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Patrick Modiano

Patrick Modiano, une jeunesse en pointillés

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Patrick Modiano, Grand prix du roman de l'Académie française 1972, prix des libraires 1976, prix Goncourt 1978, prix Cino del Duca 2010, prix Marguerite-Duras 2011
« C’est l’oubli le fond du problème, pas la mémoire. » (Patrick Modiano)

Modiano en 2012.jpg Modiano Paris 2012.jpg Modiano en 2012 Modiano Marie 2 2012.jpgSa fille Marie

Aborder la personnalité complexe de Patrick Modiano, c'est d'abord tracer l'itinéraire tumultueux, sinueuse de ses parents et accompagner le jeune homme dans ses tribulations. Albert "Aldo" Modiano et Louisa Colpijn, [1] une flamande traductrice à la société "Continental", se rencontrent dans Paris occupé en octobre 1942. Lui a quelque peu trafiqué dans sa jeunesse, touché à la finance et au pétrole sans succès et a fini par ouvrir une boutique "chic" boulevard Malesherbes jusqu'au début de la guerre. [2]

Depuis début 1943, le couple réside à Paris 15 quai Conti près de l'Académie française, face à la Seine, mais leur fils aîné va naître le 30 juillet 1945 dans une maternité du "Parc des Princes", 11 allée Marguerite à Boulogne-Billancourt. [3]Ses parents mènent leur vie chacun de leur côté, lui tout à ses affaires, elle à ses tournées d'actrice et laissent les enfants, Jean-Patrick [4] et son frère Rudy, à leurs grands-parents maternels, des Belges flamands. [5]

Repères bio

* 1945 Naissance à Boulogne-Billancourt
* 1957 Mort de son jeune frère Rudy        
* 1967 Premier roman, La Place de l'Etoile.
* 1970 Epouse Dominique Zherfuss          
* avec qui il a deux filles, Zina et Marie   
* 1973 "Lacombe Lucien" de Louis Malle
*1978 "Rue des boutiques obscures"      
* 2005 "Un pedigree", autobiographie     
* 2010 Parution le 4 mars de "L'Horizon"   
* 2012 Parution de "L'herbe des nuits"      

Adolescence chaotique, en nourrice à Biarritz pendant deux ans puis à Jouy-en-Josas, toujours avec son frère, chez une amie de sa mère "aux mœurs légères". Après qu'elle fût arrêté pour cambriolage, Patrick et son frère Rudy se retrouvent dans la lourde atmosphère familiale en février 1953, alternant avec leurs nombreuses absences, toujours pour les mêmes raisons, les affaires du père et les tournées de la mère. Le brusque décès de son frère Rudy en février 1957, alors âgé de dix ans, le laisse désemparé et marqué pour longtemps. [6] Pour lui va commencer la dure expérience de la vie de pensionnat, d'abord à Jouy-en-Josas à l'école du Montcel où il fugue plusieurs fois, puis à Thônes en Haute-savoie, au collège Saint-Joseph, aux conditions encore plus difficiles qu'à Jouy.

De retour à Paris en 1962, il se sent écartelé entre une mère au chômage qui l'a recueilli et un père qui s'est remarié et le rejette de plus en plus. Les années 60 sont formatrices, très présentes dans son œuvre, il a entre 17 et 22 ans et dit-il dans une interview, [7] « C’est mon moteur romanesque parce que c’était une période bizarre, chaotique. Je n’avais aucune assise familiale ou sociale. Ces éléments reviennent sans arrêt comme des rêves récurrents.  » Même s'il est inscrit à la Fac, après des années d'errance dans plusieurs pensions, il a arrêté ses études, reste à Paris où il occupe une chambre chez une mère toujours absente. « J’étais livré à moi-même. Une période de rencontres étranges, avec des gens plus âgés, qui me donnaient le sentiment d’un danger permanent. L’impression, n’étant pas majeur, d’avoir tout vécu de façon illégale, dans la clandestinité. »

A partir de l'été 1963, pour subsister il se livre à quelques trafiques, revente de livres volés, fausses dédicaces, demande de l'argent à son père et finit par se brouiller avec lui et surtout avec sa belle-mère qui lui voue une haine tenace. Sa chance, sa bonne étoile, c'est Raymond Queneau, un ami de sa mère, qui très tôt le prend sous son aile, le reçoit chez lui à Neuilly et l'introduit dans le monde littéraire, chez Gallimard en particulier. A la fin des années 60, il s'impose peu à peu comme un écrivain important, avec deux romans remarqués, La place de l'étoile en 1967 et Les boulevards de ceinture qui sera couronné par l'Académie française en 1972. Après la chanson qui lui vaudra une solide amitié avec Françoise Hardy, [8] il se tourne vers le cinéma, signant le scénario de Lacombe Lucien qui déclenche une polémique sur l'absence d'engagement du héros [9] et le ramène une fois encore à l'époque de l'Occupation.

