Le Point Noir/Partie 2 : Ma peur

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Cette œuvre est basée sur une œuvre originale sous licence art libre.

Source : http://okedomia.blogspot.com/2007/03/le-point-noir.html

Auteurs de l'œuvre originale : Eleken Traski

Licences : N/A


Quelques minutes plus tard, une incursion à l’extérieur de cette demeure qui était la mienne ne m’apprit rien d’intéressant. Je ne relevai aucune trace, quelles qu’elles fussent, sous la fenêtre où j’avais vu apparaître le visage cadavérique. D’ailleurs, étrangement, je n’arrivais plus à me rappeler de lui autre chose que la blancheur de sa peau ridée et les ténèbres de ses yeux humides. Cela me dérangeait beaucoup, ce souvenir comme flou, qui hantait chacune de mes réflexions depuis cette nuit. J’avais peur pour mes nerfs. Ce dernier jour avait déjà été très éprouvant, et tout ceci, disons-le, dépassait mon entendement. Oui, j’avais peur. De cela, j’avais une conscience aussi aiguë que m’était étrangère et me paraissait irrationnelle la cause réelle de ma terreur.

Les heures qui suivirent, je les passais à lire les parties en clair du livre, mes essais succincts de décryptage des passages maquillés étant demeuré sans succès. Mes lectures de ces textes compréhensibles, à la fois trop peu nombreux et en même temps beaucoup trop explicite, m’apprirent des secrets de familles absolument terrifiants. Vraisemblablement, les membres mâles de ma famille vouaient, à une sorte d’entité démoniaque dénommée N’Bargol, un culte païen des plus douteux qui leur apportait, en échange de leur ferveur et pratique rituelle, une richesse qu’il est vrai possédait ma lignée. Cette maison et ma situation, en premier lieu, attestaient de cet état de fait. Par trois fois dans les textes, il était fait référence, de manière plus ou moins directe, à des viols ayant eut pour conséquence des naissances consanguines et révoltantes. Mais rien n’indiquait qu’elles n’avaient été bien plus nombreuses ou bien même faisaient-elles partie intégrante du rituel. Il était aussi vaguement question, dans un passage très court, du sacrifice, à l’âge d’un an, du frère de mon grand-père. Et bien que j’eusse préféré croire là à un tissu de mensonges, la chose permettait d’expliquer tellement de passages de mon enfance qu’elle acquit pour moi très vite le goût de la vérité. Mais quelle était donc cette marque dont il était fait mention quelquefois dans les écrits et qui désignait l’héritier du culte, celui qui serait sacrifié à la prospérité de la famille ?


L’enfant qui porte la marque fût porté, enveloppé dans un linge, à la cave où, tous, nous nous réunissions pour lui… (Je coupe volontairement ce long passage rempli de paroles incantatoires mais dénué d’intérêt pour les événements qui suivent, si ce n’est leur conférer une dimension ésotérique)… L’enfant hurla quand les flammes vinrent lécher le linge imbibé d’alcool, qui embrassa en une seconde. Cela dura longtemps. Plusieurs minutes de cris. Son frère est resté froid et solide durant le sacrifice. Il comprend qu’il est nécessaire d’empêcher les enfants du démon de peupler notre monde. Notre force tient à ce que nous évitons de sacrifier plus que nos âmes… Les porteurs de la marque sont identifiés très jeunes car s’ils venaient à sacrifier eux-mêmes une vie, ils ouvriraient la porte des dimensions séparant notre monde de celui du démon…


La journée tirait déjà à sa fin et ces lectures m’épuisaient. Je pris grand soin d’envelopper le livre dans son linge et de l’emporter avec moi à l’étage. Je ne voulais pas qu’il lui arrivât quoique ce fût dans la nuit. Je ne m’endormais pas rapidement, me retournant et me retournant sans cesse dans le lit. Quelque chose à la lisière de mon esprit tentait d’attirer mon attention sur un élément important, je le savais. Une information que mon inconscient tentait de communiquer à ma conscience. Après quelques heures de ce jeu, à bout de fatigue, je pris deux grands verres de whisky dans l’espoir d’assommer du même coup mes angoisses. Cela fonctionna sans doute car je ne me réveillai qu’au matin, après, il est vrai, un énième cauchemar. Ce fut le plus affreux de tous ceux que j’avais faits de toute mon existence. Je me trouvais dans ce qui semblait être une caverne à prédominance d’orange et de noir. L’orange était trop lumineux et faisait mal aux yeux, le noir, lui, absorbait toute lumière et me plongeait dans l’hébétude. De tous côtés, j’étais assailli de crissements, de souffles, de bruits de pas et de cris. Mais rien n’était visible autour de moi, il n’y avait que la pierre, brute et anguleuse. Je me sentais oppressé, en danger, surveillé dans mes efforts pour tenter de trouver une issue que je ne découvrirais d’ailleurs jamais à travers ces boyaux infernaux. Puis une ombre apparue face à moi, annonçant la venue du monstre diabolique qui se cachait à l’angle du tunnel. De haute stature, la silhouette n’était que vaguement humaine. Je lui hurlai de ne pas m’approcher, je tombai et me traînai à reculons sur le sol poussiéreux, essayant de m’éloigner de ce qui se dirigeait vers moi. Et alors que je m’apprêtais à découvrir l’incube qui se cachait à quelques pas de moi, je me réveillai, vociférant et suant dans mes draps humides. J’en vins à croire que ce rêve était la cause réelle des épisodes du même type que j’avais vécus au cours des jours précédents. Quelques secondes plus tard, Mme Missou accourut dans la chambre, se massant les mains en un geste stressé :

