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Gyges/Acte V

Marteau de juge

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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://singevert.free.fr/bc/gyges.html

Auteurs de l'œuvre originale : COLLIGNON Bernard

Licences : N/A


Sommaire

SCENE PREMIERE -TYDO, CANDAULE

(la Reine se regarde pensivement dans un psyché. Le Roi entre furtivement. La Reine l'aperçoit mais ne marque aucun sentiment. Il s'assied sur un pouf.)

CANDAULE

J'étais venu contempler ma Reine au lever de l'aurore. J'étais venu voir, si la nuit t'avait transformée.

TYDO

Tranformée?

CANDAULE

Si un soleil nouveau s'est reflété en toi.

TYDO

(se retournant théâtralement)

Eh bien me voici

(elle se lève).

Contemple. Contemememple-moi.

(Elle esquisse autour du Roi une lente ronde possession sphyngienne et le fixe d'un air profond, inspiré. Le Roi se tourne aussi sur son siège amusé et pensif)

CANDAULE

C'est toi qui me contemple ...?

TYDO

Pourquoi non ?

(elle poursuit au ralenti)

CANDAULE

(la prenant doucement par la main) :

Cesse, je hais le mouvement qui déplace les lignes. [1] Laisse-moi te regarder.

TYDO

C'est moi qui regarde aujourd'hui, c'est moi qui possède.

CANDAULE

(fièrement)

Qui veut me posséder?

TYDO

La Reine.

CANDAULE

(mélodie descendante)

Le ROI possède la Reine.

TYDO

Et Gygès, le Roi.

(jeu de scène à la discrétion de l'acteur : feint de ne pas comprendre, ou tique légèrement, ou sur le point de s'expliquer, ou bien feint l'étonnement. etc...)

TYDO

Qui es-tu, toi qui te livres à tes courtisans, et te fermes à moi?

(faisant la liaison après "fermes")

CANDAULE

Est-ce que je me livre?

TYDO

Toi qui cajoles tes gitons, mais évites ta femme?

CANDAULE

(laudatif et explicatif) :

Tu es la Beauté. Tu es l'Idéal.

TYDO

Es-tu heureux?

CANDAULE

La Beauté ne se touche pas, l'Idéal ne s'atteint pas.

TYDO

L'Idéal ne se contemple pas. Il se prend

(Elle esquisse un geste, il se gare instinctivement)

CANDAULE

Arrière!

(La Reine se recule et laisse retomber le bras, découragée.)

TYDO

(morne)

l'ennui me ravage. As-tu pensé combien les statues pouvaient s'ennuyer?

(Silence)

Lygdamis me peigne, je la peigne à mon tour, nous nous...

CANDAULE

Toi aussi, Seule, comme moi?

(silence, pause)

(Le Roi se lève rapidement, et tente maladroitement d'embrasser la Reine.)

TYDO

(se dégage et crie)

Ne me touche pas! [2]

(le Roi reste dans sa posture, les bras en avant, "foudroyé")

C'est toi même que tu embrasses! C'est ta victoire que tu veux étreindre !

CANDAULE

Ma victoire?

TYDO

Oui! c'est ma dégradation, c'est ma souillure qui te transporte! Et Gygès est ton complice!

(Elle s'enfuit. On entend au loin un battant de bronze se refermer.)


SCENE II -CANDAULE, seul

CANDAULE

Seul... Une fois de plus...

(un geste impulsif vers la sortie)

Oh !

(regard circulaire)

Comme tout est vide en ce palais. O Tydo ! Je l'ai tant regardée que je ne l'ai point vue -de ses grands yeux ouverts, aveugles... Mais la frôler, mais lui parler sans jouer! la découvrir... Me découvrir...

(plus bas, sourdement)

Elle me méprise, à jamais ; et certainement depuis longtemps

(avec une rage contenue)

Que ne me suis-je vengé d'elle plus tôt! Oui c'est une Juste vengeance que j'ai assumée. Devant toute la cour, j'aurais du l'exposer ! Hélas, je me tourne moi-même en dérision, je demande à chacun d'être aussi esclave que moi.

Et à toi, Gygès, j'ai voulu demander plus qu'aux autres, parce que c'est toi que j'aime le plus, toi qui m'as toujours fui, toi qui d'entre mes mains toujours as su glisser.

(Plus vif)

Tu ignores le bienfait que je te dois, la douce vengeance que tu m'as procurée. Qu'elle t'ait vu, tant mieux! Je suis donc en ton pouvoir, Gygès, à présent. Gygès, mon seul ami, que je n'ai pu fléchir!


