Le Point Noir/Partie 1 : Ma mère

La culture en toute liberté.
Aller à : Navigation, rechercher


Informations légales

Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://okedomia.blogspot.com/2007/03/le-point-noir.html

Auteurs de l'œuvre originale : Eleken Traski

Licences : N/A


Cette malheureuse histoire a commencé comme commencent beaucoup de légendes. Par un drame. Ce matin-là, un télégramme est venu m’apporter la sombre nouvelle. Ma mère, que sa santé fragile contraignait depuis de nombreux mois à l’isolement, était morte dans la nuit du huit, peu avant l’aube. Je pris immédiatement mes dispositions pour quitter Londres où je m’étais expatrié depuis quelques années pour des raisons d’affaire et fis valoir un congé sans solde auprès de mon employeur pour une durée indéterminée. Le surlendemain, je pris un bateau en direction du Havre. Je n’avais pas de femme, pas d’enfant, pas de domestique ni d’animaux, alors je fermais simplement les volets et les portes de ma maison en banlieue et m’en allais. Les plantes, que je possédais, mourraient mais j’en faisais bien peu de cas.

Du Havre je rejoignis la capitale, dont j’avais toujours trouvé qu’il y manquait l’assurance londonienne, où j’y pris un train qui me mena à Dijon. Là-bas je m’embarquai dans un antique wagon, qui rivalisait de confort avec un vieux tonneau de vin - dont il semblait par ailleurs inspiré – et qui toussa jusqu’à Lyon. Je rejoignis ensuite difficilement Valence, avant de finalement arriver, trois jours pleins après mon départ de Londres, à l’ancienne ville de Crest, où se trouvait la résidence familiale abandonnée dont ma mère avait été la dernière occupante. Je n’avais jamais connu mon père, il était mort durant la guerre alors que j’étais encore un bébé et ma mère n’en avait jamais trop parlé qu’à contre cœur et par phrases courtes et obscures. Cette maison, où j’avais grandi, se trouvait un peu à l’écart de la ville, à faible distance de l’ancienne tour qui fut jadis une prison des plus horribles, et elle m’apparut tristement grise sous le ciel morne de cette journée. Je la trouvais cependant encore habitée par la vieille bonne de ma mère qui fût autrefois ma gouvernante lorsque que j’étais enfant. J’avais toujours éprouvé pour elle une certaine affection. Perdu au milieu d’une mère froide, d’un père mort et d’un grand-père violent, j’avais pour cette vieille dame l’affection que je n’arrivais pas à donner à ma mère. Je fus donc heureux de retrouver dès mon arrivée ce visage familier et bien veillant.

« Bonjour, madame Missou. Je suis content que vous soyez là. Votre présence m’aidera sans nul doute à traverser l’épreuve familiale qui me frappe aujourd’hui.

- Merci, monsieur, je ferai mon maximum pour que votre séjour ici vous soit supportable.

- Allons, madame Missou, vous me connaissez depuis que je suis un enfant. Appelez-moi donc par mon prénom.

- Si je puis objecter monsieur, vous êtes désormais mon employeur, et malgré les heureux souvenirs que j’ai de vous enfant, je préférerais vous traiter avec le respect que je vous dois, » me répondit-elle avec douceur mais avec suffisamment de fermeté pour me faire comprendre que cette discussion était close. Je changeai de sujet :

« Avez-vous préparé la chambre d’amis pour moi ?

- Bien sûr, monsieur. Un repas chaud vous attend également.

- Et bien dans ce cas, je vais monter mes affaires à l’étage. Vous pouvez dresser la table, je redescends immédiatement, » répondis-je en souriant. Madame eut un bref hochement de tête et s’en retourna sans un mot.


