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Krap HARD/Chapitre 18

Marteau de juge

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Cette œuvre risque de perturber les repères des jeunes de moins de 16 ans, car elle contiens des propos érotiques ou présente des scènes de violence particulièrement impressionnantes.


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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://kraphard.skyrock.com/

Auteurs de l'œuvre originale : Leopold Zorn

Licences : N/A

— J'arriverai jamais à finir dans les délais, soupire-t-elle en crachant une longue volute de fumée crise.

— Tu veux qu'on s'y remette ?

— Non, il est tard. Ta femme va s'inquiéter.

— Je ne suis pas marié.

— Tu vis avec. C'est tout comme.

— Mmmouais... fais-je en m'étirant dans les draps froissés. Et des fois, ça me fait chier.

— Pourquoi ? Il n'y a plus rien entre vous ?

— Ce serait plutôt le contraire : il y a trop de choses entre nous.

Pour la première fois depuis des semaines, je me sens bien. Je me sens même très bien. Il y a longtemps que je n'ai plus fait l'amour avec autant de passion. La manière dont nos corps se sont accordés était tout simplement extraordinaire.

Je ne crois pas qu'il y ait de bons ou de mauvais coups. Je crois qu'il y a des gens qui, dès le départ, émettent sur la même longueur d'onde. Avec Rahima, je suis directement entré en résonance. Les cristaux ont vibré. L'alchimie des fluides a fait le reste.

Mais je conçois que, de ma vie sexuelle, t'en as rien à carrer et que t'es pas ici pour ça (ou alors laisse-moi ton mail, je t'enverrai des histoires cochonnes). Ce que tu veux savoir, c'est ce que j'ai trouvé dans le press-book. J'y viens... laisse-moi le temps d'amener la conversation.


— Putain ! Si je ne me lève pas... je vais m'endormir.

— Mouais, c'est à ça qu'on reconnaît qu'un homme a joui.

— Pffff... Quand un homme s'endort, c'est parce qu'il est bien et qu'il se sent en sécurité. Les femmes devraient prendre ça pour un honneur.

— J'aime mieux que tu réserves cet honneur-là à ta régulière.

M'arrachant à la douceur du paddock :

— Puisque c'est comme ça, je me casse.

Je te l'ai dit, l'appartement se présente sous la forme d'une pièce unique. A côté du grand lit, se trouve une sorte de salle de bain. J'y dégote un chiche accolé à une grosse gaine technique. Je relève la lunette et m'emploie selon l'usage. En homme du monde, je m'efforce de viser juste tout en lisbroquant sur l'émail, histoire de ne pas incommoder mon hôtesse. Je tchatche pour couvrir le chuintement :


— Tiens, j'ai trouvé un truc rigolo dans ton press-book.

— Ah oui ?

— Un drôle de logo.

Détournant celui d'une célèbre société hollywoodienne, il représente une entreprise locale, la « Twenty-First Century Fucks ».


— Oh, ça ! répond-elle. C'est un moins de loyer.

— Explique.

« Le propriétaire de l'immeuble détient aussi des parts dans cette société. Il m'a demandé d'en dessiner le logo. J'ai également programmé une animation en 3D pastichant l'original. A la demande du proprio, j'ai remplacé les rayons lumineux par des bites en érection. C'est d'un goût très douteux. »

Revenant vers elle :

— Donc, tu connais Jérico ?

— Non. Qui est-ce ?

— Le patron de la Fucks.

— Ce n'est pas ce nom-là. Le patron, c'est Shkodër. Vojmir Shkodër.

Ca cadre avec ce que je connais des activités de Jérico. Le loustic n'est à son compte que pour les menus larcins qu'on lui laisse. Pour le reste, il se réfère à la hiérarchie des larrons. Sur le sujet, il faudra d'ailleurs que j'aille à la pêche aux infos...

Il est près de dix-huit heures lorsque le temps m'arrache aux doux bras de Rahima. Dans le piétonnier, les mercantis rentrent leurs étaux. Les volets se baissent l'un après l'autre. Néanmoins, les rues demeurent populeuses. Les terrasses des cafés ne désemplissent pas. Il fait beau. L'activité économique se maintiendra jusque tard dans la soirée.