Au temps de la communication où les artistes se mettent souvent en scène, le personnage dénote dans le paysage médiatique, sa longue silhouette un peu voûtée, « ses bégaiements menacés par l'aphasie, » a écrit un journaliste, ne le cèdent qu'à « sa prose tourmentée par les fantômes de l'Occupation. » N'a-t-il pas écrit lui-même : « Les trucs que j'écris, ce ne sont pas vraiment des romans, ce sont des segments, des trucs que j'ai pris, malaxés

Il a conservé quelque chose du solitaire, sans véritable réseau, ayant refusé de siéger dans des jurys ou des institutions prestigieuses et il a mis rapidement fait fin à son rôle d'éditeur chez Gallimard.Il se posera vraiment dans les années 1970 avec son mariage le 12 septembre 1970, avec Dominique Zehrfuss, la fille de l'architecte du CNIT Bernard Zehrfuss [10] et en novembre 1978, il reçoit le Prix Goncourt pour son sixième roman Rue des boutiques obscures.

Modiano patrick rudy 55.jpg Modiano hardy boulogne 69.jpg Patrick-Modiano-en-1978.jpg
Modiano en 1955 (et son frère Rudy), en 1969 (et Françoise Hardy) , en 1978



L'herbe des nuits

Modiano-2012.jpg - - Modiano l'herbe des nuits.jpg Modiano et L'herbe des nuits en 2012

Référence : "L'Herbe des nuits" de Patrick Modiano, éditions Gallimard, 178 pages

Dans "L'Herbe des nuits", Modiano se balade dans le Paris des années 60 pour le "reconstruire" à sa manière à travers Jean le personnage principal, dans un climat qu'il juge assez trouble et menaçant. Il part la quête de Dannie, une femme qui a émergé des ombres du passé, dans des endroits assez flous : « Non il ne s’agissait vraiment pas d’un pèlerinage. Mais les dimanches, surtout en fin d’après-midi, et quand vous êtes seul, ouvrent une brèche dans le temps. Il suffit de s’y glisser.»

Il nous entraîne dans une "autofiction" aux relents policiers faite de nuits blanches, d'hôtels de passe, de rencontres bizarres et troublantes. Côté roman noir... et blanc de ce livre, avec des repris de justice, des balles perdues, un inspecteur têtu... tout un monde interlope qui traîne dans les nuits blanches de la place Blanche.

Tout se passe à l'époque de l'affaire Ben Barka l'opposant marocain kidnappé en octobre 1965 en plein Paris, affaire jamais élucidée mais il est surtout intéressé par le mois qui précède cet événement, son histoire d'amour avec "Dannie", femme mystérieuse à problèmes. Jean le narrateur note tout dans son inséparable carnet noir, espérant retisser les fils de son passé.

Il tente de faire la part du rationnel dans ces événements qui prennent un tour onirique, « espèces de souvenirs discontinus car le temps les a un peu rongés. C'est un peu onirique. Ce roman, c'est un peu de la prose onirique. » [11] Les réminiscences, les souvenirs sont aussi liés à l'angoisse de la perte, celle d'un manuscrit égaré dans sa prime jeunesse celle de l'oubli de cette femme condamnée pour un crime passionnel et qu'il reconnaît des années plus tard rue du Dragon. Les souvenirs sont faits de nombreux trous, d'oublis d'événements importants sur le moment, de dissociations entre court et long terme, ce qui fait la trame de la mémoire et explique sa réticence à l'autobiographie. Eviter ainsi « d'écrire les détails trop intimes de notre vie, de crainte qu’une fois fixés sur le papier ils ne nous appartiennent plus. » [12]

