Le Point Noir/Partie 3 : Mon choix

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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://okedomia.blogspot.com/2007/03/le-point-noir.html

Auteurs de l'œuvre originale : Eleken Traski

Licences : N/A


Voilà comment s’achève mon histoire. En sueur, épuisé, je fixe ces quelques pages dactylographiées devant moi. J’ai écrit tout ce qui s’est passé aussi vite que je le pouvais car je ne crois pas que mon esprit survivra à la folie qui s’en empare. Ma vie s’effondre. Ma vie est terminée. Je le sais, rien ne viendra me sauver. Je porte la Marque et je dois mourir pour que le monde soit sauvé de la folie du démon et des hommes qui m’ont précédé. Le rituel s’est perpétué bien malgré moi. Grâce à l’ignominie et à la machination de ma mère et de mon grand-père. Je sais que le seul moyen de mettre fin à tout cela est la mort… Je n’ai jamais cherché à avoir de descendance. À quoi bon, maintenant que je sais qu’il me faudrait la sacrifier à ce culte écoeurant et contre nature ? J’ai un pistolet dans ma chambre. Je ne conçois pas de mourir de ma main et pourtant cette idée s’impose à moi comme la seule solution envisageable


J’enferme les pages que je viens d’écrire dans un coffre de plomb qui contenait auparavant les titres familiaux de ma répugnante fortune. J’espère que celui qui les trouvera comprendra le danger qui gronde sur ce monde par la faute de ma famille. À moins qu’il ne veuille voir dans ces écrits fiévreux que la patte d’un dément. J’avoue en cet instant que mon état mental n’a plus la moindre importance pour moi. Mon âme est tellement torturée que la vérité m’importe peu. Je m’apprête à prendre le livre, cette empreinte du démon, quand un bruit m’arrive, du haut de l’escalier. Je pourrais croire à un simple murmure du bois de la maison, mais ma patience émoussée et la peur qui me tiraille me convainquent qu’il s’agit plutôt d’un bruit de pas sur le plancher de l’étage. Mais je suis seul, complètement seul, entouré de la forêt comme dans un piège sombre et humide. Le bruit recommence. La douleur dans mon crâne reprend, violente, imposante, intolérable. Je n’en peux plus d’attendre, de subir ces événements qui ont précipité ma vie ordonnée dans le chaos de la folie et du malin. Je me dis : « C’est probablement encore l’apparition de l’autre soir. Il me faut en avoir le cœur net. » Est-ce bien le corps, revenu d’entre les morts et déformé par la malédiction, de ma mère ? Cette chose hideuse est revenue me hanter. Il ne lui aura donc pas suffi de briser mon existence avec ce livre. Elle revient finir elle-même son oeuvre. Ma main tremble lorsque je me saisis du tisonnier, près de l’âtre. Comme un fou, je monte les escaliers, espérant secrètement que le bruit que je fais fera fuir l’intrus ou, tout au moins, lui fera peur, ce qui me permettra de le frapper avant qu’il ne me tue ou pire. Mais, une fois sur le palier du premier étage, je ne perçois rien d’autre que l’obscurité. Le couloir est très sombre et la seule lumière, vacillante, provient de la droite, sous la porte de la chambre qu’occupe mon ancienne gouvernante. J’ignore ce qui se trouve derrière cette porte, mais j’ai la certitude que je vais hurler si je ne l’ouvre pas. La sueur dégouline dans mes yeux et dans mon dos. Ma chemise me colle à la peau. Mes lèvres tremblent et ma vue se brouille de larmes brûlantes. Je pose la main sur la poignée. Mon autre main serre le tisonnier à m’en faire blanchir les articulations… Et je tourne la poignée. Je me sens comme aspiré dans la pièce et je me retrouve dans la même grotte que dans mes cauchemars. J’y entre en tombant car la porte, qui se referme d’elle-même derrière moi, se trouve à un mètre du sol et sort directement de la paroi. Je suis assommé pendant quelques secondes mais je bondis sur mes pieds en reprenant mes esprits. Je suis terrifié par ce qu’il m’arrive. À l’instant, j’étais chez moi, dans ma maison, et me voilà maintenant perdu au milieu de cet endroit infernal. Mes vêtements sont couverts de poussière orange. Je me retourne vers la porte et tambourine en vain sur elle pour tenter de sortir. C’est peine perdue. Il n’y a, sur le panneau de bois, aucune poignée, aucune prise qui me permettrait de l’ouvrir. J’essaye un instant d’utiliser le tisonnier comme levier mais un bruit de pas dans mon dos interrompt soudainement mes tentatives.


