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AVERTISSEMENT :
Cette œuvre risque de perturber les repères des jeunes de moins de 16 ans, car elle contiens des propos érotiques ou présente des scènes de violence particulièrement impressionnantes.
Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.
Source : http://kraphard.skyrock.com/
Licences : N/A
Nous étions dans notre bulle. Rahima était le monde. Rahima était ma sphère.
Pourquoi ai-je détourné les yeux ? Ai-je été alerté par le bruit ou pas son absence ?
J'ai détourné les yeux. Il n'y avait plus personne. La terrasse, pleine et bruyante, s'était soudainement vidée. Les verres ornaient toujours les tables. Une glace fondait dans sa coupe. Une chaise renversée attestait d'un départ précipité. Les rues, elles aussi, étaient désertes, comme emplies d'une torpeur bien plus lourde que la canicule. Une chape de plomb venait de s'abattre sur la ville.
Nous étions dans notre bulle, à contempler notre sphère, et nous n'avons pas vu les visages en larmes. Nous n'avons pas vu les traits graves. Nous n'avons pas senti la vie lentement se retirer. Nous étions dans notre bulle et nous rêvions de notre sphère. Et tandis que la joie s'évanouissait du cœur des enfants, la notre s'imperméabilisait aux souffrances. Aussi n'avons-nous rien vu quand l'incompréhension et l'indignation s'emparèrent des esprits. Mais il est également possible que nous n'ayons rien voulu voir.
Etions-nous coupable d'indifférence ?
Je le crois.
Nous étions dans notre bulle et pour ne pas en rompre le charme, nous avons peut-être feint d'ignorer les yeux rougis et les gorges serrées comme les poings.
Et si Rahima était ma bulle, si Rahima était ma sphère, le monde ne se limitait pas à Rahima. Le monde continuait d'exister en dehors d'elle. Il continuait à nous charrier son lot quotidien de misères humaines.
Alors je n'ai plus détourné les yeux.
Je me suis levé et j'ai rejoints les autres. Ils étaient tous à l'intérieur, regroupé autour d'une télévision. Quitte à regarder l'horreur, autant l'observer de loin. La télévision, c'est l'horreur sans odeur. C'est le voyeurisme sans honte, la chasteté sans abstinence. C'est l'algolagnie sans limite. C'est la fureur sans retenue :
« Le mec qu'a fait ça, faudrait l'anéantir avec la bonne vieille méthode nazie ! »
L'auteur reçoit quelques timides approbations. Si la plupart admettent le bien-fondé de la sentence, le mot « nazi » retient les vivats. L'univers concentrationnaire britannique, expérimenté durant la guerre des Boers — et avec un taux de mortalité moyen nettement supérieur aux scores du IIIème Reich — aurait sans conteste été mieux accueilli. L'anglais, c'est propret.
Reste encore à capturer le « mec qu'a fait ça ».
Quant à ce qu'il a fait, on n'en sait trop rien. La télévision n'a pas tout dit. S'en tenant à l'essentiel, elle a simplement annoncé la découverte d'un nouveau cadavre. Et comme toujours en pareil cas, l'imagination va bon train. La mienne s'emballe d'autant plus que la victime ne m'est pas inconnue : c'est la starlette qui, hier encore, donnait la réplique aux frères Vinard !
— Ne restons pas ici, me souffle Rahima au creux de l'oreille.
Quelques minutes plus tard, nous débarquons dans son l'appartement. Au dernier étage d'un immeuble restauré de fraîche, il se compose d'une immense pièce sous une toiture d'acier et de verre. « La maison a été construite à la fin du XIXème par le propriétaire de plusieurs charbonnages, m'explique Rahima. Nous sommes ici dans son jardin d'hiver. »
Je me garde bien de le dire mais le lieu est parfait pour faire pousser toutes sortes de plantes pas nécessairement légales. Pendant ce temps, mon hôtesse termine son explication. « La lumière est très bonne ici. Il n'y a pas de meilleur endroit pour taquiner la toile. »
A mon entrée, j'ai immédiatement reconnu l'odeur de white-spirit qui empeste les ateliers des peintres. Les toiles rangées le long du mur ont confirmé le diagnostique : Rahima était une artiste. La thématique de son œuvre semblait s'inspirer de la Science-Fiction et de l'Heroic Fantasy. Des créatures aux formes très avantageuses ou, au contraire, étranges et inquiétantes prenaient corps au milieu de paysages oniriques. J'étais fasciné.
— Je dois t'avouer que je ne t'ai pas amené ici sans arrière-pensée.
— Je ne t'ai pas non plus suivie sans arrière-pensée.
— Oui mais sans doute pas les mêmes.
Elle hésite un instant. Je l'encourage. Elle se lance :
— Accepterais-tu de poser pour moi ?
— Nu ou habillé ?
— Pour mon œuvre, habillé...
— Quand ?
— Maintenant ? propose-t-elle d'une petite voix.
— ...
— Ca ne prendra que quelques minutes. Mais c'est urgent.
Quelques minutes, tu parles ! J'ai passé tout l'après-midi une fesse sur une table, l'autre dans le vide, à compulser un dossier imaginaire — en fait, le press-book de Rahima. Mais, tout en gardant la pose, j'ai appris des tas de trucs intéressants.
D'abords, au rayon tranches de vie, j'en sais un peu plus sur l'artiste. La vente de drogue constitue une activité secondaire, celle qui lui permet d'assumer les factures quand ses activités créatives occupent le creux de la vague. Concernant l'activité principale, elle se répartit en deux fonctions distinctes : la peinture, sa passion, et le graphisme, son gagne-pain officiel. D'ailleurs, je joue les modèles afin que Mademoiselle honore une commande pour une publication d'entreprise.
Au rayon tronches de vit, je suis tombé sur une curiosité. C'était là, au détour du press-book que je tenais depuis un moment. Tu ne vas pas le croire mais... Attends, Rahima me demande un truc :
— Pas trop ankylosé ?
— Ca commence...
— On va faire un break.
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