La culture en toute liberté.
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AVERTISSEMENT :
Cette œuvre risque de perturber les repères des jeunes de moins de 16 ans, car elle contiens des propos érotiques ou présente des scènes de violence particulièrement impressionnantes.
Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.
Source : http://kraphard.skyrock.com/
Licences : N/A
J'ai sous les yeux le rapport préliminaire relatif au décès de Gaétane Campa.
Je devrais peut-être passer l'examen d'entrée dans la police. Non seulement je ferai le même job mais, en plus, on me filerait un salaire pour ça. D'un autre point de vue, le fric doit être perçu comme une forme de compensation inhérente à la perte de liberté. Je serais obligé d'obéir à des ordres, tenu de respecter les méthodes et strictement limité à l'établissement de la preuve judiciaire. Impossible dans ces conditions de descendre qui que se soit, même si ça a l'air d'un accident — « Le coup est parti tout seul, Monsieur le Juge. »
Tout cela m'amène à penser que, question vendetta, je suis très en dessous de ma moyenne : mon traitement de texte s'approche d'un numéro de page à trois chiffres et je n'ai encore buté personne. Je perds la main...
C'est sa faute aussi, à ma bourgeoise, à vouloir faire de moi un honnête homme.
Heureusement, j'ai fait provision de luxure. Un des films de Jérico tourne sur le PC pendant que j'analyse l'affaire Campa. Ca copule et je compulse. De temps à autre, je mate les performances des interprètes. J'ai mis le premier DVD qui m'est tombé sous la main. Le hasard a tranché pour « Pieux interdits » où la découverte de la hiérophilie par de jeunes adultes. A la fin du générique, une mention stipule que tous les modèles ont plus de dix-huit ans. Je suis rassuré.
Avant que tu sautes sur ton dictionnaire pour chercher un mot qui ne s'y trouve probablement pas, je vais te rencarder sur la hiérophilie. Sous cette appellation un poil barbare se cache l'attirance érotique que d'aucuns éprouvent envers les choses sacrées : fausses confessions, déguisement de curés ou de bonnes sœurs, relations charnelles pratiquées dans les cimetières et les lieux de culte, sur l'autel, dans le confessionnal, etc. A un stade plus pathologique, il n'est pas rare que les services psychiatriques abritent de nombreux malades se masturbant au rythme de l'Ave Maria ou du Pater Noster. Fin de la parenthèse.
Tu vois, on apprend des trucs en ma compagnie. Certains se coucheront moins idiots, ce soir.
Moi, par contre, je ne sais pas...
Le dossier Campa sonne tellement creux qu'on le dirait rempli de courants d'air. La police s'en tient aux déclarations de l'époux de Gaétane. Celle-ci est allée rendre visite à sa sœur et n'est jamais arrivée à son domicile. Le chef d'enquête, l'inspecteur Host, ne se demande même pas si cette version tient la route. Il saute pieds joints dans la thèse de l'enlèvement — en plein jour ! — et du viol collectif.
Eh ben, il est pas sorti de l'aubergine, le flicaillon !
Oui, nous, évidemment, on sait — puisqu'on y était — que Gaétane a passé sa dernière soirée avec les Vinard avant d'être reconduite (chez elle ?) par Jérico. Il faut ajouter que mes suiveurs n'ont pas cru bon de filocher Jérico, leur consigne étant de surveiller les frangins et de me tracer, moi. Pas très malin. Mais a-t-on jamais demandé aux uniformes d'avoir des initiatives ?
L'autopsie. Il faut bien en parler, de l'autopsie.
Vide, comme le reste.
A ceci près que, selon le légiste, Gaétane n'a pas tout à fait été battue à mort.
Bien sûr, l'autopsie met en exergue une hémorragie sous-durale. En gros, c'est un épanchement de sang et de liquide céphalorachidien situé sous la dure-mère, c'est-à-dire sous la membrane protectrice du cerveau. Il est clair que cette hémorragie résulte des coups portés à la tête. Mais ce n'est pas tout. L'autopsie dévoile la présence ténue de mousse dans les alvéoles pulmonaires. Cette mousse résulte du mélange d'eau et de gaz, l'oxygène en l'occurrence. Elle prouve que Gaétane respirait encore un peu quand on l'a jetée dans le canal.
D'où ma question : pourquoi avoir ligoté Tiffany qui, elle, était morte et pas Gaétane qui, bien qu'agonisante, était encore en vie ?
Or, cette corde participe à la signature du crime. Un mode opératoire peut changer en fonction des circonstances comme du niveau d'audace du tueur. Dès qu'il prend un peu d'assurance, il fait évoluer sa technique, son mode d'approche ainsi que le rituel qui conduit à la mort de sa victime. Pour varier les plaisirs, il peut introduire de nouveaux comportements lors de son forfait. Mais sa signature demeure toujours globalement la même.
Conclusion : puisque la signature est différente, on peut en déduire que Simon Mascagni n'est pas à l'origine du décès de Gaétane Campa.
En admettant même qu'il soit sorti de sa prostration pour revivre la mort de Tiffany, il aurait choisi une victime dont la ressemblance aurait été plus nette avec la première. Ce n'est pas le cas de Gaétane. Les deux jeunes femmes n'avaient physiquement rien en commun.
Je décroche mon phone et compose le numéro qu'un des sept mercenaires a eu la bonne idée de me laisser. On parlemente un moment. Je la joue fine et me garde de lui avouer qu'on a sans doute un autre tueur dans la nature. Par contre, je lui demande de m'organiser un rendez-vous avec la Mère Mascagni. Je suis certain qu'elle a pas mal de détails passionnants à me raconter, la vieille croûte.
Oui, je sais : je l'ai vraiment dans le blair. Mais il y a des gens comme ça, tu as beau ne pas les connaître, le peu que tu sais d'eux t'incite à les détester.
J'en étais à la première scène de XXX-Men — j'ai failli dire la scène d'introduction mais étant donné que, dans ce genre de films, elles le sont toutes plus ou moins, j'ai préféré changer —, quand mon cellulaire s'est mis à vibrer. Vu que J'ai composé moi-même la sonnerie du portable, la mélodie est tellement horripilante qu'elle laisse deux choix : fracasser l'engin contre le mur le plus proche ou répondre dès les premiers frémissements. J'opte pour la seconde possibilité et gratifie mon interlocuteur d'un allô-bonjour dont le dynamisme me surprend moi-même.
— Oui, c'est Christophe Moens. Bon voilà, je viens de voir Madame Mascagni. Elle prétend qu'elle n'est pas très bien et ne voit pas la nécessité d'un contre-interrogatoire.
— Moi, je la vois...
Et, à ce moment-là, je la vois d'autant mieux qu'elle s'étale de tout son long sur l'écran de mon PC !!!
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