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Homo Syntheticus/Chapitre 30 (Fond de toile)

Marteau de juge

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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://hodo.free.fr/Romans/Homo_syntheticus/

Auteurs de l'œuvre originale : Serge Jadot

Licences : N/A

— Ça y est, Nic. Moka arrive! annonça Chica.

— Ouf! Dans combien de temps seront-ils là?

La communication était lente car le milanaute était encore éloigné.

— L'ambassadeur Tanaka compte se rendre avant au Japon.

— Dis-lui que j'ai absolument besoin de son aide. Fais-lui un rapport détaillé de la situation.

— Voilà, c'est fait. Tu tiendras le coup jusque là.

— Ca ira. Et Muhammad? Grâce à tes astuces et à Suga, il arrive à intégrer complètement la personnalité d'un grand chef d'état. Rûdâba lui donne des compléments d'informations plus propres aux mœurs locales.

— Et Ghâzel?

— Elle est en route. Elle ne pouvait plus tenir assiégée, qu'elles étaient. Ghâzel et les sept autres gynoïdes ont appliqué vos consignes. Elles ont baissé au maximum la température de leur organisme, à température ambiante. Je saurai maintenant pour la prochaine fois ce que voulait dire : les faire chambrer - ce n'était pas facile à trouver. Enfin, grâce à leur vision nocturne, elles ont pu échapper aux tireurs embusqués qui eux, étaient restés visibles en infrarouges. Elles cherchent maintenant un passage à la frontière dans les montagnes.

— Bien! Dès que Ghâzel sera en Perse, l'Empereur annoncera officiellement qu'il la prend sous sa protection. Il est urgent d'enrailler le vent de folie qui s'empare de la Nouvelle-Mésopotamie.

— Pourquoi fais-tu tout çà, Commandant?

— Vous avez une chance, vous androïdes de ne pas savoir ce qu'est la guerre. Je l'ai vécue, j'étais gamin. J'étais du côté des perdants pourtant j'étais convaincu d'être du côté des bons. J'ai compris après que les bons étaient toujours gagnants. Plus tard, je compris que s'ils étaient bons c'est parce qu'ils étaient gagnants. Ils, qui ça, ils? Une poignée d'hommes qui décident d'imposer leur loi. Car les autres, la majorité, ne demandent que la paix. A ceux-là, on leur fait croire qu'elle ne se fera que dans un bain de sang. A l'origine, toutes les guerres ont de bonnes excuses, luttes pour l'indépendance, dominations pour assurer la paix, ripostes punitives, châtiments du droit divin ou défenses de je ne sais quels principes inaliénables. Je me demande parfois si les fortunes versées à détruire puis à reconstruire n'auraient pas pu servir à monnayer la paix, à inventer de nouvelles solutions, à nourrir des milliers d'affamés. Mais tu ne peux pas comprendre.

— Malheureusement, si! N'oublie pas que j'accède à toutes vos banques de données. Quel désastre! Dis-moi, c'est pour cela que tu assistes Muhammad?

— Qui sait si finalement, il n'est pas plus raisonnable de lui faire confiance? Il n'a d'autre ambition que de rendre les humains plus heureux! N'est-il pas l'être le plus digne de la charge qu'il occupe?

Le commandant ferma les yeux et se cala confortablement dans le fauteuil. La nourriture trop riche des Terriens l'endormait. Le maître des lieux ne mangeait pas de ce pain, mais il savait bien recevoir ses invités.

Heureusement, la prévenante Adela avait donné quelques remèdes contre l'indigestion et autres petits malaises qui pouvaient indisposer les Hôdons. C'était le contenu de la seconde boîte scellée, celle qui avait tant terrorisé les ministres bluffés par le Commandant.

Ce dernier somnolait quand Muhammad fit son apparition, toujours accompagné de Suga, Rûdâba et Gol-Rahmân.

Ils échangèrent quelques mots avec Chica. Le savant japonais était épuisé et alla se coucher. Rûdâba malgré la fatigue attendait l'arrivée des exilées qui avaient traversé la frontière. Un car de police qui les attendaient, les conduisaient maintenant vers la capitale. La gynoïde secouriste prit Nic dans les bras et alla l'installer délicatement dans son lit.

