AdhÃrez à l'April.

La culture en toute liberté.

culture-libre.ORG

Krap HARD/Chapitre 22

Marteau de juge

Informations légales

Cette œuvre :



<<Chapitre 21 | Chapitre 23>>



AVERTISSEMENT :

Cette œuvre risque de perturber les repères des jeunes de moins de 16 ans, car elle contiens des propos érotiques ou présente des scènes de violence particulièrement impressionnantes.


Copyleft

Informations légales

Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://kraphard.skyrock.com/

Auteurs de l'œuvre originale : Leopold Zorn

Licences : N/A

Une bonne nuit de repos, une douche bien chaude et je me sens déjà plus alerte. Question démarche, je me traîne toujours à moins d'un kilomètre heure mais ma silhouette s'est redressée. J'ai de vilains bleus qui me barrent les gambettes et carrément une trace de semelle sur le poitrail. A quoi bon se lamenter ? Aujourd'hui, j'ai décidé de rester chez moi, au calme.

L'autopsie de Tiffany repose sur ma table de travail. Je la parcours une première fois en diagonale afin d'en retirer l'essentiel. J'ai punaisé les photos sur le mur d'en face. Classées selon un ordre logique, elles présentent le corps puis les détails des blessures. Il y a deux séries d'images : la première reprend les plaies telles qu'elles, la seconde montre ces mêmes plaies nettoyées. Le sens des lacérations permet de définir la position du corps au moment de l'agression, la façon dont le sang a coulé et séché nous informe de la position du corps pendant qu'on le déplaçait. Je peux déjà t'apprendre que Tiffany n'a quasiment pas été bougée. Bien sûr, le corps a séjourné dans l'eau, ce qui complique l'analyse. De toute façon, je ne suis pas médecin. Il me faut admettre de confiance les conclusions du légiste.

Je me roule un bédo.

Ce n'est pas une méthode très conventionnelle et je regrette sincèrement de contrevenir à la loi — mais enfin puisque je te le dis ! — Mais, désolé, c'est ma technique.

Dès l'allumage, je sens les effluves me caresser les neurones. Je fume lentement. Je respecte mon oinje. Il se consume comme un bâtonnet d'encens, parfume la pièce et élève ma sagacité à son plus haut point d'éveil.

Je me replonge dans le dossier.


Je ne suis sûr de rien. Ceci n'est que spéculation. Néanmoins, d'après la marque sur le cou de la victime, il est probable que l'agresseur ait d'abord tenté de la neutraliser en l'étranglant, par derrière, avec l'avant-bras. Tiffany s'est débattue mais la pression étant trop forte elle n'est pas parvenue à se dégager. On retrouvera vraisemblablement des bleus sur les chevilles de l'agresseur.

Le visage de la victime présente de multiples contusions. Outre des ecchymoses noirâtres et un gros hématome frontal, des dents fendues, cassées ou perdues témoignent de la violence des chocs. Le nez a été fracturé. Des morceaux de cartilages ont été retrouvés dans la trachée et le système digestif. La victime était toujours en vie à ce moment-là. Tout indique que l'agresseur a pris un soin particulier à frapper longuement et consciencieusement son visage. Après la mort, il s'est encore acharné sur celui-ci. A l'aide du couteau, il a lui découpé la joue droite sur près de cinq centimètres. Il a également tenté de l'énucléer mais, par pour une raison indéterminée — peut-être le manque de savoir-faire —, il est seulement parvenu à lui crever les yeux.

Nous pouvons déduire des trajectoires de la lame que le tueur est gaucher. De plus, les marques et lacérations au visage incitent à penser qu'il connaissait Tiffany. Afin de dépersonnaliser les victimes prises dans leur entourage, la plupart des tueurs éprouvent le besoin de les défigurer. Dans ce cas, il est même possible qu'il l'ait suffisamment fréquentée pour endormir sa méfiance puisqu'elle n'a pas hésité à lui tourner le dos.

D'après l'examen des plaies et des tissus internes, il semblerait qu'il y ait eu au moins deux séries de coups de couteau. La première, de douze ou treize coups, a été portée alors que la victime était toujours habillée. Des résidus de fibres textiles ont été trouvés sur les berges situées de part et d'autre des déchirures. Cette première série a entraîné la mort de la petite Tiffany Moens.

