Le Revermont

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Le Revermont bressan

La route des monts de Jasseron à Coligny est parsemée de villages typiques dont le chef-lieu de canton, Treffort-Cuisiat est sans doute le plus intéressant avec ses vieilles maisons en pierre qui s'étagent en flanc de colline comme ces vieux villages du midi construits sur des tertres pour échapper aux invasions barbares, puis qui descendent jusqu'à la plaine de Bresse où le village a depuis ces dernières années, tendance à se développer.

Les chemins de randonnées sont nombreux et permettent de découvrir des sites tels la chapelle de Montfort perchée sur un contrefort ou la route des crêtes par Lomont, le col de Justice et le col de France qui permet de redescendre sur Meillonnas. Meillonnas possède un savoir-faire en faïencerie, datant de 1760. C'est un village qui a conservé des maisons de pierre, certaines à colombages, son église gothique avec deux chapelles ornées de peintures à fresque des XIVe et XVe siècles qui sont classées monument historique.

Pressiat et le mont Myon, point remarquable du Revermont, est un centre renommé de parapente. Le signal de Nivigne est le point culminant du Revermont avec ses 773 mètres. Treffort-Cuisiat est marqué par son habitat vigneron, ses halles, l’église du XIVe siècle, le lavoir de la Platte et son chemin de ronde, son Musée départemental du Revermont. Pressiat et les trois monts, mont Myon (site classé), Montfort et mont Chatel.

Le village de Courmangoux-Roissiat avec ses circuits pédestres à partir de la place de Roissiat est surtout connu pour son sentier Mémoire de pierre.

   C'est la forêt moutonnante du Revermont
   Dont les pentes verdissent jusqu'au mont Myon
   Qui prépare lentement son sommeil
   Dans les derniers rayons du soleil.

Le Sentier Mémoire de pierre

Le sentier est situé près du village de Roissiat, sur la commune de Courmangoux, qui a très longtemps vécu autour de sa carrière de pierre et de son vignoble.

Le sentier Mémoire de pierre offre un horizon panoramique sur la plaine de la Bresse jusqu'à la vallée de la Saône en direction de Mâcon et le vallonnement de la route des coteaux du Revermont, vers le nord sur le mont Myon et vers le sud en direction de Verjon et de Coligny.

À partir de la place de Roissiat, partent plusieurs chemins de randonnée accessibles à tout le monde, des plus courts vers la plaine de Bresse et Verjon aux plus longs comme celui qui traverse le village en rejoignant le sentier Mémoire de Pierre, file en haut de la colline de la Carrière pour rejoindre le mont Myon et revenant vers la place de Roissiat par les villages de Pressiat et de Chevignat.

   Il y a au cœur même de ces paysages
   Émanant des hautes futaies qui n'ont plus d'âge,
   Au sein des sombres entrelacs et leurs branchages,
   Une douce sérénité qui se dégage,
   Un exemple, une leçon de tolérance,
   Un air d'nnocence, comme un parfum d'enfance.

Trente panneaux ponctuent actuellement le parcours et ont pour thèmes :

  • les origines de la commune, à l'époque des druides et de la chasse, du péage[1] et du tram (qui circule d'octobre 1913 au 10 mai 1937) ;
  • l'histoire de la commune : les faits marquants, les épidémies (référence à la grande peste qui sévit de 1285), les temps difficiles (pendant l'hiver 1788-1789, le blé manque et on chasse le loup jusqu'au mont Myon), la déportation (après la rafle du 16 avril 1944 un seul des 12 jeunes gens de la commune revient de déportation) ;
  • le chemin, l'école, la carrière de pierres ;
  • l'agriculture, la vigne et le vin ;
  • la vie pastorale : la floraison, les arbres, l'exode rural, les feux de la Saint-Jean.

