La culture en toute liberté.
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AVERTISSEMENT :
Cette œuvre risque de perturber les repères des jeunes de moins de 16 ans, car elle contiens des propos érotiques ou présente des scènes de violence particulièrement impressionnantes.
Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.
Source : http://kraphard.skyrock.com/
Licences : N/A
Invisibles depuis la nationale, trois voitures nous attendent garées derrière le bâtiment principal. Aucune d'elles n'appartient à la flotte de la Maison Parapluie. Les deux premières sont de sages berlines. D'apparence plus modeste, la dernière convient d'avantage à un jeune conducteur. Il s'agit d'un modèle sport à la rutilante carrosserie.
Cinq hommes discutent devant les capots. J'identifie quatre d'entre eux. Ils furent respectivement mes anges gardiens ainsi que ceux des Vinard. Le cinquième m'est inconnu. Néanmoins, je te fiche mon billet qu'il est l'heureux propriétaire de la petite bombe rouge.
La caisse se range à côté des autres. Mes perdreaux descendent et se joignent aux autres. Ca discute ferme pendant quelques secondes puis le chauffeur revient vers moi.
Ouvrant la portière à la volée, il me chope par la cravate et, sans ménagement, m'extirpe du véhicule. Je fais ce que je peux mais, n'étant pas équilibriste, j'atterris gueule en terre.
Toujours mon bout de cravetouze à la main, le fumier entreprends de me relever. J'arrive à me mettre à genoux et là, ce fils de pute me décoche un formidable coup de tatane dans les burnettes. Plié en deux par le choc, j'ai la tronche qui refait connaissance avec le sol. J'étouffe, tousse et vomis. Un mélange de bile et de bave me coule sur le menton. Foudroyante, la douleur me remonte jusqu'au milieux du bide. J'aurai du pot si je ne pisse pas rouge pendant trois semaines.
Cela dit, vu la tournure des événements, il y a peu de chance que je vive assez vieux pour me tracasser d'éventuelles traces d'hémoglobine dans l'urée. D'autant que je ne suis pas en situation de force. Menotté et sans flingue, ça ne va pas être du gâteau. Remarque, même avec un soufflet, je vois mal comment je pourrais m'en tirer. Ils sont sept et, nous, on n'est que deux. Et encore, je ne suis même pas sûr de pouvoir compter sur toi.
Quoi ? T'as dis quelque chose ?
Ah d'accord ! Maintenant que ça tourne à l'aigre, tu te retranches derrière ton rôle de lecteur. Comme quoi tu veux pas t'impliquer, que c'est à moi à gérer la crise, à de me démerder seul...
Sympa !
Tu le prends comme ça ? D'accord ! Mais je te garantis que la prochaine scène de cul, je me la tape tout seul !
Au fait, — tu vas dire que je saute du coq à l'âne mais... — c'est toi qui as éteint la lumière ?
Je rouvre les gobilles dans une sorte de grange. Je suis assis sur une chaise, les poignets solidement scotchés aux barreaux du dossier. Les bourreaux ont eu la bonne idée d'enlever ma cravate. Je respire mieux, je respire toujours mais ça ne va peut-être pas durer.
Les sept mercenaires forment un demi-cercle en face de moi. Le plus jeune se tient au centre. En dehors de lui, tous les autres baladent des gueules d'affreux que c'en est à se demander si on les a choisi en fonction de leurs aptitudes ou par nécessité statistique, histoire de leur trouver d'autres emplois que méchants de catch ou monstres de foire, occupations certes indispensables à la récréation des masses laborieuses mais, hélas, tellement tombées en désuétude que les perspectives d'avenir paraissent bien minces. On ne peut pas caser tout le monde au Ministère des Impôts. Ceux-là, on les a foutus dans la police et, afin de les rendre aussi nuisibles que les précédents, on leur a filé un flingue et une matraque.
— On a trouvé ça sur vous, fait l'un d'eux en exhibant le sachet de beuher acheté à Rahima.
