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Krap HARD/Chapitre 29

Marteau de juge

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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://kraphard.skyrock.com/

Auteurs de l'œuvre originale : Leopold Zorn

Licences : N/A

Depuis un moment déjà, je soupçonnais Simon de ne pas être tout à fait conforme au profil que j'avais dressé. D'abord, il y a eu cette histoire de corde qui ne m'a pas plu. Ensuite, la façon clandestine dont il occupait ses journées. Cette courte vidéo achève d'enfoncer le clou.

Le promoteur ne la pas balancée brute de décoffrage. Il l'a habillée d'un récapitulatif des faits, une sorte de mémento justifiant le prix astronomique du film complet.

Ce genre cinématographique répond au nom de Snuff Movie. Initialement to snuff signifie «se moucher». Le snuff désignait aussi du tabac à priser. Par glissement de sens, l'expression to snuff out est devenue une traduction du français « casser sa pipe ». La majorité des snuff movies se composent de fausses mises à mort. Tous les spécialistes des trucages te l'affirmeront, il est possible de simuler n'importe quoi de manière convaincante. Néanmoins, il existe de vrais snuff movies. J'en ai une petite sélection sous les yeux.

Ici, on a poussé le cynisme à recopier et traduire des articles de presse évoquant la mort de Tiffany. Quant aux images, elles parlent d'elles-mêmes...

Je quitte le site, non sans en conserver les coordonnées dans le presse-papiers, enclenche mon anonymiseur de Web, et lancer mon générateur de cartes de crédit. Ne vas pas le crier sur tous les toits mais grâce à cette petite merveille, il est possible de visionner des sites payants sans jamais rien débourser.

La sécurité bancaire n'existe pas !

Elle ne repose que sur la méconnaissance des algorithmes qui déterminent les numéros de cartes ainsi que la date de validité. Ils se calculent en fonction du nom et du prénom du titulaire du compte. J'introduis un nom au hasard, le générateur fait le reste. Il suffit ensuite de copier/coller les données dans le formulaire en ligne. Néanmoins, pour garantir la sécurité de l'utilisateur, il convient de surfer derrière un proxy ou tout autre système permettant la dissimulation de l'adresse I.P., en d'autres termes le numéro d'identification de l'ordinateur. Bien entendu, arrange-toi pour que ceci reste entre nous...

Je télécharge toutes les vidéos disponibles.

Il y a quelques films d'Asie du Sud-Est, voire de Hong Kong ; difficile à dire... Toutefois, l'éventail d'aujourd'hui fait la part belle à des productions occidentales. Je n'ose pas trop pousser le son de peur de voir rappliquer la patronne mais je jurerais qu'on hurle en francophone dans deux autres clips.

Le premier, d'une trentaine de minutes, montre un truc saisissant : un homme masqué et de corpulence athlétique introduit dans le fondement d'un second, attachés, les cuisses grandes ouvertes, un bloc de gélatine dans lequel on a placé des tessons de bouteilles. Sous l'action de la chaleur des entrailles, la gélatine fond progressivement. La suite, tu la devines tout seul...

L'horreur se poursuit dans la seconde vidéo. Une jeune femme est amenée sur un chantier. Il s'agit d'une grande pièce couverte de bâches. Contre un mur, on voit un échafaudage. Le film commence comme un porno ordinaire. La victime semble plus que consentante. Sans vergogne, elle prodigue toutes sortes de gâteries buccales, parfois à plusieurs hommes en même temps. Mais la violence des relations va crescendo et bientôt les innocentes fellations deviennent de vraies gorges profondes où la jeune femme risque l'étouffement. Les gifles commencent à se perdre : visage, seins, fesses...

Un homme masqué, de constitution plutôt robuste, fait son apparition. Il manipule ostensiblement une paire de tenailles et, pendant que ses acolytes maintiennent la victime, il lui arrache la pointe des seins !

Une grimace d'effroi me barre le visage.

Ce mec-là est ce qui se fait de mieux en matière de tortionnaire psychopathe. Il est tellement vicelard que le film se termine sur une scène qui dépasse l'entendement. Enfin, non... L'espèce humaine possède l'ahurissante capacité d'inventer sans cesse de nouvelles tortures toujours plus raffinées. Faisons un test, veux-tu ? Imagine trois façons « inédites ou originales » de tuer. Essaie maintenant d'inventer trois gags originaux (pas de la plaisanteries d'occasion, des trucs vraiment à toi). Tu peux constater par toi-même combien la première épreuve s'avère simple et presque trop facile en regard de la seconde.