Le Grand Brûle du Revermont

L’inauguration le 14 juillet 2011 du site "Le Grand Brûle", situé ‘en soustignat’ entre Chevignat et Roissiat, renvoie à la terrible journée du 18 juillet 1944 où une colonne de l’armée allemande pille et brûle les villages du Revermont entre Coligny et Treffort. Les Allemand, furieux de l’intense activité de la Résistance dans ce secteur, en particulier celle de 1er bataillon de FTP du capitaine Cribeillet, et du soutien actif de la population, entreprennent cette opération qui finira en calamiteuse expédition de représailles.

La commune de Courmangoux est particulièrement touchée puisque ses deux principaux hameaux, Chevignat et Roissiat, sont largement détruits. Les habitants s’enfuient ou sont expulsés de leurs fermes, les animaux meurent brûlés dans leurs étables. De ce gigantesque autodafé, la lueur des incendies se voient loin dans la Bresse : c’est ce qu’on appellera "Le Grand Brûle". Á Courmangoux, le bilan immobilier est affligeant : 67 habitations détruites, ravagées par le feu (en tout, dans les 5 villages concernés, 278 bâtiments seront brûlés).

Le site-monument, fait de rectangles de pierre entremêlés qui symbolisent des poutres carbonisées s’écroulant sur les maisons, s’élève désormais sur le point géographique des villages incendiés, bien visible depuis la route de la corniche du Revermont, comme un rappel du mémorable "juillet rouge" et de la terrible réalité de la violence et de la guerre.

Ces deux calamités, guerre et violence, que Bernard Clavel a inlassablement combattues durant toute sa vie et dont les paroles de paix, juste sur la colline d’en face, le long du chemin "Mémoire de pierre", sont à jamais gravées dans la pierre et font contrepoint à la haine qui a un jour embrasé ces paisibles villages du Revermont.

Le Revermont dans la littérature

Plusieurs écrivains sont venus s'installer dans la région, dont deux auteurs qui ont reçu le prix Goncourt en 1957 et 1968 :

  • Roger Vailland à Meillonnas où il a passé les dix dernières années de sa vie, où l'on peut voir sa maison dans le village et où il est enterré. Roger Vailland a écrit à Meillonnas quelques unes de ses œuvres les plus importantes comme la Fête et La Truite dont l'action se passe en partie dans la région, ou L'Éloge du cardinal de Bernis. En 2007, lors de son centenaire, plusieurs manifestations se sont tenues dans le département, dans les lieux où il a vécu et, dans ce cadre, la décision a été prise de créer un sentier Roger Vailland pour commémorer son parcours. Parmi les noms qu'il a donnés à ses personnages, on peut y reconnaître plusieurs emprunts aux noms des communes du Revermont, comme Verjon, nom d'un personnages de La Truite, et Courmangoux nom de jeune fille de La Truite ou dans un autre de ses romans La Fête, dans lequel Philippe Legrand, commandant en second d'un navire, a une aventure avec une passagère qui se nomme Jeanne Treffort.
  • Bernard Clavel, natif de Lons-le-Saunier qui, après avoir longtemps voyagé, est revenu s'installer à la Courbatière, un hameau de la commune de Courmangoux. Il a en particulier écrit le cycle de La Grande Patience, cycle romanesque en 4 volumes qui se passe dans la région et dont le dernier vaut à Bernard Clavel le prix Goncourt en 1968 pour Les fruits de l'hiver.
  • D'autres écrivains se réclament aussi du Revermont comme les poètes Jean-Pierre Pirotte qui publie un recueil intitulé Revermont ou Christian Broussas et ses chants bucoliques.

Roger Vailland à Meillonnas

Roger Vailland (1907-1965) a passé les dix dernières années de sa vie avec sa femme Elisabeth Naldi, dans cette commune où il est enterré depuis 1965.

Il y a écrit de nombreuses œuvres, comme par exemple les trois textes qui clôturent Le regard froid, essai publié en 1963 qui rassemble divers textes déjà publiés ou inédits :

  1. Le carnet de comptes d'un homme heureux, où il note : Meillonnas 1957;
  2. Éloge du cardinal de Bernis, où il note : Meillonnas octobre-novembre 1956;
  3. Sur la clôture, la règle et la discipline, où il note : Meillonnas 1958.
   

