Anty

La culture en toute liberté.
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Présentation de la pièce

Le mythe d'Antigone revisité et transposé au XXe siècle (30 mn, 13 jeunes).

Les personnages

Les enfants du pouvoir

  • Anty: fille d’un chef qui a disparu tragiquement, nièce du président Créon.
  • Ismy : sœur d’Anty
  • Bogdan : fils de Créon

Les enfants de la ville

  • Steph
  • Maëlle
  • Aïcha
  • Paolo

Les exilés

  • Lila
  • Leïla
  • Kim

Les gardiens de la colline

  • Ron
  • Chris
  • Klara

Les lieux

  • Le palais
  • La ville
  • La colline

La pièce

Premier tableau

- dans la ville -


Maëlle : Tout est calme ce soir.

Aïcha : La nuit va bientôt tomber et les frères ne sont pas rentrés...

Maëlle  : Jusqu’à quand ?

Aïcha : J’aime pas quand ils nous laissent seules dans la nuit.

Maëlle : Je me demande si je préfère pas entendre les missiles tomber. C’est encore plus insupportable d’attendre, quand on sait que ça va recommencer.

Aïcha : le jour, c’est les tireurs fous qui s’amusent à nous prendre pour cible...

Maëlle : Puisque ça va recommencer. Parce qu’on est condamnés à rester dans ce trou à rat.

Aïcha : La nuit, c’est un déluge de feu et d’acier.

Maëlle : Aïcha, j’ai entendu un bruit (elle vient se blottir contre sa sœur)

Aïcha : Mais non, frangine, t’as rêvé ... Tout va bien, calme-toi. J’ai réussi à approcher du parc tout à l’heure. Tu sais ce que j’ai vu ?

Maëlle : Trois chars calcinés entre des arbres abattus...

Aïcha : Et trois tulipes rouges au milieu...

Maëlle : J’aimerais tant pouvoir les cueillir.

Aïcha : Pour les donner à qui ? On n’a même pas la tombe de nos parents à fleurir.

Maëlle : Pour moi, juste pour me réchauffer les yeux.

Aïcha : Non, Maëlle, laisse-les où elles sont. Elles narguent la folie des hommes.

Maëlle : J’ai entendu du bruit...

Aïcha  : (protégeant sa sœur) Moi aussi.

Paolo : (apportant un carton) Ca va, les filles ? Regardez on a été géniaux !

Steph : Ça fait des semaines qu’on n’a pas trouvé un butin pareil !

Aïcha : Vous avez rencontré quelqu’un ?

Paolo : Oui, la bande à Gorb, ceux qui sont dans le sous-sol de l’hôtel Continental...

Steph : Il paraît que la nuit dernière a été terrible.

Maëlle : Oui, ben on a entendu...

Paolo : C’était rien, ça... Non, il paraît que pour la première fois, les deux clans se sont retrouvés face à face, sur la colline des Honneurs Ephémères. Les chefs étaient en première ligne.

Steph : Attends je raconte ... Vous les imaginez tous les deux face à face, ce fou de Théo, les yeux injectés de sang, et l’autre, le renégat, Nys... Et derrière eux les armées, et au-dessus les missiles qui tracent le ciel...

Aïcha : Arrêtez, vous dites n’importe quoi. On sait bien que les chefs ne sortent jamais de leurs abris, pas fous !

Paolo : Eh bien si, ils l’ont fait, la nuit dernière. Question d’honneur, sans doute. Ils sont ennemis, mais ils sont frères, et les seuls héritiers du pouvoir.

Steph : Je continue. Imaginez: ils s’avancent l’un vers l’autre, lentement, les yeux dans les yeux, l’arme à la main. Qu’est-ce qu’ils vont faire ? Discuter ? Peut-être faire la paix ?

Aïcha : Faut pas rêver...

Steph : L’un des deux s’arrête, il s’apprête à parler ...

Paolo : Arrête ton délire... Ce qu’on nous a dit, c’est qu’on sait pas d’où le premier coup de feu est parti, on sait pas si c’est d’un des deux chefs ou d’un soldat

Maëlle : Moi je dis que c’est Théo, c’est un boucher ce type. Il a expulsé tous nos copains, sous prétexte qu’ils étaient Circassiens.

