Paul Watzlawick

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Paul Watzlawick

Watzlawick en 1977
      <<<<<<<<<<<<<<<<<<<< Paul Watzlawick et ses principaux ouvrages >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

Paul Watzlawick, né le 25 juillet 1921 à Villach en Autriche et décédé le 31 mars 2007 à Palo Alto en Californie est un théoricien dans la théorie de la communication et le constructivisme radical, membre fondateur de l'École de Palo Alto.

A la fois psychologue, psychothérapeute, psychanalyste et sociologue, il est intervenu aussi bien comme psychosociologue que comme psychothérapeute. Prisonnier politique en Allemagne pendant la guerre, il s'évade et participera aux combats, se retrouvera en Italie à la fin de la guerre et s'établit dans ce pays. Au début des années cinquante, il étudie à L'institut Carl Jung de Zurich et travaille en Italie pour les Nations-Unies.

Il va ensuite voyager, d'abord à Bombey puis à l'université d'El Salvador où il enseigne la psychologie analytique et la psychothérapie. A partie des années soixante, il enseigne à Philadelphie où il rencontre en particulier Donald D. Jackson qui lui permet de rejoindre le Mental Research Institute of Palo Alto.

Sommaire

Faites vous-même votre malheur

Faites vous-même votre malheur est un ouvrage de Paul Watzlawick paru en français aux éditions du Seuil en novembre 1984 avec une traduction de Jean-Pierre Carasso. Il a été publié en 1983 en version original sous le titre : The situation is hopeless but not serious - The pursuit of unhappiness.

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Fonctions et personnalité

La base de la pensée de Paul Watzlawick tient dans cette citation : « Nous construisons le monde, alors que nous pensons le percevoir. Ce que nous appelons "réalité" (individuelle, sociale, idéologique) est une interprétation, construite par et à travers la communication. Un patient est donc enfermé dans une construction systématisée, qui constitue son monde à lui. Dès lors la thérapie va consister à tenter de changer cette construction. »

   « Une idée, pour peu qu'on s'y accroche avec une conviction suffisante, qu'on la caresse et la berce avec soin,
   finira par produire sa propre réalité. » — Paul Watzlawick, Faites vous-mêmes votre malheur, page 54 -

D'une façon plus générale, ce sont nos perceptions de la réalité [1], forcément limitées par nos sens, notre manière de ressentir les choses, qui induisent les difficultés dans nos relations à autrui et nos façons de communiquer. [2] ce livre a obtenu un succès considérable (pour ce genre d'ouvrages en tout cas), en particulier en Allemagne et en Italie, sans doute parce que l'auteur l'a voulu à la portée de tous, un livre de vulgarisation et qu'il se présente comme une parodie des livres voués aux conseils pratiques, genre 'Faites vous-même votre maison', 'comment réparer sa voiture'...

C'est, à côté de son travail scientifique de thérapeute proprement dit, une méthode qui lui tient à cœur puisqu'il a publié deux autres livres dans la même veine, avec la même démarche que celui-là : Guide non conformiste pour l'usage de l'Amérique où il se moque quelque peu de ses compatriotes et Comment réussir à échouer avec des objectifs proches de Faites vous-mêmes votre malheur.

Niveaux conscients et inconscients

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Il passe en revue les moyens dont on dispose pour se rendre malheureux, moyens qui sont de deux sortes : - Les moyens connus, ceux qu'on utilise déjà avec plus ou moins de volonté et de systématisme : exiger beaucoup voire trop de la personne aimée parce que ce n'est jamais assez, revenir constamment sur le passé, sur les échecs pour se prouver à soi-même que décidément on ne peut réussir, que les cartes sont biseautées dès le départ... - Les moyens plus sophistiqués qui demandent un degré de perversion supérieur et dont il nous offre quelques exercices d'initiation car il n'est jamais trop tard pour se faire du mal... [3]

Parmi les paradoxes que Watzlawick a étudiés, celui appelé La double contrainte et emprunté à Bateson l'a particulièrement intéressé. Par exemple, quand on dit à quelqu'un "Sois spontané !", le seul fait de lui intimer cette injonction introduit déjà un biais : soit c'est un refus, une réaction spontanée mais négative, soit c'est une soumission qui ne peut être spontanée. Cette double contrainte a pour effet de vicier dès le départ la communication et de provoquer une réaction en chaîne de malentendus.

