Homo Syntheticus/Chapitre 13 (La commanderie de Hôdo)

La culture en toute liberté.
< Homo Syntheticus
Version du 8 octobre 2008 à 12:09 par Psychoslave (discuter | contributions)

(diff) ← Version précédente | Voir la version courante (diff) | Version suivante → (diff)
Aller à : Navigation, rechercher

<<Chapitre 12 (Complots) | Chapitre 14 (L'ambassadeur )>>

Informations légales

Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://hodo.free.fr/Romans/Homo_syntheticus/

Auteurs de l'œuvre originale : Serge Jadot

Licences : N/A

Ang souffla un bon coup comme pour chasser la peur qui l'avait hanté tout au long du voyage et qu'il n'avait pu partager avec personne, car les émigrés qui l'accompagnaient dormaient d'un sommeil profond, voisin de la mort. Il revoyait son épopée, depuis le moment où il avait entraîné les colons dans le tycho-drôme. Puis, quand il s'était retrouvé seul devant les lits-sarcophages abritant leur silencieux occupant. Il avait oublié d'emmener le sien et il était trop tard pour s'en procurer un. Tant pis, il se débrouillerait pour se reposer. A trois reprises, il hésita avant de se lancer vers l'inconnu, quand il verrouilla le sas, dégagea le tycho-drôme de la station orbitale, et finalement, quand il enclencha le pilote automatique qui devait le conduire vers la Terre Promise.

La solitude. Pas une étoile, rien que le noir absolu pendant des jours, puis soudain venu de nulle part un soleil éblouissant, écrasant. Puis de nouveau plus rien pendant d'autres journées interminables. L'ordinateur de bord n'offrait aucune distraction. Il ne servait qu'à la navigation et vraisemblablement comprenait une sorte de journal ou de pense-bête sans intérêt, et quelques fichiers cryptés. Pas de jeux, pas de lectures, rien, même pas de confort. Son seul passe-temps en dehors de dormir à même le sol était de regarder le temps passer.

Enfin, Hôdo apparut. Il lui fallait maintenant mettre en pratique ses connaissances acquises sur le simulateur avant son départ, et, si près du but, ne pas rater son atterrissage.

Voilà, c'était fait. Et en douceur! Puis, ses angoisses le reprirent. Dehors, il n'y avait que le désert. C'était pourtant bien ici qu'il devait se poser! Il lui semblait pourtant avoir aperçu des lueurs sur la gauche, vers l'ouest au moment de l'approche. Il espérait qu'il ne s'agissait pas de reflets dus à la lumière rasante de l'aurore.

A mieux y regarder, une savane semblait s'étendre à l'occident. De la même couleur que le sol aride environnant, il ne l'avait pas remarquée, trop préoccupé qu'il était par ses manoeuvres. S'il y avait de la vie, c'était dans cette direction. Et de la vie, il y en avait, des silhouettes surgissaient maintenant. Enfin! s'en était fini, il avait réussi…

Il y avait là une bonne douzaine d'humains curieusement revêtus de jupes ou de draperies. A en juger par leurs armes, que certains braquaient déjà vers la navette, il était à redouter qu'ils ne fussent tout à fait accueillants.

Cela ne servait plus à rien de se morfondre. Ang ne savait même pas comment rebrousser chemin. Il décida de sortir du vaisseau pour aller à leur rencontre, en levant les bras pour montrer qu'il n'était pas armé.

Un homme, un asiatique tenant de la main un sabre dans son fourreau, dit quelque chose à la troupe armée qui ralentit. Il se dirigea vers Ang, accompagné d'une femme, elle aussi asiatique, et d'un homme grisonnant. C'est ce dernier qui lui adressa le premier la parole.

— Je suis le Commandant Lucien Porte, représentant des hôdons. Vous êtes sur cette planète sans notre accord et nous ignorons si vous nous êtes hostile. Aussi, je vous somme de nous expliquer votre présence ici, "ingénieur". Ingénieur…?

— Ang Chan, matricule 0-556-593-481-235, astronaute ingénieur responsable du prototype X2-plasme pour milanaute, récita le Khmer en exécutant le salut des astronautes. C'est moi qui ai piloté ce tycho-drôme, et il y a des passagers en hibernation…

— vous les avez laissés en léthargie? coupa la femme.

— Heu, oui…

Nic avait compris.

— Vas-y Chica, occupe-t'en.

Katsutoshi fit un signe au reste de la troupe pour qu'il escorte l'androïde. Il craignait un piège. Mais Nic avait déjà deviné la vérité.