A la fin du film, la jeune femme est emmurée vivante. Deux minis caméras infrarouges témoignent de son calvaire. Le film s'achève par une succession de plans pris avec divers intervalles, ceux-ci devenant plus courts à mesure que l'on approche de la fin.

Devrai-je encore vivre mille ans, jamais je n'oublierai la terreur de cette femme lorsque les briques se sont refermées sur elle. Ses cris resteront gravé en moi jusqu'à mon dernier souffle. Et, en mon for intérieur, je souhaite ne jamais connaître sa détresse.

J'en ai assez.

Pourtant, il reste encore quelques vidéos — dont une en particulier.

Ca commence par quelques plans de situations. Tiffany est filmée au zoom, au milieu de la rue. Insouciante du danger qui la guette, elle rit et plaisante avec des ados de son âge. Une voiture s'arrête à sa hauteur. Simon est à son bord. Il lui propose une balade. Elle accepte aussitôt. Le véhicule démarre. La balade se terminera en enfer.

Un système espion a été installé dans l'auto. On ne perd rien de la conversation. Les images ne sont pas de très bonne qualité mais néanmoins suffisante. On reconnaît les protagonistes.

Simon se montre anxieux. Il n'est pas dans son assiette. Comment le pourrait-il puisqu'il connaît la destination ? Tiffany discute comme si elle ne percevait pas le malaise qui plane dans l'habitacle.

Un plan de coupe montre la voiture emprunter le périphérique puis grimper vers les hauteurs de la ville. Le sombre destin est en marche. Plus rien ne l'arrêtera désormais.

Le soleil se couche.

La voiture arrive près de l'étang où on a repêché le corps. Simon s'engage sous les arbres. Au bout du sentier, il immobilise la voiture. L'étang attend. L'étau aussi.

Simon tremble comme une feuille. Tiffany s'inquiète. Simon dit qu'il ne se sent pas bien. C'est le manque, affirme-t-il. De la boîte à gant, il extirpe un petit sachet de poudre. Cocaïne...

Tiffany le regarde sniffer comme si elle en avait l'habitude. Une pointe de dégoût mâtinée de tristesse et de compassion scintille dans ses prunelles. Elle prend la parole. Explique qu'il existe des traitements, qu'on peut guérir si on le veut vraiment. Simon hurle qu'il ne veut pas. Elle détourne la tête :

— Tu crois que c'est une vie de vendre son cul pour payer cette merde ?

— Qui t'a parlé de ça ?

— J'ai reçu un film par e-mail.

Simon s'emporte :

— Quel film ?

— Un film où tu es avec un homme.

Simon explose. Il la gifle. Elle se protège le visage comme elle peut.


Je saute quelques scènes.

Il y avait au moins trois hommes ce soir-là : Simon, l'homme masqué et le caméraman. Pendant un moment, je cherche à comprendre pourquoi l'analyse de la scène de crime n'en fait pas mention. Puis, soudain, tout s'éclaire : le lieu de l'agression est bien plus proche de la route que ce que j'ai d'abord cru.

Il est tellement proche qu'on entend même une voiture passer. Tiffany, trouvant là un espoir d'être sauvée parvient — Dieu sait comment — à se soustraire à la poigne de ses bourreaux. Nue, elle se précipite sur l'asphalte pour nous voir passer. Elle hurle. Mais qui pourrait l'entendre ?

Moi ? Non, je suis trop éméché, en train de cuver à l'arrière, la tête dodelinant au gré de la route, les yeux qui marivaudent entre le réel et l'inconscience.

Armand ? Le menton visé au volant, les mirettes collées au macadam, son cerveau est trop embué pour penser à rien d'autre qu'à maintenir le cap.

Maurice ? Il bavasse comme pas deux, balbutiant des mots qu'il est peut-être le seul à comprendre.

Et pendant ce temps-là, Tiffany, le visage en sang, la peur au ventre, Tiffany hurlait...

Simon l'a vite rejointe. Elle a encore trouvé la force de le repousser. Il s'est effondré sur l'accotement herbeux. Quand il s'est relevé, il tenait le couteau de Maurice Vinard.


C'est dans un état second que je quitte mon bureau. Je suis incapable de te dire comment je suis arrivé dans le cagibi ni même comment j'ai ouvert cette trappe où il faut vraiment avoir envie d'aller. Tout ce que je peux te dire, c'est que quand je reprends conscience, mes flingues sont prêts à tuer.

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