Et si je pouvais te ramener/Partie 3 : La fin

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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://helltracher.free.fr/books/Et-si-je-pouvais-te-ramener.pdf

Auteurs de l'œuvre originale : Eleken Traski

Licences : N/A



Quelques années plus tard L’homme, les cheveux gris, le front dégarnis, remplit une série de feuilles sur son bureau. Il porte une blouse blanche et son bureau est meublé d’une table et d’une bibliothèque de bois laqués. On frappe à la porte, ce qui le sort de son travail, et il invite un homme plus jeune, mais déjà grisonnant, à pénétrer dans la pièce. Les deux hommes se saluent, ils se connaissent déjà. L’homme qui vient de rentrer s’assoit dans un fauteuil de cuir face au bureau derrière lequel l’homme à la blouse se rassoit. Derrière lui, au travers des volets en persiennes filtrent les rayons du soleil d’été. Si la fenêtre était ouverte, le bureau serait empli de sons, le vent caressant les feuilles d’un arbre, le chant des oiseaux, le bruit lointain de la circulation… Mais seul le tic-tac de l’horloge balaye la pièce quand les deux hommes sont silencieux.

« Alors Pierre, pas trop impatient de voir ce passage de pouvoir se terminer » demande le plus ancien, une pointe d’acidité dans la voix. On comprend au ton de ses paroles que cela n’est pas dirigé contre son invité. C’est juste là, la voix d’un vieil homme sur le départ qui aimerait encore continuer. Pierre lui répond que non sans que rien dans son attitude ne trahisse qu’il ait perçu le ton de sa voix et ajoute même, pour l’homme en blouse, que son travail et son savoir lui sont d’une grande aide pour la mission qui lui incombe.

Le vieil homme sourit et sort d’un tiroir une chemise de couleur crème. « Je vous ai gardé le meilleur pour la fin. Enfin, pas le meilleur du point de vu pathologique ou des événements qui l’ont amené ici, mais vis-à-vis du mystère qui entoure les événements qui l’ont amené ici ». Il ouvre la chemise, tourne quelques feuilles et commence à parler. « Notre homme a été admis ici il y a une petite dizaine d’années. Depuis il n’a jamais été possible de le faire parler. C’était un enseignant chercheur en biologique et microbiologie. Il a été retrouvé par deux gendarmes, dans une forêt à proximité de son domicile un soir d’automne. Ils venaient lui faire part de la découverte de la tombe profanée de sa femme, mais ils ont trouvé la porte ouverte et maison vide. Ils ont très vite entendu les hurlements et se sont laissé guider par eux. Ils ont trouvé le sujet, s’enterrant lui-même dans le sol… Quand ils sont arrivés, il ne dépassait plus que ses bras qui s’échinaient encore à amasser la terre au-dessus de lui. Plus surprenant encore, dans cette tombe rudimentaire que le sujet avait lui-même creusé avec ses mains – l’état de ses doigts où plusieurs ongles manquaient l’attestant - les gendarmes trouvèrent le corps de sa femme décédée. »

L’homme qui s’appelait Pierre écarquilla légèrement les yeux et changea de position dans le fauteuil comme si celui-ci était soudainement devenu inconfortable. L’histoire qu’il était en train d’entendre était, en tous les cas, assez sordide. « Je ne suis pas arrivé à déterminer ce qu’il a tenté de faire ce jour-là, rituel de mort ou de renaissance ? Suicide ? Cannibalisme ou nécrophilie ? Voulait-il mourir à ses côtés ? Le corps de sa femme présentait des griffures comme s’il avait tenté de la défigurer. Les autorités ont retrouvé de nombreux ouvrages traitants de sorcellerie et de sciences occultes dans sa maison, ainsi que des preuves évidentes attestant que c’est lui-même qui avait dérobé le corps de sa femme. Mais une chose est sûre, il se passe d’étranges choses autour de lui depuis qu’il est arrivé. Les autres patients ne l’approchent pas et parfois il vous transperce d’un regard qui semble plus froid que la glace. Trois infirmiers se sont succédé à sa surveillance, deux sont en dépression, le troisième s’est suicidé… Et pourtant, rien ne semble le corréler à cet homme si ce n’est la coïncidence surprenante qui l’entoure… Mais je vais vous le montrer plutôt que vous en parler. Ne vous inquiétez pas, il est inoffensif ».

Un des infirmiers déverrouilla la porte et l’ouvrit sur une petite pièce entièrement capitonnée. Le vieil homme expliqua à Pierre que depuis le suicide de l’infirmier, l’établissement faisait tourner quatre personnes en alternance pour éviter tout effet démoralisant vis-à-vis du passif du patient et de ce qui l’entourait. L’homme à l’intérieur, entravé par une camisole, ne regarda pas les deux hommes… Il garda les yeux fuyant sur le côté, un filet de bave s’échappant de sa bouche.