Paolo : On ne sait pas qui a commencé, mais ils y sont restés tous les deux, Théo et Nys, et le combat a été atroce. Il a duré jusqu’au matin.

Steph : Et puis depuis plus rien. Pas un coup de feu de toute la journée, et ce soir , rien.

Aïcha : C’est vrai, les garçons. La nuit est tombée et c’est le silence...

Maëlle : Ça fait combien de nuits que c’était pas arrivé ?

Aïcha : Tu te rends compte, frangine, une nuit où on pourrait dormir ?

Maëlle : Un jour où on pourrait courir...

Paolo : Du calme, les filles. Il faut rester vigilants.

Aïcha  : (en berçant sa sœur) Trois petites tulipes rouges, toutes fragiles, qui poussent sur la cendre et le sang.



Deuxième tableau

- au palais -

Anty : Je les pleure tous les deux de la même manière, Ismy, même si mon cœur penchait plutôt pour l’un des deux, parce que c’étaient nos frères.

Ismy : Pourquoi ce destin funeste qui s’acharne sur notre famille ? Qu’est ce que nous avons fait aux dieux pour mériter ça ? Nos parents d’abord, et puis maintenant nos frères...

Anty : Ils ont tous cru en notre pays, chacun à leur manière, avec leurs défauts et leurs erreurs... Et aucun n’a su éviter la guerre.

Ismy : Mais maintenant Créon a été proclamé président. Notre famille quitte le pouvoir. C’est enfin fini, Anty.

Anty : Je voudrais en être aussi sûre que toi ...

Bogdan : Bonjour, mesdemoiselles.

Anty : Bonjour Bogdan. Qu’est-ce qui t’arrive ce matin ? Tu ne viens pas nous faire la bise ?

Bogdan : Mesdemoiselles, le Président m’a chargé d’assurer votre sécurité.

Anty : Ce cher petit Bogdan ! Assurer notre sécurité ! Tu te fiches de nous ? Ça fait des mois qu’on vit en enfer, et aujourd’hui tu parles d’assurer notre sécurité ?

Ismy : Dis-nous plutôt ce qui se passe... Cette nuit de silence, qu’est-ce que ça signifie ?

Bogdan : Ça signifie que les hostilités ont cessé, et que les deux camps ont remis les armes au Président.

Anty : La mort de nos deux frères étaient donc indispensable ... Si cela pouvait atténuer mon chagrin...

Ismy : Et tu parles de notre sécurité ? Mais c’est fini, Bogdan, le temps de la peur. Nous allons enfin pouvoir sortir librement, comme avant. Pas vrai, Bogdan ?

Bogdan : Non mademoiselle.

Ismy : Oh, arrête de m’appeler « mademoiselle » ! Qu’est ce qui te prend ? Et pourquoi dis-tu non ? Tu n’as pas envie de sortir de ce palais, de te trouver un petit coin tranquille pour draguer ta chère Anty ?

Bogdan : Mesdemoiselles, par ordre du Président, il vous est interdit de sortir de ce palais.

Ismy : Quoi ? répète ?

Anty : Arrête, Ismy. (à Bogdan) Et tu as le culot de te présenter comme le responsable de notre sécurité, alors que tu es là pour nous surveiller, nous espionner, nous retenir prisonnières. Un garde-chiourme, Bogdan, c’est comme ça que ça s’appelle et tu n’as même pas le courage de le dire ?

Bogdan : Le Président m’a demandé d’assurer votre sécurité.

Anty : Mais le président, comme tu dis, c’est Créon, c’est ton père. Et tu n’as pas eu le courage de refuser cette mission répugnante. Je te déteste !

Bogdan : Votre vie est en danger si vous sortez en ville.

Anty : Ah oui ? Et qui en a décidé ? Le Président, c’est ça ?

Bogdan : Le peuple a trop souffert sous votre famille. Les gens veulent votre mort, ils veulent être à jamais débarrassés de vous.

Anty : Bien joué, Bogdan. Tu as bien appris la leçon! Et tu es fier de toi ? Tu sais très bien que personne ne nous reconnaîtrait... et que tout le monde se fiche de deux gamines sans aucun pouvoir.

Bogdan : Je suis responsable de votre sécurité, mesdemoiselles.

