, bien que de plus en plus active, manquait de conviction, de clarté et de stabilité. » Il est vrai que le Washington post n'a pas l'habitude de mâcher ses mots mais il écrit souvent ce que beaucoup pensent tout bas.
- Gerald Kauffman, l'ancien porte-parole du Parti travailliste anglais, déclare en 2002 que « Bush est le plus arriéré des présidents américains de toute ma vie politique. »

Notes et références

  1. Voir O. Mirbeau

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