S'il reprend les noms d'endroits qu'il fréquentait dans les années 60, la Place d'Italie, le quartier Montparnasse, le 15è arrondissement, le Luxembourg, la Cité universitaire ou le pavillon du Maroc... il navigue aussi entre fiction et réalité, expliquant par exemple qu'il utilise les noms de personnes qu'il connaît mais qu'il donne à d'autres personnages de son roman. C'était l'époque de son errance dans Paris, jeune homme livré à lui-même avec des parents absents, une ville qui lui fait plutôt peur. Il cherchait du réconfort en se mêlant aux autres déjà observateur prenant des notes -comme Jean le narrateur- un mélange de notations, de sensations, pris au fil du stylo, « pour tenter de résoudre les énigmes de ma propre vie ou de celle des autres, notamment celle de mon père. » Quand il n'écrit pas, il prend des notes, comme pour éviter que la machine ne se grippe. En fait, « c'est le lecteur qui fait le livre » parce que l'écrivain n'a pas assez de recul sur ce qu'il a écrit et éprouve toujours une certaine impression de non fini, qu'il peut encore améliorer son livre avant l'inéluctable de l'édition.

Sa biographie permet de posséder quelques clés de cette fiction ancrée dans son passé. Jean le narrateur -jean premier prénom de l'auteur- sillonne des quartiers de Paris que Modiano connaît bien, fréquentant alors de curieux individus, menant une vie d'adolescent assez solitaire en rupture de famille. Il évoque cette époque de sa vie comme « sinistre, de solitude, d'isolement, de menace. » Il revisite cet hôtel Unic que où Jean se rend très souvent et où on ne sait trop ce qui s'y trame.

Morceaux choisis

«  Je m’étais souvent trouvé dans ce genre de situation, fuyant les gens que je connaissais, car j’éprouvais une fatigue soudaine à leur parler. Je changeais de trottoir à leur approche ou bien je me réfugiais dans l’entrée d’un immeuble en attendant leur passage. (p49) [...] Il ne s’agit pas du passé, mais des épisodes d’une vie rêvée, intemporelle, que j’arrache, page à page, à la morne vie courante pour lui donner un peu d’ombre et de lumière. (p56) [...] Je notais très peu de rendez-vous sur ce carnet noir... J'avais le sentiment de mener une vie clandestine et alors, dans ce genre de vie, on évite de laisser des traces et d'indiquer noir sur blanc son emploi du temps. » (p81)

L'express Le Figaro Le Monde


Patrick Modiano, "L'horizon"

Référence : Patrick Modiano, "L'horizon", éditions Gallimard, 174 pages, avril 2010

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Modiano ou la simplicité du regard - . - . - lecture de L'horizon

« Pour la première fois, il avait dans la tête le mot : avenir, et un autre mot, l’horizon. Ces soirs-là, les rues désertes et silencieuses du quartier étaient des lignes de fuite, qui débouchaient toutes sur l’avenir et l’HORIZON. »

Dans L'horizon -le titre lui est venu tout seul avant même d'en écrire une ligne- son héros Jean Bosmans, romancier comme lui, prononce cette phrase qui lui ressemble : «  C'était toujours les mêmes mots, les mêmes livres, les mêmes stations de métro . » Jadis, il travaillait dans la librairie d’une maison d’éditions où il rencontra une jeune femme qui fit ce qu'on appelle pudiquement une "erreur de jeunesse". Comme toujours chez Modiano, la trame est simple : Jean Bosmans, narrateur et héros du roman, repense à une période de son passé où il fréquentait une jeune femme, Margaret le Coz née à Berlin, qui vécut à Annecy, qu'elle quitta quand un homme appelé Boyaval, « un type à la peau grêlée » la harcelait, partant finalement se réfugier en Suisse.

Les liens entre lui et ses personnages se font inconsciemment. Comme l'amie de Jean Margaret Le Coz, il répugne à faire de vagues qui suscitent des explications et il se voit aussi comme la résultante d'événements incohérents, auxquels l'esprit ne parvient pas à donner un sens. Il y descelle comme des éléments, des gens énigmatiques autour lui.

Bosmans veut en extirper cette espèce d'insaisissable que l'esprit a rangé dans des cases incertaines, oublis subconscients, bribes égarées de « ce qui aurait pu être et qui n'avait pas été ». Il veut recenser tout un pêle-mêle de « brèves rencontres, rendez-vous manqués, lettres perdues, prénoms et numéros de téléphone... celles et ceux que vous avez croisés sans même le savoir »... toutes ces femmes « qu'on connaît à peine, qu'un destin différent entraîne » chantait Georges Brassens dans Les passantes.