Ce soir-là, je mangeai vite et en silence, seul face au vide de la chaise qu’aurait dû occuper ma mère. Ce fut une étrange sensation que cette tristesse qui me parcourut alors, cette gêne ressentie à me voir seul à cette table où je ne m’étais pas assis depuis des années, alors que, chez moi, je mangeais toujours seul sans que cela éveille en moi le moindre sentiment d’inquiétude. Cette nuit, je dormis d’un sommeil agité mais, à posteriori, je dirai que c’est la dernière vraie nuit de sommeil que je connus. L’enterrement eut lieu le lendemain en fin de matinée. La cérémonie fut brève. Ma mère ne voulait pas d’enterrement religieux, ce qui m’évita l’église. J’assistai seulement à la mise en terre. Bien que temps fût gris, la pluie ne vint pas. Il n’y avait pas beaucoup de monde. Une vieille dame qui livrait et s’occupait du linge de ma mère. Son médecin, Mme Missou et un autre vieillard dont j’ignorais tout et dont la présence n’éveilla en moi aucune question. Je n’appartenais pas à leur monde et eux n’appartenaient pas au mien. Plus vite j’aurais accompli les formalités, plus vite je quitterais ce pays d’arriérés.


De retour à la maison, je m’enfermai dans l’ancien bureau de ma mère afin d’y rédiger une correspondance avec Londres afin d’informer mes collaborateurs sur l’évolution de ma situation. Je cherchais une feuille pour écrire et je m’aperçus que le tiroir haut du bureau en chêne était verrouillé. Intrigué et peut-être mu soit par la dépression du deuil, soit par la faiblesse naturelle de ma patience, je pris un couteau décoratif et fis sauter le verrou. Une fois ouvert, j’oubliai immédiatement mon projet de lettre. J’avais découvert, dissimulé dans ce tiroir, ce qui semblait être une lettre de ma mère. Je ne vous la rapporterai pas dans son entier car la majeure partie n’en apparaît que comme délire de vieille femme, excuses et paroles affectives à mon égard, chose qui, vous en conviendriez si vous aviez connu la froideur de ma mère, me surprit au plus haut point. Je confesse n’en avoir pas nourri une grande poussée d’affection pour la défunte qui restait malgré tout, majoritairement une inconnue, voir une énigme, dans mon existence. Bref, pour en revenir à cette lettre, je ne vous rapporterai que la fin dont tout ce qui précède ne semblait n’être qu’une introduction.


Mon fils, sache que les questions que tu te poses sur moi comme celles que tu n’aurais jamais osé te poser trouvent leurs réponses dans l’une des cellules de la tour qui domine notre demeure. Au fond du couloir- nord, celui qui mène aux plus profondes et aux plus étroites cellules. Derrière une pierre qui porte la Marque. Ce que tu trouveras là-bas, détruis-le ou utilise-le. De ton choix, tu es maître.


J’avoue que j’ignorais totalement de quelle marque parlait ma mère pas plus que je ne savais à quelles questions elle faisait référence. J’avoue aussi avoir toujours été troublé par ma famille, avoir toujours craint tous les mystères qui entouraient ma mère, mon grand-père et ce père que je n’avais jamais connu. Je regardai par la fenêtre, la soirée n’était pas encore trop avancée. Je décidai donc d’entreprendre une rapide expédition vers la tour, que je connaissais bien pour y avoir joué en cachette quelquefois, lorsque j’étais enfant. Armé d’un sac à dos contenant quelques outils, une barre de fer ainsi qu’une lampe-tempête, je partis à travers la forêt vers cette ancienne bâtisse qui, semblait-il, renfermait plus de mystères que je ne l’imaginais. Pénétrer dans la tour était vraiment très facile. La ville n’avait pas d’intérêt dans l’ancienne prison et n’avait par conséquent pas vu celui d’en protéger l’accès. Ma seule crainte était d’y rencontrer quelques vagabonds que le mauvais vin dont ils se seraient imbibés rendrait agressifs. Cependant, le risque était faible, l’obscurité de ces murs n’attirant pas, au demeurant, d’éventuels locataires. Je sortis ma lampe de mon sac, l’allumai avec les allumettes que j’avais spécialement amenées à cet effet et m’engageai dans l’obscurité.


La lueur de la flamme éclairait les murs de pierres brutes d’une couleur orange, zébrés de noires à chaque saillie de roche. Je me suis enfoncé dans les profondeurs de la tour selon un chemin que j’espérais être le bon. Après seulement quelques minutes, plus aucun souffle d’air ne vint me caresser la nuque. Plus aucun son, autre que celui de ma respiration, ne vint soulager mon esprit de ce sentiment de danger imminent qui s’était emparé de moi, que je mettais sur le compte de l’obscurité absolue et effrayante que je bravais. À ce moment, je me demandai ce qu’il adviendrait de moi si jamais ma lampe se brisait : arriverais-je à rejoindre la surface ou errerais-je pendant plusieurs jours dans ce monde de silence, froid et noir, jusqu’à ce que je sombre dans la folie et finisse par mourir de faim ou de soif ?

