Les envahisseurs

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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source :

Auteurs de l'œuvre originale : psychoslave

Licences : N/A

Rouge. Leur sang est rouge. C'est bien là le seul point commun que je nous vois maintenant. Au milieu de la pièce maculée de la matière écarlate, gît le cadavre de l’hideuse créature. Je ne regrette pas mon geste, j'espère juste qu'il ne sera pas vain. Pendant les longues secondes muettes qui défilent, je me ressasse la mécanique qui m'a mené en ce point sans retour.

Tout allait bien! Le monde n'avait jamais été aussi proche d'une paix totale. Même en extrême occident, il n'y avait plus de fanatique pour utiliser des désintégrateurs. Les économistes bien entendu avaient tendance à dire que tout cela était possible grâce à la mise en application des théories économiques de M. Morel. Il est vrai que sans Morel, les richesses seraient encore distribuées de manière complètement disparate. Réduire ces disparités avait indéniablement fait réduire la criminalité ; mais je reste convaincu que sans la mise en place des recommandations du professeur Caldenoli, cela ne serait pas possible. Les cours d'humilité et d'auto-critique avaient assurément joué un rôle essentiel dans la fondation de ce monde paisible. Et en tant que professeur en la matière, je peux vous assurer que c'est en toute humilité que je vous le dis. Sans ses enseignements le bel édifice économique aurait tôt fait de s'écrouler sous la cupidité et la jalousie. Et sans auto-critique, on aurait sans doute encore des groupuscules sectaires. On voit bien que même pour les personnes qui croient encore à des divinités, il n'est pas question d'accorder du crédit à ceux qui voudraient se présenter comme des portes-paroles de la divinité ou à des textes anciens écrient par on ne sait qui dans des contextes caduques.

Le bruit des pas caractéristiques de ces monstres se rapproche. Ils doivent être au moins cinq ou six. Sans doute équipé de leurs étranges armes à projectile. Les pas s'arrêtent devant la porte; j'étudie rapidement ma situation. Je n'ai plus de munitions dans mon arme depuis un moment. J'ai du tuer celui-ci à coups de crosse. L'espace d'un instant je revois la scène, le plaisir qui m'envahit alors que sa tête est broyée sous mes coups – je me dégoutte.

Trop tard, la porte s'ouvre, deux créatures entrent en trombe tout en me mettant en joue ; rapidement suivi par trois autres. Je n'ai pas le temps d'esquisser le moindre mouvement que déjà chacun de mes membres m'assène d'une terrible douleur; transpercés par leurs tirs étonnamment précis. Ma chair me brûle alors que je m'effondre dans une sensation de ralenti. Je vois le sol s'approcher inéluctablement et bientôt mon crâne s'y percute dans un affreux fracas. Mon sang se déverse se mélangeant à celui de ma victime, vision d'une union morbide. Une créature s'approche de mon corps impuissant, dans son étrange faciès, il me semble que je peux lire de la haine et du mépris. Le violent coup qu'il porte à ma tête semble me donner raison. Je m'évanouis.

Pour être juste, il faut admettre que les progrès techniques ont eux aussi été pour une part importante à l'instauration de cette paix. Il y a bien sûr toutes les machineries qui ont permis d'automatiser la plupart des travaux fastidieux et ennuyeux. Mais c'est le développement d'un réseau informationnel mondial, instantané et incensurable qui sans doute a le plus joué. Il fallait bien cela pour voir l'émergence d'une économie globale et décentralisée à la fois. Dans une certaine mesure, on peut se dire que la grande insurrection mondiale n'est pas non plus étrangère à la paix qui l’a suivit. Mais je pense que les massacres qu'elle a engendré auraient pu être évités et que la transition aurait très bien pu se faire sans victimes. Mais l'obstination d'une poignée à préserver les privilèges que leur conférait une organisation centralisée de l'économie ne pouvait tolérer cela. Quelle ironie au fond. L'étau qu'ils pensaient sans cesse resserrer sur les populations, c'est sur eux mêmes qu'ils l'exerçaient finalement. Leurs pathétiques tentatives de censurer le réseau, d'inciter la haine entre des populations qui dialoguaient et nouaient des amitiés. Tant de morts pour leur fierté et leur bêtise ; si seulement les cours d'humilité et d'auto-critique avaient été enseignés plus tôt…

Ils ne m'ont pas tué. Du moins pas encore. Il fait si sombre et la planche de métal glacé sur laquelle ils m'ont attaché n'aide pas à oublier la douleur de mes plaies béantes. Que comptent-ils faire de moi ? Vont-ils m'infliger mille tortures ? J'ai peur.

Toujours est-il que la paix et l'harmonie finirent par s'instaurer. Il y avait toujours des maladies et quelques crimes passionnels, mais il n'avait jamais fait si bon vivre. Tous les problèmes semblaient se résoudre les uns les autres, comme si on avait ouvert une grande valve du contentement après l'avoir longtemps retenu.

