La culture en toute liberté.
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Cette œuvre risque de perturber les repères des jeunes de moins de 16 ans, car elle contiens des propos érotiques ou présente des scènes de violence particulièrement impressionnantes.
Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.
Source : http://kraphard.skyrock.com/
Licences : N/A
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Avec la migraine post-éthylique que je me paie, j'arrive direct à trouver la position qui soulage et, les yeux clos, entame une 'tite dorme. Vu la raideur de la banquette, il faut être en état de légitime défonce pour pioncer ici. Ou alors, comme qui dirait, victime d'un interrogatoire musclé.
J'émerge au bout de... je sais pas combien.
Les keufs m'ont taxé mon portable. Du coup, je n'ai plus d'horloge. Et ne m'imagine pas glisser le blair à la fenêtre. Ne crois pas que je vais déduire l'heure de la position du soleil. Je le pourrais mais le cagnard joue hors champ.
La cour est néanmoins baignée de lumière. Je mate les ombres. Plus elles sont longues et plus le soleil est bas. Si on se souvient qu'il se lève à l'est, alors les ombres seront orientées à l'ouest le matin et à l'est le soir... Tu vois que trente ans de télévision, ça forge aussi son petit boy-scout !
Si on ajoute à ça les trente ans de goinfrerie qui ont développé chez moi une horloge stomacale interne, on peut en déduire que, à vue de crampes, il est passé dix-sept heures depuis au moins deux bons siècles.
Deux plombes s'écoulent encore dans la monotonie de cet ersatz carcéral.
Installées au sous-sol, les chambres des invités offrent un silence propice au recueillement. Hélas, je n'ai rien à me dire. Faute d'être coupable, je n'ai nul remords à m'adresser. Alors, je goûte l'ennui d'une existence emmurée.
J'en savoure l'amertume jusqu'à ce qu'un geôlier vienne m'apporter le dessert :
—Z'êtes libre ! jette-t-il depuis la porte grande ouverte.
Dans la rue s'étalent des ombres longues comme un jour sans pain. Mon estomac gargouille de plus belle lorsque j'aperçois la vitrine d'un snack-bar. Une généreuse commerçante a eu l'excellente idée de gagner sa vie en vendant des sandwichs. La sainte femme gouverne un royaume où se répand l'odeur croustillante des baguettes tièdes. Auréolée d'une couronne de salami, elle administre un empire charcutier où les salaisons passent et ne se rassemblent pas.
L'œil humide de reconnaissance, je lui commande un filet américain bien relevé. Elle s'exécute en silence, s'interrompant juste pour me poser la question philosophique qui tracasse l'humanité depuis que celle-ci a découvert les bienfaits du steak tartare : « Avec ou sans cornichons ? » Des corps nichons, des gros nichons et des amphitryons : je veux tout !
Elle est pas top bombax, la sandwichière, avec sa mine plissée de brunette en fin de parcours professionnel. Mais, en guise de merci, je lui balancerais volontiers toutes sortes de crudités en lui fourrant les miches.
Néanmoins, il me semble plus correct de lui défourailler ma mitraille sonnante et trébuchante. Je me casse comme elle encaisse.
J'avais prévu de claper en homme du monde. Hélas, la faim s'avère telle que si je ne croûte pas direct, mon estomac risque de me dévorer de l'intérieur.
La première bouchée me fait l'effet d'une jouissance longtemps retenue.
'Tain que c'est bon ! Je ne sais pas qui a inventé le filet américain — même si dans certains milieux gauchisants, il se murmure que c'est Ben Laden — mais il faudrait ériger des statues à ce mec-là — pas à Ben Laden, hein ! mais au gus qu'a pensé qu'un haché de bœuf cru mayonnaise allait hisser la race humaine à un stade de développement culinaire sans égal.
Ma pitance n'est plus que souvenirs quand, deux rues plus loin, je me pointe à l'arrêt de bus. J'ai toujours la dalle. Une boulangerie me fait les yeux doux. Par acquis de conscience, je vérifie l'horaire : le timing va être serré. Mais je flirte trop dangereusement avec l'inanition.
Je ressors avec des choux à la crème, un éclair fourré à la vanille et un autre au chocolat. Evidemment, puisque c'était écrit, ça devait arriver : mon bus se profile en bas de la côte. Je me grouille de traverser la rue, non sans crainte de couper la circulation, manque de me faire renverser, sers un doigt d'honneur au gars assis derrière le volant, continue sans m'attarder, cours comme un dératé, bouscule un couple d'ados, veux monter dans le bus par l'arrière, sauf que la porte se referme au dernier moment. Le bus démarre. Je persiste et le prends en chasse tout en lui adressant de grands signes. L'enfoiré de chauffeur me toise dans le rétro, fait mine de ralentir mais quand j'arrive à hauteur de la porte, l'enculé accélère pour de bon. Je suis largué. C'était le dernier bus pour le village.
J'ai le cœur qui pompe. Il me faut dix minutes pour m'en remettre, c'est-à-dire une minute par kilos superflus. Quand je me déloque dans la salle de bain, j'ai peine à croire que je suis l'éléphant de mer qui se dandine devant la glace. Pourtant, c'est bien moi. Très en chairs et plus tellement en os. C'est décidé : à quatre-vingts kilos, je fais régime !
Ouais, enfin..., disons plutôt quatre-vingt-cinq.
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