La culture en toute liberté.
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Licences : N/A
Je vais me mettre à la littérature enfantine. C'est con mais c'est reposant. Je te raconterai l'histoire de Poinçon le hérisson qui, un jour, rencontre une orange...
Mais bon, je me connais : l'orange sera sanguine... ... et je ne me donne pas dix pages avant qu'elle soit exsangue.
Comme je me radine à la propriété, je constate un dawa pas possible. Ca flingotte encore dans tous les coins. Mes keufs maîtrisent le rez-de-chaussée et le premier étage. Ca fait 2-2. A vue de blair, je calcule l'embrouille : l'attaque se heurte à une organisation défensive qui a décidé de jouer milieu de terrain. J'irai leur filer un coup de paluche tout à l'heure mais puisque tout le monde campe sur ses positions et que la fusillade se classe dans la catégorie tirs de barrage, je décide de traiter une affaire plus urgente.
Je commence d'abord par sortir les tures du garage. Les deux qui restent intacts s'incorporeront à merveille dans mon patrimoine. Faut voir ça comme des honoraires. Tu crois quand même pas que je vais taffer gratos ? Je veux dire : la grandeur d'âme, tout ça, c'est beau — si, c'est beau ! — mais ça nourrit pas son homme. Vu le bide que je me trimballe, il va falloir que je me paie un régime. T'as vu le prix du light par rapport à la junk food bien grasse ?
Et puis, pense qu'un peu de fraîche va faire plaisir à ma bourgeoise. Ca fait des lustres qu'elle me prend pour une feignasse. Remarque, elle n'a pas tout à fait tort. Cela dit, les mecs comme moi peuvent difficilement afficher leurs compétences sur un curriculum bien torché.
— Quelle est votre passion dans la vie ?
— Monsieur le Directeur des ressources humaines, je ne vous cacherai guère plus longtemps que j'apprécie crosser la canaille et que je m'esbaudis au charme suranné d'un duel à mort avec un quelconque malfrat.
C'est bien dit mais, sur le plan moral, c'est pas top.
Du coup, je force le mensonge, genre que je kiffe la littérature... Mais grave de ma race, quoi ! Je me pique d'écriture.
— Quels romans obtiennent vos faveurs ?
— Surtout les histoires d'amour, votre honneur. Je n'écris que cela. Car, finalement, qu'y a-t-il de plus essentiel à la vie sinon l'amour ?
LE FRIC !
Que tu en aies ou pas, l'oseille reste toujours un problème.
Maintenant que me voici l'heureux propriétaire de deux splendides berlines, il me faut de quoi les faire rouler. Tu n'es pas sans savoir que la benzine grimpe plus vite qu'une nymphomane. Ca coûte des sous tout ça. Donc, je m'offre une rafle des quelques valeurs qui traînent, de-ci de-là, dans les parties dont nous avons le contrôle. J'en profite aussi pour faire mes courses dans la cuisine et dans la cave à vin.
Puis, comme je n'ai pas le temps de dresser l'inventaire de mes rapines, je bourre le tout, là où je peux dans les chignoles. Pour finir, je conduis mes merveilles jusqu'à l'entrée du domaine, là où elles seront à l'abri.
Et je reviens terminer ce pour quoi je me suis si grassement payé.
Conscience professionnelle.
Je refais mon petit tour dans le bar, vide les bouteilles sur la moquette. Passe dans la cuisine, ouvre les becs de gaz, délourde les fours et boute le feu au rez-de-chaussée. Au début, c'est un incendie tout riquiqui. Mais quand les mercenaires descendent, il a déjà pris des proportions plus respectables.
Par principe, on ne négocie pas avec la vermine. On l'anéantit.
Je ne suis pas de ces individus aux idées étroites. J'ai même une propension à la casuistique. La gourance s'inscrit dans l'humanité. Mes guignols veulent tripper la garde meurt mais ne se rend pas ? Je ne suis pas contraire. Qu'ils crèvent donc s'ils le souhaitent. Mais ils peuvent aussi baisser les guns et choisir de se rendre. Il ne leur sera fait aucun mal. Que je tue froidement dans le feu de l'action, c'est un chose. L'affaire classée, c'en est une autre d'occire ses paires. Ca revient à manquer à tous les usages, ce n'est guère civil, pas très urbain et certainement pas convenable.
Les mecs se sont pointés un par un, la mine défaite comme s'ils avaient paumé Waterloo mais pas la morne haine. Moi, des maniérés pareils, ça me défrise. Direct, je me les entreprends façon complément d'enquête. Et figure-toi qu'on en apprend encore de bien belles...
Rahima veut me sauter au coup mais se ravise au dernier moment. Faut dire que les tronches de flics qui m'escortent n'incitent pas aux démonstrations excessives. La fricassée de museaux, on se la dévorera un autre jour. De toute façon, vu mon air scellé comme un anus dei, elle pige illico qu'il vaut mieux s'en tenir aux salutations respectueuses. Et puis, elle voit bien que mes potes tiquent un chiche devant la prenante odeur de cannabeuh qui imprègne leurs naseaux délicats. Marcel mate les plans. Je ne lui laisse pas l'occase de la réprobation. La meuf Rahima va être assez secouée pour aujourd'hui. Pas la peine d'en rajouter...
Le plus costaud d'entre nous s'approche de la gaine technique que je lui désigne. Tu sais, on en a déjà parlé la première fois qu'on est venu chez la beurette. Depuis le début, je lui trouvais quelque chose de louche. Il n'a pas fallu plus de cinq coups de maillet pour éventrer le mur de l'horreur.
Les yeux vides, le cadavre desséché de la fille au gang bang nous regardait comme si sa courte vie réclamait un rabiot d'âme. Entre les plis d'effroi de son visage parcheminé, j'ai cru distinguer un rictus de soulagement. Etait-ce la lumière qui avait subitement changé où son corps venait-il de bouger ?
Trop surprise de nous voir débarquer dès potron-minet pour Allah seul sait quel obscur motif, Rahima n'avait pas pipé mot jusqu'à présent. La vision de cette femme, si jeune et déjà si ridée, lui arracha un cri que je n'oublierai jamais.
Demain, paroles, je me mets à la littérature pour mômes. Dans le fond, je suis sûr que c'est moins tarte qu'il y parait. Je te raconterai l'histoire de Poinçon le hérisson qui, un jour, ne meurt PAS sur la grande route. Poinçon le sympatoche hérisson malin qui ne se noie PAS en traversant le lac sur le dos d'un majestueux cygne, un peu bégueule mais gentil aussi. Poinçon le hérisson point con qui trouve une orange du Brésil et qui ne la dénonce PAS aux services de l'immigration...
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