« Tout va bien monsieur ? Je vous ai entendu crier de la cuisine où je préparais votre petit déjeuner » me dit-elle. Je lui répondis, m’efforçant au calme :

« Ne vous inquiétez pas Paulette. J’ai juste fait un mauvais rêve ». Mais cela ne sembla pas la satisfaire.

« C’est seulement, monsieur, que votre cri était si terrifiant… Comme celui d’un homme face au dieu des enfers lui-même…

- Arrêtez donc ces sornettes vieilles femme. Je vous le répète, ce n’était qu’un mauvais rêve ».


Je fus moi-même surpris par la violence de ma réponse. Mme Missou détourna immédiatement le regard et sortit de la pièce. Je savais qu’il me faudrait lui présenter des excuses en temps voulu pour mon attitude, attitude que je ne m’expliquais pas vraiment. Après tout ce n’était qu’un mauvais rêve. Mais je n’en avais jamais fait de pareil avant ce jour. Cet univers… Et cette impression de réalité …

Avant de prendre mon petit déjeuner, comme chaque matin, je me rendis à la salle de bain afin de me débarbouiller. J’enlevai ma robe de chambre. Et je fus immédiatement frappé d’horreur. Ce n’était plus un grain de beauté solitaire que j’apercevais dans le miroir, sous la mimique de totale stupeur que reflétait mon visage, mais trois, disposés selon un parfait triangle isocèle. Le plus haut était situé sur la clavicule, les deux autres, espacés d’un peu plus de quatre centimètres, se positionnaient au-dessous. Quelle était donc cette horreur qui naissait sur mon corps ? Sans nul doute, j’étais atteint, sans le savoir, d’une maladie de peau que mon récent stress était en train d’activer. Trois points noirs. Gonflés. Le tout premier peut-être un peu plus gros que les deux autres. Avait-il grossi ? J’en avais peur. Mais pourquoi ces frissons de terreur remontant le long de mon échine ? Et cette douleur. Avant de les voir, j’avais oublié ce matin où l’apparition du premier d’entre eux m’avait laissé perplexe et vaguement inquiet. Mais maintenant, plus je les observais, plus je ressentais comme une pression et une légère brûlure à leur niveau. Je remis prestement mon habit pour cacher ces inquiétantes anomalies et descendis prendre mon petit déjeuner. Je ne sais pourquoi, je ne concevais pas d’appeler le médecin pour lui montrer le phénomène. Je me persuadai qu’un peu de repos suffirait à le faire disparaître.

Au cours du petit déjeuner, lorsque cette chère vieille gouvernante vint débarrasser la table, je résolus de lui poser quelques questions sur le passé ma famille.

« Madame Missou, comment dire ? … Ma mère a-t-elle déjà eu des activités que l’on pourrait… hum… qualifier d’étranges ?

- Monsieur, il n’a jamais été dans mes habitudes d’espionner mon ancienne maîtresse.

- Certes, j’en suis sûr. Mais n’avez-vous jamais remarqué des rendez-vous étranges ou des temps où elle partait sans rien dire ? Quelque chose d’anormal dans son comportement ? S’il vous plaît, répondez-moi.

- Non, monsieur. Rien dont je me souvienne.

- Merci à vous. »

La pauvre madame Missou me quitta, mais je voyais bien que mon récent comportement et mes questions la blessaient… À moins qu’ils ne la dérangent. Comment savoir ? Décidément, oui, toute cette histoire me dépassait.