Ismy : OK ! On a compris ! Alors, si on ne peut pas sortir, donne-nous au moins des nouvelles du dehors...

Anty : Dis-nous par exemple ce que sont devenus les corps de nos frères.

Bogdan : Le corps de Théo va être ramené au palais. Il aura droit à des funérailles nationales.

Anty : Et Nys ?

Bogdan : Il restera sur la colline.

Ismy : Comment ça ?

Bogdan : Le Président a décidé que le corps d’un traître ne méritait pas de funérailles.

Anty : Belle justice, vraiment ! N’étaient-ils pas frères et ne sont-ils pas morts tous les deux pour leur pays ?

Bogdan : L’un avait choisi la juste cause. L’autre a trahi.

Anty : Comment ça, trahi ? Quel a été le tort de Nys ? Choisir l’alliance avec les Circassiens, c’est ce que tu appelles « trahir » ?

Bogdan : Il a fait appel à la force internationale. Il a livré notre pays aux étrangers.

Ismy : Ça c’est la propagande de ton père !

Bogdan : C’est la vérité !

Anty : Pas la peine d’insister, sœurette... Monsieur le responsable de notre sécurité, tu vas nous emmener sur la tombe de notre frère, tu veux bien ?

Bogdan : C’est impossible, mesdemoiselles.

Ismy : Comment ça, impossible ? Débrouille-toi pour nous trouver une escorte, mais nous avons le droit de voir le tombeau de notre frère, tout de même !

Bogdan : C’est impossible, mesdemoiselles.

Anty : Ça suffit, Bogdan. Je vais trouver ton père et on va s’expliquer;

Bogdan : (la retenant) Le Président a décidé que le corps d’un traître ne méritait pas une sépulture. Les deux Comment ?

Bogdan  : En représailles pour les crimes qu’il a commis contre son peuple, le corps du traître Nys demeurera exposé aux vautours. Quiconque contreviendra à cette volonté sera puni de mort (Il sort).



Troisième tableau

- sur la colline -

Ron : A toi, Klara, c’est ton tour.

Klara : OK, j’y vais.

Chris : Ils sont cinglés de nous avoir filé une fille, c’est pas un boulot pour elle.

Ron : Paraît que c’est elle qui s’est portée volontaire. Drôle de nana !

Chris : Ouais, ben moi je voudrais être à cent lieues d’ici. Le jour encore, ça va, y’a du mouvement... Le nettoyage du lieu des combats, ça met de l’animation.

Ron : sauf que maintenant y’a plus rien à récupérer. On a tout piqué : les montres, les bijoux, les armes, le fric... C’est fini le bon temps.

Chris : Il reste l’autre là, à surveiller... Dans l ’état où il est, il risque pas d’aller loin...

Ron  : Ouais, moi ça me fait gerber ce coup-là. Moi, j’avais douze ans quand Théo m’a enrôlé dans sa milice, et toi, combien ? Dix ? On en a vu, pas vrai ? Mais des coups tordus comme celui-là, non...

Chris : Oui...

Ron : Refuser une tombe, c’est pas humain... Même un chien, on le traite pas comme ça.

Chris : Les ordres, mon vieux, ça se discute pas.

Klara : Non, ça ne se discute pas. Pas un bruit, pas un mouvement. Tout va bien.

Ron : Toi, ça te fait rien de monter la garde autour d’un corps qu’on refuse d’ensevelir ?

Klara : C’était un traître.

Ron : Mais c’était un homme, quand même !

Klara : Il faut un exemple, pour que personne ne recommence jamais ces erreurs.

Ron : OK, ça c’est la version officielle...

Klara : Donc, c’est la vérité.

Ron : Eh ben dis donc, t’es grave, toi !

Chris : (amenant Ron à l’écart) Tais-toi, Ron, je suis sûr qu’on l’a mise là pour nous espionner... Tiens ta langue si tu ne veux pas avoir d’ennuis.

Klara : Chris, c’est ton tour !

Chris : OK . J’y vais. (il sort. Les deux autres se regardent en chiens de faïence)



Quatrième tableau

- au palais -

Anty : Ismy, dis si tu veux m’aider, si tu veux lutter avec moi.

Ismy : Qu’est-ce que tu veux tenter ?

Anty : Regarde ces ongles, c’est la seule arme qui me reste.