— Vous avez piraté un vaisseau. Qu'est-il arrivé à son pilote?

— Je… je ne sais pas. Elle était sur Terre quand j'ai… "emprunté" son tycho-drôme. Elle m'a dit que si elle n'était pas de retour à temps, je pouvais conduire les passagers ici.

Nic réfléchit, Moka ne pouvait pas avoir disparu sans donner de nouvelles. Il haussa les épaules se rendant compte de l'absurdité de la pensée. Elle n'était pas humaine, et pourquoi aurait-elle laissé un message? Lui, il aurait laissé des notes au cas où il lui arriverait quelque chose. Il aurait… une idée lui traversa la tête. Il entraîna son ami Japonais et l'étranger dans le poste de pilotage, se connecta à l'ordinateur de bord et rentra son nom suivit de son mot de passe. Aussitôt, un avatar de Moka apparut à l'écran. Elle avait bien laissé un message.

"Commandant, je ne pourrai trouver les informations que vous voulez que si je me rends sur Terre. Un ingénieur de la station de Jupiter, m'a raconté que les yakusa et les Mésopotamiens se préparaient à venir sur Hôdo. Il prétendait qu'il voulait les fuir. Je n'y ai pas cru faute de preuves et d'argumentations sérieuses. Pourtant, je me suis inspiré de vous, en essayant de faire un coup de poker comme vous dites. Cet homme pouvait vous apporter ce message tout en conduisant les colons et en éloignant le tycho-drôme des convoitises. En lisant ce message, ne concluez rien quant à ma mission, je n'ai qu'une confiance limitée à l'humain à qui j'ai confié la navette, il se peut qu'il décampe trop tôt. Si tel est le cas et que je ne suis pas détruite, j'attendrai la navette suivante dans la station de Jupiter. Mais restez sur vos gardes, je crois que nous aurons bientôt de la visite."

Nic jeta un coup d'œil vers Ang qui avait entendu la communication peu flatteuse. Après un silence qui se termina par un long soupir, le Khmer haussa les épaules.

— C'est vraiment une androïde, Commandant?

— Tout à fait! Vous êtes parti trop tôt? c'est çà?

— Un jour ou deux avant le délai qu'elle m'avait donné. Un milanaute des yakusa s'approchait de la station. Je le connaissais, pour y avoir monté le X2-plasme.

Ang raconta, comme il le fit à Moka, les motifs de sa fuite vers Hôdo. Il expliqua qu'il avait reçu des appels, des prétendus sondages, sur ses activités et il soupçonnait d'être espionné. Trahir les yakusa ou refuser de renseigner les Mésopotamiens ne l'enchantait pas.

— Vous savez, conclut-il, enfant, j'habitais une ville en bordure de mer où est érigée un énorme monument représentant un canot débordant de passagers hagards. Cette image m'a hanté toute ma vie et inspiré ces derniers temps.

Chica rejoignit le trio et annonça que tous les passagers allaient bien et qu'ils attendaient dehors.

Puisqu'il était le représentant de Hôdo, et qu'il était sur les lieux, il revenait à Nic d'accueillir les nouveaux venus. Mais il y avait une nouveauté cette fois-ci : l'un d'eux n'avait pas été "initié" par Stanley, Père Kashavan et Petit Cheval Blanc. Ce ne serait sûrement pas la dernière fois qu'un voyageur non invité se présenterait sur la nouvelle Terre. Aussi, le commandant changea légèrement son introduction avant de donner les consignes pratiques pour héberger ces colons.

"Bienvenue sur Hôdo. Tant que vous êtes sur notre planète, vous êtes tenus de vous conformer à nos règles sociales. Bien sûr, vous êtes libres de devenir un hôdon ou de continuer votre route."

Continuer sa route! Nic avait une manière originale de dire "retourner sur Terre".

Le discours fut bref, le commandant craignait une averse matinale et, si lui et sa troupe ne redoutaient plus d'être trempés jusqu'aux os, il voulait éviter de jeter à l'eau trop rapidement les bleus qui se passeraient bien d'un tel baptême. De plus, le chemin pour rejoindre la base était plus long depuis que Diana avait demandé ne plus piétiner les champignons géants et filiforme que les nouveaux venus prirent pour une savane.

Chica, qui n'avait pas reçu de consigne particulière depuis qu'elle avait réveillé les colons, escortait Ang. Celui avait trop souffert du silence pendant son vol, et jusqu'à présent, les seuls échanges s'étaient résumés à une remontrance. Devant lui le commandant et l'Asiatique ouvraient la marche, derrière, le gros de la troupe armée des hôdons le séparait des colons. Il ne lui restait que sa voisine, d'ailleurs charmante, avec qui il pouvait espérer échanger quelques mots. Il ne savait comment rompre la glace, car elle paraissait absente.