Dans la journée qui suivit j’hésitais longuement à faire venir le médecin. J’avais à l’évidence de la fièvre. Mon épaule, portant les points noirs, me lançait de plus en plus souvent. Néanmoins, je n’en fis rien. Une intuition, peut-être, me disait que le vieil homme ne pourrait absolument rien pour moi. Quelque chose échappait à mon esprit dans toute cette histoire. Je crois bien que, dans l’après midi, je décidai que le temps ici ne me réussissait pas le moins du monde et qu’il me fallait quitter la région le plus tôt possible. Je me rendis à pied à la ville pour m’assurer de certaines démarches auprès du notaire en charge de l’héritage. Respirer cet air frais me fit le plus grand bien. Je pris certaines dispositions pour que la maison fût vendue le plus vite possible, et donc à un prix suffisamment attractif pour que l’affaire soit vite conclue. J’eus soin également de réserver un billet de train pour Paris dans des délais assez brefs. Je programmai mon départ pour le lundi suivant. Cela me laissait à peine plus de deux jours à passer en ces lieux. Je dois dire par ailleurs que revigoré et rassuré, tant par la ville que par les gens que je croisai au hasard des rues, je me moquai de mes frayeurs qui m’habitaient encore quelques heures plus tôt.

Je rentrai peu avant la tombée de la nuit. Je dînai tôt et retournai m’enfermer dans le bureau, pour achever d’y étudier ce maudit manuscrit dont j’avais désormais décrété que le contenu, à l’exception des éléments les plus explicables, n’était qu’un mensonge patent. Je ne pouvais pas nier par exemple que je croyais au viol de ma mère par mon grand-père et que celui-ci s’était déroulé dans les conditions qu’elle avait rapportées. Je ne doutais pas non plus que ma famille avait pratiqué de monstrueux rites sacrificiels aux cours des deux siècles qui venaient de s’écouler. Néanmoins je mettais tout le rituel sur le compte d’une croyance aussi ignoble que stupide. À l’évidence, en omettant volontairement de me le communiquer, ma mère s’était déjà refusée à le perpétuer. Le dernier pratiquant semblait donc avoir été mon grand-père. Ces découvertes me donnaient néanmoins des frissons d’horreur, aussi étais-je heureux d’avoir pris toutes les dispositions pour faire disparaître de mon existence personnelle les dernières traces de ce passé morbide et dément. Je savais aussi que je devrais détruire ce livre, mais sa lecture m’attirait comme une drogue. Je savais qu’il renfermait des secrets malfaisants, et pourtant je ne me résignais pas à le détruire avant d’en avoir extrait toutes les horreurs.

Puis, hier soir, j’ai revu la chose que j’avais aperçue derrière la vitre de la fenêtre du bureau. Je ne peux que l’appeler « chose », car j’ai la quasi-certitude que cette abomination n’est pas un être humain. Hier soir donc, j’étais sorti chercher un peu de bois dans la remise, pour alimenter le feu. La nuit était tombée sur notre monde. Madame Missou est une vieille dame, et je ne voulais pas la déranger. Elle devait déjà dormir, je l’avais suffisamment ennuyée pour la journée. Alors que je revenais, les bras chargés de quelques bûches de pin sec, j’aperçus, à travers les branches des sapins voisins, à seulement quelques mètres de moi, le même visage blafard. Je dois dire que je n’ai pas dormi depuis cette aventure, car elle est de loin la plus étrange et la plus épouvantable de toutes celles qui me sont arrivées ici. La lune venait de poindre dans le ciel, ce qui fait que j’avais une vue bien plus correcte de mon étrange visiteur que la dernière fois. Et c’est là où je demande la miséricorde du Seigneur, car je crois bien avoir reconnu ce soir-là dans ces traits difformes ceux de ma défunte mère. J’interpellai l’être, lui demandant qui elle était, car j’avais acquis l’assurance que, en dépit de son apparence immonde, il s’agissait au moins d’une femme. Elle s’enfuit immédiatement. Je la poursuivis dans le bois sur quelques dizaines de mètres avant d’abandonner. Cette chose courait bien plus vite que moi et, Seigneur, que je sois pendu si je mens, j’ai la certitude de l’avoir vue s’enfuir à quatre pattes, aussi svelte qu’un bouquetin, chacune de ses extrémités démoniaques recouverte d’une épaisse toison qui, dans le noir, ne me permettait de distinguer ni doigts, ni orteils. Je rebroussai chemin rapidement, tremblant, sentant la douleur sourdre dans mon crâne à mesure que mon cœur affolé pulsait le sang jusqu’à mon cerveau. Je ramassai la moitié des bûches au passage, il me faudrait me contenter de cela ce soir-là. Une fois installé dans le bureau, je tirai les rideaux afin que ne me fût infligé aucune nouvelle vision de l’obscurité qui m’enserrait de toutes parts dans cette maison et me replongeai dans la lecture du livre.


