Demain la nation

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Jean Daniel : où va la nation ?

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Référence : Jean Daniel, "Voyage au bout de la nation", éditions Le Seuil, 1995, 196 pages
                    Jean Daniel, "Demain la nation", éditions Le Seuil, mai 2012, isbn 2-0210-7672-5, nouvelle édition

Cette réflexion sur le concept de nation, Jean Daniel l'a menée pendant de longues années, de la parution de son premier ouvrage "Voyage au bout de la nation" en 1995 jusqu'au dernier "Demain la nation" en 2012, en passant par ses notations sur le sujet dans son livre de souvenirs "Avec le temps" en 1998.

Jean Daniel a poursuivi sa réflexion sur la nation avec un nouvel ouvrage paru en 2012 et intitulé Demain la nation, résultat de ses expériences accumulées au fil des années et des conclusions qu'il en tirées, illustrant cette idée de Malraux qui voulait « transformer en conscience l'expérience la plus large possible,» à travers les manifestations du nationalisme et l'extension des phénomènes de mondialisation. Si la nation est un concept difficile à définir et a connu beaucoup d'aléas au cours de l'histoire, l'auteur estime que, comme la démocratie, elle contient plus de devoirs qu'elle ne donne de droits, et que grâce à la révolution de 1789, elle est « bien arrimée au destin de l'Europe et à l'Universel. »

Nation et sentiment européen

En 1979, Jean Daniel écrivait alors L'Ère des ruptures puis en 1995, paraissait un premier ouvrage sur le sujet Voyage au bout de la nation. En 2012 à 92 ans, il éprouve le besoin de poursuivre ses investigations à l'aune des évolutions qu'il a constatées. Pour lui, "le temps des ruptures" n'est sans doute pas révolu, la nation doit composer avec des dérives nationalistes de plus en plus radicales mais la tentation fédéraliste ne résoudra rien non plus.

Quand, à l'heure du numérique, les révolutions technologiques se succèdent et brouillent les cartes, il pense que le danger actuel rejoint les nationalismes de l'entre-deux-guerres qui rejetaient l'universel : un universalisme qui nierait les nations. Il semble ainsi faire sienne l'analyse de rejoindre ainsi Jean Jaurès, qui écrivait dans L'armée nouvelle : «Un peu d'internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d'internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l'internationalisme, beaucoup de patriotisme y ramène.» Mais le recours au terroir ne saurait à lui seul fonder une identité, seule les expériences partagées dans les réussites et les échecs peuvent créer un vrai sentiment d'appartenance. Le projet est de celles-là, puisant dans le creuset de chaque nation la volonté nécessaire à la poursuite du projet.

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"Avec le temps" : où va la nation ?

Dans "Avec le temps", quatrième volet des ses œuvres autobiographiques, Jean Daniel poursuit ses réflexions sur cette idée de nation qui est pour lui centrale.
Lors d'une conférence à Québec sur ce thème, il approfondit ce thème sur la façon dont les nations se font et se défont. [1]La cohésion de l'Espagne par exemple ne tient guère que par la monarchie, surtout pour les provinces basque et catalanes, les plus autonomistes. [2] En Turquie, la puissance d'évocation de l'empire ottoman est un facteur de cohésion plus important que l'Islam depuis Atatürk, d'autant plus que les relations avec les Grecs ont toujours été empoisonnées par des querelles de souveraineté sur tel ou tel île ou îlot revendiqué par les deux pays. Byzance également, a rompu avec le modèle grec, pilier de la civilisation européenne, se retrouvant ainsi sans passé malgré son fondement d'idéologie chrétienne.

Pour ce qui concerne le continent américain, en Argentine, l'absence de diversité -les Noirs et les Indiens- avait dessiné une « nation en creux, » un manque que le pays tente de combler par des relations tendues renforçant le nationalisme, avec ses voisins du Pérou et du Chili.
Pour les États-Unis, il estime que ce pays compense son absence de racines en surestimant sa mission et ses projets, qu'il pratique un « patriotisme constitutionnel » que préconisait déjà Jürgen Habermas pour son pays l'Allemagne. Ces Américains qui n'ont pas de passé, n'ont de cesse d'en fabriquer avec « des morceaux d'avenir » figés dans la mélancolie de mélodies sirupeuses (évoquant alors la mort de Franck Sinatra). Pour eux, le présent est d'abord une projection de l'avenir où ils peuvent imaginer ce que l'Histoire en retiendra. (page 724)

La nation n'est pas forcément le fruit du nationalisme, même si cette idée « suscite des développements riches et précis sur l'éducation post-industrielle » chez Gellner. [3] « La nation , encore elle... » écrit-il après avoir entendu cette phrase en forme de constat : « Dans les pays où l'on voit la saumon revenir après combien d'aventures- sur les lieux de sa naissance, on ne peut douter que l'homme est construit, conditionné, prédéterminé par son territoire natal. »

Commentaires et critiques
- « Ce qui constitue une nation, ce n'est pas de parler la même langue, ou d'appartenir à un groupe ethnographique commun, c'est d'avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l'avenir… » Ernest Renan, "Qu'est-ce qu'une nation ?"
- « Il n'y a pas de liberté donnée ; il faut se conquérir sur les passions, sur la race, sur la classe, sur la nation et conquérir avec soi les autres hommes. » Jean-Paul Sartre, Situations II , Gallimard
- « Du courage et de l’honnêteté, on en trouve à foison dans cet ouvrage qui n’est pas encore le bilan d’une vie mais qui fait déjà l’inventaire d’un demi-siècle d’engagement politique.  » La revue critique, "La nation contre les barbares", 07/2012
- « Les retours en arrière que fait pour nous Jean Daniel sont passionnants et confondants. » Bruno Frappat, La Croix.
- « Jean Daniel réconcilie la nation avec les enjeux de demain. » Myboox, juin 2012

Bibliographie sélectives
- Ernest Gellner, "Nation et nationalisme", éditions Payot, 1989
- Dominique Schnapper, "La France de l'intégration, sociologie de la nation en 1990", éditions Gallimard, 1991
- Eric Hobsbawm, "Nations et nationalismes depuis 1780 : programmes, mythe et réalité", éditions Gallimard, 1992
- Anthony D. Smith, "National Identity (Ethnonationalism Comparative Perspective)", éditions University of Nevada Press, 240 pages, 03/1993, isbn 0874172047
-D. Cohen, "Richesse du monde, pauvreté des nations", Flammarion, 1997
- Pierre Nora, "Les lieux de mémoire", éditions Gallimard, mai 1997, 1652 pages, isbn 978-20707-4902-7 - Alain Dieckhoff, "La nation dans tous ses états - Les identités nationales en mouvement", Champs-Flammarion, 2000, isbn 2-0808-0041-8 - Anne-Marie Thiesse, "La création des identités nationales", éditions Le Seuil, collection Points-histoire, 10/2001, isbn 2020414066
-J. Stiglitz, "La grande désillusion", Fayard, 2002
- Benedict Anderson, "L'imaginaire national: réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme", éditions de La Découverte, 212 pages, 2006, isbn 2-707-1500-7X

Voir aussi

  • Jean Daniel, "Comment peut-on être Français ?" - Ecrits 1971-2011 sur l'immigration, le racisme et l'identité nationale, postface d'Hubert Védrine, éditions Les belles lettres [1]
  • Demain la nation

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Etic Hodsbawm et Ernest Gellner : "nations et nationalisme"

Le Point Nouvel Observateur


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