Autre exemple : « Tu ne m’offres jamais de fleurs !, », reproche la femme à son mari. Mais le jour où le mari lui offre vraiment des fleurs et se présente tout content un bouquet à la main, la femme peut avoir ce genre de réflexion « C’est parce que je te l'ai dit que tu m'offre des fleurs ! » Et le mari déstabilisé par la remarque désagréable pourra à son tour reprocher à son épouse son comportement. C'est le début d'un cercle vicieux générateur de scène de ménage. Il tend à s'établir une relation perverse, interactions biaisées par les attaques, les sous-entendus, où la femme adresse des reproches au mari qui va à son tour répliquer, adresser des reproches à sa femme…

Procès d'intention et relations perverses

Lorsque l'on cherche à comprendre un dialogue, disait Bertrand Russell, il est nécessaire de séparer les déclarations portant sur les choses et déclarations portant sur sur les relations. Gregory Bateson en a dégagé que toute communication contient "les deux niveaux". Pour ne pas faire de peine à son ami, un homme vantera les qualités de sa nouvelle voiture bien qu'il n'en pense rien de tel. Les formes les plus drastiques en sont la voyance, prétendre lire dans la pensée d'autrui et lui attribuer des sentiments négatifs [4], les faire culminer dans un effort pour que l'autre 'sorte de ses gonds' ou même le rendre fou. [5] L'alternative illusoire procède de la même démarche et consiste à renvoyer l'autre à une alternative imposée, créant ainsi un malaise que l'autre ne comprend pas. C'est ainsi que le piège se referme : l'enfermer dans des règles incompréhensibles, tirer les ficelles, en faire une technique de manipulation. Elle peut être déclinée sur le mode de l'insistance, engagement d'une dialogue sans fin. [6]

Manier l'art du paradoxe est aussi une solution alléchante, comme cette mère qui demande à son enfant de faire son devoir, non parce que c'est la règle, mais parce qu'il devrait aimer ça, de glisser ainsi vers un chantage aux sentiments. Ces techniques permettent d'enfermer l'autre dans un type de relation dont il ne peut sortir sans dommages. [7]

La répétition, l'accoutumance peut générer une véritable dépression, la victime pouvant être doublement déprimée : non seulement elle ne devrait pas être déprimée (attitude négative) mais elle devrait ensuite s'accuser de 'plomber l'ambiance' et de décevoir les autres. [8] Pour sortir de ces cercles vicieux, il faut en préalable renverser le précepte biblique repris par Dostoïevski : « Pour aimer son prochain, il faut d'abord s'aimer soi-même. » [6]

Le goût du malheur trouve un terreau favorable dans des volontés sublimées, le sacrifice, les assistantes sociales qui veulent sauver l'autre, les relations asymétriques entre une femme dévouée et un homme dépendant, qui ne feront que renforcer les tendances de chacun. [10] Le rôle que le partenaire doit jouer envers l'autre est de même nature que celui qu'il veut jouer « pour produire ses propres réalités. » [11] Chacun y cherche une gratification personnelle, un "service rendu" et dit Watzlawick « on sait qu'un sadique est un homme qui refuse de faire souffrir un masochiste. » [12] La relation vécue comme un combat mène soit à une perte pour chacun [13], une "victoire à la Pyrrhus" où tout le monde y "laisse des plumes" [14] soit à une lutte sans fin, une relation dichotomique du vainqueur-perdant. [15] Cette relation obsessionnelle ne peut être dépassée qu'en établissant une réelle confiance et une grande sérénité entre les personnes. [16] [17]

On peut l'illustrer par la citation suivante :

   «  Tout est bien... Tout. L'homme est malheureux parce qu'il ne sait pas qu'il est heureux. Ce n'est que cela.
  C'est tout, c'est tout ! » — Fiodor Dostoïevski, Les Possédés