— Excusez-moi, vous semblez être une personne importante ici…

Pas de réponse. Il essaya autre chose.

— C'est qui l'Asiatique qui accompagnait le commandant?

— Katsutoshi Tomonaga, mon chef et mon tuteur.

Décidément, le Paradis ne fourmillait de bavards.

— Vous êtes tous, comment dire? aussi sévères, strictes…

Le Khmer avait l'impression de s'adresser à une sourde : la femme ne semblait pas l'avoir entendu. Pourtant, Chica avait bien ouï, mais le sens de la question lui échappait et elle cherchait dans la base de l'ordinateur central la signification, car elle avait compris que les humains disaient souvent des choses que l'on pouvait comprendre d'une manière et qui s'interprétaient autrement. Soudain, alors que Ang désespérait de pouvoir dialoguer, il entendit : "Où manque la police, abonde la malice."

— Je… je ne comprends pas.

Frans, le cogniticien aurait haussé les épaules en expliquant que Chica fusionnait à sa manière les modes de pensées d'Adela spécialisée en neuropsychologie et de Katsutoshi chef de la sécurité. Avec une petite touche de l'influence de Nic, cela aboutissait à un dicton français du XVIIème siècle. Chica était moins habile que ses deux soeurs pour formuler une réponse d'allure communément humaine. Mais il était vrai que le langage parfois hermétique de l'ésotérique médecin et la concision tranchante de l'homme d'arme ne devait pas faciliter le travail des moteurs neuraux de l'androïde. Il lui arrivait très souvent de répondre comme un sphinx ou un légendaire moine zen, par une sentence brève, concentrée et laissée à déchiffrer.

Ang essaya encore un autre registre. Le dernier se promit-il, après quoi il laisserait tomber toute tentative de communication avec cette femme revêche et énigmatique, peut-être un peu arriérée.

— J'ai l'impression que cette personne, Moka, est une androïde. Bien sûr, on me l'avait dit, mais quand je l'ai vue, je ne pouvais y croire et je pensais qu'il s'agissait d'une autre…

Cette fois-ci, il n'eut pas le temps d'achever sa phrase que Chica confirma.

— C'est extraordinaire, continua le Khmer, son comportement est si humain.

— Il ne peut-être qu'humain puisque nos modèles sont humains.

Ang sursauta.

—"Nos" modèles. Vous…

— Je suis une androïde.

Ang se tut, déçu par tant d'injustices, il avait essayé péniblement de lier connaissance avec un robot.

Mais Chica, plus que ses soeurs, était sensible au langage muet des petits gestes qui trahissent la pensée des humains. D'ailleurs ses tuteurs le lui avait enseigné, Adela pour scruter et soulager les souffrances de l'âme et du corps, et Katsutoshi pour deviner d'où viendrait l'attaque d'un adversaire et quelle faille se cachait se cachait dans la défense. Aussi, modula-t-elle sa voix afin de la rendre plus chaude, son métier d'infirmière repris le dessus et doucement demanda.

— Quelque chose ne va pas? Vous êtes désappointé.

— Désappointé, éclata l'homme. Mais vous êtes des androïdes! Et il y en beaucoup sur Hôdo?

— Au total, il y en a trois, mais pour l'instant je suis la seule.

— Voilà, bien ma chance!

— En effet, répondit avec sérieux Chica, car nous sommes des androïdes hôdons. Vous aussi, vous voulez devenir hodon?

— Parlons-en. Que peux-tu me dire sur Hôdo?

— Tout ce que je sais. Mais je suis tenue à la discrétion médicale.

Evidemment, comme si on posait des questions vagues à un ordinateur! S'il ne formulait pas plus explicitement ses questions, il n'aurait guère de réponses satisfaisantes.

— Comment vivent les hôdons?

— A ma connaissance, les savants n'ont pas encore trouvé d'explications.

— Je veux dire quelles sont leurs lois, leur politique. Comment sont-ils gouvernés, par exemple.

