La culture en toute liberté.
<<Chapitre 34 | Chapitre 36>>
AVERTISSEMENT :
Cette œuvre risque de perturber les repères des jeunes de moins de 16 ans, car elle contiens des propos érotiques ou présente des scènes de violence particulièrement impressionnantes.
Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.
Source : http://kraphard.skyrock.com/
Licences : N/A
Ne me demande pas comment j'ai fait, ça t'évitera une déception au cas où tu me prendrais pour un as de la gâchette. Toujours est-il que le pneu arrière gauche éclate.
Ca twiiiist... à syncoper.
Evidemment, sur une bagnole de ce prix, tu penses qu'ils ont mis du pognon dans la sécurité. Il y a un système électronique qui recalcule les trajectoires et compense la dérive. Et comme il a pris le contrôle du véhicule, l'ordinateur de bord impose sa vitesse. Moindre, bien entendu.
Moi, j'arrive à fond de balle... J'avais pas pensé à ça... D'ailleurs, j'avais pensé à rien. Là, par contre, je ne pense plus qu'à une chose : freiner à bloc !
Mais comme je vois la tamponne se rapprocher furieusement et que plus j'appuie sur le frein plus j'ai l'impression d'aller vite, je joue les timoniers et m'octroie une séance de barre à bâbord. Le volant tourne, la caisse file droit. M'est avis qu'on va se farcir un marronnier. A moins que ce soit lui qui nous farce. Dans un cas comme dans l'autre, ça risque de se terminer viande hachée.
Si tu regardes les mêmes chaînes que ma Dulcinée, tu dois avoir l'habitude d'entendre la zik qui fout les jetons : Tantantan-Tââââââân ! Plan fixe sur la bagnole qui se rapproche. Inexorablement...
Fondu au noir et page de pubs.
C'est comme ça que ça devrait aller. Je pourrais en profiter pour, discrétos, mettre les adjats, me carapater derrière un arbre et attendre que la caméra reviennent pour le crash. Il y aurait quelques plans de coupe sur les dégâts, l'intérieur de la chignole à Shkodër, avec lui en sang, et quand on reviendrait sur bibi, j'aurais eu le temps de me remettre à ma place. Suffit ensuite de jouer les commotionnés et le public n'y voit que du feu.
Je cherche la touche « Escape » mais les ingénieurs qui ont conçu mon char l'ont trop bien dissimulée derrière le luxe tapageur du tableau de bord. Avec le blé qu'on claque en automobile, y'a pas un mec qu'a eu l'idée d'y coller un « Control-Altern-Delete » !
Quand sonnera l'heure de la promo et qu'on me questionnera à propos de cette oeuvre, je pourrais faire mon Jean-Jacques : « Ouieuh, j'ai fais toutes les cascades moi-mêmeuh ». C'est beau la frime. Sauf que là, j'ai les noisettes qui se liquéfient façon choco italien.
La tire glisse et BOUM ! On tape l'aile droite contre la chignole à Shkodër. Le choc est si violent que la tôle accordéonne recta. Je démarre un vol plané direction la vitre chauffeur. L'air bag latéral s'interpose entre la vitre et ma tête. Quand j'ouvre les yeux, je suis entouré de toile blanche. Une douleur me vrille la poitrine. Je garderai la marque de la ceinture pendant au moins quinze jour, c'est clair. Ma grognasse va croire que je participe à des orgies sadomasochistes. Dès que je fais un truc sans elle, je rapplique couvert de bleus.
Les deux tomobiles sont côte à côté, dans le silence du petit matin. Après le trauma, les piafs se remettent à chanter. Ca fout les chocottes autant de trilles l'heure. Manquerait plus que la victime d'à côté se soit fait redessiner la tronche en Michael Jackson. Là, le polar virerait roman d'horreur. Je ne peux quand même pas imposer ça à mon lectorat, merde !
Je tourne la calebasse et que vois-je ? Le malade mental me braque avec son calibre. J'ai à peine le temps de me mettre à couvert derrière la porte. Et encore, l'abri demeure très relatif. Il suffit que l'autre tanche ait l'idée de gunner à travers la carrosserie pour que ton chéri bibi se retrouver en train de troncher de l'angélique.
