Albert Camus à Briançon

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Albert Camus à Briançon

             <<<<<<<<<<<<<< Albert Camus lors d'un séjour à Briançon >>>>>>>>>>>>>>
          
Camus et sa femme

Présentation

L’hiver 1946-47 à Paris est particulièrement humide et donc malsaine pour un homme tuberculeux comme Albert Camus qui a déjà connu plusieurs rechutes. Dans la capitale, son appartement de la rue Séguier, trop haut de plafond, est inchauffable, surtout dans cet immédiat après-guerre de pénurie énergétique. [1] Comme en 1939 où une grave rechute à Oran l’obligea à aller se soigner au Panelier dans la Haute-Loire [2] , il se résout à partir respirer le bon air des Alpes.

Il arrive à Briançon le 17 janvier 1947 au terme d’un fatigant voyage de 16 heures et s’installe au Grand Hôtel près des remparts. En cette saison, l’établissement est désert et inconfortable, sans électricité ni eau chaude, ce qui ne remonte pas le moral de Camus dont la famille est partie se reposer à Oran. Ce "fils de la mer et du soleil" déteste d’autant plus cette montagne que depuis son arrivée, il ne cesse de neiger. Dans ses Carnets, il note : « Le soir qui coule sur ces montagnes froides finit par glacer le cœur. Je n’ai jamais pu supporter cette heure du soir qu’en Provence ou sur les plages de la Méditerranée. »

Nostalgie du soleil d’Oran où se trouvait sa femme Francine, bien qu’il préférât toujours Alger à Oran, cette ville qu’il avait choisie pour y situer son récit La Peste. Il a toujours détesté les villes sombres, traversées de pluie et de brume et choisira justement une ville du nord et une ville de canaux, Amsterdam, pour y situer son roman La Chute que son héros Jean-Baptiste Clamence a choisi comme une pénitence.

Briançon, grand hôtel

Pour surmonter sa déception et sa solitude, Camus organise avec soin ses journées : [3]

- Debout à 9 heures, il lit pour se mettre en forme, surtout Hegel et Orwell pendant son séjour, en prenant des notes ; - L’après-midi, il s’occupe d’abord de sa correspondance, écrit surtout à "son cher professeur" Jean Grenier alors en poste en Égypte. [4] Entre eux, c’est une grande amitié et une longue correspondance, il lui écrit à cette occasion, « Vous ai-je dit que j’ai passé en novembre huit jours à errer d’Avignon à Lourmarin et j’en ai gardé une profonde impression. » Il évoque Henri Bosco et Lourmarin que Jean Grenier connaît bien, ce village de Lourmarin que Camus retrouvera dix ans plus tard. [5]

- Á partir de 16 heures, il travaille à son essai sur la révolte qui deviendra L’Homme révolté et, après le repas, jusqu’à 22 heures 30. Il se promène dans la ville de Briançon tout en échafaudant des projets sans lendemains comme une pièce de théâtre sur le gouvernement des femmes. Sa vie est alors comme une respiration dans les difficultés de l’écriture, de la vie parisienne et du journalisme, malgré le climat qui l’exaspère. Peu à peu, il reprend du poids, sa santé s’améliore enfin et son moral par la même occasion. Il relit La Peste qui doit paraître dans quelques semaines, pense avec le journaliste Rambert « qu’il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul » ou au docteur Rieux qui le ramène à sa condition d’écrivain quand il dit que « l’essentiel est de bien faire son métier. »

Le succès de La Peste « ne changera rien à son travail ni à ses doutes sur lui-même » écrira son biographe Herbert R. Lottman. C’est sans doute à Briançon qu’Albert Camus prit la décision de se centrer de nouveau sur l’écriture et de quitter le journal Combat qu’il dirigeait depuis 1943.

Briançon en hiver

Repères bibliographiques

  • Jean Grenier, « Camus », biographie, éditions Gallimard
  • Albert Camus, "Carnets, tome II", édition Gallimard

Références

[1] Il décrira cet appartement avec beaucoup d’ironie dans l’une des nouvelles de L’Exil et le royaume, « Jonas »
[2] Il s’est installé près du Chambon-sur-Lignon dans la pension tenue par madame Œthly, tante par alliance de Francine Camus
[3] Voir la biographie de Camus écrite par Herbert Lottman page 87
[4] Voir la correspondance entre Albert Camus et Jean Grenier parue chez Gallimard
[5] Á la fin de sa vie, Camus achètera à Lourmarin, commune où il est enterré, une maison où il pensait passer de plus en plus de temps et écrire dans le calme

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