Brassens et Nucéra

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Georges Brassens et Louis Nucéra

Louis Nucéra, Prix interallié 1981, Grand prix de littérature de l’Académie française 1993, Prix Mac Orlan 1996
Georges Brassens, Prix du disque de l'académie Charles Cros, Grand prix de poésie de l’Académie française

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Georges Brassens et Louis Nucéra, le chanteur et l’écrivain, une histoire d’amitié qui commence en 1954 au Palais de la Méditerranée à Nice où Louis Nucéra alors rédacteur au journal Le Patriote, est venu interviewer un Georges Brassens qui n’est encore guère connu. Et entre eux, le courant passe immédiatement. La soirée se poursuit dans la Vieille-Ville en bordure de la promenade des Anglais, autour d’une pissaladière. Ils se trouvent de communes racines ouvrières italiennes [1] et ouvrières. [2] La rue de l’hospice à Sète avait des airs de l’avenue des Diables-Bleus à Nice où habitait Louis Nucéra. Ils ont aussi les mêmes lectures fondatrices de François Villon aux symbolistes.

« Avec eux, écrit Bernard Morlino dans sa préface au livre de Nucéra sur Brassens, la nostalgie est toujours une machine à remonter le temps. » Les conceptions de Brassens finirent par déteindre sur son copain Nucéra qui dira « je dois aux recommandations de Georges d’être un homme inflexible avec lui-même qui ne s’occupe pas d’amender ses semblables. » Dès lors, chaque fois que Georges Brassens passait à Nice, ils se rencontraient et Louis Nucéra en profitait pour l’interviewer. Brassens qu’il considérait comme « le Rabelais du XXème siècle,» lui confia qu’il se connaissait suffisamment pour traduire ce qu’il ressentait. [3]

Il "montait" aussi à Paris voir Brassens dans son antre de l’impasse Florimont où il y retrouvait quelques "copains d’abord", Raymond Devos, Boby Lapointe, Gibraltar son secrétaire, Emile Miramont, le "Corne d’aurochs" de la chanson, et quelques autres. [4] Selon Brassens, sa technique de composition reposait surtout sur des associations de sons et d’idées, « l’ambition d’exceller dans un art nécessite un peu de providence et beaucoup de persévérance. » [5]

Louis Nucéra a suivi toute la carrière de Brassens, d’abord à travers la grande série d’interviews de 20 émissions diffusées sur RTL en janvier et février 1974, ainsi que les 26 articles qu’il lui consacra, à l’occasion de ses tournées, ses passages à l’Alhambra et à Bobino, et bien sûr à Nice au Palais de la Méditerranée, où Louis Nucéra l’attendait de pieds fermes.

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Louis Nucéra à Nice ........... Avenue-des-Diables-Bleus Nice ....... Sa femme Suzanne et le portrait de Louis

A l’été 1956, ils sont tous les deux à Cagnes-sur-mer où Brassens se repose avant de participer au film Porte des lilas, tiré d’un roman de l’ami René Fallet. En novembre 1963, Brassens reçoit le prix Vincent-Scotto mais surtout vient d’être opéré de calculs au rein gauche. Louis Nucéra retrouve son ami « la crinière toujours aussi frisée mais plus blanche ; 15 kilos de moins » constate le romancier. [6] Louis Nucéra évoquera de nouveau ses problèmes de calcules rénaux -« je suis un fabricant de pierres » constate Brassens- quand le 4 mai 1967 à Sceaux il sort de scène terrassé par la douleur. C’est l’ami Jacques Brel qui l’emmènera en pleine nuit à la clinique où il sera opéré.

Dans un article de l’été 1966, dans un restaurant de la rue de la gaîté, Nucéra raconte comment Joseph Kessel propose à Brassens de postuler à l’Académie française. Il refuse bien sûr, même quand Marcel Pagnol renouvelle cette offre… ce qui n’empêcha pas le chanteur de recevoir l’année suivante le Grand Prix de poésie de l’Académie française. [7] Ils se retrouvent aussi chez lui à Paris rue Santos-Dumont et vont à deux pas de là jusqu’au bistrot de Jean Walzack l’ancien boxeur ou au restaurant de l’ami sétois Pierre Vessel rue des Morillons.

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Palais de la méditerranée Nice . . . . Le clos des Morillons Paris 15ème ....

