Bernard Clavel dans le Rhône

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Bernard Clavel dans le Rhône entre Lyon et Vernaison

        <<<<<< Les débuts de l'écrivain Bernard Clavel >>>>>>
<<< Fiche du 5 octobre 2011 pour le 1er anniversaire de sa disparition>>>
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Dès 1946, Bernard Clavel s’installe avec sa femme et son premier fils, dans une petite maison à Vernaison, village situé à la sortie sud de l’agglomération lyonnaise. Il se sent libre, un ‘sauvageon’ dit-on, toujours pieds nus dans ses sahariennes, vivant l’existence quotidienne des riverains dans ce milieu entre terre et eau qu’on appelle "les lônes" du Rhône, formées d’une végétation touffue de plantes et d’arbustes parfois épineux, les "vorgines". Il aimait sentir la matière vivante, créer de ses mains comme son père pétrissait son pain, maniait avec plaisir la truelle et le rabot et passait de longues heures devant son chevalet à tenter de saisir sur sa toile les reflets irisés des eaux changeantes du Rhône. 5

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Inauguration du parc Clavel à Vernaison

Il écrit aussi et le virus de l’écriture ne va pas tarder à supplanter la peinture. Débuts difficiles avec la naissance de deux enfants, une vie d’artiste ponctuée de petits boulots. Il commence à écrire dans la revue Résonances dirigée par Régis Neyret, nombre d’articles sur la culture locale puis sera homme de radio à Radio-Lyon, s’exerçant à la fiction. Il connaît quelques succès d’estime, prix Résonances du jury (présidé par André Maurois) et prix des lecteurs pour sa nouvelle "La Cane". Il publie en feuilleton dans le journal Le Progrès de Lyon un récit intitulé "Vorgines", histoire largement inspirée de sa vie à Vernaison, paru plus tard sous le titre "Pirates du Rhône". [1] En 1957, il quitte Vernaison pour s’installer à Lyon, d’abord sur les rives de Saône, quai Romain Rolland dans le Vieux-Lyon puis à partir de 1961, sur le cours de la Liberté dans le quartier de la Préfecture.

tumbL'écrivain en 1968

Sa relation particulière avec Lyon et le Rhône naîtra très tôt d’un premier voyage chez des cousins qui habitent sur le cours Gambetta, près du fleuve et de la place du Pont. Il veut absolument voir les bas-ports du Rhône au pont de La Guillotière où débarqua "le Petit Chose" en oubliant son perroquet, cet endroit où « l’Hôtel-Dieu se reflète dans le fleuve. » [2] Il évoquera plus tard ce souvenir, écrivant : « Tout ce que j’ai écrit sur la batellerie, sur la puissance du Rhône, est parti de là. La ville de Lyon est devenue en quelque sorte ma deuxième patrie après le Jura. » Le Rhône exercera sur le gamin qu’il était alors, une telle fascination qu’il en fera le "héros" de plusieurs de ses romans, jusque dans ses dernières œuvres. [3] Il écrira même un roman "La Révolte à deux sous" dont la ville de Lyon est le véritable héros, histoire d’une des révoltes des canuts, les ouvriers lyonnais qui travaillaient la soie, qui ont émaillé le XIXe siècle. [4]

tumbClavel et sa femme Josette Pratte

Quelques temps après, lors d’une autre visite avec son père qui recherche son ami Ponard, il parcourt à pieds tout le quartier de La Croix-Rousse, arpentant les Pentes à partir de la place des Terreaux, passant devant le bâtiment des Beaux-Arts qu’il aurait aimé fréquenté, sillonnant en vain les rues du Plateau. Le lendemain, ils firent de même dans le quartier de La Guillotière où ils finirent par débusquer l’ami boulanger. De son premier roman, sa seconde femme Josette Pratte dira : « C’est exactement l’atmosphère qu’on retrouve dans tes romans lyonnais. » [5] Atmosphère qu’on retrouve aussi avec cette neige sale des rues de la Presqu’île entre la place Bellecour et la gare de Perrache dans son roman "Le Retour du père" ou les rues étroites et tristes du Vieux-Lyon dans "L’Homme du Labrador".