Après un temps, où je crus avoir perdu mon chemin, j’arrivai devant une ancienne grille fermée. J’en fus soulagé car elle se trouvait là où je l’attendais et elle m’indiquait que j’étais arrivé au fameux couloir nord. Les gonds étaient complètement rouillés et produirent un son, un crissement métallique, absolument terrifiant par son ampleur en ces lieux de silence, quand je l’ouvris. J’en fus moi-même effrayé mais je me sermonnais immédiatement en me convainquant que personne n’aurait pu entendre ce bruit de l’extérieur. Mais était-ce bien de quelque chose d’extérieur dont j’avais peur ? N’était-ce pas plutôt de cette chose ignorée qui m’attendait au bout de ce chemin ?

Je m’avançai lentement. Il y avait là cinq ouvertures. Je trouvai dans la seconde la singularité que je recherchais : une marque, qui n’aurait pas dû se trouver sur cette pierre - mais une marque qui se trouvait pourtant bel et bien là. Ma respiration se fit plus rapide, mon bras me brûlait de s’être tenu tendu si longtemps afin de maintenir bien haut la lampe, et la sueur collait mes cheveux en mèches poisseuses sur mon front Pendant quelques secondes, je cambrai mon dos rendu douloureux, puis je me penchai pour prendre dans mon attirail une pointe et un marteau. Je m’en servis pour attaquer le joint de la pierre qui devait faire environ quarante centimètres de long sur vingt de haut. La matière s’effritait rapidement, ce qui me donna la certitude que j’avais choisi la bonne pierre. Il était maintenant évident que cette pierre n’était pas solidaire du reste du mur. Il me fallut une trentaine de minutes avant que je ne la sente suffisamment branlante et que je tente de la desceller tout à fait. A cette fin, je me munis de la barre de fer que j’avais amenée. Quelques coups seulement me suffirent pour briser un angle de la pierre, glisser la barre par l’orifice ainsi formé et faire tomber le reste du bloc. Celui-ci se révéla épais d’à peine une quinzaine de centimètres, apparemment grossièrement brisée à partir d’un bloc plus grand.


Caché derrière dans l’orifice dégagé se trouvait effectivement un paquet. Je ne pouvais croire où me menait tout cela. J’étais venu d’Angleterre pour enterrer mon dernier parent vivant et m’occuper de la vente de ce qui était devenu ma propriété. Et voilà que je me retrouvais ici, crapahutant en toute illégalité à l’intérieur d’une ancienne prison moyenne-âgeuse et descellant une pierre du mur dans l’un des cachots sur la seule indication d’une note écrite par ma mère. Le mieux, c’est que cette note disait la vérité : il y avait bien quelque chose. Le paquet, un linge gris, contenait un objet lourd et solide. Je retirai doucement l’étoffe rugueuse et constatai qu’il s’agissait d’un vieux livre avec une couverture de cuir épais et taché de marques brunes. Je le remis dans son linge et dirigeai mes pas vers la sortie et ma maison, négligeant au passage de remettre la pierre en place. Ma remontée fut bien plus rapide et bien moins terrifiante que ma descente. Je ne craignais plus maintenant d’être poursuivi, pris par la fièvre exutoire de ma mystérieuse découverte. Je traversai également presque en courant le bout de forêt qui me séparait de ma demeure. Une fois arrivé dans l’ancien bureau de ma mère, je m’y barricadai et attisai le feu afin de me réchauffer de mon épopée nocturne. Puis, posant le linge devant moi, je m’installai derrière le bureau.

Je dépliai rapidement le linge, comme je l’avais fait dans la tour, et restai un long moment à contempler le livre. Comme retenu par un profond dilemme, je ne le touchai pas pendant ce qui me sembla une éternité. Une part de moi me suppliait de l’ouvrir tandis qu’une autre me conseillait de prudemment le jeter directement dans l’âtre attenant. J’ignore pourquoi j’éprouvai à cet instant une telle contradiction de forces opposées, mais le choix mis un temps peu commun à mes habitudes à pénétrer mon esprit.

