La culture en toute liberté.
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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.
Source : http://kraphard.skyrock.com/
Licences : N/A
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Toujours là ?
Moi, à ta place, je me serais cassé plus vite que fissa...
Hélas, je suis dans cette merde jusqu'au cou et, par belle ou par laide, il va falloir que j'assume. Je ne voyais pas ma vie s'achever ainsi. Faut dire que je me la rêvais plus intéressante. Quand j'avais encore des illusions, je m'inventais des rôles importants : acteur célèbre, aventurier intrépide, agent secret, écrivain nobelisé ou, si mon existence devait prendre un tournant plus soporifique, PDG d'une 'multinazionale' cotée en bourse. J'aurais sans vergogne exploité le tiers-monde avec le même cynisme que l'on me reconnaît en d'autres matières. Mais non, je suis devenu un connard pur sucre, un branleur de sous-catégorie régionale, un mec doté d'un sixième sens pour plonger dans les emmerdes les plus noires. Franchement, je ne me voyais pas finir au zonzon, à me faire fonceder la rondelle par des taulards avides de casser du pédo.
L'addition est lourde pour une gamine que, de toute manière, j'aurais été incapable d'outrager.
Maurice et la fille se retirent tandis qu'Armand déponne. Par la porte ouverte, on découvre près de deux mètres de viande avec pas beaucoup de graisses autour. L'armoire à glace se met en branle. Look de biker propre, gilet et bandana de cuir, jeans et baskets de marque, démarche usée de para-commando rendu à la vie civile : il n'y en a pas trente-six comme lui. Je te présente Jérico.
— Salut ma poule, me salue-t-il, pas surpris de me voir en compagnie des deux sniff-bitumes. Et alors, il paraît qu'on se fait raccompagner par les roussins ! Faites gaffe, les mecs, c'est mauvais pour mon commerce.
— Tu fais dans quoi, à présent ?
— Comment crois-tu que les deux pépères en sont venus à forniquer mon petit canon ?
— Je sais pas. T'es devenu proxo ?
— Mieux que ça, rétorque-t-il en m'invitant à le suivre d'un ample geste du bras.
Je quitte mon siège. On passe dans l'alcôve. Question romantisme, ça craint. La pièce est quasiment nue en dehors du pageot poussé contre un mur aux briques apparentes. D'une teinte indéterminée tirant sur la vieille sueur croupie mâtinée de divers jets hormonaux, le matelas se pique de bavures brunâtres dont la composition sanguine, et sans doute menstruelle, m'arrache un rictus d'aversion.
Pour peu, j'en louperais le puissant éclairage et les déflecteurs qui étalent la lumière. Des tiges métalliques parcourent les murs alors qu'un rail entoure le pieu. Des caméras vidéos quadrillent la scène de leur regard vitreux.
Médusé par Jérico, j'articule vite fait : « T'es devenu producteur de films éducatifs ? »
« Tu peux pas mieux dire ! », commence le nouveau génie du huitième art. « On a même repris une boîte de prod' qui périclitait dans le divertissement culturel. Avec la subvention, j'ai acheté le matos que tu vois. Tout est automatique. C'est commandé par ordinateur. Les caméras détectent et suivent les mouvements. Ca fait des zooms, des travellings, des plongées et des contre-plongées et des autofocus et ça grave même les DVD. Et le son ! Faut que je te parle du son ! Heptaphonie digitale laser avec effet Sound Surrond. C'est du 7.0, rien que ça ! »
« Et le casting ? T'en penses quoi, de mon casting ? Et mon actrice ? Tu as vu, mon actrice ? Elle est trop mignonne, non ? Les frangins aussi sont bons. Ils ne crèvent pas l'écran, ils le déchirent, ils l'explosent, ils le pulvérisent. Des acteurs nés, ces deux-là. File-leur trois-quatre litrons de gros rouge qui tache et tu verras se déchaîner des bêtes de scène. Des bêtes de scène ! Comme je te le dis ! »
— Si je peux me permettre une remarque, tu ne les as pas recrutés sur le physique.