— Les hôdons vivent réunis en petits groupes, appelés clans, d'au plus quinze personnes abritées dans une tente martienne ou une maison. Au plus, quinze de ses clans se réunissent pour échanger leur mode de vie et harmoniser les rapports. Pour cela, il désigne des représentants des deux sexes. Ses associations à leur tour selon les mêmes règles. Ainsi, la pyramide associative de Hôdo ne contient actuellement que trois étages. Parallèlement, et selon les mêmes règles que celle de l'harmonisation sociale, s'établit une pyramide opérationnelle, mais les associations ne sont plus en affinité comportementale mais en fonction de tâches fonctionnelles exécutées par des équipes. Par contre, les binômes de représentants ne sont plus obligatoirement de chaque sexe, puisque cette fois-ci le but est de pouvoir remplacer son coéquipier s'il lui arrivait un accident ou tout simplement s'il se repose.

— Mais pourquoi, des représentants des deux sexes?

— D'après les renseignements que j'ai, car je ne connais pas bien la Terre, les hôdons vantent la différence. Différence de culture, de religion, de conviction, de comportement contrairement à leur planète d'origine où tout ce qui n'était pas normé était anormal. Il y a donc un collège mâle et une femelle, chacun apporte sa contribution comme il l'entend dans les domaines qu'il veut.

— Mais comment faites-vous pour tomber d'accord sur un litige?

— Ils essayent de se comprendre. Ils essayent de faire le bilan de ce qu'ils croient qu'ils vont perdre et estiment qu'ils peuvent gagner, et puis, ils se mettent d'accord.

— Comme çà! sans plus! C'est impossible il y a bien un moment où l'un ou l'autre ne recule pas et reste imperturbable sur ses positions!

— Dans ce cas, ils jouent aux dés, un comme celui-ci." Elle sortit de sa besace un dé à dix faces. "Note, je n'ai pas besoin de çà pour tirer un chiffre aléatoire, mais çà fait plus humain.

— Décider de politique aux dés! s'étonna Ang. C'est fou!

— Fou? Non, logique. Le hasard n'a pas de valeur morale. Il n'y a pas de bon ni de méchant. Il n'y a pas de minorité écrasée ni de majorité dominante. Pas de maître ni d'esclave. Pas de vérité pour l'un, mensonge pour l'autre. Le hasard, ce sont les particules qui se rencontrent dans le chaos de l'Univers jusqu'aux aléas de la vie qui développe et renforce l'intelligence. La solution la plus viable porte ses fruits, l'autre s'éteint.

— Mais certaines erreurs perdurent…

— Çà fait partie du hasard. Mais j'ai bien peur que, même pour nous androïdes, nous puissions vivre l'erreur sans savoir que nous y sommes tant que nous y sommes.

Ang essaya de digérer ce que venait de lui apprendre Chica, une curieuse machine qui pouvait simuler une conversation humaine dès que les questions semblaient bien posées. En tout cas, elle était bien renseignée. Autant en profiter!

— Et les chefs, dans tout ça? Qui sont-ils, que font-ils?

— Les chefs? il s'agit là de l'autre structure hiérarchique, l'opérationnelle. Ils s'arrangent pour coordonner les efforts.

— Et les plus importants?

— Je n'en connais pas.

— Je veux dire quels sont ceux qui ont le plus de pouvoir?

— Personne.

Ang s'énervait, la phase de prolixité de l'androïde semblait s'être évanouie. Chica s'en rendit compte mais jugeant que l'état n'était pas critique attendit silencieusement que l'homme fut plus explicite pour exprimer ses idées. Ce n'était pas à elle d'extirper l'angoisse de cet humain, c'était lui qui devait faire le travail. En tout cas, c'est ainsi que devaient ce passer les choses chez les humains d'après Adela.

Ang revint à la charge.

— Quels sont les chefs de la troisième pyramide ou ceux dont les fonctions sont capitales pour la survie.

— La commanderie, répondit Chica.

Elle commença à citer dans l'ordre alphabétique : Gus Arrow, chef de l'énergie…

Au douzième nom, le Khmer l'interrompit. Il n'apprendrait rien d'intéressant de cette manière, et sa soif de parler avec quelqu'un s'était dissipée, surtout que ce quelqu'un n'était même pas humain. Pourtant, il était intrigué et ne put s'empêcher de poser encore une question.

— Et comment sont-ils élus, tous ces chefs?

— Ils ne sont pas élus. Ce sont les meilleurs, ceux en qui les hôdons font le plus confiance. Et, s'il faut choisir entre deux personnes dont aucune n'émerge, je suppose qu'ils utiliseraient leurs dés.

— Encore! Je comprends maintenant pourquoi il y avait deux boîtes de mille dés chacune dans les objets divers que j'ai ramenés dans le tycho-drôme.