— C'est ça qui justifie tout ce cirque ! abasourdis-je.
Avec une surprenante rapidité, le mec à ma gauche me foudroie d'un direct au bide qui me coupe la respirance aussi sec. Mieux que n'importe quelle campagne à la con, ce genre de passage à tabac te donne envie d'arrêter de fumer.
Malgré tout, ça n'empêche pas ma pensarde de bédaver grave tellement qu'elle tourne à plein régime. Et pas que pour cogiter des trucs intelligents. Je te filtre les couillonnades, t'en as déjà assez lu depuis qu'on se connaît. Je te garde donc le meilleur de mes réflexions.
M'est avis que ces gus se cherchent des prétextes à la cognerie. Tout et n'importe quoi peut justifier une nouvelle avalanche de gnons.
Qu'est-ce que t'en déduis ?
Comment ça rien ? Tu ne vas pas me faire croire que tu n'as pas — au moins ! — une petite idée ?
Tu penses qu'ils me soupçonnent de tricoter les cadavres et leurs agissements relèvent d'une manœuvre destinée à me faire craquer... Oui, c'est déjà mieux. Tu te rapproches. C'est tiède.
Bon allez, on va le faire ensemble. Donc, nous avons des mecs qui ont été sélectionnés parce que leur profil contient certains critères dont la résistance au stress, la docilité à l'autorité ainsi que la stricte observance des règlements et des procédures. Au fil du temps, ces critères sélectifs ont été renforcés par la pratique professionnelle. En dépit de cela, ils outrepassent ces règles, mettent leur carrière en péril et, plus grave encore, renient tout ce en quoi ils croient. Enfin, j'attire ton attention sur un aspect fondamental : ils agissent collectivement. Là, ça devrait t'aider à y voir clair, non ?
Moi, je sens que ça va me coûter une vilaine décharge électrique dans les nerfs mais j'ai envie de tenter une expérience scientifique. J'y vais à fond dans la provoque :
— Les petits poulets se sont fait plumer par leur hiérarchie ?
Le mec qui m'a précédemment marronné cède la place à son voisin. Le gaillard dégaine sa matraque et m'en assène un grand coup dans les guibolles. J'en ai mal aux poumons à force de gueuler.
L'expérience, quant à elle, se révèle des plus concluantes : ils agissent collectivement mais à tour de rôle. Il ne s'agit pas de se prouver mutuellement leur fidélité — être là suffit amplement — mais de faire en sorte que chacun soit mouillé d'égale façon. Je ne serai pas surpris s'ils me dézinguaient ensemble à coup de calibre : un pruneau par flic, histoire de me cuisiner le museau en marmelade.
J'ai l'air de tout prendre à la venvole mais je te jure que je déguste sec.
La sueur me dégouline du visage, me pique les yeux. Et, cette fois, la canicule n'est y pour rien. Je ne sens plus mes jambes. L'autre con au nerf de bœuf aurait très bien pu me briser les os. J'écarte pas cette éventualité.
Une fois, je me suis fait défoncer par des mafieux. D'un point de vue esthétique, le résultat se classait dans la catégorie « spectaculaire ». Pourtant, le rapport coup / puissance ne semblait pas aussi performant. Tu me rétorqueras que la dernière castagne figure toujours parmi les plus désagréables à mesure que s'effacent les séquelles des précédentes. Moi, je crois que ces gus-là sont bien plus déterminés que des mecs qui, dans le fond, ne faisaient qu'obéir aux ordres de leur capo. On peut apprécier le travail bien fait, on n'est jamais aussi bon que lorsqu'on a la rage au ventre.
Et ceux-là, ils sont vraiment enragés. Ils n'attendent plus que je les provoque pour lâcher les chtars. Le troisième s'avance et, sans crier gare, m'expédie un coup de pied en plaine cage thoracique.
La chaise décolle. Je la suis... dans tous les sens du terme !
Le Jésus tombe pour la deuxième fois.
Maintenant, si tu veux bien m'excuser, il faut que je vape.
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