Ismy : Tu veux l’enterrer, malgré la défense du Président ?

Anty : C’est mon frère, c’est le tien aussi. Je ne pourrai pas vivre avec l’idée que j’ai renié mon frère.

Ismy : Tu braveras la loi du Président !

Anty : Il n’a pas le droit de traiter ainsi mon frère. Sa loi n’est pas ma loi.

Ismy : Malheureuse, regarde notre famille, regarde nos parents, tous les deux disparus dans des conditions horribles, nos deux frères qui s’entre-tuent. Maintenant, regarde les deux sœurs abandonnées, prisonnières. Imagine notre fin lamentable si nous nous dressons contre les ordres du Président. Nous sommes des filles, Anty. Comment combattre contre des hommes ? C’est de la folie ! On est obligées de céder. Moi, je n’ai pas la force de désobéir.

Anty : D’accord. Je ne te demanderai plus rien. Ne change pas d’avis, tu me déplairais. Moi, j’ai un frère à enterrer. Ma mort me sera belle quand mon esprit sera libéré.

Ismy : Malheureuse, j’ai peur pour toi.

Anty : Ne tremble pas pour ma vie, songe à la tienne.

Ismy : Au moins, n’en parle à personne. Je me tairai.

Anty : Non, dénonce-moi au contraire. Je ne veux pas de complice.

Ismy : Ta folie te perdra, Anty.

Anty : Assez de conseils. Laisse-nous, moi et ma folie, faire ce que nous croyons juste. (elle sort)

Ismy : Eh bien vas-y puisque tu le veux. Vas-y, sœurette, tu sais que je t’aime.



Cinquième tableau

- dans la ville -


Aïcha : Steph, écoute, j’entends quelqu’un...

Steph : Mais calme-toi, voyons, on n’a plus rien à craindre.

Maëlle : C’est pas normal, ce silence. C’est pas normal qu’on voit personne. La ville, elle est morte, ou quoi ?

Paolo : Mais non, du côté de la poste ils ont commencé à déblayer

Maëlle : Pourquoi ils viennent pas dans notre quartier, alors ?

Steph : Simple, on est dans un quartier Circassien, alors on sera secourus en dernier.

Paolo : Et en attendant, on se démerde tous seuls.

Aïcha : Je te dis que quelqu’un arrive...

Maëlle : Mais oui, regardez ! On dirait Kim et ses sœurs...

Steph : Doucement... On n’oublie pas qu’ils sont Circassiens et que c’est à cause d’eux que tout est arrivé...

Kim : Bonjour (silence) Ça fait plaisir de vous revoir (silence) On peut s’asseoir ? Les camions nous ont déposés à l’aéroport. On a fait tout le chemin à pied.

Leïla : Ça va, Paolo ?

Paolo : (après un regard à Steph) Ça va. t’as vu dans quel état est le quartier ... Et vous, ça va ?

Lila : Nous, on nous a trimballés comme des paquets. Partez, avancez, arrêtez, revenez ! Numéro 1458, à gauche ! Numéro 5863 à droite !

Steph : Peut-être mais vous étiez à l’abri des missiles...

Lila : Tu sais ce que c’est qu’un camp de réfugiés ? Des milliers de personnes dans la boue, sous des tentes, avec les épidémies qui s’installent ?

Steph : Et toi, tu sais ce que c’est que passer la nuit sous des tirs de missiles ? Les sifflements qui t’assourdissent et toi qui sais pas si celui-ci, il va être sur ta gueule ?

Kim : Ça suffit, tous les deux. Si on est revenus, c’est pour retrouver notre maison et vivre comme avant.

Maëlle : On vivra jamais comme avant

Aïcha : Vos parents?

Leïla : Disparus. On ne sait pas où. Et les vôtres ?

Aïcha : Un missile. Il y a deux mois maintenant qu’on est livrés à nous-mêmes.

Steph : (à Kim) à cause de vous.

Lila : Comment ça ?

Steph : Oui, c’est à cause de vous, les Circassiens, que tout est arrivé...

Lila : Ah bien sûr, tant qu’on était vos esclaves, y’avait pas de problèmes pour vous !

Steph : Faut pas exagérer. Ce pays c’est notre pays. On vous tolérait, c’était déjà pas mal, non ?