"René Ballet, son ami et biographe, écrit dans un texte biographique qui date de 1972 : "Au centre de son territoire, le village de Meillonnas,exactement à la limite de la plaine et de la montagne. A l'ouest, Meillonnas s'ouvre sur la plaine de Bourg, la vallée de la Saône, les routes vers Lyon et Paris. A l'est, les maisons s'adossent aux dernières pentes de la montagne. Dans le village, la maison de Vailland. Non pas au centre, mais à l'extrémité orientale du village. A l'est, seuls les sapins de la montagne. A l'ouest, les deux cafés, la mairie, l'école, l'église, le centre du village."

Il cite cette phrase extraite des Écrits intimes : « ... on fait sa maison en prenant une matière analogue à soi-même, pour en faire ce qu'on voudrait être. » (Écrits intimes, 29 août 1962)

Une plaque en faïence accrochée sur un mur d'une rue du centre par le syndicat d'initiative, reprend cette citation de Roger Vailland : « (...) dans chaque bois des sentiers, dans chaque prairie des troupeaux, dans chaque ruisseau des truites et dans chaque pierre inscrite la main de l'homme. Une campagne à la mesure de l'homme et où l'homme se sent bien. »

La maison des Vailland à Meillonnas

Une fois franchie la porte étroite de l'entrée, « la porte étroite de ma maison, la fausse façade humble. Soulages habite un palais, moi un repaire » écrivit Vailland dans ses "Écrits intimes", on débouche sur une pièce pleine de plantes, ouverte sur le jardin. En bas, une autre pièce, 'la salle de musique', la cuisine avec sa vaste pierre d'évier. En haut, des œuvres de Marc Garanger le photographe, une photo où Louis Malle hurle en tête d'un cortège, des bronzes de l'ami Costa Coulantianos sur les poutres. À l'extérieur, deux jardins clos par de hauts murs, un pavillon aménagé dans une ancienne écurie.

Il aime griffonner des plans de la maison, y indique les différents chemins qui conduisent à son 'bureau-bibliothèque', situé dans l'endroit le plus reculé de sa maison. Il l'appelle "l'accul" terme de vénerie qui désigne l'endroit où se cache l'animal, son dernier refuge. Il avait réservé une pièce pour soigner ses plantes à tubercules, la pièce aux plantes. Vers la fin de sa vie, il disait  : « La mort est sans doute acceptable si l'on sait vivre comme un arbre quand on a achevé d'occuper tout son espace. »

À Meillonnas, Vailland aimait se promener, marcher dans la montagne, aller cueillir des champignons, discuter avec les paysans et les regarder travailler. Dans son essai De l'amateur, écrit aux Allymes en 1951, Roger Vailland écrit : « J'avais quitté Paris, las des discussions entre intellectuels de gauche. » Maintenant, où il repose à moins de cents mètres de sa maison, dans le cimetière de Meillonnas sous une plaque de bronze, avec des buis et un tuya, souvent fleurie de ces roses rouges qu'il affectionnait. Son ami le peintre Soulages a écrit : « Vailland, c'était un ami. Un ami très cher. Très proche. Nous étions deux hommes avec Claude Roy, qu'Élisabeth avait accepté pour l'ensevelissement. Trois avec elle et les fossoyeurs. Le public, les Gallimard, tout le toutim, étaient hors du cimetière. »

Retour à Meillonnas

L'un de ses biographes, Alain Georges Leduc, note dans son essai "Roger Vailland, un homme encombrant" : « Au gré de voyages, de conférences qui me portaient vers sa terre d'adoption, je suis allé rôder autour de sa maison, de sa tombe à Meillonnas. [...] Je revenais généralement des pays de l'Ain avec un ou deux bouteilles de gnôle dans mon coffre et en tête des paysages que n'aurait pas récusé l'auteur de La Fête. »

Roger Vailland et ses personnages

L'écrivain Roger Vailland,prix Goncourt 1957 pour son roman La Loi, qui a longtemps vécu à Meillonnas, a puisé pour ses deux derniers romans dans les noms des villages de la route du Revermont pour les noms de ses personnages :

  • Jasseron et Jeanne Treffort, personnages de La Fête;
  • le père Verjon et Frédérique Courmangoux personnages de La Truite. Courmangoux est en effet le nom de jeune fille de l'héroïne de son dernier roman, celle qu'on surnomme la truite qui, comme Bernard Clavel, est née à Lons-le-Saunier.