Lorsque je finis par ouvrir le livre, la lune était morte dans le ciel depuis déjà plusieurs heures et l’obscurité était totale. Les pages, épaisses, n’étaient pas faites de papier mais d’un matériau que je ne parvins jamais à identifier. Des taches parsemaient certaines d’entre elles. Je dois l’avouer : j’ai bien peur que ce fussent des traces de sang.

Les premiers caractères que je vis n’éveillèrent en moi que perplexité et confusion. Aujourd’hui encore, j’ignore exactement de quoi il s’agit. À divers endroits du livre, sur de nombreuses pages, je retrouvai ce langage, ce code, appelés à garder leurs mystères. Hélas ! pour mon malheur, de nombreuses pages étaient aussi écrites en un français parfaitement compréhensible.

Après quelques minutes de lecture, je finis par comprendre que j’avais sous les yeux une sorte de journal tenu par ma famille depuis au moins deux siècles, dont voici la première page compréhensible.


La nuit dernière, Mateo a réussi à s’enfuir de ce cachot puant. Il a marché jusqu’à midi et nous a rejoints comme nous l’espérions dans cette bonne vieille ville de Die. Mon frère m’inquiète car, depuis son retour, il ne parle que d’incantations et de formules magiques qu’il aurait apprises durant son emprisonnement auprès d’un détenu à la peau noire. Je suis étonné qu’un nègre ait pu survivre dans un cachot français, mais Mateo affirme que les détenus avaient une peur bleue de cet homme… (Ici le texte était brouillé par une trace anciennement humide qui avait dilué l’encre) … Il est mort avec lui maintenant. La nuit dernière, Mateo est sortie sous le ciel noir et sans lune. Il a fait un feu de camp et a psalmodié ces mots pendant une heure.

Vienii Das Mattel N’Bargol Tisssare Maney Cospan Ne Agga


Je parcourus le livre pendant encore de longues minutes, puis je sautai aux dernières pages écrites où je reconnus l’écriture rigide et pleine d’arête de ma mère. Cette même forme d’écriture que j’utilise tous les jours.


Mon père m’a prise cette nuit. Il m’a forcée dans sa couche en criant le nom de N’Bargol. Et j’ai crié, crié. Il m’a traitée de noms horribles. Il m’a reproché de n’avoir pas encore eu d’enfant, d’avoir refusé les offres de mariage qui m’ont été faites. Il ne comprend pas que je n’ai pas le besoin d’un homme. (A nouveau, ce code mystérieux) Je suis enceinte, je le crains. Mon père m’a engrossée comme un bouc sa chèvre. Je me tais, je supporte ses coups, mais je ne peux m’empêcher de pleurer quand je vois son rictus dégoûtant lui découvrir ses dents jaunes. Il me dit que l’enfant que j’attends est celui de N’Bargol, celui qui nous a donné prospérité depuis cent cinquante ans. Il me dit qu’il saura se reconnaître à la marque qui l’ornera lorsqu’il embrassera son dieu. Alors je me promets ceci. Mon fils ne saura pas. Mon Dieu ! non ! il ne saura pas ce que nous avons fait… Pourtant, il faudra bien un jour le mettre en garde contre…


J’arrêtai là ma lecture sur le moment, ne pouvant en supporter plus que ce que j’avais déjà lut. Je tremblais de tous mes membres. Ainsi mon père n’était pas mort dignement à la guerre, comme il m’avait été raconté. Mon père était ce grand-père froid et maléfique qui était mort quant j’avais sept ans et envers qui j’avais toujours ressenti un sentiment d’appréhension doublé d’une menace diffuse et croissante.

J’en étais presque à vomir, mais une curiosité malsaine me poussa à rouvrir le livre. Je cherchais la dernière page. Je voulais savoir… Juste pour savoir, mais sans savoir pourquoi cela m’était soudainement si important. Tout à la fin de cette dernière page, séparés des autres écrits par de nombreuses pages encore blanches, tachés d’encre, griffonnés d’une main mal assurée, comme si on n’avait pas eu le temps de chercher la dernière page écrite ou si l’on avait essayé de s’assurer que ce serait lus, étaient inscrits les mots suivants.


