Et si je pouvais te ramener/Partie 2 : La vue

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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://helltracher.free.fr/books/Et-si-je-pouvais-te-ramener.pdf

Auteurs de l'œuvre originale : Eleken Traski

Licences : N/A


Il fait sombre, un son bourdonne à mes oreilles… Au-dessus de moi les nuages forment un plafond bas et noir dans lequel couve l’orage. Je me dresse au sommet d’une montagne escarpée. Le vent siffle à mes oreilles et fait voler mes vêtements légers. Où suis-je ? Je ne comprends pas, je ne le sais pas. Partout où mon regard se pose, je ne vois que désolation. Un désert infini s’étire au pied de la montagne, aux quatre coins de l’horizon. Aucune plante n’est visible, seules quelques carcasses d’arbres calcinés parsèment par endroits la plaine calcinée qui s’étend en dessous de moi. Le tonnerre gronde, tel un animal tapis dans l’ombre, au-dessus de moi. J’ai froid, ma vue papillonne et j’ai du mal à respirer. Mais où suis-je ? Je ne sais pas… Je ne sais pas… Je me retourne et me retourne sans cesse… Rien, il n’y a rien ni personne… Je suis seul… Au milieu de ces terres mortes… Un cri retentit dans mon dos… Je me retourne, il n’y a rien ni personne et… Et ça me saute dessus, je hurle en tombant et en glissant sur quelques mètres, mon dos déchiré par les saillies du roc. J’essaye de me relever, mais c’est déjà sur moi, sifflant et griffant mes chairs. Un éclair m’aveugle quand je tente de distinguer mon agresseur… Le tonnerre hurle comme mille hommes dans mon crâne… La chose se redresse, je tente de me protéger d’un bras… Je sens mes os se briser sous l’impact, transpercer mes muscles et ma peau. Je hurle de douleur, mon sang venant noyer mon visage…

Je me redresse la bouche ouverte, conscient d’avoir hurlé avant de reprendre conscience. À peine ai-je ouvert les yeux, qu’une horrible migraine m’assaille avant même que j’eus accoutumé ma vue à l’obscurité. Après quelques secondes, je me rappelle. Je me rappelle l’absence qui saisit mon cœur. J'ai mal au crâne et les yeux qui brûlent. Je suis dans le canapé du salon, une tache humide m’indique que je me suis vomit dessus dans mon sommeil. Après mon échec à te ramener j'ai crié, j'ai hurlé contre les murs, contre Dieu, contre tout le monde. J'ai détesté l'humanité tout entière, maudit les hommes, puis j'ai tout brisé dans la maison, j’ai brisé chaque objet comme le tissu de mon cœur fissuré. Les voisins ont dû m'entendre, aucune importance, qu’ils viennent, je les tuerais pour écouler ma souffrance... Épuisé, à bout de force, je me suis traîné dans les différentes pièces de la maison, puis j'avais vidé une bouteille de vodka qui restait intacte dans le frigo depuis de nombreuses années. Enfin, je me suis effondré, ivre mort, alors que le soleil frappé dur sur les volets fermés.

À la lueur qui pénètre encore maintenant, je pense qu'il doit être le début de la soirée. La nuit ne tardera pas à tomber. Je me lève, des courbatures dans chaque muscle, un mal de crâne fulgurant me rendant presque aveugle, tellement je n'arrive pas à ouvrir les paupières sans être parcouru d'éclairs rougeoyants de douleur, faisant frémir chacun de mes membres. Je me dirige à pas lourds vers le volet le plus proche afin de m'assurer de l'heure qu’il est, quand j'entends ce bruit. En provenance de la cave... Un bruit... Non… Plutôt un gémissement, un râle de souffrance... Je m'arrête sur place, figé dans mon action, glacé jusqu'au sang. Et puis un son, celui d'une chute cette fois. C’est un déclencheur, mes muscles rigides, ankylosés par l’attention que je portais jusqu’alors aux sons, se détendent d'un seul coup et je serais tombé sur le sol si je n'avais été appuyé contre le mur. Je ne quitte plus la porte de la cave des yeux… « Entrouverte », ne cesse de me répéter mon esprit. « Entrouverte »... Ouverte... Ouverte sur le néant, sur l'obscurité, sur le noir, sur le froid et sur la mort. Je défaille, à cet instant, j’ai failli perdre connaissance avant de me rendre compte que j'en avais même oublié de respirer. Je me redresse, inspire bien profondément. Il faut que j’aille voir ce qui se passe. Si seulement je n’avais pas tant mal au crâne, si seulement j’avais les idées claires. Ce serait plus simple de prendre la bonne décision. Que faire maintenant ?