SCENE III -CANDAULE, GYGES

Gygès apparaît dans le dos du Roi, éclairage sinistre

(vert sombre),

il tient son poignard

(reflets jaunes sur la figure de Gygès, vers sur le poignard)

CANDAULE

(se retourne, il ne manifeste pas de surprise trop forte.)

TOI... .

GYGES

(voix étouffée, comme se parlant à lui-même) :

douleur, mon incertitude, mon angoisse, je vous ai devant moi, je vous regarde sans ciller, je vous tiens -au bout de mon poignard.

(Ce disant, il s'est avancé en un lent mouvement de glissade. Les voici corps à corps)

CANDAULE

Je ne pensais mourir par toi.

GYGES

Tu ne dis pas la vérité.

CANDAULE

J'aime la vie, sais-tu ...[3]

GYGES

Meurs...

(Candaule pousse un long cri mélodieux- Sprachgesang ou Tarzan, au choix; il rampe, recroquevillé, vers le public, de côté. Puis il s'affale, en boule. A ce moment lumière blanche éblouissante).


SCENE IV -GYGES, LE ROI (mort), TYDO

TYDO

Gygès, qu'as-tu fait?

(Gygès reste immobile. Tydo alors va se pencher vivement sur le cadavre du Roi. On l'entend murmurer son nom. Gygès reste immobile. Elle revient ) :

Qui t'a fait sortir?

Qui t' a permis de frapper dès maintenant?

GYGES

Demande-le aux gardes

(il montre son poignard)

TYDO

Je t'aurais délié de ton serment ; je t'aurais enjoint de ne pas le faire.

(Gygès reste incrédule).

Je ne l'ai jamais véritablement approché. Idole il m'avait prise, idole, je suis restée. Je n'ai su que jouir de mon malheur. Mon orgueil m'a glacée. Je l'ai poussé à ce geste de désespoir.

GYGES

Tu te trompes.

(Il la prend par les épaules; la Reine continue à regarder le Roi).

Je me suis échappé de vive force J'ai voulu voir ma victime en face ; j'ai voulu me regarderen face.

(Plein feux sur le groupe; des esclaves recouvrent le Roi d'un linceul et le tirent discrètement. Fanfares de style Mouret.)

GYGES

Il a peu résisté. Il est tombé très vite.

(On emmène le Roi)

TYDO

Adieu, prêtre...

GYGES

Mon Roi, je tâcherai d'être digne de toi.


SCENE V -LES MEMES, FORCENE, FOULE

Des rumeurs de foule se font entendre et s'amplifient. "Le Roi est mort!" Youyous "Gygès l'a tué!" La Reine écoute. Bruits de pierres lancées.

TYDO

(tenant les poignets de Gygès)

Nos mains ne tremblent pas.

(Un forcené surgit, l'épée à la main. La Reine s'interpose vivement. Sacré ! Maudit si tu le touches!

LE FORCENE

(souffle court)

Ils te tueront, Gygès!

(Il sort précipi tamment)

GYGES

(très résolu)

Allons.

(Du fond de la scène s'est avancé un praticable. Gygès et Tydo y prennent place en le contournant. Il se retrouvent, face au public, derrière une tribune. La FOULE envahit le plateau. Gygès paraît. A son côté, la Reine. Des voix crient "CANDAULE") !

GYGES

Peuple!

(Les voix se taisent une à une assez vite.)

Toi qui cherches un recours,

Toi qui demandes un roi,

Toi qui, dans les ténèbres,

Vas criant:

"Où trouver mon garant? Où trouver mon ami ?"

Vois le signe des dieux au-dessus de ma tête.

(Projecteur)

Oui, les dieux, cette nuit, ont tranché, Ils m'ont, cette nuit, investi,

C'est moi que tu attends, ô Peuple,

Invincible et soleil, Gygès, roi de Lydie!

(Le praticable, insensiblement, s'est élevé)

Et ainsi, Lygdiennes, Lygdiens, à pied, à cheval, en voiture, sous la pluie, la grêle, la tempête, partout où votre pied hésitera, partout notre honneur soutiendra votre foi!

(Il écarte les bras, renverse Tydo d'une baffe, tout s'écroule, et un corps de ballet fait son entrée sur un rythme de french-cancan, musique d'Offenbach.)


FIN

Notes et références

  1. Proverbe chinois ou vendéen.
  2. Voir note 44
  3. Mieux encore: "Saviez -vous" !

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