Lila : Et depuis quand c’est davantage votre pays que le nôtre ? T’as été au cimetière ? Tu les as vues, les tombes des Circassiens ? T’as vu les vôtres ? Elle est où, la différence ? Pourquoi on serait juste « tolérés » ? Parce qu’on est moins nombreux que vous ? C’est une raison, ça ?

Steph : Parce que c’est notre pays !

Lila : Facile ! tu vois bien qu’on peut pas discuter avec vous ! Vous êtes bornés !

Kim : Ça suffit tous les deux ! On n’est pas revenus pour se battre. On a assez souffert comme ça. Et les maisons ?

Paolo : Ben, tu vois...

Maëlle : Qu’est-ce qu’on va faire ? Les petits sont encore petits ...

Aïcha : Pas question qu’on nous sépare

Maëlle : On s’est occupé d’eux pendant les moments les plus durs, on va pas nous les enlever maintenant que la paix a l’air de s’installer...

Lila : C’est pourtant ce qui risque d’arriver... On va nous dire qu’on n’a pas les moyens de s’en occuper, que la maison est insalubre ...

Leïla : Moi je veux rester avec vous, je veux pas qu’on m’emmène ...

Paolo : Moi, de toutes façons je partirai pas et si on m’emmène de force, je reviendrai.

Kim : Bon, ben alors il faut s’y mettre. Par quoi on commence ? On va pas rester dans ces gravats !

Steph : On commence par en dégager une...

Maëlle : Lila, il reste des vieux seaux, viens on va aller chercher de l’eau.

Lila : OK, j’ai tellement de choses à te raconter...

Kim : (à Steph) Allez, mec, on s’y colle ?

Steph : C’est parti !



Sixième tableau

- sur la colline -

Ron : Et quand les vautours auront tout bouffé, qu’il ne restera plus que les ossements, qu’est-ce qu’ils vont en faire ? Ils vont les laisser là ? Jusqu’à quand ?

Klara : On ne et demande pas de réfléchir. On te demande juste de faire respecter la loi.

Ron : La loi de qui ? Est-ce qu’on nous a demandé notre avis, pour la décider, cette loi ?

Chris : (arrivant) Klara, t’as vraiment rien vu quand t’as fait ta ronde ?

Klara : Non, pourquoi ?

Chris : Quelqu’un est venu, quelqu’un a essayé de recouvrir le corps de terre.

Ron : Ça devait arriver ...

Klara : Et tu n’as vu personne ?

Chris : Si, une silhouette blanche qui courait ...

Klara : Eh bien on y va, il faut la rattraper .

Chris : Pas la peine, elle est trop loin.

Ron  : Il fallait que quelqu’un le fasse. C’est bien comme ça.

Klara : Allons au palais, il faut avertir le Président.

Chris : T’es folle ! C’est nous les responsables... On va finir en prison, ou pire encore !

Ron : Tu vois une autre solution ?

Chris : Oui, il y en a une autre : tout remettre en état.

Ron : Tu veux dire ....

Chris :

Oui :

Ron : Ah non, ne comptez pas sur moi.... Plutôt la prison.

Klara : Alors il n’y a pas de temps à perdre : au palais.



Septième tableau

- dans la ville -

Lila : Mais on est sûr que c’est elle ?

Paolo : Qui veux-tu que ce soit ? Tu imagines l’un de nous risquer sa vie pour ça ?

Lila : C’est cruel quand même de refuser …

Paolo : Cruel ? Et ce qu’ils nous ont fait, c’est pas cruel, peut-être ? Qu’est-ce qu’on leur doit, comme reconnaissance ? De vous avoir jetés sur la route, de nous avoir abandonné sous les bombes ?

Lila : (après un silence) Qu’est-ce qui va lui arriver ?

Paolo : Que veux-tu qui lui arrive ? Les lois des rois sont rarement faites pour les rois.

Lila : Qu’est-ce que tu en sais ?

Paolo : regarde autour de toi… La ville est détruite. Il ne reste plus qu’un seul bâtiment debout : le palais. Toutes les guerres sont ainsi : on massacre, on pille, mais les dictateurs restent à leur place.

Lila : (après un silence) Pourtant, elle n’a que trois ans de plus que nous. On aurait pu aller à la même école, jouer dans la même cour de récréation.

