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Krap HARD/Chapitre 21

Marteau de juge

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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://kraphard.skyrock.com/

Auteurs de l'œuvre originale : Leopold Zorn

Licences : N/A

Rahima est si belle. Elle n'a pas la grâce factice de ces modèles dont la beauté n'existe qu'à travers l'œil du photographe. Elle n'est pas de ces femmes sophistiquées dont la séduction repose sur trois séances hebdomadaires chez l'esthéticienne. Rahima est naturellement belle, sans artifice.

Rahima danse. Pour moi.

Rahima bouge au rythme envoûtant d'une musique arabe. Des voix d'hommes, de longues basses profondes, chantent des mots incompréhensibles. Mais j'en saisis le sens. Ils parlent de Rahima, de sa beauté et de sa grâce. Rahima, on la dit chaude comme le Sahara.

Entre les dunes, s'est glissée une oasis. On y boit en écartant la mousse de la lèvre et du doigt. Je déguste la chaleur saline des eaux du désert. Je lape et elle fond, elle fond et je lape. Je m'enivre au parfum aigre-doux du caramel qui s'écoule.

Ma vie entière, je voudrais te consacrer. Hélas, derrière la l'huis cogne déjà le réel. Rahima, je m'agrippe à la moiteur de tes cuisses enfiévrées. Mais, douce Rahima, il me faut maintenant te quitter...


Le sirop se dilue. Les images s'étiolent, se piquent de points blancs, gris et noirs, comme un téléviseur privé d'antenne. La réalité se redessine lentement. Les membres ankylosés me tirent. Je me réveille la conscience écartelée. J'ai mal.

Je constate que mes bourreaux m'ont rendu à la verticalité. Combien de temps suis-je resté dans les vapes ? Aucune idée. Pas longtemps, sans doute, mais néanmoins assez pour leur permettre de rentrer la berline. La tête enfuie sous le capot, un flic trifouille le moteur. Il se retourne au bout d'un moment, une pince dans chaque main. Quand il les met en contact, ça produit des étincelles. Il y a de l'électricité dans l'air. Ca sent la montée en puissance.

C'est au tour du jeune flic maintenant. Son collègue lui tend les pinces. Il hésite un moment, suspend son geste mais finit par les accepter. Il s'avance avec une lenteur qui n'a plus rien de calculée. Il ne cherche pas à m'impressionner. Il veut juste retarder l'inévitable.

C'est l'occasion que j'attendais. Je tente ma chance :

— Ca ne te rendra pas ta sœur !

Il s'immobilise net, interdit, comme s'il venait de percuter une vitre invisible.

On ne peut pas dire qu'il ait un air de ressemble avec la petite Tiffany mais plusieurs indices m'ont mis sur la voie. D'abords, le fait que les flics agissent ensemble dans l'illégalité, comme s'ils étaient personnellement touchés par la pénible nouvelle. Ensuite, il y a le fait que je n'avais encore jamais vu le flic à la voiture rouge, comme s'il avait été retenu ailleurs, empêcher d'être sur la brèche, en congé forcé.

Je rationalise à posteriori mais je n'étais sûr de rien. C'est ce qui m'a semblé le plus évident. Cela dit, maintenant que viens de marquer un point, je dois mettre à profit ce léger avantage. Il faut gagner du temps.

Gagner du temps, gagner du temps, gagner du temps, gagner du temps, gagner du temps, gagner du temps, gagner du temps, gagner du temps, gagner du temps, gagner du temps, gagner du temps...

C'est le secret de tout bon négociateur.

« Pour Tiffany, je ne peux rien prouver. Je ne sais pas qui est responsable. Mais pour Gaétane Campa, j'ai ma petite idée. Il est possible que son assassin soit aussi le meurtrier de Tiffany. »


— Ne l'écoute pas, conseille un des flics. Il cherche juste à gagner du temps.

Je m'emporte :

— Evidemment ! Je ne vais pas me laisser massacrer sans réagir. Si encore j'étais coupable... Mais vous êtes tellement persuadés d'avoir raison que la vérité vous échappe et je suis peut-êtr...

Je parle tellement fort pour couvrir le ronronnement de la berline qu'une quinte de toux m'interrompt. Des gouttes de sang s'éparpillent sur mon costume. Le raisin mêlé de bave me dégouline sur le col. Je ne suis sûrement pas beau à voir mais, en cette minute, je suis grand ! Les yeux écarquillés, ils m'écoutent déballer l'histoire.

