La culture en toute liberté.
<<Chapitre 08 | Chapitre 10>>
AVERTISSEMENT :
Cette œuvre risque de perturber les repères des jeunes de moins de 16 ans, car elle contiens des propos érotiques ou présente des scènes de violence particulièrement impressionnantes.
Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.
Source : http://kraphard.skyrock.com/
Licences : N/A
Au début, c'est à peine si elle y croit. Pense-t-elle à une illusion ? Rien ne la détourne de son ouvrage. Et quel ouvrage ! Un superbe joint mono-feuille pourvu d'un délicat filtre en papier cartonné au-delà duquel s'étale un tabac finement réparti jusqu'à la cime. Mais la rouleuse n'a encore rien accompli d'exceptionnel. C'est beau, c'est émouvant, mais ce n'est encore qu'un bédo.
Puis, brusquement, sans crier gare, résonnent les trompettes de Dieu ! Rien de moins ! Cette fille, cet ange, cette déesse vivante, dépasse le chef-d'œuvre lorsqu'elle saupoudre sa création d'une belle et grasse et verte couche de marie-jeanne.
A l'aspect, je reconnais fissa : « Master Kush ! » Elle relève le sourcil. Je continue sur ma lancée : « Gagnante par deux fois de la Cannabis Cup, cette plante très résistante s'adapte à tous les climats. Elle possède un taux élevé de THC mais conserve toutefois un goût très agréable. Elle fleurit en huit semaines seulement et produit environ 500 grammes de sommités. C'est une tétraploïde, une plante mutante dont la double garniture chromosomique se compose d'autant de Sativa que d'Indica. »
— Ouais... Production maison, lance-t-elle avec fierté.
— Et ça va chercher dans les combien ?
— Dix œufs, ça t'irait ?
— Tu parles d'une carotte ! Ca, c'est le prix pour les caves. Moi, je te cause du vrai taro.
Une graine de ce truc ne vaut pas plus de quatre euros. Je ne suis peut-être pas une éminence en comptabilité analytique mais je t'affirme que, dans le meilleur des cas, les coûts fixes ne dépassent pas les vingt euros. Calcule le tout sur une valeur marchande d'environ quatre mille euros, ça te donnera une idée de la marge bénéficiaire. Nette d'impôts !!!
Elle colle son spliff et tente le coup à huit pièces. Je gratte encore le tarif :
— T'offres le tabac et les feuilles, au moins ?
— Hé ! Chuis pas assistante sociale. La maison délivre ni les yeuf ni le tobacco. Et puis d'abords, c'est pas des marchés à nous. C'est chasse gardée de l'état, tout ça... Mais, sans dec', tu dis quoi si je te dis six ?
— A six, je dis que t'es très pine-au-cul-mettable mais que t'es encore deux cartouches au-dessus de la norme.
— Quatre ! s'exclame-t-elle. Mais tu veux la mort du p'tit commerce, toi !
— Oh ! Allez, sois pas vex. Laisse-nous une chance de faire affaire. Je te file un chouette bifton de 50 en échange de 10 G. C'est honnête, non ? Tu ne vas pas me surtaxer parce que je remplis mon devoir citoyen en soutenant une politique agroalimentaire locale et innovante.
Elle n'a pas encore embrasé son oinje qu'elle se marre déjà. J'en profite pour conclure le deal. Seul hic, elle n'a évidemment pas la beuh sur elle. Au final, ça tombe bien : j'ai pas la braise. Alors on convient d'un rendez-vous, plus tard dans la soirée. Je ne perds pas l'occase de lui réclamer son phone, au cas où...
— Au fait, moi, c'est Rahima.
— Et moi, c'est...
... C'est à ce moment-là que ma grognasse déboule au volant de sa poubelle à moteur. Je prie la belle de m'excuser, retourne apurer mes dettes au troquet et grimpe dans la tire qui, en bonne logique, n'a rien à foutre au milieu du piétonnier. Comme de bien entendu, à peine suis-je à bord que déjà la conductrice s'enquiert de l'identité de ma nouvelle copine. Je m'en sors en lui répondant avec aplomb que c'est une cliente du magasin.