N’Bargol Retemerre Das Niglio Fisti Commerre Patar


Mots que, presque inconsciemment, je prononçai à haute voix. C’est comme si ma voix avait transcendé ma volonté profonde, comme si je n’avais pas été maître de mon corps, les yeux figés sur cette phrase qui, par ailleurs, est restée mystérieusement ancrée en moi depuis ce jour. Mais à peine avais-je prononcé ces quelques mots que je fus arraché à cette hypnose par un violent coup de tonnerre qui fit trembler toutes les vitres de la vieille maison où il se répercuta dans la pierre pendant une longue seconde. Puis des trombes d’eau se mirent à frapper la ville pendant que le vent gémissait une plainte d’agonie sous les toits. Sur le moment, je m’étonnai de n’avoir ni entendu ni pressenti l’orage mais, après réflexion,je me dis que, depuis quelques heures, j’avais été bien trop occupé par le mystère qui me rongeait pour me laisser distraire par l’annonce d’un simple orage qui annonçait seulement la fin réelle de cet été trop chaud. Novembre arrivait avec sa fraîcheur et son bien-être. Je me réconfortai en songeant aux soirées d’hiver que je pourrais passer à lire et à écrire, éclairé par la seule lueur réconfortante de ma cheminée. L’horloge, au-dessus de la bibliothèque, indiquait un peu plus de trois heures du matin. Je décidai que, malgré l’excitation et l’horreur de ce que j’avais découvert ce soir, il était grand temps d’essayer de dormir. Je me servis une grande lampée de cognac que j’expédiai en un long trait brûlant.

La tête commençait à me tourner lorsque je remontai les couvertures sur mon visage et éteignis la lampe de chevée. Je sombrai rapidement dans un sommeil agité de cauchemars peuplés de monstres caprins violant une femme à même le sol de bois rugueux d’une pièce éclairée par une infinité de chandelles. Elle tendait vers moi un bras et son regard suppliant. Elle me criait quelque chose. J’essayais de rester caché, mais il n’y avait rien, nul endroit où me cacher, nulle pierre derrière laquelle me fondre. Je ne pouvais détacher mon regard de son visage. Son visage dont je ne me rappellerai plus à mon réveil. Elle criait, elle pleurait, elle gémissait, mais je n’arrivais pas à comprendre ce qu’elle me disait. Pourtant je savais qu’il était question d’urgence et de malheur, intimement, je le sentais profondément au fond de mon âme. Je m’approchai d’elle, les démons, mi-hommes, mi-chèvres ne semblaient pas se soucier de moi. Je m’approchai encore, et alors que je ne me trouvais plus qu’à quelques centimètres de son visage couvert de sueur sous les assauts immondes, de ses assaillants, il me sembla que j’allais enfin comprendre ce qu’elle voulait me dire.

Cette nuit-là, je me réveillai en hurlant un nom dont je ne suis pas arrivé à me rappeler tout ce temps depuis. Je finis par me rendormir un peu avant l’aube, mais au matin je me réveillai à nouveau en proie à la fièvre. Grelottant, tenant à peine sur mes jambes je me résolus à faire venir le docteur en début d’après-midi. Je dus produire un effet dramatique car, dès qu’il me vit, son visage blêmi. Il resta une bonne demi-heure à m’ausculter, mais il ne put déterminer la cause de mon mal. Il sauva donc la face en me diagnostiquant une profonde dépression en contre coup de décès de ma mère. Il me prescrit du repos et me prodigua des conseils éclairés de paternalisme, me demandant d’aller prendre l’air lors de promenade quotidienne et d’écrire dans un journal ce qui pouvait éventuellement me bouleverser dans l’épreuve que je traversais. Il finit par partir, n’oubliant pas une dernière fois de me prier de faire appel à lui si ma situation ne s’améliorait pas dans les vingt-quatre heures. Je le rassurai avec aise puisque je me sentais déjà un peu mieux. Néanmoins je gardai le lit le reste de la journée, m’octroyant ce jour de détente en lecture de romans d’aventures avant, me promis-je, de reprendre le lendemain mon étude du vieux et immonde journal familial, et dont je craignais les révélations à venir. La soirée fut calme et je m’endormais, je crois me rappeler, assez vite après la tombée de la nuit.


