Termes de propagande à ne pas utiliser malgré soi

La culture en toute liberté.
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Les termes qu'on utilise ont un sens, et ce sens guide nos réflexions vers les lieux qu'ils indiquent. Si l'on ne prend pas garde aux mots qu'on emploi, il s'avère difficile de se rendre ailleurs qu'à la destination vers laquelle ils pointent.

Cela est bien évidemment vrai dans les débats sur la culture. Qui sont les acteurs de ces débats ? Avant tout, le public qui est à la fois l'inspirateur et le vecteur de toute culture. Parmi le public on peu distinguer les auteurs, le sous-ensemble d'individus qui se chargent de figer le bouillonnement culturel dans des œuvres. D'autres sous-ensemble du public viennent épauler les auteurs par des travaux administratifs. Malheureusement un petit nombre de ces précédents acteurs, qui monopolisent néanmoins à eux seuls l'essentiel des moyens dédiés à la culture, cherchent à diffuser l'idée que leur position inégalitaire doit perdurer et même se renforcer.

Pour se faire, ils emploient bien évidemment des mots connotés guidant le débat en leur faveur. Et force est de constater que la propagande fonctionne bien, dans de nombreux esprits on ne partage pas une œuvre : on la pirate.

Le lecteur est bien entendu invité à méditer sur les termes qu'il veut utiliser en fonction de la thèse qu'il souhaite soutenir. Le titre de la présente œuvre est bien « Termes de propagande à ne pas utiliser malgré soi », aussi ne s'agit-il pas de troquer certaines expressions contre d'autres sans avoir mené une réflexion propre.

Sommaire

"Consommateur" de "produits" culturels

  • Consommateur
    Terme neutre 
    public/spectateur
  • Produit
    Terme neutre 
    œuvre

Les phénomènes culturels naissent bien avant toute formalisation de l'économie et l'apparition de l'économie de marché. On trouve des signes de pratiques culturelles aussi loin qu'on trouve des traces de l'Homme. Aussi, si l'on peut parler de perspectives économique de la culture, la réduire à un produit de consommation serait insidieux.

Premièrement, la culture ne se consomme pas, elle s'enrichit à mesure qu'elle se propage. Dans un cadre culturel la notion de consommateur n'a donc pas de sens, pas même pour le rôle du spectateur.

Rien qu'en tant qu'observateur d'une œuvre, le spectateur lui apporte un sens nouveau car il la perçois à travers sa vision unique du monde, résultat de ses capacités et de ses expériences propres.

Pour cette raison, une œuvre n'est pas un produit fini, elle n'est jamais que l'état d'une réflexion à un moment donné.

Parlez de public, de spectateur pour désigner les personnes qui jouent principalement un rôle de récepteur à un moment donné (ce qui ne les empêchera pas d'être émetteur par ailleurs).

Le terme d'œuvre est bien plus pertinent que celui de produit pour désigner le résultat du travail d'auteurs.

Pirate, pirater, piratage

  • Pirate
    Terme neutre 
    contrefacteur (numérique)
    Terme désapprobateur 
    personnes partageant illégalement de la culture
  • Piratage
    Terme neutre 
    partage illégal/téléchargement illégal/contrefaçon numérique
    Terme désapprobateur 
    partage illégal d'une information publique
  • Pirater
    Terme neutre 
    partager/télécharger illégalement
    Terme désapprobateur 
    partager/télécharger illégalement une information publique

À moins que que vous ne soyez un flibustier qui commet des crimes en hautes mers, vous n'êtes pas un pirate. Télécharger illégalement certaines œuvres ne fait pas de vous quelqu'un de comparable à des personnes qui commettent des meurtres, des enlèvements et des pillages.

L'utilisation du mot pirate est faite à dessein par les industriels du divertissement. Le but est d'assimiler le téléchargement illégal à un acte grave, irréversible et moralement critiquable. Le téléchargement illégal est un délit et non un crime, et il n'est en rien comparable aux actes de piraterie qui est un problème autrement plus grave et malheureusement actuellement en recrudescence.

Si vous voulez parler de tels délits, employez un terme neutre, comme téléchargement illégal. Évitez également le terme «illicite» qui à une valeur morale, quand illégal n'a qu'une valeur juridique, chacun est libre de trouver une loi injuste voir immorale.