Sur une place, je mate une sculpture moderne assemblée de cubes de granit brut. Difficile de dire ce que c'est, à part des cubes... Mais qui représentent quoi ? Mystère ! Avant, les monuments, on savait ce que c'était. Et quand on ne savait pas, une inscription se chargeait de nous le dire, même s'il a toujours semblé ardu de saisir la corrélation entre une femme nue et la dédicace « A nos morts », comme si la statue avait été choisie en fonction d'un budget d'autant plus raboté que, normalement, les morts ne votent pas et qu'il convient de consacrer les deniers communaux à satisfaire les électeurs en vie ; le prix des matériaux étant ce qu'il est, les scènes déchirantes de valeureux soldats agonisant le fusil à la main restent onéreuses et, quoi qu'on en pense, extrêmement traumatisantes pour les jeunes générations ; alors que, bien moins chère, la nudité d'un corps féminin idéalement proportionné constitue, elle aussi, à sa façon, un vibrant hommage à la raideur (relis cette phrase sans respirer, tu la découvriras aussi asthmatique que si elle avait été pondue par Proust lui-même).

Au loin, l'enseigne bleue du magasin de Fredi se précise. Je suis véner quand je repense à la façon dont il m'a lourdé, soi-disant pour mon bien, le style : « t'es trop intelligent pour rester ici. Dans le fond, c'est un service que je te rends. Non, non, ne me remercie pas. »

C'est sûr que taffer à 25 œufs par jours, ça nourrit son homme mais ça affame sa femme et ses enfants. Ma Dulcinée m'encourageait à chercher ailleurs. Limite, elle me reprochait un manque d'ambition. Tu sais ce qui reste de l'ambition après dix-douze plombes sur les quilles ?

Je me pointais vers huit heures. J'attendais le patron au bistrot. On déjeunait et, plus souvent qu'à son tour, Fredi prolongeait la glandouille jusqu'à ce que résonnent les neufs coups du matin. Après l'ouverture, il me distribuait un fond de caisse de quelques euros, rarement plus de cinquante. Puis, client ou pas, je le voyais tourner en rond comme un requin dans son aquarium. Soupirant qu'il avait passé une fort mauvaise nuit, il se retirait dans la réserve, histoire de s'allonger un chouia. Là, j'avais les coudées franches jusque onze heures-onze heures et demie. Toutefois, il n'était pas rare qu'il quitte seulement son canapé vers midi, attisé par la faim ou par la soif. Dans tous les cas, il se traînait courageusement jusque treize heures. La digestion aidant, il commençait à ressentir une violente somnolence postprandiale qui l'obligeait à rejoindre sa couche.

Il refaisait surface aux alentours de seize heures, lorsque les enfants sortaient de l'école et envahissaient le seul magasin du monde vendant des farces et attrapes, des jeux vidéos, des gadgets à la con, des téléphones mobiles d'occasion, des ordinateurs de seconde main, des téléviseurs de troisième, des chaussures fraîches selon arrivage, des bijoux fantaisies, des ventilateurs de poches ; des lecteurs DVD n'ayant presque jamais servis mais tous aussi pouraves les uns que les autres, des avec télécommande, des sans, mais quelle importance puisqu'on y vend aussi des télécommandes universelles qui, universellement, fonctionnent une fois sur trois — je suis dans une vague proustienne, aujourd'hui, tu as remarqué ? — ; des fleurs qui chantent, des briquets qui t'électrisent les doigts, des fausses cigarettes qui font hurler les parents, des kits pour confectionner soi-même de vraies cigarettes qui font rigoler (tout est fourni sauf les herbes de Provence) ; j'en oublie des dizaines mais je tiens à souligner que Proust ne m'a jamais autant fait marrer que ce qu'il m'emmerde.

Bref, je bossais non-stop de neuf à dix-huit heures (et, certains jours d'été, il est arrivé qu'on ferme seulement à vingt heures) et ce, six jour par semaine, pour la somme rondelette de 500 euros par mois.

Quand il se réveillait, Fredi avait encore le culot de se plaindre :

— Eh ben, on n'a pas une vie facile, hein !

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