Adam smith

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Adam Smith : Vie, œuvres, concept

Adam Smith : Vie, œuvres, concept : la vie et la pensée du grand économiste anglais Adam Smith.

tumb tumb Sa statue à Edimbourg

Sommaire

Présentation

Adam Smith est surtout connu pour avoir écrit un ouvrage qui allait devenir la référence historique du libéralisme, un ouvrage assez aride, Recherches sur la Nature et les Causes de la Richesse des Nations (en abrégé La Richesse des Nations), publié le 9 mars 1776 à Glasgow, en Écosse.


Son auteur est un homme réputé austère, un célibataire de 53 ans qui a été professeur de philosophie morale de l'Université de Glasgow, et a déjà publié un volumineux ouvrage intitulé Théorie des sentiments moraux en 1759, qui donne aussi des conférences très appréciées de ses étudiants. Il va devenir grâce à La Richesse des Nations et bien malgré lui, le fondateur de la science économique contemporaine et l’illustre représentant de l’entrepreneur.

Un professeur très ordinaire

Cet écossais né en 1723 à Kircaldy, est d’abord attiré par la poésie, publiant un premier recueil dès l’âge de 25 ans, enseigne la rhétorique à l'Université de Glasgow puis la philosophie morale. Dès le début, naît une amitié durable avec le penseur et philosophe David Hume, un homme qui va profondément influencer son évolution. Ils portent un regard détaché sur la religion, ce qui est rare à cette époque. [1]

Il entretient une relation d'amitié déférente avec David Hume, célèbre penseur écossais de douze ans son aîné, dont il partage le détachement à l'égard de la religion officielle ainsi qu'avec Thomas Reid, philosophe contemporain qui l'a aussi influencé. [2] Dans la Théorie des sentiments moraux, il s’intéresse particulièrement aux fondements des modes de jugement, la façon dont se forme le jugement dans l’esprit des hommes, les mécanismes qui président à la prise de décision.

Adam Smith ne veut pas tomber dans la routine de l'Université et en 1763, il entreprend un grand voyage en Europe et, en cette occasion, rencontre d’éminents hommes de ce «Siècle des Lumières» comme Turgot et Voltaire, malgré ses difficultés avec la langue française, en vogue à l’époque dans les salons. De retour dans son pays, il entame l’écriture de La Richesse des Nations puis devient commissaire des douanes. Choix assez curieux pour ce chaud défenseur du libre-échange et de l'économie de marché, ce métier l’oblige à appliquer les mesures protectionnistes votées par le parlement.[3]

Les concepts d'Adam Smith

Il est d’abord un homme fortement marqué par les idées des «Lumières», soucieux de concilier les aspirations individuelles et les comportements collectifs. La prééminence des relations hiérarchiques et du religieux s’estompent dans cette conception de la société. La théorie «mercantiliste», basée sur l’augmentation de la quantité du numéraire représenté par les métaux précieux est largement contestée. En fait, les rapides progrès techniques créent une situation totalement nouvelle, comme l’invention de la machine à vapeur de James Watt en 1769 cette brutale révolution industrielle implique une autre vision de l’économie, au libéralisme moral d'Adam Smith qui reste toute très éloigné d’un néolibéralisme qui se répand au XXIe siècle.[4]

La division du travail

Adam Smith comprend vite l'importance que va prendre le concept de division du travail, fondement de la nouvelle économie : «Les plus grandes améliorations dans la puissance productive du travail, et la plus grande partie de l'habileté, de l'adresse, et de l'intelligence avec laquelle il est dirigé ou appliqué, sont dues, à ce qu'il semble, à la division du travail» écrit-il dans le livre Premier, chapitre premier de La Richesse des Nation. Il développe son fameux exemple de la manufacture d'épingles : un homme, même s’il est habile, ne peut fabriquer une épingle mais si les étapes élémentaires de la fabrication sont décomposées et réparties entre plusieurs personnes, celles-ci peuvent, même sans formation ou talent particulier, en produire un nombre important à un faible coût. Cette fabrication de masse signifie aussi qu’on puisse l’écouler facilement et pour ceci, il faut impérativement réduire les droits de douane pour favoriser le libre-échange.

État de droit et intérêt général

Outre cette révolution industrielle, l’époque connaît aussi une révolution politique avec l’apparition de règles démocratiques et du respect des droits de la personne à travers des textes que les Anglais appellent l'Habeas Corpus, votés en 1689. Ceci permettait également d’imposer le respect des contrats entre les personnes , d’éviter tout arbitraire de l’Etat ou d’un puissants groupes en partant de l’idée que la conjonction des intérêt particuliers devait converger vers l'intérêt général. C’est de ce postulat qu’Adam Smith tire son concept de la «main invisible», dont on dit qu’il est né quelques années plus tôt dans l’esprit d’un médecin nommé Bernard Mandeville et présentée dans son ouvrage "La Fable des Abeilles", vices privés, bénéfices publics. Dépenser tout son agent est plutôt une qualité pour l’économie et la prospérité contrairement à la thésaurisation qui ne crée aucune dynamique. Encore faut-il que l’État-gendarme réprime les excès de ce système.