Á Lyon, il se lie d’amitié avec deux autres écrivains lyonnais Gabriel Chevallier [6] et Jean Reverzy, "le médecin des pauvres", pour qui confie-t-il dans une interview : « j’ai pleuré comme un enfant quand il est mort en juillet 1959. » Avec Reverzy, ce n’est pas seulement la littérature qui les unit, leur passion commune pour Gauguin, [7] c’est une vision commune de la vie, « son poids d’humanité vraiment extraordinaire. » Gabriel Chevallier est plus distant, d’un abord plus difficile mais confie Bernard Clavel, « nous avons mis du temps à nous connaître, c’est ensuite une amitié indéfectible. »

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Inauguration de la bibliothèque Bernard Clavel à Courmangoux dans l'Ain

C’est aussi à Lyon que Bernard Clavel va commencer le long combat pour la liberté, contre la violence et la guerre, qu’il mènera toute sa vie. [8] Il dénoncera par exemple les défilés militaires dans un article de Résonances. Il se battra contre les injustices et sera en particulier aux côté de Robert Boyer pour demander la révision du procès de Jean-Marie Devaux, injustement condamné pour le meurtre d’une fillette à Bron dans la banlieue lyonnaise. [9]


Bibliographie sélective

  • Romans : Le voyage du père, Robert Laffont, 1965, Le Seigneur du fleuve, Robert Laffont, 1972, Le Silences armes, Robert Laffont, 1974, La Révolte à deux sous, Albin Michel, 1992
  • Essais et récits : Paul Gauguin, Éditions du Sud-Est, 1958, Le massacre des innocents, Robert Laffont, 1975, Lettre à un képi blanc, Robert Laffont, 1979, Le Rhône ou les métamorphoses d'un fleuve, Éditions Hachette Littérature, photos Yves-André David, 1979
  • Préfaces : Mourir pour Dacca, Claude Mossé, Robert Laffont, 1972, Ecrits, Louis Lecoin, Union Pacifiste (UPF), Boulogne, 255 pages, 1974, Revue Liberté de Louis Lecoin, pacifisme et objection de conscience, Les Travailleurs Face à L'armée, Jean Authier, Union Pacifiste de France, Albin Michel, 1992

Autres fiches consultables :

   Bernard CLAVEL à Courmangoux dans le Revermont
   Bernard CLAVEL à Château-Châlon
   Bernard CLAVEL à Dôle

Références
[1] « Il y a encore des gens qui me disent : "Je vous ai découvert en lisant ‘Vorgines’ dans Le Progrès" » aime à dire Bernard Clavel
[2] Les bâtiments de l’Hôtel-Dieu s’élèvent sur le quai, à l’angle de la rue de la Barre, face au pont de La Guillotière. L’Hôtel-Dieu a été désaffecté en 2010 et sera reconverti en centre d’activités et d’affaires dans les prochaines années.
[3] Sur sa description du Rhône, en particulier sur sa puissance, voir ses deux romans "Le Seigneur du fleuve" et "La Table du roi"
[4] Sur la révolte des Canuts, voir l'excellent livre de l'historien lyonnais Fernand Rude : "La révolte des canuts, 1831-1834", essai (poche), paru en 09/2007
[5] Roman intitulé "Le Retour", jamais publié et déposé dans le fonds Bernard Clavel à la bibliothèque de Lausanne
[6] Gabriel Chevallier : écrivain lyonnais surtout connu pour avoir écrit "Clochemerle" et la suite en trois volumes. Bernard Clavel aimait surtout son roman "La Peur", dénonciation de la guerre.
[7] Bernard Clavel écrira à cette époque une biographie du peintre Paul Gauguin
[8] Voir en particulier son essai-témoignage intitulé "Le Massacre des innocents"
[9] Voir ma fiche sur L'Affaire_Deveaux

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