Ce souffle chaud qui vient caresser la peau de ma nuque. Cette odeur animale et âcre d’urine qui vient emplir mes narines. Je souhaite ne pas me retourner, ne pas vivre une seconde de plus ce cauchemar, mais mes jambes agissent d’elles-mêmes et mon corps tourne déjà sur lui-même. Mon cœur défaille à la vision que m’offre cette chose. Je sens mon esprit lutter en vain pour donner une logique à ce qui se passe à cet instant. Dressé comme un homme, me dépassant de presque quarante centimètres, surélevé d’autant par des cornes recourbées, le monstre ignoble à tête de bouc se tient à moins d’un mètre de moi. Des poils longs et roux recouvrent l’intégralité de son corps nu à l’exception du visage presque simiesque. Ses pieds se terminent par d’énormes sabots, ses mains par des ongles noirs et longs. Sa bouche se découvre en une forme de sourire sadique remplie de dents pointues et courbes faites pour déchirer. Je reste sans réaction lorsque que, doucement, il tend un bras vers moi, me prends à la gorge et m’attire sur lui. Quand il approche mon visage du sien, quel n’est pas mon effroi de constater que celui-ci ne m’est pas inconnu ! Comme frappé, je reconnais maintenant, sous ces traits difformes, le faciès de mon sinistre grand-père. Cet être que je détestais tant est donc bien le monstre qu’il semblait être. Cette révélation est pour moi aussi soudaine qu’électrisante. Mon corps a un sursaut et, d’un coup de pied dans son flanc, je me libère de sa puissante étreinte. Je retombe sur les genoux, mais d’un même mouvement, je me relève et plante dans son estomac, où il s’enfonce profondément, le tisonnier que je tiens encore à la main. Je tente de le retirer, mais il reste coincé dans la chair du démon qui hurle de douleur. Son cri est terrible. A la fois si dramatiquement humain et si éloigné… Trop profond… Trop rauque… Je me jette sur lui, soulevé par la rage, poussé par la colère et le besoin de survivre. Il tombe sur le dos et mes doigts enserrent son cou puissant. Mes pouces font appui sur sa trachée. Il émet de pitoyables sons de gargarisme en tentant mollement de se défendre. Ses coups sur mes flancs sont trop faibles pour me faire lâcher prise. Je comprends que sa blessure à l’abdomen est mortelle et que je suis en train de l’achever. Je comprends qu’avec la mort de ce monstre, tout sera fini. Plus de cauchemar, plus de peur, plus de blessures cachées, plus de démon. Je sens que je suis en train de gagner. Les murs et le sol ondulent, puis se déchirent en se recroquevillant comme le papier sous l’effet du feu. Dessous, commencent à m’apparaître des murs tapissés et un plancher en lattes de bois. Le monstre même perd de sa consistance et commence à fondre entre mes doigts. Je ne veux pas le lâcher. Je ne veux pas m’arrêter. Je veux le détruire. Je veux détruire cet homme qui m’a fait tant de mal. Ses cornes ne sont plus que de faibles protubérances, sa peau prend une couleur blanchâtre et ses poils ressemblent presque à une fine couche de tissu maintenant. Un souffle violent fait voler mes vêtements et ma vision s’obscurcit complètement durant de longues secondes d’angoisses pures. Je peux sentir la peur écraser chacun de mes muscles, brûler dans ma poitrine, déchaîner dans mon crâne une liqueur amère de douleur…

Puis la lumière revient.

