Brassens, une vie

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Georges Brassens, une vie par André Larue

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Portrait de Georges Brassens -- Brassens et Jeanne dans l'impasse -- "Georges Brassens" par JM. Brial

Brassens, une vie est un témoignage, sous forme d'album avec des photos inédites, écrit par son ami André Larue surnommé "Géo", retraçant l'itinéraire de Georges Brassens.

Référence : André Larue, "Brassens, une vie", préface de Raymond Devos, éditions IGE/Michel Lafon, décembre 1982, isbn 2-902259-06-9

Sommaire

Georges Brassens et André Larue

D'abord, c'était mon copain... Que faisait-il ?
Comme le cordonnier à son échoppe
Il se mettait à la guitare
Et il fabriquait des chansons
Dont chacune était un chef-d'œuvre.
Raymond Devos

Georges Brassens et André Larue, c'est une "vieille" amitié qui a débuté au temps du STO en Allemagne au printemps 1943. Là-bas à Basdorf, Georges Brassens est "Le Poète" ou également "Bidet", un type quelque peu curieux qui martèle à longueur de temps de ses doigts tout ce qui passe à sa portée, le bois d'une table ou la tôle d'un placard. Ils vivent dans le même baraquement -alors qu'Onteniente, le futur "Gibraltar" en occupe un autre, un peu plus loin- et immédiatement, une vraie amitié naît entre les deux hommes.

A travers chaque chapitre de cet album qui contient de belles photos pour agrémenter le texte, André Larue dresse un portrait de l'itinéraire de son ami. Il a choisi 20 chansons de Brassens comme fil conducteur, [1] chansons aux facettes autobiographiques sur ceux ou celles qui les lui ont inspirées [2] ou sur sa vie et des événements qui l'ont marquée. [3] Sans oublier ses penchants anarchistes qui apparaissent dans ses pointes contre les pouvoirs établis, la religion, l'armée, les flics, les juges ou les bourgeois... [4]

Mais il ne rechignait pas d'entrer dans une église pour un baptême ou un mariage, [5] n'était qu'indulgence pour l'humaine nature, celui qu'on nommait parfois "l'ours" et dont la maison était souvent pleine de copains.

De Sète à Basdorf

Dès son enfance, Brassens a baigné dans la chanson, toute la famille fredonnait, chantait à longueur e journée les succès du moment, et "poétise" très tôt, son professeur d'histoire surnommé "Totu" lui disant un jour : « Vous faites de la poésie ? Eh bien! ça vous mènera loin ça... » Il compose d'instinct, surtout sous l'influence de Charles Trénet au début, mettant des paroles sur ses musiques pour mieux s'en souvenir. Une cinquantaine d'œuvre de jeunesse dont la plupart resteront dans ses cartons.[6] La fâcheuse mésaventure qui le conduira à Paris, il l'évoquera dans la chanson "Les quatre bacheliers", occasion de rendre hommage à son père. Après le décès d'Yvonne, son premier amour, c'est dit, il ira à Paris rue d'Alésia chez la tante Antoinette, la sœur de sa mère.

En 1942, Brassens se voit encore poète et publie un recueil de 13 poèmes sous le titre A la venvole, conserve un autre recueil intitulé Des coups d'épée dans l'eau et écrit sans ralâche une espèce de roman feuilleton au curieux titre (provisoire) de Lalie Kakamou. [7] Réquisitionné par le STO au printemps 1943, Brassens passera une année en Allemagne à Basdorf près de Berlin, composant l'hymne du camp :La marche des PAFs (paix aux Français) et "Si les Français", chanson aux accents plus patriotique. [8]

Le temps des vaches maigres

"Le mauvais sujet repenti", titre de l'une de ses chansons, Brassens connaît bien : une "erreur de jeunesse" à Sète et son allure "d'ours mal léché" qu'on lui reproche après son retour de Basdorf, sa "gueule patibulaire" de l'époque lui vaudra quelques mésaventures. [9] C'est l'époque des vaches maigres, les travaux de couturières de Jeanne, la maigre paie de Marcel et Georges qui écrit le matin et se balade dans Paris l'après-midi avec ses copains [10] pour finir ruse Pigalle dans la 'piaule' de Pierre Onteniente.

C'est aussi le temps de l'anarchiste avec le poète Armand Robin, [11] quand il écrivait dans le journal Le Libertaire sous le pseudonyme de "Jo la cédille". Après des amours quelque peu tumultueuses avec celle qu'il nommait "La sucube" puis "La p'tite Jo" [12] insupportable décrite dans Une jolie fleur (dans une peau d'vache), Brassens rencontra l'amour et le succès.

Avec Patachou qui le lança en 1952, ce fut une belle amitié mais elle partit un temps faire carrière aux États-Unis et ils ne se revirent jamais plus. Avec Joha Heiman, [13] sa "Puppchen", [14] ce fut pour la vie, malgré sa non demande en mariage".