Dans le couple Jean Bosmans et Margaret Le Coz, on retrouve bien des traits du jeune Modiano livré à lui-même dans le paris des années soixante, « ils n'avaient décidément ni l'un ni l'autre aucune assise dans la vie. Aucune famille. Aucun recours. Des gens de rien. » Une existence improbable entrecoupée de sérénité quand Margaret perd pour un temps son regard anxieux. Jean apparaît à 60 ans, écrivain, habité par un passé qui est plutôt pour lui une translation onirique, séparée du réel. Il n'est pas pour autant reclus dans ce passé, apte à l'ouverture, ne se contentant pas « de chercher le passé enfui dans les plis du temps. » [13]

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La femme à la cigarette         L'horizon             Un pedigree

Morceaux choisis
- « Depuis quelque temps Bosmans pensait à certains épisodes de sa jeunesse, des épisodes sans suite, coupés net, des visages sans nom, des rencontres fugitives. Tout cela appartenait à un passé lointain, mais comme ces courtes séquences n’étaient pas liées au reste de sa vie, elles demeuraient en suspens, dans un présent éternel. Il ne cesserait de se poser des questions là-dessus, et il n’aurait jamais de réponse

- « Comme en astronomie, cette matière sombre était plus vaste que la partie visible de votre vie. Elle était infinie. […] Et lui, il répertoriait dans son carnet quelques faibles scintillements au fond de cette obscurité

- «  Il vous arrive de perdre au bout de quelques jours un objet auquel vous tenez beaucoup : trèfle à quatre feuilles, lettre d’amour, ours en peluche, alors que d’autres objets s’obstinent à vous suivre pendant des années sans vous demander votre avis. Quand vous croyez vous en être débarrassé pour de bon, ils réapparaissent au fond d’un tiroir.»

- « On s’imagine, avec la légèreté de la jeunesse, s’en tirer à bon compte et échapper à une vieille malédiction, sous prétexte que l’on a vécu quelques semaines de tranquillité et d’insouciance dans un pays neutre, au bord d’un lac ensoleillé. Mais bientôt c’est le rappel à l’ordre. Non, on ne s’en tire pas aussi facilement. »

- « L'obscurité, et puis, de temps en temps, les quais déserts d'une gare qu'on traversait, sur un panneau, le nom d'une ville qui était un point de repère, le noir d'un tunnel...  »

Notes et références

  1. Connue comme actrice sous le nom de Louisia Colpeyn
  2. Le père aura de louches fréquentations pendant la guerre et s'enrichira dans le marché noir
  3. « Je suis né d'un juif et d'une Flamande qui s'étaient connus à Paris sous l'Occupation» écrit-il laconiquement dans "Pedigree"
  4. Son nom de baptême est en effet Jean-Patrick
  5. Ceci explique que la langue maternelle de Modiano soit le flamand
  6. Il dédiera tous ses premiers romans publiés entre 1967 et 1982 à ce frère trop tôt disparu. « Le choc de sa mort a été déterminant. Ma recherche perpétuelle de quelque chose de perdu, la quête d’un passé brouillé qu’on ne peut élucider, l’enfance brusquement cassée, tout cela participe d’une même névrose qui est devenue mon état d’esprit. » (Entretien avec Pierre Assouline). Il écrira encore dans son autobiographie "Un pedigree" : « En février 1957, j’ai perdu mon frère. (…) A part mon frère Rudy, sa mort, je crois que rien de tout ce que je rapporterai ici ne me concerne en profondeur. »
  7. Site Lesinrocks, interview par Nelly Kaprièlian du 30 septembre 2012
  8. le romancier écrit en particulier un "tube" pour Françoise Hardy, "Etonnez-moi, Benoît !" puis une chanson pour Régine intitulée "L'Aspire-à-coeur"
  9. C'est en fait le réalisateur "Louis Malle" qui en supportera les conséquences
  10. avec qui il aura deux filles "Zina" en 1974 et "Marie" en 1978, poétesse et chanteuse
  11. Interview de Myriam Chaplain-Riou pour l'AFP du 10/12/2012
  12. Même s'il a écrit un livre sur son autobiographie intitulé "Pedigree"
  13. Voir l'article de Nathalie Crom dans le Télérama n° 3138 du 06 mars 2010