La localisation des impacts suggère que la victime s'est tortillée pour éviter les coups. Les poignets et les chevilles manifestent des signes moyens d'abrasions, c'est-à-dire d'usures de la peau suite au frottement de la corde. Il ne fait aucun doute que la victime était déjà groggy (par les coups de poings ?) lorsqu'elle a été ligotée. Ranimée par les deux-trois premières perforations (localisées dans l'estomac, le foie et la région abdominale), Tiffany a probablement rampé ou essayé de le faire. Des plaies dans les côtes et le bas du dos l'attestent. Toutes les autres lésions sont uniformément réparties sur le haut du corps, à l'exception notoire de la poitrine.

Les plaies inhérentes à la deuxième série ne comportent aucun résidu textile. La victime a été dénudée post mortem. J'y reviendrai plus tard mais le rapport de police mentionne la présence de vêtements lacérés et laissés sur place, pêle-mêle, à quelques mètres de la marre.

La signature du tueur comporte plusieurs éléments significatifs.

Premièrement, il a déshabillé sa victime avant de perpétrer les actes d'overkill. On entend par là, toute action superflue destinée à « tuer davantage ». Bien souvent, il s'agit pour le tueur d'assouvir ses fantasmes de domination tout en asseyant son besoin de contrôle, voire de manipulation.

Deuxièmement, une mutilation post mortem s'oppose au modus operandi. Si la lame a préalablement épargné la poitrine de Tiffany, c'était afin de mieux la massacrer par la suite. En effet, les mamelons ont été tranchés à auteur de l'aréole. Aucun item similaire n'étant enregistré dans l'inventaire des pièces à conviction, il est possible qu'ils aient été emportés par un animal ou, éventuellement, jetés à l'eau et dévorés par les occupants. Néanmoins, on peut aussi envisager que le tueur les considérait comme un trophée. Si tel est le cas, il est parti avec.

Les mutilations mammaires, celle-ci en particulier, résultent souvent d'un conflit latent avec la figure maternelle. Il y a de fortes chances pour qu'il n'ait eu que peu de contacts structurants avec son père, soit parce que ce dernier était absent, soit parce qu'il n'était pas auréolé d'assez de prestance (emploi instable ou un truc du genre), de sorte que l'autorité était strictement incarnée par la mère. Celle-ci abusait sans doute de son pouvoir. Le tueur a peut-être été victime de mauvais traitements. Il reporte dès lors ses frustrations sur ses victimes qui, l'espace d'un instant, symbolisent la mère qu'il craint et qu'il ne peut ni atteindre ni châtier autrement.

J'en déduis une incapacité sexuelle qui renforce l'attrait du meurtre.

Le rapport de police détaille une scène de crime où demeurent de nombreux indices : le couteau, les vêtements, un préservatif usagé ne comportant aucune trace génétique de la victime ; le corps lui-même, jeté à l'eau mais laissé en évidence. Ces éléments trahissent la complète désorganisation du criminel. Seule la corde plaide en faveur d'une forme embryonnaire de préméditation.


— Mange convenablement ! enjoint ma compagne à l'adresse de Théodoric, son fils de 16 ans.

Le petit sagouin, qui a piqué sa fourchette dans un gros morceau de bœuf, en mâchouille l'extrémité. Il mastique bouche ouverte, à grand renfort de bruits incongrus. Assis en face de lui, je ne manque rien du dégoûtant spectacle.

Mon tueur a beau être un monstre, il a pour lui l'excuse d'une grave maladie mentale : une belle et honnête psychose bien carabinée.

Quant à moi, rien ne pourrait me retenir de grailler. Avec la quantité de 'bis que je me suis méfu aujourd'hui, je dévorerais un cheval tellement j'ai l'estomac dans l'étalon.

Mais qu'en sera-t-il demain ?

Eh oui ! Demain, j'ai un sale boulot à faire... Et je ne me réjouis pas d'y être.

<<Chapitre 21 | Chapitre 23>>

Récupérée de « http://www.culture-libre.org/wiki/Krap_HARD/Chapitre_22 »