La culture en toute liberté.
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AVERTISSEMENT :
Cette œuvre risque de perturber les repères des jeunes de moins de 16 ans, car elle contiens des propos érotiques ou présente des scènes de violence particulièrement impressionnantes.
Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.
Source : http://kraphard.skyrock.com/
Licences : N/A
Je sais ce que tu vas dire : mon suspense est plus artificiel qu'une pilule d'ecstasy.
D'abords, si tu prends la peine de lire la présentation à gauche de ton écran, tu verras qu'il est y clairement stipulé que l'œuvre ici présente appartient au genre polar. Ce n'est ni un thriller ni un roman policier. Dans le polar, l'ambiance prime sur la trame. Alors, dis-toi que c'est un effet de ma bonté si je te ménage de temps en temps un nœud dramatique pour entretenir le suspense.
Maintenant, si tu permets, j'ai une mémoire à retrouver...
Lorsque Virginie a démarré, j'ai vu le dos métallique du panneau de localité, celui qui indique quand entre dans un patelin. Un incident m'est revenu en tête.
Avant d'imaginer la scène, pense déjà à la caisse des refrés. Si c'était un navire, ce serait le radeau de la Méduse. En moins populeux. Mais en tout aussi soiffard !
La carrosserie a connu la splendeur du communisme victorieux, le moteur, lui, a probablement reçu sa dernière révision officielle à son déclin. Les sièges seraient à l'avenant si les vinard n'y déposaient pas toutes sortes de saloperies : leurs ordures, leurs courses, divers animaux, dont des poules, un chien écrasé ; de l'huile de friture tellement pourave qu'on dirait de l'huile de frein... ou l'inverse ; des bouteilles à moitié remplies d'un liquide qui, bien que hautement alcoolisé, semblent accueillir des bouillons de culture propices aux bactéries les plus exotiques et, partant, les plus virulentes ; une sublime toile d'araignée dans le coin gauche de la lunette arrière ; une grosse tâche de vomi verdâtre sur le dossier du siège passager ; et, pour la complétude de ma description, un raton-laveur empaillé sur le tableau de bord.
Et ça, c'est ce que je me souviens avoir vu de nuit !
Et, honnêtement, je ne veux même pas connaître la nature des détails qu'on y observerait de jour.
Là maintenant, tu imagines la scène.
Moi : passablement éméché, en train de cuver à l'arrière, la tête dodelinant au gré de la route, les yeux qui marivaudent entre le réel et l'inconscience.
Armand : le menton visé au volant, les mirettes collées à une bande d'asphalte qui, pas rapide avec ses vingt-cinq à l'heure, arrive encore trop vite pour son cerveau embué.
Maurice : bavard comme pas deux, balbutiant des mots qu'on comprend tellement pas qu'on les croirait sortis de la bouche d'un idéologue du Hezbollah.
— Houtzitilemè, assipô ! Mèpôkomça. Èjidina !
L'alcool tristounet, il sort son eustache, le regarde un moment, puis le balance par la fenêtre pile comme on passe — certes pas vite — à hauteur de la plaque.
BONG !
A ce moment-là, j'ai cru comprendre quelque chose du genre « couteau d'malheur, l'a touché un truc. Mais je sais pas c'était quoi. » Puis Maurice a piqué du zen et s'est fracassé le front sur le tableau de bord.
Cela dit, je ne suis pas prêt à jurer quoi que se soit devant un tribunal.
Casa Mongolita, bureau, ordinateur.
Je me télécharge le journal. Aza y est magnifique, comme toujours. La canicule lui va bien. Et je suis sûr que de nombreux téléspectateurs partagent cet avis. Comme je suis persuadé qu'ils ont le même point de vue sur la nouvelle du jour. C'est à la fois une honte, un terrible gâchis, un scandale, un acte incompréhensible.
La jeune victime a désormais un nom : Tiffany Moens. Dix-sept ans à peine, des rêves plein la tête et plus la moindre chance de les réaliser...
Les Moens habitent une belle petite maison située au cœur d'un charmant passage. Sous l'arche de briques d'une ancienne ferme s'ouvre une sorte de cour, comme un hameau en plein centre-ville. C'est gai et lumineux. Les murs, tout pimpants de blanc et de vert, sentent encore la couleur.
