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Krap HARD/Chapitre 25

Marteau de juge

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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://kraphard.skyrock.com/

Auteurs de l'œuvre originale : Leopold Zorn

Licences : N/A

A bien y réfléchir, il y a même plus d'une pièce qui ne rentrent pas dans le modèle. Tout d'abord, et en considérant que le meurtre de Tiffany constituait le dépucelage criminel de Simon Mascagni, un nouveau venu dans le monde merveilleux des tueurs en série ne défunte pas deux personnes à un jour d'intervalle.

Je ne tiens pas à te faire un cours mais il y a malgré tout deux ou trois notions de base dont il faut qu'on discute. Outre l'absence de mobile apparent, trois items servent à définir un serial killer : le nombre plus ou moins élevé de victimes, de multiples scènes de crime et la durée entre les homicides.

Un tueur en série peut commettre son premier meurtre dans une ville, se faire oublier pendant six mois puis buter quelqu'un dans une autre ville.

Du point de vue de la durée, ça ne colle pas.

Et il n'y a pas que cela.

Le mutisme de Mascagni ressemble à une sorte d'after-shock. Son forfait accompli, un tueur psychotique connaît une période de prostration plus ou moins longue. Chez Mascagni, elle vient seulement de s'achever. Grosso modo, on peut dire qu'il a mis fin à ses jours dans un éclair de lucidité. Ca arrive souvent.

Bon..., comme je n'ai plus rien à faire ici, je me casse. Je n'ai pas très envie de me faire capter par les autres poulagas. Ca ferait beaucoup trop d'explications à donner et ça mettrait mes sept mercenaires dans la marmelade. Je n'y tiens pas spécialement.

Un des keufs me raccompagne jusqu'à la porte. J'en profite pour lui réclamer le dossier de Gaétane Campa.

— Je vous l'apporterai demain.

— T'es gentil mais t'arrêtes de me vouvoyer. D'accord ? Et tu passes le mot à tes potes. Après tout, vous m'avez collé une sacrée dérouillée, ça crée des liens. Non ?

— Euh ouais... Au fait, comment vous saviez... Comment TU savais qu'il fallait venir ici ?

— Je me suis souvenu d'un grand principe. En cas d'homicide, il faut toujours se méfier de la personne la plus affectée ou la plus coopérative. Elle a parfois quelque chose à cacher et, dans ce cas, elle essaiera d'orienter l'enquête.

— Ah c'est puissant ! admire-t-il. T'es profiler ou quelque chose comme ça ?

— Non, psychopathe...

Je ne peux pas le jurer mais je crois qu'il me regardait toujours d'un air stupide quand j'ai tourné le coin de la rue.


C'est la foule des grands jours quand je déboule dans le souk de Fredi. C'est à peine si j'arrive à entrer. Finalement à l'intérieur, je constate que la clientèle se limite à... moi ! Tous les autres sont des glandeurs patentés au rang desquels on compte les vinard, bien évidemment, mais aussi une brochette d'inconnus tous plus patibulaires les uns que les autres. Une forte odeur de libération conditionnelle flotte dans le magasin.

Au comptoir, Jérico négocie ses nouveaux chefs-d'œuvre :

« Que tu ne sois pas intéressé par 'Viol au-dessus d'un lit de cocus' ou 'Pieux interdits', passe encore. Pour 'Independance Gay', je peux comprendre que ça te pose un problème commercial. »

« Mais pas 'Harry Peloteur et la Croupe de Feu' ! C'est mon film le plus abouti. Je ne te raconte pas les difficultés techniques, surtout la scène de la triple pénétration. Franchement, il faut le voir pour le croire. »

« Sinon, j'ai aussi un très bon 'XXX-Men' avec des queutards, mon ami, de classe internationale. Des zobs raides comme la justice, hyper bien équilibrés ; un film garanti deux couilles par bite. L'histoire, c'est des mutants avec des supers pouvoirs sexuels... Enfin, bon, on s'en fout de l'histoire. »

« Allez, laisse-toi au moins tenter par 'Une chatte sur un doigt glissant', c'est un grand classique avec Elisa 'Bed' Taylor et Steve McKing-Size. »


— File-moi un de chaque. Jérico se retourne. Je lui coupe la parole avant qu'il commence un de ses interminables monologues dont il a le secret : « Mais tu me fais un prix de gros. »

Il hésite un chouia, pour la forme. C'est bien la première fois que je le vois bouche bée. Je saisis l'occasion pour en remettre une couche, histoire de bien cimenter la relation professionnelle : « Faut voir ça comme un investissement, Jéri. Je m'intéresse à tes productions afin de mesurer le niveau de jeu que tu attends de tes comédiens et ainsi me définir par rapport à tes exigences artistiques. On a un casting ensemble, la semaine prochaine, oui ou non ? »

— Euh... ouais, si... finit-il par admettre au bout d'un moment. Je te le fais à cinq euros pièce. Ca fait... Trente euros pour le tout.