Paolo : C’est ça … Et puis tu lui aurais filé le résultat des problèmes quand elle aurait séché ! T’as déjà vu des princes aller dans les écoles des pauvres ?

Lila : N’empêche que si c’est elle qui a fait ça, elle est courageuse !

Paolo : Quand on vit dans un palais, c’est facile d’être courageux !

Lila : Peut-être… Mais c’est pas certain. Moi, à sa place je ne sais pas ce que je ferais…

Paolo : Oui, ben t’y es pas à sa place, et puis ton courage, eh bien tu le gardes pour ce qui t’attend aujourd’hui. T’en auras bien besoin ! (il sort)

Lila : Quand même elle a du courage … (criant à Paolo) Tu comprends rien, Paolo ! (plus bas) Ce qu’elle a fait, je suis pas sûre qu’un garçon l’aurait fait.



Huitième tableau

- au palais -

Anty : Tu as entendu, Ismy ? Et ils ont accepté ! Les lâches ! Effacer les traces de la nuit ! Mais Créon est devenu fou !

Ismy : C’est le prix à payer pour la paix.

Anty : La paix n’a rien à voir avec le tombeau de notre frère.

Ismy : Tu as essayé, Anty, c’est bien. Tu as été courageuse.

Anty : Non, Ismy, la peur a été la plus forte. Quand j’ai entendu la garde approcher, mon cœur s’est affolé, je n’étais plus maîtresse de mes gestes.

Ismy : Tu as échoué. il faut te soumettre.

Anty : Jamais, Ismy, tu m’entends ! Une nuit de plus sera une nuit de trop.

Ismy : Tais-toi, j’aperçois Bogdan.

Bogdan : Laisse-nous, Ismy (elle sort) Je sais ce qui s’est passé cette nuit, j’ai tout compris. Mon père le sait aussi. Nous avons décidé de fermer les yeux, par souci d’apaiser ta colère. Mais tu dois savoir que la garde de la colline a été renforcée et que si tu nous faisais l’affront de recommencer, Créon serait impitoyable.

Anty : Mais pourquoi un tel acharnement ? Bogdan, nous nous connaissons bien, tu ne peux pas approuver ...

Bogdan : La question n’est pas là. Quand la loi est dite, elle s’applique à tous.

Anty : Et quand elle est indigne ?

Bogdan : Ce n’est pas à toi d’en décider.

Anty : Et à qui alors ? C’est de mon frère qu’il s’agit ! de mon frère !

Bogdan : Nul n’est responsable du destin qui s’abat sur sa famille. Ecoute, Andy, les bruits qui montent de la ville. Tu entends ce grondement ? C’est la vie qui reprend. C’est la seule chose qui compte. Je comprends ta douleur, Anty, et je la partage. Mais dis-toi qu’elle est nécessaire au retour de la paix (il sort)

Anty : Ils ont tous les mêmes arguments... La paix ! Est-ce que mon cœur est en paix, lui ?



Neuvième tableau

- dans la ville -


Leïla : C’était qui ?

Kim : Je ne sais pas .

Aïcha : Qu’est-ce qu’elle voulait?

Kim : J’ai rien compris, elle parlait de la colline, du corps de Nys...

Steph : Tais-toi, tu sais bien qu’on ne doit pas prononcer ce nom ... La milice de Créon rôde dans le quartier, ce n’est pas le moment de nous attirer des ennuis.

Lila : Et qu’est-ce que tu lui as répondu ?

Kim : Qu’on avait à faire ici, que ça nous intéressait pas, ses histoires ...

Maëlle : T’as bien fait.

Paolo : Elle est où maintenant ?

Kim : Elle est partie vers les faubourgs.

Leïla : Elle était bizarre, non ? On avait l’impression qu’elle parlait comme un automate, qu’elle ne voyait personne, et qu’elle se fichait de ce qu’on allait lui répondre...

Maëlle : J’ai l’impression qu’elle est un peu dingue, non ?

Aïcha : Tu la connaissais ?

Kim : Non, jamais vue...

Steph : Bon, ça suffit pour aujourd’hui. J’en ai assez, pas vous ?

Kim : Oui, une bonne nuit de repos, et demain on remet ça .