Toutefois, la tristesse et la colère qui se lisent sur les visages tranchent sur la délicatesse de l'endroit.
La séquence s'enchaîne avec l'interview de quelques voisins.
En pleures, une femme d'une quarantaine d'année explique que, depuis l'annonce du décès, son fils s'est muré dans le silence. « Tiffany était comme sa petite sœur, sa confidente. Ils se connaissaient depuis qu'ils étaient enfants. Pas plus haut que ça ! Ils ont fait leurs premiers pas ensemble. C'est tellement dur... »
Le montage passe à autre chose, par pudeur, mais on devine que la femme sanglote de plus belle.
« Une vraie princesse tellement elle était jolie ! » s'exclame une autre femme, le visage grave, l'œil rougi de larmes. « Lorsqu'elle passait dans la rue et qu'elle nous voyait, elle s'arrêtait pour nous faire la bise. Elle était adorable », ajoute-t-elle avant que sa voix se trouble.
« 25 coups de couteau, c'est de l'acharnement », déclare un jeune métrosexuel. « Pour moi, c'est incompréhensible. J'espère qu'on retrouvera très vite le meurtrier et que justice saura en faire un exemple. La peine de mort, pfff, elle ne sert à rien, regardez aux USA. Mais il est temps de serrer la vis. En tout cas, c'est triste pour Tiffany. Elle était beaucoup trop gentille et je ne sais même pas si elle avait conscience du danger.»
Un peu plus loin dans la rue, un groupe discute : « Comment est-ce possible ? C'est un malade qui a fait ça ? Mais pourquoi ? Il faut être vraiment dingue ! Il ne faut pas avoir de cœur pour tuer aussi froidement une belle gosse comme elle. »
La caméra conclut sur Azalaïs, micro à la main. Des images du studio s'incrustent en douceur dans la moitié gauche de l'écran :
— Peut-on dire, ce soir, que l'enquête a avancé ?
— Oui et non, François. Les deux suspects qui ont été arrêtés ce matin viennent d'être remis en liberté. Si l'arme du crime a bel et bien appartenu à l'un d'eux, celui-ci a déclaré aux enquêteurs s'en être débarrassé quelques heures avant le crime. Le couteau aurait donc été ramassé par le meurtrier de la petite Tiffany. Une troisième série d'empruntes corroborent cette version. En outre, les traces génétiques sur lesquelles s'est penchée la police scientifique ne correspondent absolument pas aux suspects. Enfin, les premiers résultats d'autopsie démontrent que le tueur est gaucher, ce qui n'est pas le cas des hommes relâchés ce soir.
— Pourrait-il néanmoins s'agir de complice ?
— L'un des deux hommes était déjà connu des forces de l'ordre pour faits de boisson et quelques délits mineurs. Les enquêteurs précisent que son profil n'est pas celui d'un tueur.
— Et l'autre homme ?
En dépit du décalage entre le studio et l'unité de production mobile, la réponse fuse : « Il n'est pas coupable ! »
Ah ! j'aurais aimé avoir un gros plan. La connaissant comme je la connais, le rouge a dû lui monter aux joues. Mais, professionnelle jusqu'au bout des ongles, elle a redressé le manche et a meublé jusqu'à la fin du décrochage.
Je ne suis pas aller jusque là. Moi, c'est avant que j'ai décroché...
Bon... On a un tueur gaucher. Ca, même un résultat partiel d'autopsie peut l'affirmer. Il y a même de fortes chances pour que la taille et le poids du tueur soient approximativement connus. Un rapport oral aurait suffit à transmettre ces éléments. Ce qui me chiffonne, ce sont les traces génétiques. Celles du coupable, bien entendu, mais aussi les miennes.
Question : combien de temps faut-il pour analyser et comparer un code génétique ?
Réponse : j'en ai pas la moindre foutue idée. A la télé, les scénaristes tablent généralement sur 48 à 72 heures...
Conclusion : les flics sont allés très vite sur ce coup-là.
Suspicion ?
Et si oui, qu'est-ce que ça cache ?
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