Si c'est votre opinion vous pouvez utiliser un terme désapprobateur comme «partage illégal d'une information publique». Ainsi vous soulevez l'absurdité d'une telle limitation, sans pour autant cautionner son infraction. De plus, en précisant qu'il s'agit d'une information publique, vous évitez tout amalgame avec les droits sur les informations à caractère privé.


De plus comme le stipule l'article 122-5 du code la propriété intellectuelle :

Lorsque l'œuvre a été divulguée, l'auteur ne peut interdire :
[...]
2° Les copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, à l'exception des copies des œuvres d'art destinées à
être utilisées pour des fins identiques à celles pour lesquelles l'œuvre originale a été créée et des copies d'un logiciel autres que la copie de sauvegarde établie dans les
conditions prévues au II de l'article L. 122-6-1 ainsi que des copies ou des reproductions d'une base de données électronique ; 

À ce titre les mêmes personnes qui répandent le terme de «téléchargement illégal» sont rémunérées par le biais de la redevance pour la copie privée que payaient lors d'achats de CD, de DVD, de baladeurs numériques, de cartes mémoires, d'appareil photos, de clé usb, de disque dur externe, de magnétoscope numérique, etc.

Le terme «pirate» est également porteur d'une confusion volontairement entretenue entre les personnes qui téléchargent et les personnes utilisant l'outil informatique de manière réellement mal intentionnée, souvent qualifiées de « pirate informatique » : les «black ou grey hat», qui sont les concepteurs d'attaques informatiques (Virus, vers, attaques et prise de contrôle de machines, détournement d'informations personnels…).

«Protéger» une œuvre avec des DRM

Terme neutre 
œuvre subordonnée à contraintes techniques
Terme désapprobateur 
œuvre corrompue par une captivité déloyale

Protéger signifie mettre hors de porté d'une menace existante. Les DRM ne protègent pas une œuvre, au contraire en ajoutant des contraintes techniques arbitraires, ils mettent en danger sa pérennité. L'utilisateur d'une œuvre lui ne la met pas en danger, loin de là puisque c'est à travers l'utilisation qu'elle vie, s'éloignant du gouffre de l'oubli, peut être même s'enrichissant par un usage dans un nouveau contexte ou par sa modification.

Le but des DRM n'est pas de protéger une œuvre mais d'imposer mécaniquement la soumission au privilège de copier qu'attribue le droit d'auteur.

Contenu

Termes neutres 
article, billet, chronique, conception, courrier, dessin, dissertation, écrit, éditorial, essai, étude, feuilleton, interview, livre, notice, ouvrage, poème, production, réalisation, reportage, traité, travail…

Le terme contenu fait tacitement passer l'idée de l'interchangeabilité de ce que renferme le contenant. Quand on conçois une solution technique qui doit fonctionner indépendament des spécificités de ce que sera compris dans le contenant, l'emploi du terme est tout à fait justifié.

Le transport d'informations dans le réseau informatique rentre tout à fait dans ce cadre. Le but des techniciens est de concevoir de faire acheminer une information (contenu) d'un point à un autre à travers des câblages[1] (contenant).

Mais pour autant il n'est pas pertinent, et même trompeur, d'utiliser le terme de contenu en dehors d'un tel cadre technique.

Car en sous-entendant l'idée d'interchangeabilité, c'est tout le travail humain nécessaire à la réalisation du « contenu » dont on fait la négation. Dans le cas du système informatique, il est bien sur possible d'utiliser des données générées de manière pseudo-aléatoire par un ordinateur[2], et donc sans travail humain dédié à la tâche.

Mais en pratique on ne pas fait transiter des données vides de sens[3] mais des informations issus de réflexions et travaux humains.

Si à la place d'œuvres, plus où moins captivantes, les support de communication regorgeaient de vulgaires contenus, de données aléatoires vides de sens, personne n'en voudrait.

On comprendra aisément que pour les marchand de support, l'utilisation du terme de contenu est tout à leur avantage : cela supprime implicitement la valeur des œuvres – et donc du travail des personnes qui les conçois – en les rabaissant toutes au même niveau que des données aléatoires sans intérêt, substituables les unes aux autres. Que l'expression soit choisie sciemment ou non, cela rend clairement le discours fallacieux.

