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Homo Syntheticus/Chapitre 31

Marteau de juge

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Cette œuvre :

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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://hodo.free.fr/Romans/Homo_syntheticus/

Auteurs de l'œuvre originale : Serge Jadot

Licences : N/A

L'accord entre Hôdo et la Communauté du Pacifique fut ratifié. Cette dernière annonça sur le Réseau son privilège d'être la première entité terrienne à avoir signé une convention, elle était donc, la représentante officielle de toute la Terre. Hôdo, fut déclarée planète souveraine et indépendante de la planète mère, elle avait le statut particulier d'être une planète expérimentale.

Nic était plus que satisfait.

Chica et Moka aussi. Les Japonais s'était promis de diversifier les tâches des androïdes, le plaisir ne se limitant pas qu'au sexe. Ils s'assuraient le monopole sur la Terre mais acceptaient l'idée d'une production d'androïdes sur Hôdo, afin d'éviter toute déviance malencontreuse. Tyr était un exemple de danger et il fut décrété que toute manipulation d'androïdes était considérée non plus comme un outrage des contrats de bienséance international, mais comme un danger pour l'humanité.

Les deux gynoïdes prévinrent l'Empereur Muhammad que Tyr était devenue une cité hors-la-loi. Pour le yakusa, cela signifiait un dominion à purger.

Ghâzel imitait maintenant Go-Lem Muhammad. Elle reconstitua autour d'elle, dans le palais Persan, son gouvernement en exil, incita la population néo-mésopotamienne à la suivre, promit les réformes qui pouvaient atténuer les tensions, invita les rebelles à venir se réunir autour d'une table de négociation. En vain, Tyr se retranchait dans son refus. Pire, la cité s'autoproclama capitale provisoire des territoires du Jourdain.

— Ne devrions-nous pas retourner, là-bas? demanda Chica à Nic.

— Pour quoi faire? C'est un tel imbroglio. Nous ne pouvons pas les aider plus que nous l'avons fait.

— Tanaka-san? implora-t-elle.

— Le commandant a raison. Et de toute manière, c'est trop tard, ce n'est désormais plus de mon domaine.

— Trop tard? Allons-nous laisser Ghâzel dans l'embarras?

— Ecoute, répondit Nic, si tu veux nous pouvons évacuer les androïdes sur Hôdo. Ils y seront mieux traités.

— Non! Muhammad et Ghâzel sont conscients de leur devoir. C'est notre programme initial : servir. Ils ont commencé, ils continueront.

— Mais que veux-tu? On t'a dit que c'était de toute manière trop tard!

— Trop tard? Pourquoi donc?

Tanaka s'approcha de Chica, comme si ce qu'il avait à dire était une confidence. Il lui expliqua qu'un commando venait d'y être envoyé.

— Des hommes comme Katsutoshi?

Il sourit.

— Chica, des hommes comme lui n'interviennent que dans nos problèmes internes. Nous sommes très attachés aux traditions. C'est notre manière d'éviter d'être culturellement phagocytés par les plus puissants que nous.

Il lui décrivit sans entrer dans les détails ce qui devait arriver. Des microdrônes au plasma incendieraient la base secrète où était fabriqués les androïdes pirates, ensuite une équipe de sapeurs poserait des maserbombes pour détruire toutes les structures. Il ne parla pas des tireurs d'élite et des filins laser pour ne pas évoquer la mort d'hommes devant Chica, qui s'inquiéta déjà de savoir s'il y aurait des victimes.

"En tout cas, beaucoup moins que si l'UA se charge de les bombarder de missiles. Des dégâts collatéraux, tu en aurais de la Mer rouge à la Mer Noire!", pensa Tanaka.

Soudain Moka intervint :

— Commandant, vous aviez bien accepté le fait que nous soyons des Hôdons à part entière. Vous aviez défendu la thèse que les humains nous respectent. J'en conclus que vous estimez que nous sommes responsables de nos actes! Je peux vous rapatrier tous sur Hôdo et Chica resterait ici. Ce problème ne concerne que les androïdes.

— La laisser seule! Jamais! s'indigna Nic. Elle est des nôtres, elle est Hôdon. Je reste si elle reste.

— Je voudrais bien parler comme vous, mais je me dois de vous piloter…

Petit Cheval Blanc interrompit Moka. Lui, ne voyait pas pourquoi partir si vite. Déjà il avait dû fuir une fois, il avait des comptes à régler.

