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Krap HARD/Chapitre 12

Marteau de juge

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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://kraphard.skyrock.com/

Auteurs de l'œuvre originale : Leopold Zorn

Licences : N/A

La nuit est calme. L'air est supportable. Une douce brise me caresse le visage. Elle s'engouffre par la vitre ouverte, virevolte dans l'habitacle avant de fondre sur la banquette arrière. La musique qui s'élève des haut-parleurs sort tout droit d'une compil' perso. Et, une fois n'est pas coutume, l'aiguille du réservoir ne hante pas le rouge. Pourquoi rentrer ?

Je me suis promené. Et j'ai baladé aussi mes anges gardiens de la paix.

De chez moi au taudis des refrés Vinard, il faut à peine quelques minutes de caisse. J'ai allongé la sauce en prenant quelques chemins de traverse, des rues bordées de villas à peu près toutes sorties du même cauchemar architectural, quasi toutes issues du même délire de standardisation. Petite pelouse à l'avant, sentier qui plonge vers le garage, terrasse qui donne sur l'entrée, deux étages plus grenier, écrin de bonheur domestique serti de haies finement taillées : le paradis communiste enfin rendu accessible aux nantis !

N'étant pas destinée à s'étendre en dehors des « zones 30 », l'harmonie s'émousse au fil du tissu urbain. Ca et là, apparaissent des demeures moins entretenues, des murets fissurés et des peintures qui s'écaillent, des jardins clairsemés d'herbes folles, des haies libérées des diktats du cubisme topiaire.

Ca ne renarde plus trop l'oseille par ici. La preuve, une plaque « fin de zone 30 » témoigne de la moindre épaisseur des portefeuilles. Ecraser un gosse dans cette rue paraît meilleur marché que dans la précédente. Les prix s'effondrent au gré de ma progression nocturne. J'aborde maintenant un carrefour et m'engage sur une voie principale. Il y a davantage de maisons, davantage de vies et davantage de vitesse. Le 70 à l'heure est désormais toléré. Renverser un môme du quartier revient à percuter un sanglier en pleine forêt : c'est emmerdant pour la carrosserie mais ça régule les espèces. Et pour peu que le gosse soit krèle, ou rien qu'un peu rabza, tu gagnes deux points sur ton permis, une médaille offerte par l'élu le plus à droite de ta circonscription et, notoriété oblige, un article de trois pages avec photos dans une prestigieuse revue de chasse.

Coup de mirettes dans le rétro. Mes potes de la Rousse me serrent toujours les caoutchoucs. C'est pas que j'apprécie pas leur compagnie mais je la leur fausserais bien volontiers à la première occase. Avec les keufs dans les parages, même l'honnête homme se sent en danger. Mais dans quel monde vivons-nous ?

La tendance réclame-t-elle que les bagnoles de flics te filochent rencard dans Vinards'street ? Pas plus discrets que mes cognes, deux shérifs patientent à l'avant d'une voiture qu'on n'a même pas essayé de banaliser. D'un côté, ça m'aide, moi qui ne savais plus trop où nichaient les frangins. Maintenant, je suis sûr.

J'immobilise le véhicule dans un espace assez long pour trois corbillards. Je fais bien gaffe à coller la bordure au plus près. Peine perdue. Quand je descends, il reste encore bien dix bons centimètres. Bah, là où elle est, la ture ne risque rien. Ca grouille tellement de flics par ici, qu'en cas d'accident le constat se réduira à une simple formalité. Faut aussi voir l'aspect pratique avant de gueuler au harcèlement poulaga.

Je salue les plantons qui gardent les Vinard's brothers. Le conducteur en reste tellement estomaqué qu'il s'en chope un vilain hoquet. L'autre, le plus jeune, un stagiaire sans doute, m'assure d'un timide bonsoir.

— Pourquoi tu lui réponds ? marmonne le premier.

— Ben... Je sais pas. Pour être poli ? rétorque-t-il sur le même ton.

S'engage alors une converse dont la trame se noie dans la charbonneuse. Je n'y prête aucune attention et m'engage sur une étroite allée aux pavés disjoints. Trois mètres me séparent de la tanière fétide des Vinard. Une odeur de remugle m'envahit les naseaux. Je prends sur moi et tends l'index vers la sonnette.

Crois-le ou non mais les carillons de Big Ben résonnent à tue-tête. Ca produit le même barouf que si ces deux cons avaient kidnappé les cloques pour les installer chez eux.

Mon cerveau, quand il capte la zik à Big Ben, il ne peut pas s'empêcher d'entamer la chanson qui va avec. Miss Maggie, tu connais ? L'hymne que Renaud a composé en l'honneur de sa grande amie.

« Femme du monde ou bien putain / Qui bien souvent êtes les mêmes / Femmes normales, star ou boudin / Femelle en tous genres, je vous aime / Même à la dernière des connes / Je veux dédier ces quelques vers / Issus de mon dégoût des hommes / Et de leur morale guerrière / Car aucune femme sur la planète / N's'ra jamais aussi con que son frère / Ni plus fière, ni plus malhonnête / A part peut-être Madame Thatcher. »

Fin du premier couplet. Aucune réaction.

Je rejoue l'intro. L'oreille aux aguets, il me semble percevoir les bruits d'une dispute. Mais, alors que j'attaque un puissant solo de guitare mentale, il ne s'est toujours rien passé. La porte reste close. Cette fois, je ne chipote plus et garde le doigt visé au bouton. Puisqu'ils sont là, y'en a bien un qui va bouger son cul jusqu'à la dure.

Au bout d'un moment, quelqu'un finit par ouvrir. La lourde s'écarte sur un homme au visage recouvert d'un passe-montagne foncé qui ne laisse entrevoir que des yeux injectés de sang. Je veux me retourner vers les flics mais avant même d'avoir fini d'y penser, une main me happe et me tire à l'intérieur.

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