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Patrick Modiano et Dora Bruder

Conception de son roman-témoignage

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Référence : Patrick Modiano, "Dora Bruder", éditions Gallimard, 252 pages, avril 1999, isbn 2-0704-0848-5

L'histoire commence en décembre 1988 quand Patrick Modiano lit dans numéro de Paris-Soir datant du 31 décembre 1941, un avis de recherche passé par les parents d'une adolescente de 15 ans nommée Dora Bruder. Description quasi anthropométrique : « ... 1 m 55, visage ovale, yeux gris marron, manteau sport gris, pull-over bordeaux, jupe et chapeau bleu marine, chaussures sport marron... » suit l'adresse des parents 41 boulevard Ornano à Paris Paris.

Patrick Modiano est très intrigué par sa lecture et écrit dans son livre "Dora Bruder", « je n’ai cessé d’y penser durant des mois et des mois. (…) Il me semblait que je ne parviendrais jamais à retrouver la moindre trace de Dora Bruder. Alors le manque que j’éprouvais m’a poussé à l’écriture d’un roman, "Voyage de noces". »

Dans ce roman datant de juillet 1990, "Voyage de noces", Modiano parle d'une jeune fille Ingrid Teyrsen directement inspirée de "Dora Bruder", la fiche descriptive est presque similaire à sa lecture de "France-Soir", simplement elle a 16 ans, mesure 1, 60 mètres, ses vêtements et ses chaussures changent de couleurs... détails d'écrivains. En novembre 1994, il écrit un article publié par le journal "Libération", intitulé Avec Klarsfeld, contre l’oubli, où il mentionne l'adolescente avec son véritable nom, retrouvant même son nom dans le Mémorial de la déportation des juifs de France de Serge Klarsfeld. Il contacte alors "Serge Klarsfeld", obnubilé par « ces parents et cette jeune fille qui se sont perdus la veille du jour de l’an 1942, et disparaissent tous trois dans les convois vers Auschwitz... »

Son enquête est le fil conducteur de son livre datant de mars 1997 sur Dora Bruder, la fiction n'apparaissant plus que dans les souvenirs liés à sa propre enfance, qu'il mêle à son récit. La version "poche" parue en 1999 est enrichie des nouvelles données que l'auteur a recueillies entre-temps et quelque six plus tard, l'éditrice Françoise Verny écrira unb livre sur une amie morte elle-aussi en déportation Serons-nous vivantes le 2 janvier 1950 ? que Modiano a préfacé.

Commentaires et citations
- « Patrick Modiano — Pendant près de six ans, je pensais que je ne parviendrais jamais à sortir Dora Bruder du néant. En 1994, Serge Klarsfeld m'a communiqué les fiches du camp de Drancy et de la préfecture de Police la concernant, elle et ses parents. J'ai su qu'elle avait été pensionnaire dans une école religieuse rue de Picpus, qui n'existe plus aujourd'hui. J'ai écrit aux sœurs de cette institution, qui sont maintenant dans une abbaye en Normandie. J'ai demandé à ceux qui travaillent aux archives de la préfecture de Police s'ils pouvaient me donner des renseignements. Ce qu'ils ont fait.» (Rencontre avec Modiano, Gallimard, 2004)

« Je pense à Dora Bruder. Je me dis que sa fugue n’était pas aussi simple que la mienne une vingtaine d’années plus tard, dans un monde redevenu inoffensif. Cette ville de décembre 1941, son couvre-feu, ses soldats, sa police, tout lui était hostile et voulait sa perte. A seize ans, elle avait les monde entier contre elle, sans qu’elle sache pourquoi. [...] D’autres rebelles, dans le Paris de ces années-là, et dans la même solitude que Dora Bruder, lançaient des grenades sur les Allemands, sur leurs convois et leurs lieux de réunion. Ils avaient le même âge qu’elle. Les visages de certains d’entre eux figurent sur l’Affiche Rouge et je ne peux m’empêcher de les associer, dans mes pensées, à Dora.» (Dora Bruder, pages 77–79)

« Il faut longtemps pour que resurgisse à la lumière ce qui a été effacé. Des traces subsistent dans des registres et l'on ignore où ils sont cachés et quels gardiens veillent sur eux et si ces gardiens consentiront à vous les montrer. Ou peut-être ont-ils oublié tout simplement que ces registres existaient.  »

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