La balle se perd dans la toile. Quelle tuile ! Je ne sais pas si t'as déjà assisté à l'explosion d'un air bag mais j'aime autant de te dire que le déplacement d'air te colle une mornifle autrement plus étourdissante qu'un coup de prothèse mammaire.
Comme je ne trouve pas mon .45, je défouraille le 38 spécial et, sans viser, révolvérise cette sale enflure de Shkodër. Bang ! Bang ! Bang ! Les balles s'élancent à travers le métal tordu.
Je tousse. Est-ce la poudre ou le coup de ceinture ?
Quand je me redresse, Vojmir Shkodër n'est plus là...
Là, tu vois, je commence à flipper parce que ce gars peut être n'importe où, y compris en train de me délivrer une bastos par derrière. Pourtant, je le retapisse qui se carapate entre les arbres. Fissa, je déclipse ma ceinture de sécurité et me casse illico. Au passage, je ramasse mon .45 qui était entre le siège et la portière.
Il n'y a pas que les voitures qui sont accidentées, le terrain l'est aussi. Ca grimpe sec. J'ai peut-être quinze ans de moins que Shkodër mais je suis plus en formes que lui. Oui, en formes avec S. Cent mètres plus loin, comme à chaque fois qu'on me force à faire ces conneries-là, je me dis qu'un régime s'impose. Et un sérieux encore !
Encore cent mètres plus loin, je me propose de commencer par une semaine de soupe, histoire de dégorger toutes les saloperies que j'ingurgite à longueur de soirées télé.
Deux cents mètres encore plus loin, j'ai tellement le cœur qui pompe que Shkodër risque de m'échapper. Alors... Alors, je fais un truc vraiment pas beau : je l'aligne et je tire deux ogives.
Il s'écroule.
Je t'ai dit : mon calibre est létal jusqu'à une vingtaine de mètre. A vue de nez, Shkodër devait se trouver à trente, peut-être trente-cinq mètres. Je ne pige pas tout de suite pourquoi il est allongé. Je m'attends au coup tordu. J'avance prudemment. Mais y'a pas d'arnaque. Je pensais avoir visé le haut du dos. La première balle s'est logée dans le bas, en pleine région lombaire. Quant à la seconde lui a explosé la cuisse et, vu le sang qui débonde, l'ancien espion a l'artère fémorale sectionnée.
J'arrive complètement essoufflé :
— Putain, tu peux te vanter de m'avoir fait courir, toi !
— Tu pourras dire à Vladimir que tu as rempli ta mission.
— Je ne suis pas venu de sa part.
— Qui t'envoie alors ?
— La famille de la petite que tu as butée la semaine dernière.
— C'est Simon qui l'a tuée, pas moi.
— Le Simon, tu l'y as quand même un peu poussé aussi. Faudrait pas que tu l'oublies. De toute façon, j'ai les images. Toutes les images.
— Alors t'es malin. T'aurais dû venir travailler pour moi. T'aurais été riche.
La vie le quitte peu à peu. Chaque parole lui coûte un effort considérable. Chaque mot est une pelletée de terre dans sa tombe. Je l'économise un brin, histoire de le faire durer :
« Si je n'avais pas vu ton répugnant site, je crois que je m'en serais tenu à la version officielle. Simon Mascagni était un tueur psychotique. Et quand ce genre de gus ne se livre aux poulets, il choisit la case suicide. C'était bien vu. Mais un psychotique agit toujours seul. Du coup, tu vois, je ne serai pas étonné d'apprendre que c'est toi qui as tué Simon et maquillé l'assassinat en suicide. Tu as profité de ce que tout le monde était aux funérailles pour te débarrasser du témoin. Je me trompe ? »
— Non, dit-il dans un souffle.
— Et pour Gaétane Campa ?
— Non.
— Non quoi ?
— Pas moi.
— Tu sais que tu vas crever ? C'est même pas la peine d'appeler une ambulance...
— Да. Я знаю. Я должен сделать мои молитвы.
Putain, y va pas se mettre à causer russe sur la fin, l'enflure !
— Pourquoi mentir ? Il n'y a plus rien qui puisse te sauver... Et tu as déjà commis tellement de crimes, c'est pas un de plus qui va faire la différence.
— Pas... tu...er... Cam...pa.
Puis il est mort.
<<Chapitre 34 | Chapitre 36>>