N’Bargol notre seigneur, notre bienfaiteur et notre malédiction la plus ultime. À chaque génération une vie doit lui être sacrifiée. Ma traînée de fille est incapable de prendre un homme alors je l’ai prise pour le salut de ce monde. Mais j’ai bien peur que l’enfant soit le dernier. Il me faudra attendre qu’il soit adulte et ait procréé un successeur pour faire le sacrifice… Je dois veiller… Mais la force risque de me manquer. À moins qu’il ne devienne lui-même porteur de la marque du démon. Auquel cas j’ignore ce qui pourra bien se passer. Ma lignée s’éteindra et avec elle le culte que je lui voue. Nous ne payerons plus de tribu…


Chaque lecture de ce passage me plongeait dans la perplexité la plus profonde. Ce texte était sans nul doute, par le style et les dates, l’œuvre de mon grand père incestueux. Cet enfant dont il est question, c’était moi, sans questionnement possible. Je fus pris de sueur car l’évidence était là. Ces mystérieux points noirs qui proliféraient sur ma peau. Cela ne pouvait être que la marque démoniaque dont mon grand-père parlait avec tant de clarté. Était-il possible que tout cela fût vrai ? Mon esprit, normalement rationnel et posé, se refusait à me rassurer du contraire. Trop de mystères, trop de zones d’ombre durant toutes ces années… Et puis, les événements de ces derniers jours. Cette mystérieuse apparition qui me terrorisait. Cette chose qui me rappelait ma mère. Cette chose qui me liait indiciblement à tous les événements décrit dans ce livre de malédiction. Pourquoi donc, ma mère avait-elle laissé cette lettre ? Pour me faire découvrir le livre certainement. Pour me faire perdurer le rituel ou le détruire. Horreur que voilà. Me mettre face à ce choix ! Moi qui n’ai jamais été initié à ces mystères. Payer les sacrilèges de mes ancêtres. J’étais pris au piège de toute cette folie. Il y avait encore seulement trois jours, j’aurais ri de cette histoire. J’aurais simplement détourné mon pas de ce chemin d’insanité et serais repartis vers ma vie bien rangée. Mais aujourd’hui, mais ce soir-là, plus rien ne semblait logique, assujetti à l’analyse. Je croyais à tout cela. Oui j’y croyais, cela ne faisait plus aucun doute. Trop de cauchemars ignobles, trop de rapprochement et d’événements mystérieux. Tout se liait dans mon esprit rendu malade. C’est fiévreux que je me levai de ma chaise et passai dans la salle de bain. Je voulais observer à nouveau ces points noirs qui torturaient mon esprit.


Malgré ma préparation, je fus choqué de voir que la progression de cette chose s’accélérait. Désormais, la marque prenait une forme tellement peu naturelle que je ne pouvais prétendre plus longtemps croire qu’elle ne fût pas liée à tous les événements récents et au livre maléfique qui occupait actuellement toutes mes pensées. La forme était celle d’un cercle parfait, amputé de quelques degrés en lieu et place des sommets de l’ancien triangle. De ces points prolongés de lignes courbes vers le centre où, semblait-il, devait venir se loger un dernier motif. Je savais alors que c’était bel et bien moi. Le dernier héritier. Celui qui libérerait la puissance de N’Bargol sur la terre de mes ancêtres si je n’étais pas sacrifié à lui. L’Héritier…

Le Porteur du Point Noir…

La Marque Démoniaque.



Le Point Noir/Partie 3 : Mon choix


Message de l'auteur original aux lecteurs

Je tiens à remercier toutes l’équipe du groupe « Fantasy, Fiction &Fantastique » de Lulu qui par son ambition à publier un recueil de nouvelles m’a motivé dans l’écriture de celle-ci qui se trouve être actuellement mon texte finalisé le plus long (Un jour prochain, « le lac rouge » le détrônera soyez en sûr). Il s’agit aussi d’un texte peu gore car il est destiné à un public de 13 ans ou plus. J’ai écrit et finalisé ce texte en m’imbibant de Korn, Epica, Nigthwish et Rob Zombie. Je remercie ces lecteurs anonymes qui m’encouragent chaque jour. Je tiens bien évidement à spécialement remercier mes amis qui me soutiennent dans mon entreprise et cette très chère lectrice avide de mes écrits qui hurle de colère à chaque fois que je finis un texte comme celui-ci et qui a toujours un regard plaisant sur mon travail.

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