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Krap HARD/Chapitre 19

Marteau de juge

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Cette œuvre risque de perturber les repères des jeunes de moins de 16 ans, car elle contiens des propos érotiques ou présente des scènes de violence particulièrement impressionnantes.


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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://kraphard.skyrock.com/

Auteurs de l'œuvre originale : Leopold Zorn

Licences : N/A

Je le harponne comme il serre la taule. Grolles black, futal en cuir de même couleur, T-shirt assorti et lunettes noires (pour une nuit blanche ?), Fredi aurait presque tout d'un Jim Morrison de 47 ans s'il n'était accompagné d'un ridicule clébard tout aussi petit qu'il est laid. Je l'amorce par les sentiments :


— Ah ! Je vois que t'as toujours ton chie-d'sus. Ca lui fait quel âge maintenant ?

— Bientôt quatorze ans ! Mais elle devient aveugle, la pauvre.

— Ben oui, ça, en vieillissant...

— Et alors, qu'est-ce que tu deviens ? Tu as trouvé du boulot.

— Pas vraiment. Je suis négociation avec une boîte qui cherche un spécialiste en Excel.

— Ca te conviendrait bien. Tu as toujours été pour chipoter dans tous ces machins-là, toi.

— Sinon, Jérico m'a proposé un job...

— Comme à tout le monde ! Mais fais gaffe. Avec lui, il faudra que tu coures après ton argent.

— Lequel a les doigts qui collent le plus à la braise, lui ou son patron ?

— Ils ne valent pas mieux l'un que l'autre. Si tu as du business à faire, traite plutôt avec le Gitan mais ne vas pas t'associer aux combines de Shkodër. Ce type-là est vraiment dangereux.

— On sait d'où il vient ?

S'accordant le luxe d'une brève réflexion, Fredi baisse son volet métallique. Le raclement retentit dans la rue. Il ferme à clé, se relève et me répond :

— On raconte que dans son pays, il a trempé dans des histoires de police secrète et des machins comme ça. Mais tu me connais. Je ne suis pas pour me mêler des histoires qui ne me regardent pas. Au fait, tu lui veux quoi, à Shkodër ?

Fredi ne gardant que les secrets dont la valeur marchande ne dépasse pas le zéro absolu, je mise sur la prudence :

— C'était juste pour savoir ce que je risque en bossant pour Jérico.

— Je te retape ? propose-t-il en m'indiquant d'un geste son puissant coupé sport.

Je ne me fais pas prier et pose mon derche dans la caisse. Se rentrer gratos autrement qu'à pinces, c'est déjà appréciable. Mais si en plus, il y a l'air conditionné, alors là c'est byzance.

Comme on démarre, la radio revient sur l'information du jour. Nous écoutons en silence : "(...) Inquiet de ne pas voir revenir son épouse alors qu'elle était en visite chez sa sœur, le mari de Gaétane Campa a tenté de la joindre plusieurs fois sur son téléphone portable. De plus en plus tracassé, il s'est résolu à demander l'aide de la police. Dans le climat de méfiance qui règne désormais suite à l'assassinat de la jeune Tiffany Moens, la police a immédiatement pris la mesure de la situation. Une rapide enquête a indiqué que la victime aurait probablement été enlevée entre son domicile et celui de sa sœur... »

Fredi s'apitoie :

— Quelle affaire ! A ce rythme-là, je n'aurais bientôt plus de clientes !

— Tu les connaissais ?

— Oui. La première, c'est parce que j'au vu sa photo dans le journal que je l'ai reconnue. Elle était déjà passée une ou deux fois au magasin. Mais Gaétane, c'était une cliente régulière. Elle achetait un GSM tous les mois.

— Jérico était là quand elles venaient ?

Mouais... Question prudence, j'ai pas fait dans la dentelle de Bruges ; c'est sorti tout seul. Comme on arrive à un feu rouge, Fredi en profite pour tourner la tête :

— Tu ne crois quand même pas qu'il aurait quelque chose à voir là-dedans ?

— Tu sais ce qu'il usine en ce moment, Jérico ? Il rabat la caille pour produire des films X. Tu le savais ?

— Je vends ses DVD sous le comptoir.

— Et t'en penses quoi ?

— Je les vends. Je ne passe pas mon temps à les regarder.

La voiture repart. Elle traverse un important carrefour et met le cap vers le village. Après une rue aux maisons serrées les unes contres les autres, on aborde une nationale où les habitations s'espacent. Les propriétés s'élargissent à mesure que nous nous éloignons du centre-ville. La route est maintenant bordée de pavillons. Plus loin encore, quelques villas apparaîtront derrière leurs murs de briques.

Pour la troisième fois, Fredi scrute son rétro d'un air bizarre. Glissant la tête entre les sièges, je constate que je suis toujours fliqué par le monovolume des roussins. Mais, et c'est une nouveauté, les voilà qui entreprennent de me précéder. Leur tire se déporte lentement puis, d'une brusque accélération, nous remonte avant de se porter à notre hauteur. Les deux voitures roulent côte à côté. Le keuf assis sur le siège passager nous invite à nous ranger sur l'accotement. Fredi obtempère. Leur bagnole se gare devant nous.

Ils descendent. Les portières claques. Les deux hommes avancent. Celui de droite détache la sangle qui ferme la gaine de son pistolet. Fredi baisse sa vitre. Le flic de gauche lui adresse un salut martial, la main réglementairement inclinée sur la visière :


— Ne vous tracassez pas Monsieur, nous ne venons pas pour vous.

De son côté, l'autre flic a saisi la crosse son arme. Par la vitre ouverte, son collègue m'invite à descendre. Je tire le crochet de la portière, je sors. L'accueil est chaleureux :

— Dirigez-vous lentement vers notre véhicule. Sachez que je ferai feu au moindre geste suspect.

Je m'exécute avant qu'il s'en charge. J'entends l'autre flic prendre congé de Fredi : « Merci de votre collaboration et bonne route, Monsieur. » L'enfoiré décampe sans demander son reste. Sans même m'adresser un regard, il met la gomme et rentre chez lui, se calfeutrer, se barricader au fond du trou à rats qui lui sert de logis.

Après la fouille d'usage, les pandores me collent les bras dans le dos et m'offrent une belle paire de bracelets argentés. Je me retrouve à l'arrière de la caisse. Maigre réconfort, ils ont l'air co en plus de leur air con.

Depuis un moment, je n'arrête pas de te dire que les poulets s'adonnent à un drôle de jeu. Là encore, la confirmation tombe presque aussitôt. Au lieu de faire demi-tour pour rejoindre le commissariat central, la voiture s'enfonce dans la campagne. Nous passons devant mon village et, restant sur la nationale, poursuivons à l'Est sur une dizaine de kilomètres. Un panneau annonce que nous changeons de province.

Un peu plus loin, la ture bifurque sur un chemin privé. Au terme d'une longue allée, se dresse un énorme bâtiment abandonné, le genre d'endroit idéal pour un home, un hôtel ou un interrogatoire musclé.

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