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Krap HARD/Chapitre 34

Marteau de juge

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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://kraphard.skyrock.com/

Auteurs de l'œuvre originale : Leopold Zorn

Licences : N/A

L'avantage de la littérature sur toute autre forme d'expression artistique, c'est que l'auteur peut s'offrir les pires délires sans que ça lui coûte rien. Les effets spéciaux sont grandioses, la pyrotechnie digne d'un début de millénaire et y'a même moyen de s'offrir un casting quatre étoiles sans débourser une thune. Faut juste mettre du cœur à l'ouvrage, souquer dur et timoner ferme. Ce qu'il y a de cool aussi, c'est qu'on peut inventer des mots. Cherche pas « timoner » dans le dico, il n'y est pas, je viens de l'inventer pour la circonstance. J'avais pas envie de « maintenir le cap ».

Pourtant, c'est ce que je devrais faire !

Heureusement que la caisse n'est pas à moi parce que sinon j'en serais malade : je viens de racler toute l'aile gauche contre le mur du garage. Ca a fait de jolies étincelles. Bah, tant que la chignole tire encore, c'est bonnard.

Et puis, moi, ce n'est que l'aile... Lui, c'est l'avant de sa tuture qu'il a niqué. Tu me diras que ça ne change pas grand-chose puisque son moteur est à l'arrière. Mais quand même, ça modifie son coefficient de pénétration dans l'air, le CX comme on dit quand on veut faire croire qu'on s'y connaît.

Mon bolide sauce à travers le parc. Hé mais j'adore le changement de vitesse séquentiel ! Y'a pas d'embrayage et il suffit de presser le bouton + dès que l'engin gueule un peu trop. Pour parfaire le tout, le rupteur se situe tellement loin que je me paie un bon petit cent en fin de troisième. Je sens que je vais kiffer la balade.

A cette heure doublement déserte, il est très tôt et on est dimanche, la route ressemble à une longue traînée d'asphalte au milieu de laquelle fonce une grosse silhouette rouge. Je champignone, non sans me dire que la mécanique ne suivra pas. Seulement, voilà, cette nationale n'est pas tout le temps rectiligne. Dans moins de cinq kilomètres, elle va se tordre autour d'un paysage encolliné. Et là, j'aurais ma chance.

La caisse vrouhouûûûûmme.

Je ne me rapproche pas d'un pouce. Mais l'écart ne se creuse pas, c'est déjà pas mal.

La verdure défile de part et d'autre du météore. Les champs succèdent aux bois. Nous pénétrons en zone rurale. La route se dégrade progressivement. Je ne lève pas le pied. Je te dis : c'est pas ma caisse. En admettant que je m'en sorte en vie, on m'obligera à la rendre. Alors qu'est-ce que j'en ai à foutre ?

Oui, y'a bien le côté : Et si je me viande ?

Ben..., j'aime mieux rester dans le décor à 150 plutôt que crasher à 80 et passer le restant de mes jours à me pisser dessus sans pouvoir me lever pour aller aux cagouinces. Donc, je rajoute encore un peu de pression sur l'accélérateur.

L'aiguille flirte avec le 240 km/h. Et moi avec la mort...

Remarque, on peut flirter sans consommer. J'espère que la charognarde n'a pas de vue sur bibi. Je suis sans doute un beau parti mais j'aimerai mieux rester encore un chouia. Ca me ferait chier de défunter sans avoir vu la trilogie de Park Chan-wook. C'est un réalisateur coréen dont j'apprécie la mise en scène. J'ai grave kiffé « Old Boy » (Grand Prix du Festival de Cannes en 2004 et peut-être véritable Palme d'Or puisque celle qui a été attribuée à Michael Moore pour Fahrenheit 9/11 est plus politique qu'autre chose même si ça n'enlève rien à la très grande qualités de travail de l'américain). J'ai encore plus aimé « Lady Vengence » (2005). Mais je n'ai toujours pas vu « Sympathy for Mr Vengence »... Mais tu t'en fous !