C'est pour faire plaisir à ses copains, à René Fallet qu'il tourne dans le film ''Porte des lilas', à Yves Robert qu'il compose Les copains d'abord pour le film "Les copains" ou pour Henri Colpi qu'il écrit le générique du film Heureux qui comme Ulysse... Après 10 ans de chansons, de concerts et de tournées, et le grand prix Charles Cros à la clé, Brassens sent la fatigue s'accumuler, il perd sa mère en 1962 et l'année suivante, doit se faire opérer de calculs rénaux. Il fond de 30 kilos et sa santé reste si chancelante qu'un jour l'AFP diffuse l'information qu' : « On dit que tu es mort. » « C'est nettement exagéré » répond Brassens qui écrira sur le sujet une chanson ironique Le bulletin de santé. Mais le calvaire va continuer et en mai 1967, en pleine nuit, c'est son voisin d'immeuble Jacques Brel qui l'emmène à la clinique Jouvenet. Sur des photos devenues célèbres, on le voit sur son lit d'hôpital plaisanter avec Fallet ou rire aux tours et aux facéties de Raymond Devos.

De l'impasse Florimont à la rue Santos-Dumont

Georges Brassens n'a jamais voulu quitter l'impasse Florimont. Maintenant Jeanne est chez elle et il a même acquis la maison contiguë au n°7 pour être plus à l'aise, surtout depuis le décès de Marcel "l'auvergnat". Mais les copains sont nombreux, très envahissants et lui très connu. C'est ainsi qu'il décide d'acquérir une propriété à Crespières, vers Saint-nom-la-Bretèche, Le moulin de la Bonde.

Mais décidément tout s'en mêle. D'abord à "Crespières" où un promoteur a la mauvaise idée de vouloir construire un millier de maisons sur un terrain attenant à sa propriété. Exit Crespières. Mieux : en 1967, Jeanne se remarie avec un jeunot, un autre Georges, et Brassens préfère s'éloigner. Il s'installe au 12è étage dans un immeuble Méridien rue Émile-Dubois. Exit l'impasse Florimont. Ils ne se reverront guère mais Brassens sera à son chevet quand Jeanne s'éteint à l'hôpital Saint-Joseph en octobre 1968.

Depuis 1956 et le départ de "Crespières", Brassens prit l'habitude de passer ses vacances dans la famille de "Jeanne" à Lanvollon près de Paimpol dans les Côtes d'Armor. Il appréciait beaucoup le neveu de "Jeanne" Michel Le Bonniec qui le pilotait dans la région et l'emmenait à la pêche. Après la mort de "Jeanne" en 1971, il fit l'acquisition d'une grande maison, Kerflandry, tout à côté, à l'embouchure du "Trieux", sur la commune de Lézardrieux où il vint chaque été presque jusqu'à la fin de sa vie.

Brassens se plaît moins au Méridien, il cherche à revenir auprès de son arbre, aussi le cher Onteniente se met-il en chasse et finit par lui trouver une maison "à l'anglaise" assez étroite sur deux étages avec un jardinet ombragé par un vernis du Japon, rue Santos-Dumont, petite voie qui débouche sur la rue Vouillé. [15] Toujours dans la même quartier mais dans le 15è arrondissement.

L'amour, il le rencontre chez des amis en 1947, en la personne de Joha Heiman, une petite blonde à l'œil pétillant et à l'accent slave venu de son Estonie natale. Georges Brassens, c'est dit, restera impasse Florimont avec Jeanne, ils ne vivront pas ensemble, sauf à la campagne à Crespières ou dans la maison de Bretagne à Lézardrieux près de Paimpol. Avec Joha, Brassens sera toujours entre j'me suis fait tout p'tit et la non demande en mariage, mais surtout Rien à jeter. Elle restera constamment «  discrète, attentive, efficace » nous assure André Larue. En fait, Brassens a trop peur de l'usure du temps pour « s'engager pour l'éternité. »

Depuis 1956 et le départ de Crespières, Brassens prit l'habitude de passer ses vacances dans la famille de Jeanne à "Lanvallon" près de "Paimpol" dans les Côtes d'Armor. Il aime beaucoup le neveu de Jeanne, Michel Le Bonniec qui le pilote dans la région et l'emmène pêcher. Après la mort de Jeanne, il achète en 1971 une grande maison, "Ketflandry", tout à côté, à l'embouchure du "Trieux" sur al commune de Lézardrieux.