27 ans d’amitié, ça compte, écrit Louis Nucéra au lendemain de la mort de son copain Georges. Avec des amis, il lui avait organisé sur RTL une journée entière pour ses 60 ans le 22octobre 1981… et puis le 29, tout était fini. Ils parlaient souvent de leurs lectures, Brassens faisant découvrir à son ami la pensée anarchiste, lui passant Mémoires d’un révolutionnaire de Victor Serge, lui disant à propos de son roman Chemin de la lanterne « je crois vraiment que tu as trouvé ta musique. » Quand le romancier tardait à aller le voir sur la scène de Bobino, Brassens lançait à la cantonade : « Est-ce que ce galopin de Nucéra va venir ? » [8] « Galopin », c’est ainsi que Brassens l’avait surnommé, lui qui adorait donner des surnoms à ses amis. En juin 1984, pour célébrer celui qu’il appelait « l’anarchiste au visage d’aristocrate », Nucéra participa aux Journées internationales Georges Brassens qui eurent lieu à Sète ? A cette occasion, c’est Nucéra qui annonça les différents prix Georges Brassens décernés par sa ville natale et les amis de l’association Les copains d’abord. [9]

En octobre 1991, pour les dix ans de la disparition du poète, Nucéra donne plusieurs articles sur ses affinités avec Brassens, leur amitié renforcée lorsque Nucéra vint travailler à Paris chez Philips, la maison de disques de Brassens. Dès lors, ils se verront fréquemment, rencontres ponctuées de balades, « de franches rigolades, de déjeuners dans la cuisine, de plaisanteries souvent codées… » Dans l’un de ses derniers articles consacrés à Brassens, Nucéra se gausse de ceux qui qualifient Brassens de « "passéiste" », lui qui sait que « l’art est une nostalgie qui crée » selon Thomas Mann, ou de « "populiste" » alors « qu’il aime faire revivre le petit peuple dont il est issu. » Comme si se référer au passé impliquait « un mépris ou une détestation du présent et de l’avenir. » [10] Louis Nucéra n’eut pas le temps de publier ses souvenirs et articles sur Georges Brassens, lui le roi de la "petite reine" fauché par un chauffard en août 2000, et c’est Bernard Morlino qui présida à la publication du livre "Brassens, délit d’amitié".

Comme a écrit Louis Nucéra dans Avenue des diables bleus : « La vie est comme un miroir. Si tu lui souris elle te renvoie ton image.. »

Bibliographie

  • Bernard Morlino, "Louis Nucéra, achevé d’imprimer", Le Castor Astral, 2001
  • André Asséo, "Louis Nucéra, l'homme-passion", édition du Rocher, 2006
  • Louis Nucéra, Brassens délit d’amitié, préface de Bernard Morlino, éditions L’Archipel, 2001, ISBN 2-84187-326-9
  • Louis Nucéra, préface au livre de Philippe Chatel, "Georges Brassens, vedette à la une", éditions Saint-Germain des Prés, 1072, réédition 1980
  • Louis Nucéra, préface au livre d’Emile Miramont, "Brassens avant Brassens", éditions L’Archipel, 1993, réédition 2001
  • Quelques ouvrages de Louis Nucéra : "Avenue des Diables-Bleus", "Chemin de la lanterne" (prix interallié), "Le kiosque à musique", "Mes rayons de soleil", autobiographie

Notes et références

  1. Pour Brassens, du côté de sa mère Elvira
  2. Elvira et Jean-Louis Brassens pour le repassage et la maçonnerie, Baptistine et Louis sénior, tricoteuse et plombier
  3. Article paru dans Le Patriote de Nice et du Sud-Est le 23 décembre 1955
  4. Voir le témoignage d’Emile Miramont "Brassens avant Brassens", édition L’Archipel, 2001
  5. Cité dans le livre de ses deux amis Eric Battista et Mario Poletti, "Georges Brassens, souvenirs et portraits d’intimes", éditions du Grésivaudan, 1987
  6. Article du Patriote du 29 novembre 1963
  7. Louis Nucéra rappelle la parution de la biographie de Brassens dans la prestigieuse collection Poètes d’aujourd’hui chez Seghers, écrit par son ancien professeur Alphonse Bonnafé
  8. Voir l’article de Nucéra dans le livre "Brassens" de Nicole Ligney et Cécile Abdesselam, éditions Bréa, 1982
  9. D’après un article de Nucéra paru dans Le Figaro le 18 juin 1984
  10. Préface de Louis Nucéra au livre de Pierre Berruer "Brassens en Bretagne", éditions Ouest-France, 1991

Voir aussi

Association Les amis de Georges, Le mot de passe, 13 rue Pierre Brosselette, 94 400, Vitry-sur-Seine
Louis Nucéra
Louis Nucéra dans les Alpes du sud

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