Le lendemain, le commandant se réveilla, frais et dispos. Tout à coup il réalisa que quelqu'un l'avait porté dans sa chambre, revêtu d'un pyjama et bordé. Il devina que c'était l'œuvre de Chica. Rapidement il se prépara et se rua aux nouvelles. Dans le salon réservé à l'usage du petit déjeuner des hôtes de marques, il vit sept femmes. Quatre étaient en treillis militaire et les autres en tenue de combat de nuit. Nic n'eut pas le temps de demander qui elles étaient que Suga apparut avec Laylâ et une autre gynoïde qu'il ne connaissait pas. Il devinait qu'il s'agissait de Ghâzel car, elle portait une toilette princière avec de longs gants soyeux. Le Japonais expliqua qu'il avait dû cacher les mains écorchées de la fugitive.

Moins d'une heure après son effigie fut diffusée sur le Réseau. Muhammad annonçait à son peuple qu'il avait recueillit l'épouse persécutée de son vieil adversaire, Son Eminence Akaam. Il la protègerait personnellement jusqu'à ce qu'elle récupère la place qui lui revenait de droit.

Nic jugea que l'androïde se débrouillait de mieux en mieux et avait hâte de connaître les réactions des néo-babyloniens.

Chica s'approcha de lui et murmura :

— Hier tu me parlais de la guerre. Et les émeutes? Que pourra faire Muhammad pour calmer les esprits?

— Et les émeutes? J'ai aussi connu cela quand j'étais astronaute. Tout commandant redoute une mutinerie, et ce n'est pas toujours de sa faute. Il est souvent par la suite très difficile de faire la part des responsabilités. En général, il y a une équipe de psy dans les voyages de longue durée pour éviter ce genre de situations. C'est d'ailleurs ce que nous avions sur Hôdo à notre arrivée. Grâce à leurs conseils j'ai pu focaliser l'attention de tous les colons sur un objectif commun autre que celui de dominer la planète en imposant leurs propres règles.

— Et pourquoi n'y aurait-il pas de psy, comme tu dis, ici?

— Un pays, n'est pas un vaisseau. Les conditions de vie dans l'espace sont très différentes. La survie et la mission priment. De plus, tous les membres d'un vaisseau partagent en général le même objectif, quelles que soient leurs fonctions, les psy inclus!

— Alors?

— Tu sais, il y a des humains vraiment malfaisants. J'ai pour ma part toujours pensé qu'il fallait les mettre dans l'impossibilité de nuire. Je ne pense pas qu'ils soient nombreux, mais les plus dangereux ont beaucoup de pouvoir. Notre Muhammad, lui, n'a pas cette soif de pouvoir. L'aide que je lui apporte n'est pas complètement anodine. Lui, au moins, n'essayera pas de nuire à Hôdo. Et si par la même occasion, il peut contribuer à plus de bonheur pour les Terriens, pourquoi ne pas en profiter et envisager l'impensable. Le Muhammad d'aujourd'hui peut contribuer à la paix dans la région.

— Il devrait donc négocier?

— Oui, mais je crois qu'il faut parfois forcer la main.

— Comme tu l'as fait avec les ministres?

Muhammad, lui, avait très bien compris la leçon. Il attendait l'arrivée de Tanaka dont il suivait l'approche en permanence. Le milanaute avait dépassé la Lune. Il voulut annoncer l'arrivée imminente de l'ambassadeur de la Terre basé sur Hôdo. Nic lui recommanda la discrétion jusqu'à la dernière minute.

Ce fut avec une immense joie que le commandant des Hôdons accueillit Moka, Tanaka, Petit Cheval Blanc et Le Ninja. Ce dernier n'avait pas voulu que sa femme retournât seule sur Terre et avait fini par convaincre Katsutoshi de partir avec l'ambassadeur.

Un conseil extraordinaire des ministres fut convoqué. Grandes était leur déception d'apprendre qu'à cause de leur incrédulité ils avaient perdu la primeur d'une première rencontre extra terrienne.