La réplique se fait sans attendre : « Elle est tellement vulgaire que ça ne m'étonne pas. »
Ca te situe le stade de nos relations. Même pas un « Bonjour ! Comment ça va mon amour ? J'étais super inquiète, tu sais. » Mais je comprends qu'elle l'ait mauvaise après notre dispute d'hier. Dans le fonds, et pour justifiées qu'elles fussent, mes critiques visaient les chers de sa chair. Ne pas avoir de marmots n'empêche pas de mesurer la hauteur de l'affront. A ses yeux, c'est comme si j'avais craché du pur acide ; un acide qui la ronge d'autant mieux qu'il s'associe aux eaux de la vérité.
La tuture s'apprête à quitter le boulevard périphérique quand je gueule à ma rombière de prendre une autre direction. Elle proteste pour la forme. Il se fait tard et les criminologues de série B vont bientôt commencer leur show.
J'argumente :
— Ouais, mais là, c'est pas pareil : tu vas les voir en vrai !
— Ah ? Tu n'en as pas encore assez ? Au cas où tu l'aurais oublié, tu sors de cellule. Tu t'es si bien amusé que ça que tu veux déjà y retourner ?
— C'est pas la question. C'est juste que je veux voir...
Voir et me souvenir !
On arrive sur les lieux. Il n'y a plus personne. Ne demeure comme seul témoin de l'effervescence qu'un ruban de plastique interdisant le passage. Dans les séries américaines, c'est un cordon jaune marqué « Crime scene. Do not cross » Faut croire que notre poupoule à nous n'a pas les budgets hollywoodiens car elle n'a déployé qu'une bête lanière de chevrons rouges et blancs.
Pas la peine d'aller plus loin. Bien que je ne garde aucun souvenir de la nuit dernière, je sais que je ne suis pas... ce genre de killer.
Dans une précédente aventure — bien mieux écrite mais tout aussi déconnante (et pour laquelle je cherche toujours un éditeur), il m'est arrivé de refroidir l'un ou l'autre gus. Et pas toujours de manière très délicate, je suis le premier à le reconnaître. Je peux travailler au flingue, à la lampe à souder, au crochet de boucherie, au tourne-vis : un vrai p'tit MacGyver. Mais toujours pour la bonne cause !!!
Bref, je longe la route, humant l'air de la campagne. Le soleil s'apprête à tirer sa révérence. La température va enfin chuter de quelques degrés. Je vais pouvoir me remettre à penser à plein régime. Car, pour le moment, il faut bien l'avouer, le black out reste d'actualité. J'ai bien comme une réminiscence de quelque chose mais c'est encore trop imprécis. C'est... Comment je peux t'expliquer ça ? Si tu veux, j'ai comme l'impression d'être venu par-ici la nuit dernière. Mais ça, la simple logique suffit à le déduire. Les frères Vinard habitent à trois-quatre kilomètres en contre-bas. De la ville jusqu'ici, nous avons obligatoirement dû passer devant leur bicoque. Cela dit, ne me demande pas laquelle c'était, j'en sais que dalle. Même si tu peux miser sans crainte toutes tes éconocroques sur la plus délabrées.
Rien ne me revient. C'était un coup dans l'eau. Je rallie la caisse. Virginie démarre :
— Je me demande si tu as le sens des priorités. On croule sous les dettes, j'assume tout toute seule depuis des mois mais Môssieur préfère jouer les détectives amateurs plutôt que se trouver un travail...
La poubelle parcourt moins de vingt mètres quand le flash tant attendu se manifeste sans crier gare. Ce qui vient de traverser mon champ de vision constitue la première clé de mes souvenirs. Il ne reste plus qu'à en trouver la porte...
<<Chapitre 08 | Chapitre 10>>