Dixième tableau

- sur la colline -

Ron : (seul) Les nuits sont de plus en plus froides. Ou bien c’est moi qui ne supporte plus de rester tout seul, sur cette colline. Seul parmi les vautours. Un vautour parmi les vautours.

Klara : (arrive avec Chris, ils tiennent Anty fermement) Cette fois tu ne nous échapperas pas !

Anty : Mais je n’ai pas envie de vous échapper... J’ai fait ce que je devais faire, le reste n’a plus d’importance.

Chris : (à Ron) Tu la connais ?

Ron : C’est Anty, la sœur de Nys. (Chris s’écarte)

Klara : Retiens-la imbécile !

Chris : Mais c’est la sœur de ...

Klara : Et alors ? Tu veux la laisser échapper une seconde fois ? Allez, vite, au palais !



Onzième tableau

- au palais -

Klara : (à Bogdan) Nous vous amenons cette jeune fille. Nous l’avons surprise agenouillée auprès du corps de Nys. Elle s’est levée, elle est allée chercher de la terre et elle en a recouvert le corps avec grand soin.

Bogdan : Anty, qu’as-tu à dire ?

Anty : Rien, tout ce qui a été dit est exact.

Bogdan : Tu connaissais l’interdiction ?

Anty : Tu me l’as assez répétée !

Bogdan : Tu connais donc la punition.

Anty : J’ai fait ce que je devais faire. Plus rien n’a d’importance.

Bogdan : Tu es la seule dans la ville à penser ainsi ...

Anty : Ils pensent tous comme moi, mais vous leur avez fermé la bouche.

Bogdan : Et Théo, n’était-il pas ton frère aussi ? Tu l’outrages en donnant au traître la même mort que lui.

Anty : Ils sont morts tous les deux. Ils ne sont pas ennemis, ils sont frères.

Bogdan : L’un divisait la patrie, l’autre la défendait.

Anty : La mort est la même pour les deux.

Bogdan : Et tu vas les rejoindre, Anty, par ta folie !

Ismy : (arrivant) Je suis aussi coupable qu’Anty, je veux ma part de châtiment !

Anty : Tu étais au palais quand je faisais mon devoir .

Ismy : Ne me rejette pas. Je veux te suivre dans la mort.

Anty : Tu ne le mérites pas. Je ne veux pas que tu t’attribues une gloire à laquelle tu n’as pas droit.

Ismy : Mais je n’aimes plus la vie, si tu n’es pas là !

Anty : Il te reste bogdan.

Ismy : Pourquoi essaies-tu de me faire du mal ?

Bogdan : Vous êtes folles d’orgueil, toutes les deux. Qu’on emmène la coupable ! (les gardes emmènent Anty)

Ismy : A quoi sert cette mort, Bogdan. Ton père et toi, vous vous entêtez sans raison. C’est vrai que son orgueil a conduit Anty à la folie, mais tu sais bien, au fond de toi-même, qu’elle a raison. Vas en parler à ton père, tu peux encore tout arrêter. Ou laisse-moi lui parler si tu n’as pas ce courage. Il faut sauver Anty. Souviens-toi de ces années que nous avons passées ensemble au palais. Combien de fois avons-nous fait le serment de ne jamais nous séparer ? Comment peux-tu avoir oublié tout ça, Bogdan? (il la repousse)



Douzième tableau

- sur la colline -

Ron : Elle y a laissé la vie, mais finalement elle a gagné. Plus personne n’a touché au corps de Nys. Il a eu la plus belle des sépultures, celle de l’amour d’une sœur. Et c’est bien ainsi.

- dans la ville -

Steph : Cette fois on en a vraiment fini avec cette famille de fous. Bogdan n’a pas supporté qu’on exécute Anty. Il a tué Créon avant de se donner la mort.

Kim : La ville se reconstruit, la vie s’organise. On parle d’élire le prochain président.

Maëlle : Et puis un jour, peut-être, on oubliera ce qui s’est passé...

Leïla : Peut-être qu’il ne restera rien de tout ça dans la mémoire des hommes...

Lila : S’il doit rester un souvenir, ce sera celui d’une jeune fille qui a bravé la loi...

Aïcha : Une jeune fille qui a eu le courage de désobéir …

Paolo : … pour donner un tombeau à son frère.

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