Le vieil homme présenta pierre au patient, qui ne fit montre d'aucune réaction, et reprit. « Il se met à hurler de manière démentielle dès que l’on éteint la lumière ou s’il voit une femme. Sinon, il reste complètement apathique. Doux comme un agneau. À une exception près, il n’a jamais fait montre de la moindre violence ».

Le docteur baissa la voix jusqu’à murmurer.

« Remarquez sur ses jambes, ces cicatrices. Il a été retrouvé comme cela, les jambes couvertes de morsures humaines… Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer le médecin qui l’a soigné à l’époque – ce dernier étant décédé depuis - mais je pense simplement qu’il se les soit faites lui-même… Pour quel motif, encore une inconnue de cette histoire. Ne vous inquiétez pas de cette camisole, c’est pour éviter qu’il se fasse lui-même du mal. Il y a un mois, nous avons eu une coupure de courant de quinze minutes. Ses hurlements ont empli tous les couloirs tellement ils étaient forts, j’en ai encore des frissons quand je songe à la détresse qu’ils contenaient. Quand l’infirmier est accouru dans la pièce, il l’a trouvé le visage lacéré et une nouvelle trace de morsure sur le mollet. Pourquoi le noir provoque chez lui un tel déchaînement de violence contre lui-même ? C’est un mystère également. Venez, sortons maintenant. »

Les deux hommes sortirent pendant que l’infirmier refermait derrière eux et s’en allait. « Alors pierre qu’en pensez-vous ?

— C’est un cas intéressant de phobie nocturne et d’automutilation. Je pencherais pour un sentiment exacerbé de culpabilité dû à la mort de sa femme, mais cela ne colle pas avec l’état de choc dans lequel il semble perpétuellement plongé. Rien dans son passé qui apporte une explication je présume ?

— Absolument rien, ses amis, sa famille, personne n’a pu m’apporter le début d’une idée. La clef, soyez-en sûr, tient dans cette nuit où il a déterré sa femme et où il l'a ré enterré dans la forêt. Il s’est passé quelque chose cette nuit-là, mais quoi… Je suis sûr que c’est là que se trouve la solution…

— Et durant toutes ces années, il n’a pas prononcé une parole ?

— Pas exactement, il parle parfois. Un murmure incompréhensible, inaudible... Parfois il me semble y distinguer le mot « pardon » et « regret » mais je ne peux rien affirmer... Rien d'autre... Sauf quand il y a eu la coupure de courant. il a hurlé sans relâche… Et au milieu de ses hurlements, il a psalmodié plusieurs fois quelques mots. En fait, J’ai réussi à relever deux phrases en tout. La première était audible mais incompréhensible par son contenu. Cependant, c’est celle qu’il répéta le plus de fois cette nuit-là. Elle est construite semble-t-il, mais est prononcée dans une langue probablement fictive. Attendez une seconde. » Il sortit une nouvelle feuille de la chemise. « La voici : N’Bargol sumetornis N’Barragaas Viennus con te me… Enfin, c’est une transcription phonétique… Comme vous le voyez, cela ressemble à du Latin, mais ce n’en est pas. J’ai pu consulter il y a quelques années ses effets personnels et j’ai trouvé des traces de ce nom, N’Bargol, dans plusieurs de ses livres… Et également dans un livre de notes très intéressant, mais complètement farfelu qu’il tenait depuis apparemment des années. Ce journal contenait des phrases dans la même langue imaginaire. C’est d’ailleurs l’un des rares éléments qui nous apporte un semblant de réponse. Cet homme était obsédé par la mort et par le moyen de la vaincre…

— Hum… intéressant. Et l’autre phrase ?

— À celle-là, il ne l’a dite qu’une seule fois, juste après que nous lui ayons injecté une bonne dose de tranquillisants, car nous n’arrivions pas à le calmer. C’est une phrase simple, qu’il n’a malheureusement pas terminée avant de sombrer dans l’inconscience. » Le vieil homme marqua une pause et sembla hésiter à continuer. Pierre le regarda en haussant un sourcil d’interrogation. « Désolé, mais depuis que je l’ai entendue, cette phrase m’obsède… Si vous aviez pu entendre l’horreur qui habitait sa voix quand il l’a prononcée…

— Quelle était-elle, monsieur ? »

Le vieil homme prit une profonde inspiration et prononça une phrase, la voix légèrement tremblante.

« Et si je pouvais te ramener… »




Message de l'auteur original aux lecteurs

Cette histoire qui me fut inspirée par ma propre histoire… Cette histoire chaotique et décousue, difficile à écrire, dont je ne pouvais écrire le terme qu’en en prenant connaissance… C’est une histoire triste, à ne pas mal interpréter car elle n’est dotée d’aucune méchanceté, qui rapporte un espoir… Pour un gamin dans le noir…

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