Notes et références

[1]↑ La notion de réalité, il la définit ainsi page 54 : « Une idée, pour peu qu'on s'y accroche avec une conviction suffisante, qu'on la caresse et la berce avec soin, finira par produire sa propre réalité. »
[2]↑ La communication est pour lui une notion fondamentale : « La communication est une condition 'sine qua non' de la vie humaine et de l'ordre social », a-t-il écrit dans Une logique de la communication
[3]↑ Voir Ronald Laing, Nœuds, éditions Stock, 1971 et collection Stock plus, 1977
[4]↑ Par exemple, quand Hamlet remarque dans le regard de Rosencrantz et Guildenstern « une sorte d'aveu que leur candeur n'a pas le talent de colorer. »
[5]↑ Voir Lewis Carroll dans À travers le miroir où Alice est accusée d'être négative et que ça influe sur son état mental.
[6]↑ Du genre : -Tu m'aimes ? oui - Vraiment ? Oui vraiment - Vraiment, vraiment ?  ???
[7]↑ Exemple-type de la mère qui pose comme postulat qu'on est une famille heureuse et que tout manquement à cette règle remettrait en cause le dogme de départ et l'équilibre de la famille en culpabilisant par avance tout manquement.
[8]↑ Hamlet, conscient de la douloureuse différence séparant son point de vue sur le monde de celui des autres, en tire parti en philosophant sur la question.
[9]↑ Sur les paradoxes de l'amour, voir cette phrase de Jean-Jacques Rousseau dans une lettre à madame d'Houdelot : « Si vous êtes à moi, je pers en vous possédant celle que j'honore. »
[10]↑ « Dans la théorie de la communication, ce modèle est connu sous le terme de collusion » précise Watzlawick
[11]↑ Voir Jean-Paul Sartre, L'être et le néant, édition 1943 pages 431 et 434
[12]↑ Voir la pièce de Jean Genet Le balcon, Gallimard, 1968, page 52-53
[13]↑ Cas par exemple de certaines grèves où sur le moyen terme les adversaires sont perdants ou de certains divorces
[14]↑ Cette théorie est la base des travaux ultérieurs sur la gratification relationnelle et ses déviances. Elle a permis de dégager la méthode du gagnant-gagnant aidant à considérer un adversaire a priori comme un partenaire potentiel. [NDLR] [15]↑ Ce que Watzlawick appelle le jeu à somme-zéro
[16]↑ Voir Carl Rogers, La relation d'aide et la psychothérapie, ESF éditeur
[17]↑ Voir Roger Mucchielli, Psychologie de la vie conjugale, éditions ESF

Comment réussir à échouer

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Comment réussir à échouer est un ouvrage de Paul Watzlawick paru aux éditions Norton en 1986 et en français aux éditions du Seuil deux ans plus tard en 1988. Traduction française de Anne-Lise Hacker pour cette édition)

Cet ouvrage de Paul Watzlawick est le pendant d'un autre de ses ouvrage paru quelques années auparavant, Faites vous-même votre malheur présentant les moyens pour parvenir à se rendre malheureux. Dans la même veine, celui-ci traite des moyens qui mènent à l'échec.

Toujours sur le même ton ironique, il explique comment réussir à échouer en appliquant ce qu'il appelle l'ultra solution. Avec cette solution, il suffit de nier le problème avec tout ce qu'il comporte. Il le résume par cette formule en forme de boutade, plaisanterie de carabin : "opération réussie, patient décédé".

De multiples solutions s'offrent à ceux qui veulent absolument réussir à échouer et ceci dans tous les domaines, qui touchent aussi bien les relations de travail que les relations conjugales pour prendre des domaines dans lesquels les exemples ne manquent pas. C'est dit autrement, un jeu à somme nulle, une variante du jeu à 'qui perd gagne', l'un ne peut gagner que si l'autre perd, sauf qu'ici le plus souvent les deux protagonistes du jeu sont perdants. [1]

À partir d'exemples souvent d'une drôlerie grinçante, il traite des questions relationnelles et psychologiques avec tout son savoir de praticien et de thérapeute.

