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Krap HARD/Chapitre 33

Marteau de juge

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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://kraphard.skyrock.com/

Auteurs de l'œuvre originale : Leopold Zorn

Licences : N/A

Dire que j'avance à pas feutrés serait le plus grand euphémisme de cette histoire. Pourtant, tu me connais, je ne suis pas bégueule avec les superlatifs. J'en use et abuse à tour de paragraphe. Jusqu'à preuve du contraire, ils restent gratuits. Un des rares trucs sur lequel on ne soit pas taxé. Donc, j'en profite tant que je peux.

Je passe-de-loup, disais-je, dans un couloir où l'épaisseur de la moquette aide la discrétion. On sent que le fumier aime le confort. La standardisation communiste, il en a bouffé a outrance et joue les nouveaux riches avec une détermination qui laisse rêveur. M'enfin, il n'oublie pas non ses camarades de lutte mafieuse qui, à mon passage, reprend un air de lutte finale. Ca, perso, je m'en fous, je ne fais pas dans l'idéologie, sinon la mienne. De ce point de vue, je n'ai pas grand-chose à vendre : Sex, Drugs & Thrash Metal... Bah ! Y'a plus mauvais comme programme. Des fois, je taquine aussi le biblique (Aimez-vous les uns sur les autres) et le prophétique (Celui qui vit par l'épée meurt par l'épée). En l'occurrence, je suis venu avec du matos plus efficace. Question de tempérament. Et puis, l'épée, faut dire ce qui est, c'est has been et quand même salissant. Je veux bien que ma meuf soit une fée du logis, je n'ai pas non plus à lui imposer une lessive de cannibale.

Collant une étiquette à la dure, j'essaie plus ou moins de capter les bruits intérieurs. Mais c'est ballepeau. En plus, comme tu imagines, il y a un interstice entre la moquette et le bas de la porte. Histoire de ne pas me faire fumer aussi sec, je prends bien garde à ne pas me foutre les panards devant la lourde. Si Shkodër est laga, il n'aurait que trop de facilité à m'envoyer un faire-part à mon propre enterrement. Donc, tu me vois penché, l'oreille collée au bois.

Qu'est-ce que je fais ? J'ouvre ou pas ?

Avoue que ça serait con d'échouer si près du but. Deux bastos dans la tête produisent des séquelles qui ne se soignent pas à l'aspirine. Mais, d'un autre côté, si je n'ouvre pas, je peux prendre Racine. Et Corneille. Et Molière... Et me taper l'intégrale des trois en version remastérisée avant qu'il se passe quelque chose.

Bon..., j'opte pour la stratégie la plus directe et défonce la serrure à coup de flingue. Une détonation suffit à exploser la porte. Ca, c'était fastoche. Même ma grand-mère aurait pu s'en charger. Maintenant qu'il faut entrer dans le vif du sujet, j'ai comme un doute. Est-ce que c'était vraiment une bonne idée ?

Je n'ai pas fini de m'interroger sur le bien-fondé d'une stratégie qui élève la crétinerie au rang des beaux-arts lorsqu'un bruit de trappe me fait sursauter. C'est une sorte de claquement métallique, comme si on venait de refermer quelque chose de volumineux. Il s'en suit le ronronnement d'un moteur électrique, comme un genre de monte-charge mais en plus petit... Un monte-plat !

Bordel de merde ! Mon client se fait la malle par le monte-plat. Sa putain de chambre se situe juste au-dessus de la cuisine...

Je ne vérifie pas ma théorie et me lance dans le couloir. La prudence voudrait que je parcours les premiers mettre à reculons jusqu'à gagner une distance assez longue pour permettre à Stéphane de me couvrir par un angle de tir plus large. La prudence, je l'emmerde. Je fonce !

L'escalier se déroule comme dans les effets de montage actuels, quand tu as un méchant zoom dont on accélère le mouvement. Je déboule au rez-de-chaussée. La porte de la cuisine est restée ouverte. Une ombre se faufile par l'arrière, vraisemblablement par la porte de la cave. J'entends des pas pressés dévaler des marches. Je ne fais ni une ni deux et me lance, comme un sot, à leur poursuite.

Les détecteurs de mouvements font bien leur taf et le boyau souterrain est clairement illuminé. Mine de rien, Shkodër me balise la route. Je la suis à travers une cave à provisions bien approvisionnée. Dommage qu'on ait pas le temps de se servir, je me taperai bien quelques douceurs la semaine prochaine.

Un court boyau succède à la cave. J'arrive maintenant dans le garage. Quatre voitures y sont stationnées. Mais aucune trace de Shkodër.

La prudence me conseille de faire hyper gaffe. Elle n'y connaît rien, cette vieille timorée. C'est clair que s'il en a l'occasion, l'autre fumier me servira un coup de pute. Mais je le crois davantage pressé de s'enfuir que de jouer les héros. Eh puis merde ! S'il faut qu'il y ait un héros, autant que ce soit moi ! Et un héros vivant, tant qu'à faire. Mettons que je me prenne une truffe maintenant. Clac, je défunte... Te voilà privé de la fin de l'histoire. Je pourrai essayer de la finir depuis l'outre-monde mais le résultat n'est pas certain. Quelques-uns affirment la chose possible. Si c'était vrai, depuis le temps, tu penses que ça se saurait.

Bref, je me faufile entre les deux premières chignoles quand un moteur rugit à toute vibure. Shkodër démarre une petite voiture toute plate qui joue une mélodie de moteur d'avion.

Il vroume à travers la porte du garage. Je tire et brise la lunette arrière mais ça ne change rien à la trajectoire du bolide.

Les clés sont sur le contact des bagnoles. Je me choisis une tire rapide et monte dedans.

Qu'est-ce que c'est que ce truc ?

Je tourne la clé, la radio chante, mais il ne se passe plus rien...

Ah d'accord ! Il y a un bouton « Start Engine » sur le volant. J'appuie et donne de l'accélérateur. Je cherche le machin qu'on chipote pour changer les vitesses mais il n'y en a pas non plus. Par contre, il y a deux boutons + et – à droite du volant, à distance de pouce. Y'a un embrayage au pied ou pas ?

Ecoute, tant pis, j'appuie sur le + et la tire bondit comme un serpent...

Mais est-ce que ce sera suffisant contre un cheval cabré ?

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