La culture en toute liberté.
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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.
Source : http://kraphard.skyrock.com/
Licences : N/A
De deux choses l'une : soit, je rentre à pinces mais c'est épuisant ; soit, je phone à ma greluche qu'elle vienne me chercher. Vu comme ça, la question ne se pose plus. Cette histoire est peut-être un polar, il n'est nulle part vanté que le suspense serait tout le temps au menu. Je call Virginie. On se donne rendez-vous en face d'un bistrot.
A la lumière du jour, on est dans une charmante agglomération dont le centre, constitué d'un sympathique piétonnier, accueille des dizaines de commerces ainsi qu'un grand nombre d'écoles. Le mardi, on y organise un marché qui, quelle que soit la météo, remporte toujours un franc succès. De la place de l'église jusqu'aux berges du fleuve, les badauds peuvent déambuler à travers des rues grouillantes de monde. Les places, les rues et les parkings sont couverts d'échoppes où l'on vend toutes sortes de choses. De l'alimentaire, bien sûr, mais aussi le nouveau produit miracle qui, Madame, vous permettra de dégraisser sans effort le plat à gratin de la veille.
Le samedi, on en remet une fine couche avec le marché aux légumes. De taille réduite, il n'occupe qu'une place jouxtant le piétonnier.
Il existe un troisième marché, quotidien et parallèle, sans boutique mais jamais sans vendeur. On y trouve des articles naturels, souvent importés du Maghreb par le biais de plusieurs centrales d'achats. C'est la raison pour laquelle les personnes qui en font commerce sont nommées revendeurs. Ceux-ci travaillent surtout avec une clientèle jeune pour qui l'apprentissage de la vie passe par l'éveil du troisième œil. Si les clients comprennent vite qu'à force de vouloir ouvrir ce dernier, ils négligent les deux autres et, qu'en fait de troisième, ils s'attirent surtout le plus mauvais, leur quête de spiritualité demeure néanmoins très forte. Les commerçants n'ont pas de soucis à se faire : la vente en gros continuera au prix du détail.
A la lueur du jour, ce bizness n'attise d'autres brasiers que ceux des pipes à eau. C'est donc dans une ambiance bon enfant que les dealers battent le pavé à la sortie des écoles.
La nuit venue, les habitants se hâtent de rejoindre leur piaule. Il ne fait pas bon traîner en ville quand la caillera s'y répand en venin. Elle investit les ruelles et s'y livre à des trafiques autrement plus rentables que le B.A.-Ba de l'herboristerie. Tout schlass quand la poudreuse est bonne, les gonzes s'offrent parfois un gunfight hollywoodien. La vie est tellement courte qu'ils l'allongent au ralenti. Le lâché de colombes, ils se l'imaginent au même rythme tandis que se déchirent les voiles de leur existence. C'est rare mais il arrive que certains voient la mort au bout du canon. Celle-là ou une autre, ils s'en tapent. Mourir jeune, c'est déjà remporter une victoire sur la vieillesse.
Remarque, quand j'avais leur âge, je ne pouvais pas m'imaginer milieu de trentaine, un peu gras du bide et le caillou qui se dédouille. J'avais surtout la frousse de ne plus être moi-même, de me retrouver coincé dans une relation merdique, genre trio infernal : femme-enfants-patron. Et les trois-huit qui vont avec.
Là, maintenant, je pleurniche car j'émarge case chômage — sans passer par le Start, ne touche point de prime. En d'autres termes, et bien que dépourvu d'esclavagiste attitré, je suis devenu le parfait connard que je m'étais juré de ne jamais être.
Histoire de m'offrir un petit remontant, je m'installe à l'ombre de la terrasse et me commande un pastaga tomate. Je ne lésine pas sur la flotte. Noyé, il me killera d'autant plus vite. Néanmoins, je maudis toujours l'absurde crétin qui a jugé préférable de servir le pastis dans un verre à dînette. A la zomé, je m'usine des tomates en long drink. Ca a quand même une autre trogne. Question planage, ça me satellise en douceur.
Là, j'avoue que j'ai un goût de trop peu. Ce que j'aime, c'est la montée de l'ivresse, quand elle n'est que plaisir, détente et gaieté. Pour le coup, je ne sens pas l'alcool me dilater les artères.
Sur mon portable, la toquante prétend qu'il reste plein de minutes avant que Virginie se pointe. Je claque des doigts en l'air, « garçon la même chose ». Le gus acquiesce. Je vide mon dé à coudre, le second va atterrir.
Dans la rue descendant sur la place, une jeune déesse est apparue. Une aura de soleil couchant souligne la perfection de ses courbes. Peu à peu, alors qu'elle vient vers moi, son corps se révèle à la lumière. Un top de fine toile épouse sa féminité tandis qu'un jeans tombe sur des jambes qui n'en finissent pas. Les larges talons de ses chaussures ouvertes lui impriment une démarche tant faite de langueur que de sensualité. A chaque pas, les boucles de ses cheveux cuivrés lui caressent les épaules.
Nonchalante, elle contourne la fontaine qui meuble la place. Les gouttes d'eau en suspension la nimbent maintenant d'une fraîcheur inattendue en ces heures suffocantes. Elle décide de profiter de la bruine et s'assoit sur le rebord, livrée aux regards carnassiers. Tous les hommes, du moins tous ceux qui le peuvent, la déshabillent des yeux.
Elle écarte les cuisses et, le dos droit, farfouille un moment dans le sac à main qu'elle a posé sur une marche. Au bout d'un moment, elle en extirpe le parfait petit nécessaire de la rouleuse de oinjes. Sans la moindre gêne, elle s'entreprend un tarpé des familles.
Si je n'ai jamais fréquenté la toxicomanie dure, j'ai plus que souvent flirté avec les méthodes lourdes. Je veux dire par-là que si le produit était réputé doux, j'avais vachement tendance à multiplier les douceurs. Cela appartient désormais au passé. Maintenant, je fume légal. Le problème — et ça tous les anciens toxes te le confirmeront, c'est quand tu mates un dézingage en bonne et due forme. Même si ça se passe à la télé, y'a forcément une partie de toi qui veut se joindre à la fête. Prends ma gonzesse, par exemple, malgré qu'elle trouvait son éclate dans l'alcool, elle ne peut pas mordre une orgie de coke à la télé sans éprouver comme une petite envie. Moi non plus, d'ailleurs. Pourtant, la coco et moi, on ne s'est jamais fréquentés. Alors imagine l'effet que cette meuf produit sur mon petit cerveau. Elle se tient là, à moins de huit mètres, en train de me narguer.
Je connais bien la beuher. Je suis incollable sur les comportements qu'elle induit. Première hypothèse : la gamine est une nouvelle venue dans le monde merveilleux des stupéfiants. Génial ! Il faut que tout le monde le sache ! Seconde hypothèse : elle montre qu'elle en a parce qu'elle en vend.
Le meilleur moyen de couper court à toute spéculation étant d'aller aux renseignements, je me décolle du siège et, sous les mirettes mi-amusées mi-envieuses des mâles de l'assistance, communique à la jeune dame que — oui, ce n'est pas un effet de son imagination — j'existe !
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