les deux dernières années

Au printemps 1980, alors qu'il prépare Bobino, ce ne sont plus les reins cette fois mais les intestins qui sont atteints. Pourtant, malgré la perte de son ami d'enfance Henri Delpont et de son professeur de philo à Sète Alphonse Bonnafé, il fait une émissions de télé à Sète. Il a ces mots pour Jean-Michel Brial qui vient de lui consacrer un livre [16] : « La mort tu sais, je la prends comme elle vient car dans ses relations, elle y gagne toujours, alors que toi, tu y perds toujours. » Sa santé se détériore rapidement et le 10 octobre 1981, il part avec Joha et Éric battista pour la clinique du docteur Bousquet mais il est déjà trop tard et il s'éteint le 30 octobre dans la demeure du docteur à Saint-Gély-du-Fesc, dans la banlieue nord de Montpellier. Dès le lendemain, on l'enterra à Sète, non au cimetière marin comme dans sa chanson mais au cimetière du Py, à côté de ses parents, en petit comité, juste la proche famille et les copains sétois, [17] un peu comme le Pauvre Martin : « En faisant vite, en le cachant / On l'étendit sans rien dire / Pour ne pas déranger les gens.  »
Lui qui avait beaucoup écrit sur les cimetières et "la camarde" comme dans ce poème qu'il écrivit le 28 novembre 1945 :

Si seulement j'eusse eu d'autres rimes en "arbre",
Je vous aurais fait voir, horrifique camarde,
Comment en quelques vers, un poète se fout
Sempiternellement de vos vers et de vous.

Infos complémentaires

Notes et références

  1. Chansons représentatives comme "Maman, papa", "La première fille", "Le mauvais sujet repenti", "Les copains d'abord", "Le bulletin de santé", "Les trompettes de la renommée", "Le grand chêne", "La cane de Jeanne", "Auprès de mon arbre", "Mourir pour des idées", "La supplique"
  2. Jeanne et Marcel "l'auvergnat", Émile Miramont "Corne d'aurochs", la "petite Jo" et ses amours parisiennes...
  3. le Paris de "Entre la rue de Vanves et la rue Didot", sa maladie avec le bulletin de santé, sa notoriété avec Les trompettes de la renommée, ses idées les femmes ou la violence et la guerre comme La non-demande en mariage, la guerre de 14-18 ou Mourir pour des idées...
  4. Par exemple, avec le juge du "Gorille", quand il ironise sur "le nombril des femmes d'agents", les bourgeois dans "Les croquants" ou "les oiseaux de passage"...
  5. Par exemple, lors du mariage en Bretagne de la fille d'André Larue
  6. André Larue a choisi de présenter dans son album quelques inédits comme "Quand l'hiver est fini", "Personne ne saura" ou "Vous souvenez-vous de moi ?" (pages 16-17)
  7. Publié à compte d'auteur sous le titre "La lune écoute aux portes", "pseudo-édition" Gallimard, Bibliothèque du Lève-nez, 1947
  8. Il écrira aussi "Maman papa" et "Pauvre Martin", qu'il peaufinera encore avant qu'elles soient enregistrées
  9. En particulier, celle d'avoir été accusé de vol, alors que le coupable s'est révélé être le fils de la victime.
  10. Les copains sont alors peu nombreux, surtout Iskin et Larue qu'il a connus à Basdorf, les sétois Louis Bestiou et Emile Miramont, le libertaire Marcel Renot et Onteniente
  11. Armand Robin, né le 19 janvier 1912 à Plouguernével près de Rostrenen (Côtes-d'Armor), mort le 30 mars 1961 à Paris, écrivain français, traducteur, journaliste et homme de radio.
  12. La p'tite Jo qui se faisait appeler Josiane, se nommait en réalité Jeanine Morin
  13. Certains écrivent Joha Heyman
  14. Là aussi, problème d'orthographe, on trouve outre "Puppchen", "Püppchen" ou plus simplement "Pupchen" comme apparemment Brassens l'écrivait
  15. Tout près de là, la mairie de Paris a réalisé Le Parc Brassens sur l'emplacement des anciens abattoirs de Vaugirard
  16. "Georges Brassens", éditions PAC, 281 pages, 1981, isbn 2-8533-6150-0
  17. Il fut inhumé en présence de Joha, sa sœur Simone Cazzani et son fils, son cousin, des intimes comme Onteniente ou Nicolas, les amis sétois Laville, Bestiou, Thérond et l'abbé Barrès qui prononça quelques mots pour son copain trop tôt disparu

Sélection bibliographique

  • Mario Poletti, "Brassens l'ami", éditions du Rocher, 2001
  • René Fallet, Brassens, éditions Denoël, 1967
    - - - réédition augmentée d’extraits inédits du Journal de A à Z sur Brassens : éditions Denoël, octobre 2001
  • Hervé Bréal, Brassens de A à Z, éditions Albin Michel, 2001 ISBN 2-226-11117-4
  • François Ruy-Vidal (conception, présentation), Jean-François Ferrané, Anne-Marie Gaignière et Philippe Gavardin (ill. Alain Letort, Alain Gauthier, Gérard Hauducœur, Bernard Durin, Serge Cecarelli, Bruno Raffaelli, Claude Lapointe), Georges Brassens : 35 chansons chantées par Georges Brassens, publiées de 1952 à 1956, Marcom Music, coll. « Publication Alain Pierson », 1977, 168 p.

Voir aussi

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