« Mais détrompe-toi. C'est uniquement pour ça que je les ai engagés. Ils ne sont peut-être pas beaux mais ils ont des gueules ! Et c'est ça que le public veut voir. »
« J'étais au bistrot, en plein en rendez-vous avec une comédienne. Elle avait lu mon scénario — oui, à l'occasion, j'écris aussi —, donc elle avait lu le scénar, un sado-maso — ça se vend bien — avec des hardeuses en hardes hardant des mâles hardis. Mais elle trouvait les premiers rôles masculins moyennement pénétrants et elle me réclamait un nouveau casting, histoire de ne pas tourner avec des ramollis du calbute. Tu sais, il n'y a pas que des toxicomanes et des chômeuses qui postulent. Il y a aussi des femmes mariées, des mères de famille : des femmes biens sous tous rapports. Enfin, je me comprends... »
« Donc, on négociait quand la comédienne m'a annoncé que, dans l'absolu, elle était d'accord de jouer avec des tas de partenaires sauf avec des clochards comme ça. Je regarde dans la direction qu'elle m'indique et devine qui je vois ? Les frères Vinard, ronds comme des queues de pelle, en train de remonter la rue, cahin-caha, en titubant d'une façade à l'autre. Et là, je te jure que j'ai eu une illumination divine ! Tu sais, mec, dans la vie, il y a des moments de grâce. Et pour être à l'écoute, tu dois être 'aware' quand l'esprit saint descend sur toi. Et là, je me suis dit que ces mecs-là avaient la gueule de l'emploi pour des viols filmés ! Enfin, de faux viols. Les vrais coûtent trop cher. Je ne peux pas me permettre de payer des procès. J'ai pas les budgets de la presse à scandales, moi. »
« Ah, mon ami, si tu savais comme je t'envie ! Tu n'as pas de problème d'argent, toi. Tu peux décrire toutes les scènes que tu veux sans craindre de fâcher tes investisseurs. Moi, quand je lis dans un scénario qu'une scène d'extérieur débute à l'aube, je pense immédiatement à ce que je vais devoir débourser : réveiller une équipe en pleine nuit, la déplacer jusqu'au lieu de tournage, prévoir les cafés, le catering, faire venir les comédiens, fournir des couvertures. Ca coûte un fric bête ! »
« Le viol filmé, c'est l'idéal. Tu tournes quelques plans de situations, la séquence de l'enlèvement et puis c'est fini. Le reste, c'est du studio. Et avec mon matos, c'est vite mis en boîte. On fait un rapide passage en post-production pour mixer deux-trois trucs, couper les longueurs — enfin, pas toutes ! Hahaha ! — Bref, le lendemain au plus tard, le film est téléchargeable sur notre site. »
« Pour l'histoire, on va au plus simple : au début, la nana est terrorisée mais dès qu'elle comprend qu'on ne lui veut que du bien, elle participe à l'action et elle en redemande tant et si bien qu'elle se transforme en vraie ravageuse de biroutes... »
— Et avant de ravager les biroutes, on ne lui proposerait pas un petit libanais raid, histoire de l'exploser un peu ?
« Ah, écoute Coco, c'est le milieu des artistes, ça. Pense que mes acteurs vont puiser très profondément les sentiments qui leur permettent de jouer juste. Ca n'a l'air de rien mais il faut un niveau d'acting élevé pour interpréter des scènes comme ça. »
« J'ai compris en initiant le projet qu'il faudrait y aller crescendo et ne pas exiger trop d'un coup. On a commencé avec un film familial — 'Les tontons schlingueurs'. Mais ce n'était pas terrible. On voyait bien que la comédienne n'était pas à l'aise dans le rôle de la nièce. J'étais à deux doigts d'arrêter quand, soudain, j'ai introduit une variante dans le scénario. Il suffisait d'ajouter que la fille avait été droguée par les oncles et le tour était joué. On l'a fait fumer pétard sur pétard jusqu'à ce qu'elle soit en condition. A ce moment-là, elle a haussé son jeu à un niveau de réalisme social que très peu de réalisateurs peuvent prétendre avoir vu dans leur carrière. »
« Mais, je parle, je parle... C'est pas tout ça mais il faut que je reconduise madame chez son époux. En tout cas, ça m'a fait plaisir de te voir. Plein de fois, je me demande ce que tu deviens depuis que tu ne bosses plus chez Fredi. Au fait, ça te dirait de faire du cinéma ? Non-non-non-non, ne réponds pas tout de suite. Prends le temps de réfléchir. Tiens, Coco, je te laisse ma carte au cas ou tu changerais d'avis. C'est pas que tu sois beau mais t'as du charme. Et je dis ça, je suis pas pédé, hein ! Mais je sais ce que les gens aiment voir. Ecoute, téléphone-moi la semaine prochaine, je tâcherai de t'organiser un casting... »
« Et alors, la greluche, t'es pas encore prête ? Bordel ! Ca fait un quart d'heure qu'on discute, moi et mon pote. Ne me dis pas que tu n'as pas eu le temps de t'habiller ! Bon, écoute, prends tes fringues, tu les mettras dans la voiture. Moi, je suis pressé. On m'attend sur un tournage. 'Le Con, la Pute et le Gluant', ça va s'appeler. »
— Et les flics ? beugle Armand ?
— Quoi, les flics ? Ils ont déjà vu une nana à poils, les flics. Ils ne vont pas me casser les couilles pour ça, les flics. On a toutes les autorisations requises et tous nos modèles sont majeurs, à deux-trois jours près. Je ne vois pas ce qu'ils auraient à redire, les flics. Sur ce, messieurs, je vous souhaite le bonsoir...
Prends ça comme tu veux, mais je tiens ABSOLUMENT à voir Jérico et sa starlette en prise avec la Rousse...
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