Chica ne comprenait pas les inquiétudes de l'humain. Elle pouvait consulter les informations, mais elle n'avait pas de souvenir de la Terre et de ses habitants. Elle ne pouvait pas concevoir que la hiérarchie et le pouvoir était une de leur préoccupation.

Le troisième millénaire était celui du doute généralisé de l'autorité. Certains historiens plaçaient l'origine de ce mouvement au mois de mai 1968. En fait, ce fut beaucoup plus la technique qui, à l'instar de la révolution industrielle, ébranla insidieusement la société. On s'accorde à dire que ce fut l'apparition de la micro-informatique qui modifia le monde d'alors. Peu à peu, des réalisations impossibles ou rares devinrent possibles. La médecine en bénéficia, s'enrichissant d'une instrumentation, si merveilleuse, et pourtant presque instantanément banalisée comme si elle avait toujours existé. L'armée aussi en profita, ne parlait-on pas de guerre électronique. Mais le plus extraordinaire et le plus impalpable fut la communication : une arme à double tranchant. La possibilité d'éditer ses documents et de les diffuser à travers la planète n'était plus l'apanage d'une minorité. L'information n'était plus celle que les gouvernements et les médias voulaient bien offrir. Les anarchistes n'étaient pas les seuls qui savaient où et comment trouver les secrets d'états, les ennemis des régimes en place ne se gênaient pas, quitte à falsifier la vérité s'il le fallait. Et avec quelle facilité les malfrats s'échangeaient des renseignements, d'un train de banlieue à un autre, toujours insaisissables! La guerre électronique n'était déjà plus une affaire militaire mais civile, et personne ne l'avait vu venir.

Les mutations furent nombreuses et non seulement, la mondialisation de l'économie et de la politique "clean". Les peuples se rendirent petit à petit compte que les chefs qu'ils avaient légalement élus n'étaient pas des dirigeants, pas les seuls, en tout cas. Peu à peu, grâce à la communication planétaire accessible à tous, les gens découvrirent les intrigues, des plus mesquines aux plus meurtrières. Le doute s'infiltra sapant la confiance de la politique "clean", renommée plus tard, politique "patch".

La spécialisation de l'abeille dans la ruche est normale si l'on considère les limites de son intelligence. L'intelligence des mammifères est telle, que malgré leur possibilité d'autonomie, nombreuses sont les espèces qui vivent en communauté pour mieux subvenir à leurs besoins. Malheur à ceux qui oublient que l'homme est un mammifère et non un insecte!

Les sectes longtemps pourchassées ressortirent de l'ombre, les politiques, les religions et les philosophies bannies revirent le jour. Il valait mieux faire confiance au patron d'empire qu'aux présidents de parade et aux ministres dont peu restaient simultanément intègres et vivants. Les premiers apportaient au moins de quoi vivre, les seconds ne faisaient que des lois timides et aseptisées ou terrorisaient les habitants de l'autre côté de la planète. Les recettes de paix sociales ne marchaient plus, les quotas antiracistes et anti-sexiste ne leurraient plus. Les distractions qui consistaient à accuser un autre peuple de danger pour la paix mondiale, non plus. La communication permettait à tous de découvrir la vérité, ou tout ou au moins de débusquer le mensonge. Même les insectes finissent par se rebeller.

Quand apparut la troisième révolution technologique, la micro-énergie, l'abcès creva. Beaucoup d'historiens considèrent que le monde revint à une sorte de féodalité, certes, hautement technologique mais peut-être encore plus inhumaine. L'abeille savait maintenant tisser sa toile comme une veuve noire. Le poisson pilote avait des dents de requins. Et les meutes de loups chassaient d'autres meutes de loups.

Ang était issu d'une meute dont l'intelligence de l'androïde non biologique n'avait pas de notion.

Arrivés à Jérusalem, les nouveaux immigrés furent présentés aux sept mères de Hôdo qui se chargeraient de les assigner provisoirement à des clans et qui veilleraient à leur intégration. C'était toujours BB qui accueillait la première avant d'envoyer les futurs colons chez Adela, où ils seraient immunisés des maladies connues de la planète, et où leur profile psychologique serait analysé. Ensuite seulement, les rudiments des us et coutumes locales leur seraient expliqués par un psychothérapeute qui aurait aussi, par la suite, la mission de chasser les névroses qui empêchent chaque hôdon d'atteindre une pleine harmonie vis-à-vis de soi et des autres. Enfin, Cheng les affecteraient à une équipe de travail selon leur goût et leur compétence.

<<Chapitre 12 (Complots) | Chapitre 14 (L'ambassadeur )>>

Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Wiki
Communauté
Dépôt multimedia
Boîte à outils