Art morbide ? morbid art

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Alain Georges Leduc : Art morbide ? morbid art

Référence : Alain Georges Leduc, "Art morbide ? morbid art", préface Pierre Bouvier, Éditions Delga, 2007, 110 pages, isbn 978-2-915854-07-7

Art morbide ? morbid art est un essai critique sur l’art pictural contemporain écrit par l’écrivain et critique d’art Alain Georges Leduc.

Sommaire

Présentation

L’art officiel, dénonce Alain Georges Leduc, est « futile, ludique et cynique » ; il occulte les vrais créateurs, ceux qui expérimentent, produisent de nouvelles formes pour donner du sens. Dès le début, il précise l’objet de son essai par ce sous-titre : "De la présence de signes et de formes fascistes, racistes, sexistes et eugénistes dans l’art contemporain". L’artiste n’a guère de chance contre le système de gestion culturelle, contraint dans une « servitude volontaire » de privilégier le rôle de l’argent.

L’art au service du pouvoir, Alain Georges Leduc prend l’exemple de l’Allemagne nazie avec la cinéaste Leni Riefenstahl ; Cette sujétion au politique ne veut pas forcément dire art mineur, comme le montrent les écrivains français Brasillach ou Drieu La Rochelle. La croix gammée peut devenir symbole de dénonciation comme ‘L’Ange du foyer’ de Max Ernst ou de rejet chez Roland Topor dans ‘La peste brune’ ou encore chez Gudmundur Erro dans ‘Ils lèvent la tête’, image choisie pour illustrer la couverture du livre.

Dominants et dominés

Parmi les figures de dominés, la femme a le rôle prépondérant. Le sexisme publicitaire est toujours aussi présent sous des formes parfois plus cachées, souterraines [1] et l’instrumentalisation de la femme aussi prégnant dans la mode. [2]

Avec des plasticiens comme Franck Scurti, le schéma n’a guère changé : l’homme décide et les petites mains exécutent. Les alibis actuels sont du genre « faire de sa vie une œuvre d’art » ce qui justifie les débordements. Alain Georges Leduc dénonce l’analyse de certains penseurs comme Pierre-Michel Menger pour qui « le créateur est une figure exemplaire du nouveau travailleur. » L’artiste peut être à la fois son propre maître et son propre esclave et depuis ‘l’œuvre de Zola, rien n’a vraiment changé.

Art officiel et marchandise

Difficile pour un artiste de garder ses distances, de ne pas succomber aux sirènes comme Pierre Daix, dignitaire communiste et homme lige du millionnaire François Pinault. L’art officiel, à force d’engendrer des supports et des objets endogames, manque de créativité, ne produisent, écrit l’auteur, « que néo pompiers et cyber-croûtes. » Textes choquants et postures subversives n’y changent rien, créer est action autonome de longue haleine. Imre Kertész, prix Nobel de littérature, ne disait-il pas : « La condition suprême pour créer, c’est de ne pas pouvoir être publié. »

La marchandisation de l’art implique celle du corps. Ainsi il n’y aurait plus de tabou en la matière. Le corps se met en scène dans cette société de spectacle qui pousse au narcissisme ; un corps objet symbole du corps marchandise. La publicité offre de son côté nombre d’exemples de dissolution du sens, comme cette faucille et ce marteau en or sertis de diamants. Sous l’effet des techniques, l’art évolue sans cesse, bousculé par l’effet des OGM, des circuits de l’infiniment petit gravés dans le silicium, des biotechnologies, des organismes transgéniques. [3] C’est dans ce contexte que réagissent les artistes, des œuvres transformistes de Jean-Luc Verna à ‘l’art épidémik’ de Joël Herbaut.

Les manifestations artistiques en réponse aux actions de groupes réactionnaires, les ultras ont même recours à l’auto mutilation comme Pierre Pinoncelli ou Stephan Sagmester. On entre ainsi de plein pied dans le ‘morbid art’. Ainsi cynisme et faux-semblants paraissent avoir triomphé, mentalité qui, d’après Philippe Corcuff a tendance à se diffuser. [4] « Art d’asservissement » commente l’auteur à propos de poissons rouges dans un mixer qu’on peut actionner en pressant un bouton.

Éthiques et Corps

Cette fascination du morbide s’étend à des scènes d’horreur s’apparentant à une leçon d’anatomie ou aux danses macabres médiévales aux accents téléologiques [5] La fascination de la force, la confrontation des agressivités à travers Arno Breker ‘le Praxitèle hitlérien’, qui s’inscrit dans cette perspective. Le corps, objet d’exposition artistique, devient corps virtuel avec les progrès de l’informatique, des logiciels, l’intelligence artificielle qui tendent à reproduire le fonctionnement des systèmes biologiques sur des robots. Nul roman qui sache ‘parler du monde’ comme un René Ballet. [6]

« Synecdoque, partie d’un tout », écrit l’auteur, quand tout évolue sous l’effet d’un contexte mondial tendu et hétérogène. On en est maintenant aux fibres anti cellulites et aux étoffes cicatrisantes. L’œuvre d’art « n’est jamais indépendante des conditions économiques et sociales de sa production. [7] Elle est utilisée par notre société comme un recours, mis en avant pour gommer sa ‘sauvagerie foncière’. [8] Bioéthique ou pas, le clonage devient le principal danger d’eugénisme et le temps n’est pas si loin, dit l’auteur, où en croisant de l’homme et de l’araignée, on obtiendra Spiderman…
De belles perspectives pour le ‘morbid art’.

Références citées dans l’ouvrage

  • "Fascination du fascisme", Susan Sontag, Le Magazine littéraire, 1977
  • "Arno Breker et l’art officiel", Bernard Noël, éditions Jacques Damase, 1981
  • "Les idoles de la perversité" – Figures de la femme fatale dans la culture fin de siècle, Bram Dijkstra, édition Le Seuil, 1992
  • "La misère du monde", Pierre Bourdieu, éditions Le Seuil, 1993

Notes et références

  1. Voir exemples pages 25-26
  2. Voir l’exemple de Vanessa Bercraft pages 26-27
  3. Voir les exemples pages 61 à 63
  4. Voir son article dans Télérama de février 2003
  5. Voir Philippe Ariès, "L’histoire de la mort en occident du moyen-âge à nos jours". Voir aussi exemples pages 83-85
  6. Voir "L’hôtel des deux gares", René Ballet, Le Temps des cerises, 1994
  7. Voir Erwin Panofsky, "Les antécédents idéologiques de la calandre Rolls-Royce", édition Le Promeneur, 1988
  8. Michel Clouscard, "La capitalisme de la séduction", éditions Delga, 2006 et Pierre Bourdieu, "La distinction", éditions de Minuit, 1979
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