Un des sbires m'emballe les DVD dans le sac noir typique des sex-shops. Je le prends, vérifie son contenu et tends un billet de 10 œufs à Jerico. Sa réaction ne se fait pas attendre :

— On avait dit trente !

— Payable en trois mensualités, comme d'hab'. Non ?

Pris à son propre piège, il me laisse partir de bonne grâce. On peut lui trouver bien des défauts, il faut reconnaître qu'il est beau joueur. Mais je sais qu'il m'aura au tournant...

Et, tout bien considéré, je n'ai pas d'autre choix que de le laisser faire. S'il ne se sent pas en position de force au moment où je l'interrogerai à propos de Gaétane, il y a de fortes chances pour qu'il se referme comme une huître.

J'ai ensuite téléphoné à Azalaïs puisque j'avais promis de le faire. Mais je n'ai rien ajouté de plus que la description psychologique qu'elle avait déjà. Les actes de Simon Mascagni sont toujours officiellement anonymes, je ne vois pas l'intérêt de précipiter les révélations, même si ça me démange.

Comme je suis dans le coin et que, aujourd'hui, c'est le jour où nous allons faire nos courses, ma bourgeoise et moi, je le tape fissa un message sur son cellulaire. Je l'attendrai sur le parking du supermarché. Mouais... Disons plutôt que je patienterai à la terrasse du troquet situé en face de l'entrée du magasin. Mais ça, elle n'a pas besoin de le savoir.

Pas la peine que je te raconte comment ça se passe dans un supermarché, je présume que ça t'arrive d'y aller de temps à autre. Après avoir fait notre tour, un circuit immuable qui, de semaine en semaine, nous conduit à acheter sensiblement les mêmes produits, nous arrivons aux caisses. Je ne sais pas si tu es comme moi mais il suffit que je choisisse une file pour que, comme par hasard, ce soit celle qui avance le moins vite. Tu as trois caddies à gauche, trois caddies à droite, une seule au milieu mais, ça ne rate pas, il faut toujours qu'un incident quelconque provoque un tel contretemps que les files de gauche comme de droite se désengorgent alors que tu es toujours en train que le responsable du département fruits et légume annonce le prix de la botte de navets achetée par ton prédécesseur.

Moi, je suis un mec zen. J'ai étudié la philo. Je peux prendre mon mal en patience. Et puis la caissière est très mignonne, ça aide. Hélas, ma compagne n'éprouvant qu'une totale indifférence pour les personnes de son sexe — voire, dans certains cas, une pointe de jalousie envers les femmes plus jeunes —, ma compagne, disais-je, ne le prend pas avec le même détachement — je me demande si elle a déjà essayé les tensioactifs ? Il parait que ça marche du tonnerre. Bref, elle soupire d'énervement...

Ne crois pas que je fasse du remplissage en te racontant cette anecdote. Vu le temps qui m'est imparti entre chaque épisode, j'essaie au maximum d'aller à l'essentiel. C'est juste pour t'expliquer la mécanique intellectuelle qui m'a conduit à une conclusion assez pénétrante.

Comme quoi, l'exaspération de ma greluche a parfois du bon !

Quelle que soit la spécificité du tueur, il ne se lève pas au matin de son premier homicide, se grattant le cul, avec l'idée que la journée est idéale pour passer à l'acte. Si son premier meurtre résulte d'une longue maturation fantasmatique, il est toujours précédé d'un élément déclencheur. Pour les psychopathes, par exemple, il peut s'agir d'un stress familial, professionnel ou financier. Dans ce cas, on parle d'élément stresseur. Chez les psychotiques, le déclencheur est différent. Pour eux, c'est l'occasion qui fait le larron.

Alors que Madame peste, je réalise soudain que je n'ai pas la moindre foutue idée de ce qui a poussé Simon à agir...

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