Tanaka était l'homme de la situation. Il connaissait toutes les ruses perfides de la diplomatie. Et il n'avait pas oublié que les néo-mésopotamiens avaient tenté de voler son milanaute. Aussi les fustigea-t-il sans retenues devant les ministres persans. Il les traita de violeurs de pactes, de misérables fourbes et de tout ce qu'il y avait de plus malhonnête sur la planète. L'ambassadeur avait déjà attiré la sympathie inconditionnelle des ministres persans.

Puis, plus calmement, il expliqua les accords qui avaient été passés avec Hôdo, mais sans parler des androïdes. Il raconta que les deux peuples élus par les hôdons pour représenter la Terre, étaient le Croissant et la Communauté du Pacifique et regretta qu'il y eût une telle hésitation de la part du gouvernement Persan. L'Empereur avait si bien mis tout en œuvre pour une belle réussite diplomatique que les ministre avaient sapé.

Enfin, le Japonais les rassura en annonçant qu'il fallait désormais unir leurs forces pour convaincre le reste de la planète que c'était à eux, les élus, qu'incombait une telle tâche.

A trois heures du matin, plus aucun ministre n'avait l'esprit clair. Tanaka avait une volonté de fer qui lui permettait de se surpasser. Seul Muhammad restait en pleine forme. C'était aux yeux de tous les Persans, un Saint Homme, mû par une grâce divine, résultat de ses innombrables jeûnes, de ses prières et de ses longues méditations.

Natacha, la jeune pécheresse pardonnée et recueillie n'en parlait-elle pas comme d'un nouveau Prophète. Et si c'était vrai? Et si c'était le motif pour lequel les habitants d'un autre Monde l'avaient élu? Et la Communauté du Pacifique, alors? avait-elle aussi un Saint? Les ministres rentraient chez eux troublés.

Une fois seuls, dans les quartiers résidentiels du palais, Nic ne pu s'empêcher d'exprimer son admiration pour Tanaka.

— Après de tels exploits, je crois qu'un petit remontant s'impose.

— Avec plaisir! Qu'y a-t-il dans le coin? Je parie qu'il n'y a pas une goutte d'alcool.

— Chut, suivez-moi! J'ai suivi tout le conseil. Vous avez été extraordinaire.

— Je n'ai gagné qu'une partie. J'ai flatté leur orgueil et tenté de rendre plausible tous vos mensonges, Nic. C'est loin d'être acquis. Notez que vous ne vous êtes pas trop mal débrouillé en attendant que j'arrive, mais je dois corriger pas mal d'incohérences avant qu'ils ne les découvrent par eux-mêmes. Une chose est sûre, votre idée de diversifier les fonctions des androïdes est excellente, mais jamais, croyez-moi, jamais, nous ne produirons de président, empereur et consort. Enfin! il faut bien avouer qu'on ne s'ennuie pas avec vous.

Tanaka était trop fatigué, le petit spiritueux l'avait achevé et il alla s'allonger sans lire les dernières nouvelles sur son allinone comme il en avait l'habitude lorsqu'il vivait sur Terre. Ce ne fut que lendemain, au petit déjeuner, qu'il apprit de la bouche de Nic que les rebelles avaient pris possession du palais de Son Eminence Akaam.

L'ambassadeur japonais de Hôdo appela Natacha, l'humaine la plus proche de l'Empereur. Cette dernière lui confirma ses soupçons. Elle s'était battue contre un pouvoir religieux qu'elle réfutait. Ce n'était d'ailleurs pas vraiment la religion qu'elle condamnait mais son autorité représentative, abusive, autocratique et de surcroît hypocrite. Qu'elle le veuille ou non, son mouvement avait été récupéré par d'habiles politiciens néo-mésopotamiens qui voulaient déstabiliser la Perse. A l'inverse, les émeutiers rebelles qui agitaient la Nouvelle-Babylonne étaient soutenus par le ministère de l'intérieur persan qui poussait les fidèles à s'insurger contre un état immoral plus qu'areligieux. Rûdâba, n'avait-elle pas fait partie de cette jeunesse qui donnait un coup de main à ses frères opprimés?