Bernard Clavel à Courmangoux

Le romancier de La Courbatière

L'écrivain Bernard Clavel, natif de Lons-le-Saunier qui, après avoir longtemps voyagé, est revenu s'installer près de sa région d'origine, à La Courbatière, un hameau de la commune de Courmangoux. Il est l'auteur de nombreux romans et en particulier du cycle en quatre tomes intitulé La Grande Patience, qui se passe dans la région et dont le dernier tome lui a valu de recevoir le prix Goncourt en 1968.

Dans son roman Les Grands Malheurs, ce roman de mémoire qui traverse tout le XXème siècle, le héros se nomme Eugène Roissard, rappelant Roissiat, ce hameau d'où j'écris ces lignes et où l'on est qu'à quelques centaines de mètres, au-delà d'une petite combe qui sépare les deux hameaux, du parc de la maison qu'habita Bernard Clavel, au pied de la colline du Chevallet, lui qui écrivait dans le prologue de son roman : « Aujourd'hui, l'avant-printemps sème les premières fleurs sur le Revermont où nous sommes venus nous fixer. » (10 avril 2003)

Courmangoux possède ainsi ses strates de mémoire : mémoire des événements tragiques de juillet 1944 (voir le chapitre Le Grand Brûle), celle du sentier Mémoire de pierre puisqu'il est écrit dans sa présentation qu'ici « les pierres ont de la mémoire », et celle plus récente inscrite à travers l'œuvre de Bernard Clavel, dans la bibliothèque qui porte son nom, installée dans les locaux de la mairie.

La bibliothèque Bernard Clavel

Le 25 avril 2009 fut inaugurée à la mairie de Courmangoux, la bibliothèque Bernard Clavel qui a vécu plusieurs années dans le hameau de la Courbatière, en présence notamment de Denis Perron, vice-président du Conseil général et conseiller général du canton de Treffort, Josette Pratte, l’épouse de l’écrivain et Mireille Mornay, maire de la commune. Bernard Clavel a fait don de quelque 300 ouvrages, non seulement ses ouvrages mais également les livres qui tout au long de sa vie ont nourri son œuvre. Cette nouvelle bibliothèque a été intégrée au Réseau de lecture publique du Conseil général.

Madame Josette Pratte, la femme de Bernard Clavel, a rappelé le plaisir qu’ils ont eu tous deux à s’installer dans ce village, « ouvert de tous côtés, sur la Bresse et la vallée de la Saône, sur Bourg-en-Bresse et Lyon, au nord sur le Jura et Lons-le-Saunier si chers au cœur de Bernard Clavel ». Un village adossé au Revermont et la montagne jurassienne, et cependant largement ouvert sur l’extérieur.

La bibliothèque va plus particulièrement privilégier deux des thèmes les plus chers au cœur de Bernard Clavel, comme madame Josette Pratte l'a rappelé dans son allocution :

  • La paix et la dénonciation de la guerre avec des œuvres telles que Lettres à un képi blanc, Le massacre des innocents, L'Espagnol ou Le Soleil des morts;
  • L'écologie et le respect de la terre dans des romans comme Pirates du Rhône, Cargo pour l'enfer ou Le Carcajou.

Cette bibliothèque qui porte désormais son nom, fait écho à ce qu’il écrivait déjà en 1977 :

« Il est indispensable que les bibliothèques scolaires soient bien garnies et que se multiplient les bibliothèques de quartier et les bibliothèques pour tous. C’est là que se fait la véritable découverte de la lecture. »
("Écrit sur la neige", page 192, Éditions Stock)

Liens externes

  1. Au temps où Roissiat s'appelait Rotaticum et où il fallait payer le péage ici pour emprunter la voie romaine menant de Lyon à Besançon
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