Le Paysage urbain médiéval

La culture en toute liberté.
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Le Paysage urbain médiéval, est un ouvrage de l'historien Jacques de Maulde publié en 1995 aux éditions des Presses Universitaires de Lyon.
(235 pages, isbn 2-91-0146-69-05)

1- La notion de ville médiévale
Si la ville médiévale est d’abord une communauté humaine vivant dans un espace défini souvent par une protection ou des remparts, c’est aussi un lieu d’échanges de produits, de services réglés par des flux monétaires. [1]Les Cités-États spécifiques à cette période historique se sont surtout développées sur les côtes de la mer du Nord et en Italie, où la notion d’état territoriale ne s’est pas encore enracinée. [2]

Elles symbolisent en fait la transition entre la société féodale et la ville qui tend à s’administrer elle-même à travers ses édiles, jalouse de son autonomie et soucieuse de garder ses distances avec le pouvoir seigneurial et le pouvoir ecclésiastique. Sa configuration est généralement le résultat de strates historiques qui se sont, selon le cas, fondus avec plus ou moins de bonheur.

Urbanisme et urbanité : L’opposition entre monde urbain et monde rural est moins marqué au Moyen-Age que sous l’Antiquité. La ville était alors synonyme d’urbanité (politesse et amabilité) tandis qu’on parlait de ‘rustici’, de rustre pour désigner le paysan. Même si le paysan est parfois qualifié de ’vilain’, le modèle de référence est calqué sur le modèle de la Chevalerie.

2- Configuration et évolution
Parler de ville ‘au singulier’ n’est qu’une approche simplificatrice qui donne un aperçu, une idée générale de l’évolution de la ville antique puis gallo-romain vers la cité médiévale. On peut schématiquement décrire quatre villes-types à partir d’une représentation d’une ville multiple, réunion spontanée de plusieurs cités plus petites. [3]

- "Le bourg-castral" : structuré autour d’un château, modèle qui s’étend à partir du XIè siècle ;
- "La bastide" : architecture urbaine au plan régulier qui se développe à partir d’une grande place centrale ; [4]
- "La circulade" : comme son nom l’indique, elle s’étend en cercles concentriques autour d’un bâtiment religieux, palais épiscopal par exemple ;
- "La double cité" : est un ensemble bicéphale qui prolonge un noyau ancien d’une part et se développe le plus souvent autour d’un 'castrum comtal' ou d’une abbaye.

3- L’exemple de Paris
Avec plus de 200 .000 habitants au XIVè siècle, Paris apparaît comme une exception européenne, bien que les données historiques soient précaires. [5] D’après les "feux répertoriés", Paris compterait au moment de l’avènement des Valois quelque 210.000 habitants, beaucoup plus que ses deux suivantes Milan et Florence.

La ville se caractérise aussi par une union entre la royauté et le religieux, atteignant son apogée avec la construction de la cathédrale Notre-Dame de Paris, symbole de la gloire de Dieu autant que de celle du roi. Si on trouve dans les villes moyennes une grande mixité sociale, Paris représente l’image de ce que sera l’évolution : des quartiers contrastés où se dessine une géographie sociale. [6]

4- Ville et campagne
La ville reste très ouverte sur la campagne. Dans le paysage urbain, on trouve souvent la présence de jardins, de vignes et nombre d’animaux domestiques. Seules les murailles marquent la différence, les villages fortifiés étant fort rares vu le coût d’une telle opération. Ce qui tranche, ce sont les édifices monumentaux en pierre de taille, l’église, le palais des échevins, les halles et les demeures des puissants à partie surtout du XIIIè siècle, même si beaucoup de constructions sont en bois. [7]

5- Les métiers [8]
La ville est le lieu privilégié des artisans et commerçants. Nous connaissons bien les corporations qui les composent par "Le Livre des métiers" d’Etienne Boileau prévôt de Paris, publié sous le règne de Saint-Louis vers 1268. Certains quartiers étaient plus spécialisés dans tel ou tel artisanat et les odeurs renseignaient souvent sur l’activité du quartier comme par exemple la ferronnerie ou la tannerie.