Avancer, oui, avancer vers la porte. Je dois aller voir. Je dois aller te voir. Cela ne peut-être que toi. Tu es revenue finalement… Cela ne peut-être que toi. Tu dois être complètement désorientée dans le noir, perdue... Tes derniers souvenirs doivent être ceux de la noyade et tu te réveilles dans l'obscurité et le froid de la cave. Quel idiot de ne pas avoir attendu avant de m'imaginer de que j'avais échoué. Tu es là, apeurée et seule en bas, et tu as besoin de moi. Mais je me fige à nouveau devant la porte. Mon cauchemar trop présent à mon esprit. Je me vois pousser légèrement la porte, appuyer sur l'interrupteur... Et je frémis. J'imagine une main froide et dure, une serre, agrippant mon poignet dans le noir et m'entraînant dans l'obscurité... Cette pensée me glace, elle m’immobilise. Je suis paralysé devant la porte, incapable du moindre mouvement, incapable du moindre son. Je me réprimande intérieurement. C'est toi en bas et je me dois de venir t'aider. C’est pour cela que je t’ai ramené. Mais non, c'était impossible, mes muscles refusent de m'écouter. Paralysé... De terreur. Oui ! C'est cela, de la terreur. Qu'ai-je fait ? Quelle folie m'a pris ? De quel droit t'ai-je arraché à la quiétude du repos éternel. À nouveau, le flux de mes pensées se brise. Un craquement derrière la porte... La cinquième marche. C’est la cinquième marche qui craque comme ça... Ô Seigneur, quoi que ce soit, toi ou l'émanation incarnée du Démon, c'est en train de monter les marches. Que faire ? Je ne le sais pas. Je crois que je ne me pose même pas la question. Je me contente de rester ici, immobile, la terreur comme seule compagne, et de contempler la porte, tremblant de tous mes membres.

Le son des pas, clair, résonne. Un râle continu s'échappe de la bouche de ce qui vient d'arriver juste derrière la porte. Les pores de ma peau transpirent une sueur froide qui me fait dresser la chair de poule. Invisible, seule cette porte entrouverte me sépare de cette chose. Le son du raclement d'ongles sur le bois, le son d'une gorge d'où s'échappent de petits gargarismes, comme un enfant essayant de parler. Mais ici, la cruauté et la rage, contenues dans ces sons, sont horriblement perceptibles. Ma libération est une surprise et je me retourne à l'instant même où une forme blanche indéfinissable passe dans la lumière pour se saisir de la porte. Je me précipite vers l'entrée alors que le grincement m'indique que la chose vient d'ouvrir la porte. Je tourne la poignée... Et rien ne se passe. La porte est verrouillée... Je tire encore une fois, tentant de tourner la poignée. Dans ma panique, je tire plusieurs fois avant de poser le regard sur la petite corbeille sur le côté. Les clefs, simplement posées en évidence, là où je les laisse toujours... J'ai fermé à clef bien évidement. Je m'empare du trousseau quand quelque chose se brise dans le salon derrière moi. Le bruit des pas traînant se rapproche, immédiatement couvert par une plainte horrible qui brise mon esprit. Je n'ose me retourner pour affronter ce qui se trouve juste derrière moi. Je sais que la chose se rapproche lentement de moi, ses mains, comme des griffes, tendues vers moi. Je m’attends à tout instant à sentir son haleine froide dans mon cou. Ses pieds nus sur le parquet se rapprochent. Au son, je sais que moins de la moitié de la pièce nous sépare encore. Je tente d'insérer la clef dans la serrure de nombreuse fois sans succès, mes yeux me brûlent de désespoir, mais toujours aucune larme ne coule sur mon visage...