C'est dans ce contexte, où les lendemains ne semblaient promettre que du bonheur, qu'ils sont arrivés. Au début, j'avoue ne pas y avoir cru. L'un des problème insoluble du réseau, c'était la fiabilité de l'information. En fait c'était sans doute plus le problème insoluble de la confiance qu'on peut accorder à son prochain. Alors quand il s'agissait d'histoire de créatures venues d'un autre monde, autant dire que je n'y accordais aucun crédit. Mais les vidéos des créatures apparurent très vite sur des canaux très sérieux.

Rapidement il ne faisait plus aucun doute pour personne de la véracité de l'évènement. C'était très excitant, et tout à fait propice en ces temps de sérénité. Car en des temps mouvementés la xénophobie aurait certainement engendré le rejet et la discorde de façon immédiate. D'autant que leur apparence fort différente de tout ce que l'on connaissait avait de quoi en effrayer plus d'un.

La faim vient s'ajouter au supplice de mes douleurs. Depuis combien de temps me tiennent-ils ainsi enchaîné ? J'ai l'impression que cela fait des semaines, mais je serais déjà mort si c'était le cas. Je ne peut le voir, mais je sens bien que mon corps s'est considérablement amaigri. J'ai faim. J'ai peur.

Ils sont tous morts. La délégation choisie pour rencontrer les créatures, puis certains de mes contacts sur le réseau, puis des amis proches, puis les membres de ma famille. Il ne fait aucun doute qu'ils sont venus avec l'intention belliqueuse de coloniser notre planète. J'en viens presque à regretter qu'il ne resta pas un quelconque groupe fanatique pour avoir organisé un attentat lors du premier contact.

La résistance s'est organisée tardivement, le démantèlement progressif de nos forces armées depuis l’avènement de la grande paix n'ayant pas aidé. En revanche notre modèle décentralisé nous a bien aidé. Les envahisseurs semblent perturbés par notre organisation. Notre service de renseignement nous a appris qu'ils utilisaient une modèle extrêmement hiérarchisé.

Douleur et peur, il ne reste rien d'autre.

C'est moi qui ai été choisi. Le privilège d'être envoyé en tant qu'assassin pour éliminer leur grand chef. S'infiltrer dans le vaisseau mère et éliminer le chef. Quel plan moisi. A-t-on vu plus ridicule mission suicide ? Un scénario digne des plus gros navets de série Z. Cela dit, c'est le mieux qu'on ait pour le moment. Cela n'apportera assurément pas la victoire, mais on espère que cela perturbera suffisamment leur organisation pour nous laisser le temps de mieux nous préparer.

Deux d'entre eux entre dans ma cellule. Ils se parlent en me dévisageant. Dommage que je ne puisse pas comprendre.

Jusqu'ici, tout s'est bien passé. Du moins autant que ce genre de mission le peut. Je ne pensais pas qu'entrer dans le vaisseau mère avec une de leur navette serait si simple. Même pas d'inspection à l'atterrissage, c'est presque trop facile. Cela dit, je ne risque pas de passer inaperçue dans les couloirs. Ce qui est maintenant un pâté de chair répandu sur le sol le démontre bien. Si je ne l'avais pas occis à vue, il aurait tôt fait de donner l'alerte. Les bruits d'autres pas raisonnent avant que j'ai eu le temps de cacher le cadavre. J'ai juste le temps de me glisser derrière une colonne avant que la créature – apparemment seule – se précipite vers son congénère fraîchement refroidie. Les bruits qu'il pousse ressemble à une plainte. Il m'est pénible d'attribuer de tels sentiments à ce monstre. Il est tellement plus simple de se dire qu'il s'agit d'un être dénué d'empathie ou tout autre émotion qui ne le réduise pas à une bête assoiffée de sang. Voir des similitudes en lui est une perspective terrifiante. Sans doute est-ce la même chose pour eux. Je réfléchis trop, je dois le réduire au silence et mener à bien ma mission.

Ils semblent prendre du plaisir à m'observer souffrir. Que j'aimerais leur rendre la pareille.

J'ai finalement réussi à m'infiltrer jusqu'à lui. Je n'ai plus de munitions, mais le tuer ne sera pas difficile. Désarmés ils sont si faibles. Je l'immobilise en le plaquant au sol. Alors que je m'apprête à abattre la crosse de mon arme…

– C'est assurément de la peur qu'on lit sur son visage. Ce sera là sa dernière pensée !

– Et bien sûr ce n'est que le début pour ceux de son espèce. Je viens d'avoir la réponse à notre requête. Le gouvernement accepte de nous envoyer des renforts au plus vite. Dans seize mois tout au plus nous aurons fini de coloniser cette planète.

– Pfff, ça fait long !

– Je sais, mois aussi elle me manque notre bonne vieille Terre.

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