La culture en toute liberté.
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AVERTISSEMENT :
Cette œuvre risque de perturber les repères des jeunes de moins de 16 ans, car elle contiens des propos érotiques ou présente des scènes de violence particulièrement impressionnantes.
Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.
Source : http://kraphard.skyrock.com/
Licences : N/A
J'avoue que je suis franchement déçu. Je m'attendais à une scène comique, un truc délirant. Et puis, il ne s'est rien passé. Sur le pas de la porte, j'ai maté le couple traverser le jardin, la rue, monter en voiture, se tailler. Jérico marchait à grandes enjambées tandis que la meuf trottinait derrière. Entre la lourde et le portail, elle a eu le temps d'enfiler un long T-shirt. Du coup, il n'y avait plus rien à voir, plus d'outrage à la pudeur, plus rien à sanctionner...
A un moment, la comédienne a perdu sa petite culotte. Le jeune keuf est précipitamment sorti de son véhicule pour aller la ramasser.
— Mademoiselle ! Mademoiselle ! vous avez perdu ça.
Elle l'a remercié. Il lui a fait le salut réglementaire : « A votre service, Mademoiselle. »
C'en est trop. Là maintenant, je suis dégoûté et j'ai vraiment besoin d'un verre. Tel un zombie, je m'empare du cocktail maison qui m'attend depuis tout à l'heure. D'une traite, j'en siffle la moitié.
Aussitôt, un goût acide et piquant me ravage le palais, la langue, la gorge. Mon tube digestif s'enflamme et le liquide brûlant me remonte par le clapoir et les narines.
— Pouah ! fais-je en recrachant la mixture. C'est quoi cette saloperie ?
— Ben... Bière, éther et sirop de menthe ! lâche Armant, comme si c'était une évidence. T'as pas arrêté d'en boire, l'aut'nuit.
— Tu te fous de moi ! Jamais, j'ai bu un truc aussi dégueulasse.
— Ben non, intervient Maurice. Hier, c'est moi qui les a fait. Paske, l'Armand, y met toujours trop de menthe. Alors, forcément, c'est trop sucré et c'est pas bon.
Bière, éther et sirop de menthe ! Le genre de mélange qui te vide la calebasse aussi sec. Et après ça, moi, je m'étonne : j'ai la mémoire qui flanche, je m'souviens plus très bien.
Non mais tu te rends compte que ces clenches-là ont associé un vasodilatateur à un oxyde d'éthyle connu pour sa triple action de solvant, d'analgésique et d'antiseptique ! Remarque, l'antiseptique, chez eux, c'est pas du luxe. Pour ça, au moins, je devrais leur en savoir gré. Tu t'éclates les neurones, tu te niques le foie, tu t'atomises les muqueuses, mais tu te chopes pas de septicémie.
— Et j'en ai bu beaucoup, de ce truc ?
Ils se consultent. Au bout d'un moment, Maurice avoue avoir vider un ou deux litres d'éther.
— Plutôt un que deux ?
— Ben... moi, j'dirais plutôt deux. Et peut-êt'même deux et demi.
— Mais comment suis-je rentré chez moi après ça ?
— Armand a appelé un taxi, un pote qu'y connaît bien. Y nous a fait une réduction. On t'a mis dedans. Je suppose qu'y t'a déposé chez toi...
C'est Géraldy, le fils aîné de ma meuf, qui a complété les vides. Quand il est rentré de sa soirée, vers six heures trente du matin, il m'a trouvé au pied du chêne, en face de chez nous. Le chien dormait dans mes bras. Il a réveillé le cador qui, lui, est rentré tout seul. Ensuite, il est allé chercher son petit frère. A deux, ils m'ont hissé dans la chambre.
Je dois dire que, sur ce coup-là, ils m'ont pas mal étonné, les gamins. Je ne m'attendais pas à ça de leur part.
« Oh, c'est rien, minimise Géraldy. T'aurais fait la même chose pour moi. D'ailleurs, je sais bien que quand je sors, c'est toi qui tu restes éveillé jusqu'à ce que je rentre. Tu te souviens de la fois où j'ai gerbé sur la terrasse ? Direct, tu es venu me demander si ça allait. Et, surtout, t'as rien cafté à maman. »
Et même qu'on a nettoyé la terrasse, le chien et moi... Enfin, surtout le chien ! Moi, je l'ai regardé faire.
Cette nuit-là, je me suis endormi en me disant que si les ados sont si cons, c'est précisément parce qu'ils ne sont encore que des ados. Ce n'est qu'une question de temps. Laissons-leur encore quelques années et le réel se chargera d'en faire de parfaits crétins, comme nous tous...
Ce matin, j'ai décidé de pousser une pointe jusqu'au chef-lieu d'arrondissement, une entité urbaine qui ressemble à peu près à une vraie ville. J'ai troqué mon look d'adolescent attardé avec jeans, baskets et chemises bariolées d'inspiration Manga au profit d'un costume anthracite qui sied davantage à un représentant de ma génération. Je me suis même attaché une cravate. Il ne me manque qu'un bitos mou pour ressembler à un détective de série noire. Cela dit, je vois mal Sam Spade ou Philip Marlowe se taper trois quarts d'heure de bus pour chercher du taf au bureau de chômage. Mais le reste y est : mes chaperons ne me lâchent plus d'une semelle depuis hier soir.
Quand je suis rentré de ma visite aux Vinard, ils se sont sagement rangés sur le trottoir, en face de chez moi. J'ignore s'ils ont consulté les plans du cadastre mais, l'appartement ayant la terrasse pour seule issue, ils ne risquaient pas de me rater.
En sortant ce matin, j'ai constaté que l'équipe de la veille avait été relevée. La berline avait fait place à un monovolume. Et comme je suis un mec poli doté d'un certain sens pratique, j'ai été me présenter aux nouveaux. L'officier au volant a baissé sa vitre.
« Bonjour Messieurs, les ai-je cordialement salué. Puisqu'il semble que vous voyez obligés de me surveiller, je vous propose une sorte de compromis : plutôt que de jouer au chat et à la souris — vous, me suivre bêtement et moi, tenter de vous semer —, faisons la route ensemble. Faisons du co-voiturage. La planète nous en remerciera. Qu'en pensez-vous ? »
Hélas, ces gars-là ne sont pas payés pour penser. Ils le sont pour obéir aux ordres et se conformer aux règlements. J'ai laissé tomber. On peut avoir le dernier mot avec un mur mais ça ne change rien à sa position. Reprenant mon plan initial, j'ai subi le voyage en bus, talonné par mon escorte.
Ce qu'il y a de commode quand tu es suivi par une bagnole officielle, c'est que tu la repères facilement. J'en étais à gamberger un plan pour me défaire de cette encombrante présence quand la bagnole a soudain ralenti. Elle s'est immobilisée un bref instant le long de la chaussée, puis elle a fait demi-tour.
Et là, j'ai commencé à me poser des questions. Beaucoup de questions...
J'ai aussi trouvé des réponses. Et je parie que tu souhaites que je te les fasse partager. Mais ça, c'est au menu de l'épisode de demain...
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