Enfin la libération, la clef tourne dans la serrure, la porte s’ouvre, je me propulse à l’extérieur et fonce droit devant moi. Avant de m’engouffrer dans le bois qui côtoie ma maison, je me retourne le temps d’apercevoir une ombre se dessiner dans la porte… Je me maudits de ne pas l’avoir fermée en sortant. Pourquoi le bois, seigneur, mais pourquoi est-ce que je me suis précipité dans le bois, plutôt que dans ma voiture. Je ralentis un instant… Dois-je faire demi-tour, tenter de l’éviter par le côté et plonger vers mon véhicule… Est si cela me prend par surprise ?… Et si ma voiture refuse de démarrer comme elle l’a bien souvent fait ? Non, je repars de plus belle… Dans la nuit, la forêt est effrayante, très noire, je ne vois pas grand-chose devant moi… Le vent souffle dans les branches et entraîne les arbres dans une danse incongrue. L’air est chargé d’électricité, un orage se prépare… Le chemin est bien différent de celui que j’ai déjà fait en plein jour… La ville n’est qu’à quelques minutes en coupant à travers bois, mais en cet instant j’ai perdu tout repère… Est-ce que je ne tourne pas en rond ? Et si en me précipitant comme cela, je me retrouvais nez à nez avec cette chose ? Et si…

Je me prends les pieds dans une racine et je tombe en avant en me recevant douloureusement sur les cotes. Mon pied droit reste coincé entre les racines et l'os se brise dans un sinistre craquement couvert par mon cri et le vent qui hurle dans les branches de sapin comme pour souligner la douleur qui me saisit. Je me retrouve sur le dos, immobilisé par la souffrance qui monte en vagues pulsantes de ma cheville brisée, parcourant mon échine. Mes mains sont crispées sur ma cuisse, comme si cela pouvait contenir la douleur à ma seule jambe. Je relève la tête pour dégager ma cheville à l'aide de mes mains. C’est terriblement douloureux, des flashs de souffrances pures me traversent le corps à chaque fois que je fais un geste trop brusque. Le vent s’engouffre dans mes vêtements légers et me glace les os. Je parviens finalement à dégager ma cheville. J’ai affreusement mal et je n'arrive plus à bouger ma jambe. C'est alors que je redresse la tête. À quelques mètres de moi, caché par les troncs et les buissons d'épines, une ombre parmi les ombres se déplace lourdement, une silhouette oscillant de droite à gauche dans un pas incertain comme un homme saoul. Mais ce n'est pas un homme ivre, comme l'indique immédiatement le râle qui vient se propager jusqu’à moi dans une accalmie de vent. Cette chose, lentement, se rapproche et je suis immobilisé ici. Je me retourne et malgré la douleur, je commence à ramper sur le sol. Mes doigts agrippant la terre meuble, les aiguilles de pin se plantant dans mes paumes.

Je rampe comme cela pendant quelques secondes, mais je dois reconnaître que malgré mes efforts, malgré le vent qui siffle et engourdit mes doigts, le râle, les pas se rapprochent de moi, beaucoup plus vite que je ne peux m’échapper… Alors, en désespoir, je me retourne, je veux voir ma mort s’approcher de moi… Et tu es là… Nue dans l’obscurité, ton corps se dessine, tes courbes somptueuses mettent en valeur ta peau de lait qui semble luminescente dans la nuit. Tu t’approches de moi… Et là je vois… Je vois toute la fureur qui habite ton regard… Tu ne tangues pas comme ivre, tu te bats contre ton corps mort pour venir te venger de moi et de mon arrogance. Tes lèvres sont retroussées sur tes dents, prêtes à me rendre le mal que je t’ai fait. Cette haine, cette haine qui me transperce… Je suis paralysé de terreur, non, ce n’est pas ce que je voulais, ce n’est pas comme ça que je le voulais… Tu te rapproches encore de moi… Je vois ma mort se dessiner dans tes yeux…

Le sang quitte mon visage, mes lèvres frémissent, mes doigts s'enfoncent dans la terre meuble, incapable du moindre mouvement, je te regarde qui marche vers moi, deux mètres, puis un... Un siffle de haine sans fin s'élève de ta gorge. Tes yeux, emplie de noirceur reflète l'enfer qui me tend ses bras... J'essaye de dire un mot, mais seul un murmure inaudible s'échappe de ma gorge... Encore un pas, tu es là, juste au-dessus de moi, cavalière de la mort, comme la faue, prête à me prendre, messagère du néant venue me priver de la vie... Et puis, je prends soudainement conscience que je peux arrêter tout cela, la magie qui t’a ramenée peut te renvoyer à la mort, te libérer de ta prison de chair. Mais ma gorge est serrée et je n'arrive pas à prononcer autre chose qu'un petit cri, tandis que tes lèvres se rapprochent doucement de mon visage... Je lutte, je n'y arrive pas, je n'y arrive pas, je vais mourir... Enfin, ma langue se décole de mon palet, ma gorge laisse passer mon souffle... Et je prononce l'incantation brisant le sort d’une voix tremblante et précipitée, priant que cela mette fin à ce cauchemar… Ton visage n'est plus qu'a quelques centimètre du mien... N'Bargol, dei Neus Nabodam'as cacsma, repimdere e ta, N'Bargol, gat nos stem