Si Nic suivait secrètement son objectif de sécurité pour Hôdo, Tanaka, lui, suivait le sien pour l'Empire du Soleil Levant. Il savait que le nerf de la guerre était la richesse, laquelle richesse fluctuait en fonction des spéculations monétaires. Maîtriser ces fluctuations était en partie maîtriser le pouvoir.

Bien sûr, en cas de conflit, il y avait l'éternel blocus, mais il y avait toujours une faille car jamais il n'était hermétique. Il y avait bien aussi les missiles de l'UA. L'Union Africaine ne lésinait pas sur les moyens de faire respecter l'ordre républicain et démocratique international, normalisé ISO MMM. Elle prenait fort à cœur sa mission de police planétaire surtout quand cela l'arrangeait soit pour ébranler une puissance trop gênante, soit pour masquer ses propres insuffisances et ses conflits internes, et surtout, si elle y gagnait quelque avantage substantiel. Si la région troublée était dotée de mines, de pétrole, de gaz, si elle était un lieu de transit obligatoire, point besoin de pot de vin pour convaincre l'UA qu'il s'agissait d'une mission humanitaire. En tout cas, la solution UA n'enchantait guère le Japonais, qui préférait de loin celle du yakusa : couper les têtes.

Tanaka avait l'habitude de juger les actions diplomatiques en terme de rendement, de rapport qualité/prix. A son avis, l'efficacité de l'UA était nettement sous la moyenne. D'ailleurs, la Communauté du Pacifique déplorait les dernières actions de la police internationale : l'invasion des Baléares, le blocus de la Cuesta Rica, et le bombardement de Calcutta.

Qu'importe! L'art de Tanaka consistait à tout utiliser pour arriver à ses fins, et s'il le fallait, il brandirait l'épouvantail de l'UA.

Des siècles de pratique physique et spirituelle d'art martiaux guidaient ses actes, alternant, selon la situation, entre la foudroyante frappe du kendo et le fatal appel du vide de l'aïkibudo.

Tout d'abord, il feignit la colère. Le Croissant avait été incapable d'accueillir une délégation extra terrienne, maintenant elle offrait un spectacle désolant. Il fallait faire le ménage avant de se tourner vers l'Espace qui leur ouvrait les portes vers de nouveaux lendemains. Insidieusement, l'ambassadeur mis en place la monnaie de la Communauté du Pacifique. Changer de monétique était d'ailleurs un choix tout à fait opportun car l'attention de l'UA serait momentanément détournée des conflits du Croissant, ainsi, il écartait la menace des missiles punitifs dans l'immédiat et laissait un peu de temps pour résoudre les problèmes en internes. Encore fallait-il se dépêcher.

— C'est la faute aux Tyrans, c'est toujours eux qui commencent! s'exclama le ministre de l'extérieur. Ce sont eux, qu'il faut éliminer!

Les Tyrans, pensa Tanaka! De ceux-là aussi il faudrait régler les comptes. Mais comment faire sans évoquer le litige à propos des androïdes? En parler eût pu éveiller des soupçons quant à l'Empereur et aux gynoïdes que les politiciens côtoyaient sans connaître leur nature.

Muhammad intervint.

— L'ambassadeur vous a exprimé son opinion. Je partage pleinement son observation : c'est à nous de résoudre nos problèmes. Bien que vous soyez un hôte privilégié avec le Grand Hôdon, je vous prierai amicalement de nous laisser. Mes chers ministres ont toutes compétences pour s'attaquer à ce problème qui ne concerne que nous.

Tanaka quitta la réunion extraordinaire qui réunissait le gouvernement. Quand il rencontra Nic un peu plus tard dans les couloirs il lui confia : "je crois que Go-Lem n'a plus besoin de nous."

— Plus rien ne nous retient ici, alors? Je peux donc retourner sur Hôdo? dit Nic.

— Etes-vous si pressé? Je vous invite chez moi, au Japon. Qu'en pensez-vous? Allons, vous serez sur place pour la signature définitive des accords entre nos deux mondes. Venez avec tous les Hôdons, et n'oubliez pas vos deux compagnons de Santa-Cruz qui sont vos ambassadeurs attitrés.

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