Il est évidement naturel pour un technicien d'utiliser le même terme pour désigner le même élément dans des contextes différents. Mais si cela correspond à une tendance humaine naturelle, ça n'en demeure pas moins une erreur conceptuelle[4] : la signification est intrinsèquement liée au contexte d'interprétation.

Aussi le technicien et le marchand intègres auront en souci d'éviter de faire l'amalgame entre le vocabulaire technique et hors-technique. Ainsi on pourra par exemple parler de « système de gestion éditorial » (SGE) plutôt que de « système de gestion de contenu » (SGC[5]).

Ayant droits

Terme neutre 
auteur
Terme désapprobateur 
ayant privilèges temporairement accordés par le peuple/ayant MTI

Le terme «ayant droits» est souvent employé pour désigner les auteurs. Il tend donc à instaurer une vision de l'auteur «ayant droit» face au public «n'ayant pas droit». Un peu à l'image des nobles face au bas peuple dans le moyen-âge.

En démocratie, le peuple est son propre souverain, et c'est lui qui consent ou non à accorder temporairement des privilèges à certains individus.

Le terme «ayant droits» n'a pas de sens pour une nation qui respect les droits de l'humain, car toute personne y a des droits.

Il est bien plus pertinent de parler d'auteurs.

Vous pouvez également parler d'«ayants privilèges temporairement accordés par le peuple» si vous tenez absolument à marquer ce qui différencie un auteur du reste du public.


Tomber dans le domaine public

Terme neutre 
Entrer dans le domaine public
Terme approbateur 
Accéder au domaine public / Atteindre le domaine public / S'élever dans le domaine public

Cette expression est encore un moyen de dévaloriser le peuple et son patrimoine culturel. Le fait que le public s'approprie une œuvre est le plus naturel des phénomènes culturels, à travers cet acte il consacre l'œuvre.

Aussi, le droit d'auteur n'est là que comme moyen d'enrichir le patrimoine culturel, chose qui ne se concrétise qu'avec l'entrer de l'œuvre dans le domaine public. On peut donc considérer cet accès au domaine public comme l'objectif à atteindre.

Si l'on veut insister sur le rôle du public par qui seul l'œuvre atteint un statut patrimonial, on peut dire qu'une œuvre s'élève au domaine public.

Propriété intellectuelle

Termes neutres 
Terme juridique approprié : droit d'auteur, brevet, marque déposée, etc.
«Monopole Temporaire sur l'Information» ou son abrégé MTI

Le terme de «propriété intellectuelle» est source de nombreuses incompréhensions sur le sujet qu'il prétend désigner. Car si à l'instar de la propriété que les personnes peuvent acquérir sur des biens matériels la «propriété intellectuelle» traite de la gestion de monopole, la comparaison s'arrête là. Les deux principes différent aussi bien sur leurs buts que leurs formes.

En effet, la propriété traite de biens physiques. Ces biens sont par nature exclusifs, leur utilisation par une personne ne permet à personne d'autre d'en faire usage en même temps. Cette notion existe donc comme moyen de gestion des biens finis qu'offrent la nature.

Pour se faire, la propriété accorde un droit de jouissance exclusif. Les monopoles ainsi obtenu le sont de manière intemporelle, et ils ne seraient prendre fin que dans la cession du droit à une autre personne ou par la destitution du droit par les autorités compétentes.

Les diverses lois qu'on regroupe sous le terme de «propriété intellectuelle» ont chacune des objectifs propres avec des formes tout aussi variés. Si l'on cherche néanmoins à les regrouper, on peut leur trouver des points communs. Tout d'abord, ils traitent de biens immatériels, à savoir de l'information. L'information est par nature non-exclusive, son utilisation par une personne n'empêche en rien son utilisation par le reste du monde. Ces notions n'existent donc pas dans le but de gérer les conflits d'accès à des ressources limités, comme c'est le cas de la propriété. En réalité ces notions existent dans l'optique de favoriser la recherche et la conception d'avantages d'informations à ajouter dans le patrimoine culturel et des connaissances de l'humanité.