… Et rien ne se passe, tu es toujours là, te pressant contre moi, haute de toute ta beauté fatale… Tu t'approches encore de moi, ton visage grimaçant de haine, ta bouche ouverte sur un abîme noir de souffrance. Pourquoi cela ne fonctionne-t-il pas ? Pourquoi ne tombes-tu pas, morte à l'instant ? Je tends la main devant mon visage quand tu te penches sur moi en hurlant comme un animal, comme un prédateur fondant sur sa proie. Je hurle de peur, puis de douleur quand tes dents se plantent dans ma paume, sectionnant mes doigts. De tes doigts, tu écorches la peau de mon visage, ils se referment sur mon cou, tandis que je bascule en arrière sur le dos… Tu vomis sur moi mes doigts qui se trouvaient dans ta bouche accompagné d’un liquide noir et épais, ton sang coagulé… C’est alors que je perçois un changement, tu sembles surprise, puis ton corps bascule vers l’arrière… Tes pieds s'enfoncent dans le sol comme s'il était mouvant... Lentement, la terre monte jusqu'à tes genoux. Le moignon sanglant de ma main contre ma poitrine, je me redresse, je regarde sans comprendre ce qui se passe maintenant... Un espoir se dessine dans mon esprit, le sortilège se rompt, tu retournes à la terre d'où je t'ai arraché... Tournant et tournant encore la tête autour de toi, la chose que tu es devenue ne semble pas comprendre. Je tente de reculer encore à l'aide de ma cheville valide quand tout ton corps semble s'affaisser. Tu tombes en avant sur ma jambe où tu plantes tes dents. Je hurle en tentant de me dégager, mais tu restes désespérément accrochée à ma jambe d'où tu arraches de grands lambeaux de chair tout en griffant ma peau de tes mains. Je sens le sol sous mes fesses glisser... Tu m’entraînes avec toi. Ton corps est déjà plus qu'à moitié enterré dans le sol et continu inexorablement à s'enfoncer. J’ai beau frapper, hurler, crier, griffer, supplier, tu ne me lâches pas... Tu continues de te nourrir de ma chair, mon sang abreuvant en quantité le sol avide, et à m'entraîner à ta suite. Très vite, ma jambe disparaît à ta suite dans le sol. Devenue invisible, tu n'en continues pas moins à m'emporter dans cette étreinte fatale. Le processus semble s'accélérer, et il n'y eut plus très vite que ma poitrine, puis ma tête qui émerge encore du sol… Puis mon visage, puis mon nez, par lequel je tente désespérément de respirer.

J’ai commis une erreur, une horrible erreur, en croyant pouvoir t’embrasser une dernière fois. Ce qui est revenu de la mort, c’est toi et autre chose, un être qui souffre horriblement et qui cherche la cause ta souffrance. Je t’ai ôté la rédemption et je t’ai plongé dans la folie et la haine. Et ma dernière pensée, avant de franchir la frontière qui me mènera au purgatoire où je me suis damné, est de regretter d’avoir un instant conçu l’immonde possibilité… Et alors que la terre emplit ma bouche et pénètre mes poumons, alors que je suffoque en tentant de la cracher malgré ta prise sur mon corps… Alors seulement, maintenant que la mort se dessine devant mes yeux aveugles, alors que le ciel disparaît, masqué par la boue qui se presse contre mon visage… Alors enfin… La paix de la mort imminente ralentissant mes efforts pour survivre... Alors enfin...

Je pleure.


Et si je pouvais te ramener/Partie 3 : La fin


Message de l'auteur original aux lecteurs

Cette histoire qui me fut inspirée par ma propre histoire… Cette histoire chaotique et décousue, difficile à écrire, dont je ne pouvais écrire le terme qu’en en prenant connaissance… C’est une histoire triste, à ne pas mal interpréter car elle n’est dotée d’aucune méchanceté, qui rapporte un espoir… Pour un gamin dans le noir…

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