Pour être sûr de réussir à échouer, il faut absolument éviter d'atteindre ses objectifs, c'est-à-dire ce qu'on a envie d'avoir ou d'atteindre, en respectant ces 3 règles :

  • Règle 1 : exprimer son objectif de façon négative, genre « je ne veux plus m’énerver contre… je ne veux plus me faire avoir par…
  • Règle 2 : visualiser votre objectif sans qu'il apparaisse nettement ou qu'il donne de mauvaises sensations (sensations négatives, trop floues ou trop neutres). Si par exemple l'envie de maigrir déclenche du dégoût pour la nourriture, c'est mauvais signe.
  • Règle 3 : l'atteinte de votre objectif occasionne plus de difficultés que de gratification, quand en quelque sorte, les effets secondaires sont supérieurs au bien-être espéré, vous apporteront plus d'ennuis que de satisfactions.

Et bien sûr, pour "réussir à réussir", il suffit de faire l'inverse pour chacune des trois règles retenues.

[1]↑ « Il y a quelque chose de fondamentalement faux dans le fait de croire que le contraire du mauvais doit nécessairement être bon ». (Comment réussir à échouer, page 38)

Les Cheveux du baron de Münchhausen

Les Cheveux du baron de Münchhausen [1] est un ouvrage de Paul Watzlawick paru en 1988, puis en français aux éditions du Seuil en 1991.

Portrait du baron

Structure et sommaire

- Formes et essence des relations humaines
- La nouvelle conception de l'homme en psychiatrie
- La dépression consécutive à une attaque d'apoplexie : un exemple de thérapie familiale brève centrée sur le problème
- Applications d'éléments hypnotiques en thérapie familiale
- Thérapies brèves et troubles schizophréniques - La communication imaginaire
- Adaptation à la réalité ou 'réalité' adaptée ? Constructivisme et psychothérapie
- Styles de vie et 'réalité'
- Management ou la construction de réalités
- Les cheveux du baron de Münchhausen et l'échelle de Wittgenstein
- Avec quoi construit-on des réalités idéologiques ? Vers un avenir de communications.

Présentation

Le sous -titre que Paul Watzlawick a donné à son livre Psychothérapie et Réalité est significatif de sa théorie basée sur le fait que la connaissance que l'homme a des phénomènes résulte d'une construction de l'individu, d'où son nom de Constructivisme.

Les aventures du baron de Münchhausen reposent sur une légende qui prétend qu'il se prit lui-même par les cheveux pour se sauver, ainsi que son cheval, d'une noyade certaine. C'est donc une métaphore que Paul Watzlawick propose : peut-on à l'image du baron de Münchausen espérer se tirer d'une situation compromise et même désespérée en reconsidérant le regard qu'on porte sur la vie, en remettant en cause les préceptes qui nous ont toujours guidés mais se sont révélés inopérants dans une situation imprévue et dramatique ?

C'est à cette question que s'attelle Paul Watzlawick dans ce livre, non pas par la réponse qu'il lui apporte que par la démarche qu'il adopte et les conditions qu'il met pour opérer ce changement. Dans cette logique il montre bien le chemin à parcourir pour agir sur la réalité avec efficacité, le tout dans le prolongement de sa réflexion sur les mécanismes de la communication qu'il a développée avec l'école de Palo-Alto dont il est l'un des principaux fondateurs.

[1]↑ Parfois orthographié Münchausen avec un seul « h » ou Munchausen sans Umlaut.

Voir aussi

  • Les Cheveux du baron de Münchhausen : Psychothérapie et Réalité, éditions du Seuil, collection Points essais, avril 2000, 281 pages, (ISBN 2-02-040723-X)
  • Rudolf Erich Raspe, Le Baron de Münchhausen surnommé le baron de Crac ou la Fleur des Gasconnades allemandes, édition Hilaire Le Gai, Librairie de Passard, 1854, 176 pages (première édition)
  • Les Aventures du baron de Münchhausen (film)

Liens externes

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