Pour se faire, la «propriété intellectuelle» accorde temporairement un certains nombres d'exclusivités en relation avec des informations, notamment dans les possibilités d'exploitation commercial pouvant découler de l'information. Ces droits sont cédés de manière temporaire, ils ne sont là que pour encourager et permettre un retour sur investissement dans diverses formes de recherche et conception d'information.

L'utilisation du terme «propriété intellectuelle» est donc trompeur car elle amène à penser qu'il s'agit d'un seul et même objet et que celui-ci est semblable à la propriété. Or comme expliqué précédemment, brevets, droit d'auteur, dessins industriels, dépôt de marque, etc. n'ont ni les mêmes visées, ni les mêmes formes, et n'ont rien de comparable avec la propriété. Tout au plus utilisent-ils des mécanismes juridiques similaires.

Le plus neutre est donc d'utiliser le terme approprié au sujet que vous évoquez. Parlez de droit d'auteur si c'est là votre propos, de brevet quand c'est le thème de la conversation.

Si vous désirez néanmoins parler de tout ces mécanismes dans un seul sujet, préférez le terme «Monopole Temporaire sur l'Information» (MTI).

Fichier word, excel, etc.

Il est courant d'utiliser le nom d'un logiciel pour désigner la catégorie de logiciel dont il fait partie et par extension, les types de fichiers qu'il utilise.

Cette pratique tends à faire confondre l'outil avec une marque précise de l'outil. C'est exactement la même confusion qui existe entre réfrigérateur, l'appareil qui permet de conserver des aliments au frais, et frigidaire, une marque déposé par un fabriquant de réfrigérateur.

Si dans le dernier cas, cela n'a pas de conséquences notable, outre peut être une certaine notoriété, cela est bien plus problématique dans le cas des logiciels comme word. Le problème est en fait surtout du au formats de fichier de ces logiciels.

Pour rester dans l'analogie du réfrigérateur, imaginez que vous ne puissiez n'y stocker que des produits frais que la machine accepte. Vous ne pourriez alors acheter que des produits frais compatibles avec la marque de votre appareil, faute de quoi vous ne pourrez les conserver. Pour être plus proche encore de ce qui se passe dans le monde logiciel, vous ne pourriez en fait même pas utiliser vos produits si vous n'aviez pas le matériel de la marque compatible. Le plus embêtant serait lorsque vous iriez chez des amis en apportant votre plat déjà cuisiné qu'il suffit de passer encore au four. Mais votre ami n'aurait pas de four compatible!

Dans un tel monde, vous aurez sans doute très vite fait de préférer acheter des produits qui sont utilisable quelle que soit la marque de vos ustensiles de cuisine, et vous comprendriez bien l'intérêt que vous avez à utiliser le terme réfrigérateur plutôt que frigidaire et le terme couteau, four, casserole plutôt que le nom d'une marque donnée.

C'est exactement la problématique que vous contribuez à propager chaque fois que vous utilisez le nom d'un logiciel pour désigner sa catégorie de logiciel et/ou son format de fichier.

Parlez donc de traitement de texte, de tableurs, etc. plutôt que d'utiliser le nom d'un logiciel spécifique, à moins bien évidemment que le sujet de votre conversation soit porté sur un logiciel spécifique.

Une première chose à faire quand vous parlez d'un format de fichier est donc de bien désigner le nom du format, par exemple "fichier doc", et non pas "fichier word". Vous devriez également privilégier l'utilisation de formats ouverts, comme ODF dans la bureautique. Cela favorise l'intéropérabilité, c'est à dire le fait de pouvoir utiliser le fichier avec n'importe quel logiciel. Un peu comme vous pouvez utiliser vos aliments avec n'importe quel ustensile de cuisine, et pas juste ceux d'une marque donnée.

Notes et références

  1. Au sens large
  2. Par exemple, sous un système Linux on peu utiliser la commande suivante : cat /dev/urandom
  3. Sauf éventuellement pour des tests techniques, c'est à dire dans le champs restreint d'utilisation admit dans la présente critique.
  4. Comme le dit l'adage : « Errare humanum est, perseverare diabolicum » soit « Il est humain de se tromper, persévérer [dans l’erreur] est diabolique ».
  5. ou son équivalent anglais «Content Management System » (CMS)
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