Le concept de la « main invisible »

Adam Smith constate que l’homme est par nature, et sans porter un quelconque jugement moral, guidé par son intérêt personnel : « Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils apportent à leur intérêt. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n'est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c'est toujours de leur avantage. » [5]

Dans une société libérale comme l'est la société anglaise de l’époque, un entrepreneur sert la collectivité sans en avoir conscience, tout en travaillant pour son profit personnel : «En préférant le succès de l'industrie nationale à celui de l'industrie étrangère, il ne pense qu'à se donner personnellement une plus grande sûreté ; et en dirigeant cette industrie de manière que son produit ait le plus de valeur possible, il ne pense qu'à son propre gain ; en cela, comme dans beaucoup d'autres cas, il est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions ; et ce n'est pas toujours ce qu'il y a de plus mal pour la société, que cette fin n'entre pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d'une manière bien plus efficace pour l'intérêt de la société, que s'il avait réellement pour but d'y travailler. » [6]

Le moraliste Adam Smith, indifférent en matière religieuse, emploie ici l'expression «main invisible» de façon quelque peu ironique, en référence à la «main de Dieu» que les prédicateurs chrétiens de son temps ont toujours à la bouche. Ce qu'il n'écrit pas, parce que cela lui paraît tout simplement évident dans la Grande-Bretagne de la fin du XVIIIe siècle, c'est qu'il faut un État de droit et un État fort pour que la somme des intérêts personnels conduise à l'intérêt général. Contrairement à un contresens contemporain, que l'on retrouve tant chez les néolibéraux que chez les néomarxistes, la «main invisible» n'est pas un pur esprit. C'est la main de l'État qui oriente et dirige les actions de chacun par des lois judicieuses.

L'État fait en sorte, par exemple, que les détenteurs de capitaux trouvent intérêt à investir ceux-ci dans la construction de logements ou d'usines plutôt que dans l'achat d'œuvres d'art ou dans le trafic de drogue... De façon plus moderne, il fait en sorte, par un système d'assurances sociales, que les médecins trouvent avantage à soigner les pauvres comme les riches.

Le rôle du marché

Dans son premier livre comme dans son second, Adam Smith fait des comportements individuels le moteur de la vie sociale. Il ne sert à rien à la puissance publique de vouloir les ignorer ou les contraindre. Il faut les orienter au mieux de l'intérêt général en usant de lois incitatives (flatterie, intérêt). En cela, Adam Smith se distingue de la majorité de ses suiveurs, qui assimilent l'être humain à un "homo aeconomicus" sans âme. C'est le cas de Karl Marx, pour qui tout la vie sociale et politique est subordonnée à l'«Économique» (facteurs de production), aussi bien que des économistes néolibéraux de ce début du XXIe siècle, qui idolâtrent le «Marché» et voient dans une concurrence libre et sans contrainte la clé du bonheur universel.

Pour Adam Smith, le marché est ce que les hommes veulent qu'il soit. Il est vertueux dans une société vertueuse et mafieuse dans une société mafieuse. Chaque individu agit selon ses capacités dans le sens le plus favorable que lui indique la société. À Kinshasa ou Palerme (État délétère), l'individu talentueux cherche fortune dans le crime. À Vancouver ou Stockholm (État de droit solide), dans la création d'une entreprise de services avec pignon sur rue. Aujourd'hui, on peut se demander à l'heure de la mondialisation néolibérale, quel rôle joue encore la pensée des « Lumières », souvent récupéré et sortie de son contexte.

Infos complémentaires

Voir aussi

   Son œuvre maîtresse Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations
   L'article Lumières écossaises
   "Adam Smith : Vie, œuvres, concept", Alain Bruno, éditions Ellipses Marketing, 2001.

Notes et références

  1. Voir son ouvrage Théorie des sentiments moraux, 1759
  2. Voir l'essai de Thomas Reid Essais sur les facultés de l'esprit humain publié en 1785
  3. Voir sur cette question Gilles Deleuze, Empirisme et subjectivité, Paris, PUF, coll. Épiméthée, 1953
  4. Sur les conditions socio-économiques de cette époque, voir Principes des sciences morales et politiques (1792) d'Adam Ferguson
  5. Voir Livre Premier, chapitre 2 de La Richesse des Nations
  6. Voir Livre 3, chapitre 3, La Richesse des Nations

tumbPhoto-montage : Smith et Obama

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