Contrairement à une idée reçue, l’argent ne circule guère plus à la ville qu’à la campagne. D’abord parce que l’habitude se prend peu à peu de payer les redevances féodales en argent et qu’ensuite l’argent est rare à cette époque. Il faudra attendre le XVIème siècle pour que le métier de banquier ait droit de cité avec l’abondance de métaux précieux provenant des Amériques.

6- Science et culture
La ville est le lieu par excellence du développement de la culture : culture traditionnelle avec le théâtre surtout mais aussi culture populaire avec les fêtes. Ce sont surtout des fêtes religieuses et en premier lieu les processions. Si elles restent marquées par leur caractère religieux, elles sont aussi l’occasion d’assister à des défilés spectaculaires, à voir les édiles de la cité en habit d’apparat et à participer aux jeux qui accompagnent traditionnellement ces festivités. [9]

Si la vie des campagnes est encore rythmée par les travaux des champs et le clocher de l’église, la ville adopte rapidement une invention qui va rythmer différemment le temps avec l’horloge mécanique qui bouleverse le rapport au temps du monde urbain.

Références Lexicales

  • Universitas : communautés juridiques regroupant les habitants d’une ville.
  • Commune : association liant les habitants par serment d’assistance. (ou conjuration)
  • Charte de franchises : document contenant le statut, les libertés accordées à la cité par le seigneur ou le roi.
  • Consuls, échevins : représentants de la cité appelés consuls (sud de la France) ou échevins (dans le nord).

Repères chronologiques

  • Haut Moyen Age : fin Vème siècle à fin Xème siècle
    • 476 : chute de l’empire romain d’occident – 481 : avènement de Clovis – 751 : dynastie des Carolingiens - 800 : Charlemagne empereur d’occident
  • Moyen Age classique : du XIème siècle au XIIIème siècle
    • 1010 : début de l’art roman – 1066 : Guillaume le conquérant roi d’Angleterre – 1096/1100 : première croisade – 1130 : début de l’art gothique – 1179/1223 : règne de Philippe Auguste - 1226/1270 : règne de Saint-Louis
  • Bas Moyen Age : du XIVème siècle au XVème siècle
    • 1337-1453 : la guerre de Cent ans – 1348 : grande peste noire – 1415 : début de la Renaissance italienne, défaite d’Azincourt - 1492 : découverte de l’Amérique

Bibliographie

  • Jacques Heers, "La ville au Moyen Age", éditions Fayard, 1990
  • Jacques Le Goff, "La civilisation de l’Occident médiéval", éditions Flammarion, 2008
  • JL. Pinol (sous la direction de), "Histoire de l’Europe urbaine", éditions Le Seuil, 2003
  • André Chédeville et Daniel Pichot, "Des villes à l’ombre des châteaux", éditions Presses Universitaires de Rennes, juillet 2010

Notes et références

  1. Voir Jacques Le Goff, "Le Moyen-Age et l’argent" , éditions Perrin, 2010
  2. Cités-États dont les modèles reconnus sont Bruges et Florence.
  3. Voir l’ouvrage collectif "Villages et villes au Moyen Age : les dynamiques morphologiques", Presses Universitaires François Rabelais, 2004
  4. L’architecte Viollet-le-Duc considérait Monpazier en Dordogne comme un modèle accompli de bastide
  5. Voir "L’état des feux et des paroisses" dressé en 1328 à la demande du roi Philippe VI de Valois
  6. Par exemple, beaux quartiers rive droite entre la place de Grève et Saint-Germain-l’Auxerrois, quartiers plus excentrés aux noms parfois évocateurs comme la rue de la Truanderie
  7. Comme le montre par exemple la ville de Rouen qui brûle en grande partie en six occasions entre 1200 et 1225
  8. Voir Sophie Cassagnes-Brouquet, "Le monde des métiers au Moyen Age, artisans et marchands", éditions France-Ouest, 2010
  9. Voir Simone Roux, "Le monde des villes au Moyen Age", éditions Hachette, 1996

Voir aussi

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