Suga trouvait l'expérience palpitante, Le Ninja et Rûdâba tant qu'ils restaient ensemble, ne trouvaient pas d'inconvénient à prolonger leur séjour, et finalement Tanaka lui-même se proposa de rester.

Ils reprirent donc la route vers le Croissant. Muhammad les reçut comme de vieux amis et leur annonça les dernières nouvelles : Les Néo-babyloniens légalistes avaient récupéré tout l'est du pays et attendaient avec impatience Ghâzel mais l'ouest était à feu et à sang.

Nic eut beau maugréer, il finit par céder aux requêtes des androïdes d'escorter Son Eminence Ghâzel qui estimait que sa place était en Nouvelle Mésopotamie. Suga examina la gynoïde princière, les lésions de sa peau s'étaient déjà résorbées, et elle avait une allure présentable. Personne ne pouvait se douter qu'elle ne fût pas organique.

Lorsque le convoi traversa la frontière de nombreux véhicules militaires légalistes et civils partisans se joignirent au cortège. L'arrivée de Ghâzel dans la capitale reconquise fut triomphale.

Une majorité de Néo-mésopotamiens avaient pu lire sur leur allinone le message de paix de son Eminence. Les opposants ne pouvaient saboter le Réseau sans se plonger eux-mêmes dans l'obscurité. La paix, beaucoup plus de ses concitoyens l'attendaient que ceux qui la refusaient. Elle l'avait obtenue avec les Persans, elle pouvait donc l'obtenir à l'intérieur du pays.

Quand Ghâzel apparut au balcon du palais, elle promit à la population que les deux souverains œuvraient pour reconstruire un Croissant fertile et généreux, où personne ne souffrirait de misère, un exemple pour toutes les autres nations de la Terre. Pour cela, elle avait besoin que tous les Néo-mésopotamiens se réunissent. Elle expliqua que les Eminences qui l'avaient précédée avaient opté dans le passé pour un état laïque, non pour interdire toutes les croyances, mais pour qu'aucune d'entre elles ne dominât les autres. Elle avait besoin de toutes les pensées de bonne volonté afin de résoudre chaque jour les problèmes qui surgiraient inévitablement. Son voisin l'Empereur, le nouvel ami, avait choisi une autre solution qui convenait sans doute plus à un peuple homogène, mais il s'ouvrait maintenant aux autres courants d'idées.

Soudain, un faisceau laser la frappa de plein fouet. Ghâzel chancela avant de tomber à la renverse. Un cri monta de la foule transformée en une mer déchaînée. Des vagues humaines déferlaient, des poings vengeurs se dressaient comme une écume déchirée par la tourmente, des courants fuyaient au loin la violence de la tempête alors qu'au centre du cyclone une lame de bras se repliait en trompe sur l'impie qui avait osé frapper la reine revenue.

Dans le palais, les ordres fusaient de toutes parts. Nic habitué aux situations tendue d'un vaisseau commanda de bloquer les portes, ce n'était pas le moment que l'on découvrît que Son Eminence n'était pas humaine. Il annonça à la garde qu'un médecin présent sur les lieux s'occupait déjà de Ghâzel. Le corps pantelant de la princesse fut aussitôt examiné par Suga qui se releva annonçant comme un chirurgien achevant d'examiner un accidenté : "Elle s'en tirera!"

Une chance en effet que les androïdes ne disposaient pas des organes vitaux centralisés dans la cage thoracique et que cette dernière n'était pas de chair. Néanmoins il fallait du matériel pour la réparer. Tanaka se chargea de faire venir un petit transporteur ultrarapide à décollage et atterrissage vertical.

Alors, Chica vint au balcon. Un long murmure parcourut la foule humaine avant de s'éteindre dans un silence religieux.

— Ghâzel est sauve. Demain, elle sera de nouveau parmi nous. Son médecin est auprès d'elle, en train de la soigner.

Pour ceux qui étaient aux premières loges, c'était un miracle, car nombreux étaient ceux qui avaient vu un bref instant, la poitrine s'enflammer. Ghâzel était plus qu'une souveraine martyre. Elle était rentrée dans le panthéon des semi-divinités.

Dès que Ghâzel fut réparée, elle annonça qu'elle se rendrait dans la Ville de la Paix, en territoire occupé, bravant tous les dangers afin de briser le cercle vicieux de la haine car seul le pardon pouvait mettre y un terme à l'escalade, seul le dialogue pouvait apporter la réconciliation.

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