Et je m’aperçois…

Je tremble…

Je m’aperçois, au comble de l’horreur, que le cou que je serre dans mes mains n’est pas celui d’un démon mi-homme mi-chèvre, mais celui de madame Missou. La vieille femme me regarde de ses yeux morts, injectés de rouge sombre et presque exorbités. Son regard exprime la stupeur et l’effroi. Mes doigts sont profondément refermés sur sa nuque à tel point qu’en plusieurs endroits la peau a commencé à se déchirer et le sang à couler. Je suis saisi par un sentiment d’horreur indicible et presque inhumain tant il me frappe avec violence. J’ai tué de mes mains. J’ai ôté la vie à la seule personne qui dans ma vie m’avait prodigué l’affection d’une mère. La seule que j’eusse aimée comme telle. Je suis un monstre et je viens d’accomplir un sacrifice de chair. Celui qui appelle le démon. Cette pensée me saisit aussi soudainement que si on venait de me la murmurer à l’oreille. Je me débats avec ma folie sans trouver le réconfort d’une pensée logique. Je me relève, vacillant. Je sors de la chambre de la vieille femme. Chancelant, comme possédé, je descends l’escalier, où je manque de m’effondrer. Puis, je pénètre dans le bureau sans savoir ce qui me pousse à y revenir. Un cri naît dans ma gorge, profond et rauque. Ma plainte emplit la la pièce de ses sombres harmoniques. Je me heurte aux meubles qui m’entourent et mon regard tombe à nouveau sur l’âtre de la cheminée, dans laquelle brûle un violent feu de bois. Dans ma colère, je prends le journal, cause de tous mes maux, et le jette dans le foyer. Puis, mû par une rage folle, je m’empare d’une chaise que je fracasse sur les briques de la cheminée. Le feu, que j’alimente avec les débris de bois, se met à gronder comme un monstre. Un grondement de prédateur. J’arrache les rideaux, renverse la table, jette les cousins du sofa au travers de la pièce qui se remplit de fumée. Je ne vois pas les flammes se propager aux rideaux déjà à moitié en feu. Je ne vois pas la cire du plancher faire courir le feu jusqu’à la table et les coussins. Je ne sens pas la fumée qui asphyxie mes poumons et couvre mes yeux de larmes. Je tombe à genoux, la tête entre les mains, et je reste là, immobile, à gémir et à pleurer comme jamais je ne l’ai fait au cours de mon existence. Peu m’importent les flammes. Peu m’importe la vie ou la mort. Je choisis la mort. Après ce crime, je ne peux plus affronter mon âme. Ce crime contre cette femme que j’aimais. Ce crime contre ce monde que je condamne par ma vie. Ma mère. Mon grand-père. Des monstres. Je suis un monstre.


La chaleur devient soudainement implacable. Les flammes m'entourent de toutes parts et grondent tel un prédateur féroce. La chaleur mord ma peau comme un serpent infernal, roussissant mes poils. Je sais qu'il ne me reste plus le temps de vivre, la mort est là, devant moi, incarnée en enfer et vient me prendre et me faire expier mon crime de sang. Ma manche prend feu et je m’effondre sur moi-même, résolu à ne pas me débattre dans la mort et à affronter la douleur sans même un gémissement. Je sens grésiller mes cheveux et ma peau se détacher en lambeaux de mon dos. Je soupire du soulagement que m’apporte la mort. L’air pénètre mes poumons en les brûlant. Mais alors. Alors seulement. Alors seulement, elle s'élève, haute et claire au-dessus du crépitement du bois, repoussant l'air qui s'affole dans les tapisseries murales… Sa voix. Celle-là même qui me hante depuis des jours et des jours sans que je le sache. Et elle ne dit qu'une seule chose. Une seule dont le sens vibre dans chacun de mes os.


Filius Vienii Das N’Bargol Con Avus


Et tout ce qu'entendirent mes voisins accourus à l'appel des flammes de mon domicile, ce furent mes hurlements. Des hurlements qui resteraient gravés dans leurs mémoires jusqu'à leur mort comme les pires qu’ils eussent jamais entendu. Et partout on fut d'accord pour dire que j'étais mort d'une horrible mort, longue et pénible, car tous avaient entendu mes cris de supplicié pendant de longues minutes de cauchemar…

Si seulement ils avaient pu avoir raison.

Si seulement…


Aucun ne vit la silhouette noire s’échapper des flammes et s’enfuir dans les bois… Aucun ne sut jamais d’où provenaient les hurlements inhumains, qui hantent depuis ce jour le petit bois au-dessus de la ville.

Des hurlements trop inhumains…

Des hurlements…

…Pour vous mettre en garde.




Message de l'auteur original aux lecteurs

Je tiens à remercier toutes l’équipe du groupe « Fantasy, Fiction &Fantastique » de Lulu qui par son ambition à publier un recueil de nouvelles m’a motivé dans l’écriture de celle-ci qui se trouve être actuellement mon texte finalisé le plus long (Un jour prochain, « le lac rouge » le détrônera soyez en sûr). Il s’agit aussi d’un texte peu gore car il est destiné à un public de 13 ans ou plus. J’ai écrit et finalisé ce texte en m’imbibant de Korn, Epica, Nigthwish et Rob Zombie. Je remercie ces lecteurs anonymes qui m’encouragent chaque jour. Je tiens bien évidement à spécialement remercier mes amis qui me soutiennent dans mon entreprise et cette très chère lectrice avide de mes écrits qui hurle de colère à chaque fois que je finis un texte comme celui-ci et qui a toujours un regard plaisant sur mon travail.

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