Je me réveillai à nouveau au milieu de l’obscurité en proie à une sueur froide intense et un cœur cognant à tout rompre dans ma poitrine. Je ne sais pas ce qui m’a réveillé ainsi, mais je sautai immédiatement à bas de mon lit, persuadé au plus profond de mon âme qu’il me fallait me rendre immédiatement dans le bureau auprès du livre.

Quelle ne fut pas l’horreur de ma surprise en arrivant dans la petite pièce d’apercevoir derrière la fenêtre, encore faiblement éclairée par le foyer mourant, un visage blême qui observait l’intérieur. À ma vue, il sembla paniqué et disparut immédiatement. Je sortis de la pièce en courant, fis rapidement sauter les verrous de la porte d’entrée et sortis sous le porche. Mais le ciel était voilé ce soir et je ne voyais pas à dix mètres. Je fus alors saisie par la stupidité de mon geste, courir ainsi, nus pieds, à l’extérieur où cet inconnu pouvait m’attendre pour m’agresser - ou pire. Je rentrai précipitamment et verrouillai à nouveau la porte derrière moi, regagnai le bureau et m’installai bien face à la fenêtre pour ne pas pouvoir être surpris une nouvelle fois. Je fus par deux fois tiré de mes pensées par des bruits suspects : le jappement d’un chien quelque part à l’extérieur et, plus inquiétant, le son d’une tuile déplacée sur le toit de ma demeure. Néanmoins, après avoir réussi à calmer ma respiration paniquée, je me raisonnai en concluant qu’il s’agissait sans nul doute d’un chat sauvage chassant quelque mulot. Cette seconde fois je me sentais bien réveillé et absolument résolu à ne pas m’assoupir de nouveau. Trop angoissé, trop excité, je repris la lecture du livre. Je passai la fin de ma nuit et toute la matinée à essayer de décoder les parties cryptées ou bien, et surtout, à découvrir et comprendre les parties lisibles du texte. Je sautai ainsi le petit-déjeuner et le déjeuner, ne répondant que vaguement à madame Missou quand elle vint s’enquérir de mon état et de la raison de cette diète improvisée.

À deux heures de l’après-midi je finis par me sortir de ma lecture et, épuisé, terrifié par mes découvertes, je décidai d’aller faire ma toilette. Me dévêtissant face au miroir, quelle ne fût pas ma surprise de découvrir, une fois le torse nu, un linge humide à la main, un grain de beauté très noir sur mon épaule que je n’avais jamais vu jusque-là. J’examinai l’anomalie de mon épiderme avec curiosité me faisant sans cesse la réflexion que j’étais persuadé que l’avant-veille à ma toilette il n’était pas là. Je découvris en le touchant qu’il me faisait un peu mal. Une douleur lancinante et longue à disparaître… Comme une légère brûlure. Je passai cet épisode sous le couvert du stress et de ma récente convalescence et regagnai mon bureau.

L’esprit ailleurs, repensant aux événements étranges de la nuit.

L’esprit occupé par ma réflexion sur ce nouveau détail anatomique sur ma peau.

L’esprit occupé par…


Ce point noir.

Le Point Noir/Partie 2 : Ma peur



Message de l'auteur original aux lecteurs

Je tiens à remercier toutes l’équipe du groupe « Fantasy, Fiction &Fantastique » de Lulu qui par son ambition à publier un recueil de nouvelles m’a motivé dans l’écriture de celle-ci qui se trouve être actuellement mon texte finalisé le plus long (Un jour prochain, « le lac rouge » le détrônera soyez en sûr). Il s’agit aussi d’un texte peu gore car il est destiné à un public de 13 ans ou plus. J’ai écrit et finalisé ce texte en m’imbibant de Korn, Epica, Nigthwish et Rob Zombie. Je remercie ces lecteurs anonymes qui m’encouragent chaque jour. Je tiens bien évidement à spécialement remercier mes amis qui me soutiennent dans mon entreprise et cette très chère lectrice avide de mes écrits qui hurle de colère à chaque fois que je finis un texte comme celui-ci et qui a toujours un regard plaisant sur mon travail.

Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Wiki
Communauté
Dépôt multimedia
Boîte à outils