Je sais que c'est con mais ce à quoi je pense pendant que je course mon loustic : ne pas crever avant d'avoir vu « Sympathy for Mr Vengence ».

Faut piger ça comme un objectif dans la vie. Pendant des années, ça a été la fin de « Star War ». Maintenant que je sais comment Darth Vador est né (sois dit en passant, je m'attendais à mieux), je dois me focaliser sur autre chose.

Tu ne vas pas me croire mais pendant que j'étais perdu dans mes pensées cinématographiques, je n'ai pas pris conscience que la route était en train de m'hypnotiser. Pareil que toi quand tu drives ton char et qu'à un moment tu t'aperçois (avec un seul p) que tu es arrivé à destination et que tu te demandes comment t'as fait.

C'est carrément zarbi mais, dans mon état modifié de conscience, j'ai la sensation de mieux conduire, de négocier des trajectoires parfaites, d'être né un volant dans les mains, d'avoir fait ça toute ma vie. Je suis hyper concentré tout en restant hyper détendu. Tu crois ça toi ?

Et puis, il y a la zik aussi. La radio diffuse une station Trance : musique électronique rythmée entrecoupée de longs passages aériens. Ca produit son effet. Je donfe quand ça speed et encore plus quand ça plane.

Je me prends mon premier lacet pile en plein planage. Il règne un climat étrange dans l'habitacle. Je me sens calme, serein et dangereusement indestructible. Je réduis un peu ma vitesse. Mais pas tant que ça.

Shkodër perd du terrain. Beaucoup...

Les virages le masquent de temps à autre. A chaque fois qu'il revient dans mon réticule, il apparaît toujours un peu plus gros. Bientôt, mon pare-choc ira lui botter le cul.

Franchement, y'a un truc que je pige pas. Son cheval cabré, il l'a acheté d'occase ou quoi ? C'est pas normal que ma bagnole, toute sportive qu'elle soit, le rattrape aussi facilement. Sans compter que je suis loin d'être un excellent conducteur...

Mais oui ! C'est ça ! Moi, je ne perds pas mon temps à changer les vitesses. J'en ai rien à foutre de niquer le moteur. Il hurle comme un Spitfire de collection et je m'en cogne. Je le laisse tempêter. Au pire, je rentrerai à pied. Mais Shkodër, lui, il a ses habitudes de conduite. Et il n'a peut-être pas envie de faire de l'auto-stop. Et avec la gueule de délinquant qu'il se paie, il risque de marcher longtemps, le gars. Mais vu qu'il est toujours voituré, je ne tire aucun plan sur la comète. Je me contente de suivre le mouvement.

Ce qui m'a toujours surpris dans les poursuites automobiles cinématographiques, c'est que c'est toujours quand le héros se lance en plein dépassement qu'il se retrouve nez à nez avec une autre tire. Oui, il est logique qu'il y ait d'autres véhicules, la route appartient à tout le monde, blablabla... Mais pourquoi toujours à ce moment-là ?

Je ne dis pas ça parce que j'approche de l'instant fatidique — j'en suis encore loin, mais je m'interroge, sans plus.

Si c'est pour la beauté de la cascade, il y a franchement moyen de faire mieux. Et puis, de toi à moi, ce ne sont pas les auteurs qui les règlent. Ils la mentionnent dans le scénario et laissent les cascadeurs s'en charger. Là, on va faire une petite entorse à la règle.

D'après le manuel technique, mon .45 conserve sa létalité jusqu'à une vingtaine de mètres. Je suis encore un peu limite mais je vais malgré tout tenter le carton. Vitre baissée, je cherche le meilleur angle.

Je ne sais pas si tu as déjà essayé de conduire et de flinguer en même temps mais c'est du sport !

Par trois fois, je fais feu... et rate ma cible. D'ailleurs, de toi à moi, j'ignore ce que je vise et je préfère ne pas savoir où se perd la balle. Heureusement, la route reste déserte. Ca m'ôte un poids de la conscience.

Je relance une valda des familles et, comme j'ai du nez, à la fin de l'envoi, je touche !

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