« L'inspecteur Horst est un bon flic. Mais les initiatives, c'est pas son truc. Quand il a demandé mon dossier, sa hiérarchie lui a transmit un document tellement incomplet que ça vous a donné envie d'approfondir la question. Au lieu de passer par l'autorité, vous avez directement pris contacts avec les collègues qui se sont occupé de l'affaire Marionetti (pour laquelle je cherche toujours un éditeur). Ils ne se sont pas fait prier pour vous dire que partout où je mettais les pieds, les cadavres avaient la fâcheuse tendance à se multiplier. Ils ne se sont pas non plus gênés pour vous prévenir que mon dossier avait été effacé par les plus hautes autorités. Bref, puisqu'il y avait déjà eu des manipulations, vous avez conclu fort logiquement que des protections similaires avaient encore pu jouer cette fois-ci. »

« Evidemment qu'il y a eu des barabistouilles dans cette affaire ! »

« Comme vous, j'ai été surpris de me retrouver libre après une enquête bâclée. Sauf que la protection ne portait pas sur moi mais sur Maurice et Armand Vinard. Pourquoi ? J'en sais encore rien. Mais c'est compris dans le deal que je vais vous proposer. »

« Si vous n'êtes pas certain de mon innocence en ce qui concerne Tiffany, vous savez au moins que je ne suis pas responsable de la mort de Gaétane. Ce soir-là, vous m'avez filé et, comme je n'ai pas cherché à jouer les anguilles, vous connaissez mon emploi du temps. »

« Voici maintenant le deal que je vous propose : c'est moi qui vais enquêter sur les meurtres. Et si vous voulez savoir pourquoi j'attire autant les cadavres, c'est parce que je fume tous ceux qui le méritent. Votre vengeance, je vous la garantis grandiose. Et sans vous compromettre plus que nécessaire. Contentez-vous de me surveiller à distance et, le cas échéant, de me couvrir. »


— Tout ça, c'est des conneries !

« Peut-être que oui, fais-je en regardant le frère de Tiffany, mais, en dehors de moi, qui vous aidera ? Votre hiérarchie ? Vous savez à quoi vous en tenir avec elle. Horst ? S'il y a le moindre risque, il ne le prendra pas. Soyez-en sûrs. A part moi, personne ne vous aidera... Allez faire un tour et réfléchissez-y. Et coupez ce putain de moteur avant que quelqu'un soit asphyxié ! »

J'ai fait mouche.

Je n'en reviens pas moi-même mais, bien que méfiants, mes geôliers se retirent. Ils restent néanmoins professionnels et, pendant qu'ils discutent dehors, l'un d'eux conserve un œil sur moi. Impossible de bouger un pouce sans me faire capter. De toute façon, je suis trop flapi pour m'entreprendre une évasion Edmond-Dantesque.

Ca palabre sec. Je n'en ai cure. La calebasse me vagabonde entre le réel et l'imaginaire. La jeune et fraîche Rahima panse mes plaies. Les flics discutent. Rahima m'offre son corps. Les flics hésitent.

Rahima, les flics, Rahima, les flics...

Rahima l'emporte. Je pars avec elle.

Elle est si belle quand elle danse pour moi, Rahima. Elle n'a pas la grâce factice de ces femmes crées à l'emporte-pièce. Elle ne désire satisfaire qu'elle-même. Elle est sauvage.

Elle est cruelle. Elle s'en va. Elle me manque déjà.


Excuse-moi, je ne suis pas au mieux de ma forme.

C'est à peine si comprends ce que me raconte l'agent Moens quand il revient. Ses lèvres bougent mais je l'entends comme s'il me parlait depuis l'autre bout de la grange. Par contre, j'entends très bien claquer la lame d'un couteau. On me détache. On me relève. La douleur se réveille. Incapable de marcher. Les perdreaux me prennent par les épaules et me traînent jusqu'au monovolume.

Je rentre chez moi.


Imagine l'effet que mon arrivée produit à la Casa Mongolita. Rapidos, les flics balancent une histoire d'accident de voiture. Avec délit de fuite — Ben voyons ! Ma bourgeoise n'est pas plus rassurée que ça mais l'excuse tient la route, surtout racontée par les poulmanns. Virginie les remercie du mal qu'ils se donnent à me monter dans la chambre. Trop sympa de leur part ! Ils l'aident même à me désaper !

Pas plus con qu'un autre, je ne peux m'empêcher de penser qu'ils vérifient l'étendue des dégâts. J'en fais autant.

Voilà, je suis au pieu. Virginie rabat l'édredon. Tout le monde descend.


— J'ai une déclaration à faire.

Ils se tournent vers ma bourgeoise. Elle pige illico qu'elle doit mettre les adjats.

De l'index, j'appelle le chauffeur du monovolume. Il s'accroupit et m'écoute :


— Demain, à la première heure, je veux une copie du dossier de Tiffany.

— Vous l'aurez, m'assure-t-il en se relevant.

Je le retiens par le bras : « Et ma beuh aussi ! »

Il me lance un regard plein de sous-entendus, l'air de dire « Euh... c'est pas légal. » Je lui renvoie la pareille, genre « Pas plus que faire une grosse tête à un innocent. » Finalement, il me rend la matière.

Ils n'ont pas encore fini de se casser que je sombre déjà dans la touffe noire de Rahima.

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