Marguerite Yourcenar (Blot)

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MARGUERITE YOURCENAR : ÉTUDE DE JEAN BLOT

Sommaire

Présentation

  • Epigraphe :
« Juger ne va pas sans impertinence
ni s'abstenir sans lâcheté. »
Etiemble

L'œuvre de Marguerite Yourcenar surprend par sa diversité, l'absence de son temps et d'elle-même. Le temps est pour elle une structure compartimentée à la manière d'un espace. Elle rejoint Thomas Man qui dit que "l'actuel rentre d'emblée dans la catégorie de l'historique [...], le temps n'a pas une place privilégiée dans la suite des siècles". Il faut saisir l'actualité de l'histoire comme un présent et non comme un passé.Les hésitations mêmes qu'on décèle dans ses études de Thomas Mann, de Constantion Cavafy ou de Pinarèse indiquent bien que son œuvre cependant, est le contraire de la dispersion.

Avec l'étude sur Pindare, c'est une autre vision qu'elle propose, 'le poète des auriges et des lutteurs' est un nom qui convient bien à "cette revendication de la liberté des corps." Elle caresse l'espoir de combler le vide créé par la disparition du Thésée de Sophocle et d'Euripide. Dans le Thésée de Yourcenar, ce dernier ne rencontre et ne lutte que contre lui-même dans le labyrinthe et "ne terrasse qu'une part de son âme". Dans son autre pièce Électre ou la chute des masques, elle y aborde le versant le plus sombre de la Grèce, celui des Atrides. Elle se base sur la version d'Euripide, toutes les turpitudes qui agitent cette famille, il faut arracher leurs masques [1] pour qu'apparaisse "la vérité solaire du Destin" et de pouvoir l'accomplir ainsi. Et quand le masque tombe, "on ne rencontre plus que le vide ou le héros, ce vide qui rappelle son essai sur Mishima. [2]

En spécialiste de la Grèce, elle s'attache à définir le mythe par rapport au sacré. Pour elle, "le mythe offre des abcès de fixation à leurs impulsions destructrices, fait que les homme mettent en commun leurs angoisses." Ceci explique qu'elle s'intéresse à CG. Jung qui a posé les bases du concept d'inconscient collectif. Son œuvre révèle les archétypes qui n'apparaissent pas spontanément dans notre culture, pour rendre les mythes plus accessibles. Elle nous enseigne qu'une civilisation balance toujours entre raffinement et cruauté et n'est jamais à l'abri de la violence. Dans son univers, "l'esprit et les sens règnent ensemble".

La romancière

  • Son premier roman Alexis ou le Traité du vain combat, est une œuvre de jeunesse qui montre sa maturité et contient déjà ses thèmes majeurs : l'inné comme sens supérieur, la femme-victime, son 'anti-existentialisme'.
  • La Nouvelle Eurydice raconte l'histoire de Stanislas, l'un des rares romans de Yourcenar à se dérouler en France, qui revient dans son village et s'installe chez son ami Emmanuel d'Olinseul et sa femme Thérèse. Huis clos entre les trois personnages et amour non partagé de Stanislas pour Thérèse. Roman 'érotique' où Stanislas s'enfuit quand il comprend que Thérèse ne l'aime pas. Il revient cependant, torturé et bourré de remords mais Thérèse meurt d'une pneumonie, peut-être par sa faute et il apprend sa vie dissolue et qu'elle l'aimait peut-être. Comment savoir maintenant qu'elle est morte. Ambivalence des sentiments. Les deux hommes vont se déchirer jusqu'au suicide d'Emmanuel qui ne peut ni supporter la situation, ni pardonner à son ami.
  • Les trois romans suivants, Denier du Rêve, La mort conduit l'attelage et Le Coup de Grâce sont plutôt considérés comme des romans de transition préparant la rédaction de celui qui allait la révéler au grand public : les Mémoires d'Hadrien. Ils reposent d'abord sur des huis clos entre trois ou quatre personnages importants aux relations complexes conduits par des amours non partagés qu'ils soient de caractère homo ou hétéro sexuels avec une vision plutôt pessimiste des relations humaines. Ils sont aussi ancrés dans leur époque, essentiellement autour de la Première guerre mondiale avec la présence de la guerre et la montée du fascisme.

Le personnage de Zénon

Zénon fut sans doute le personnage favori de Marguerite Yourcenar. Il apparaît dès 1934 dans son roman "La mort conduit l'attelage" puis beaucoup plus tard en 1968 dans "L'œuvre au noir", dans la nouvelle 'D'après Dürer'. Ce roman très novateur se propose de 'raconter' une œuvre picturale. De l'œuvre achevée, on remonte aux sources, on assiste à la construction. L'œuvre au noir dans la terminologie des alchimistes, désigne l'étape de 'dissolution de la substance', moments plus difficiles à saisir que lorsque le processus est terminé.

Zénon, contrairement à Hadrien, est l'image de l'archétype vivant, cet achétype qui est "un mythe châtré... à une époque où les mythes n'intéressent que le savant ou le poète", écrit Jean Blot. Autour de Zénon, gravite sa famille : son oncle, banquier flamand qui exerce son ascendant sur le monde politique, Hilgonde la sœur qui va son chemin de victime, le bon fils Henri Maximilien à la fois soldat et poète... Ils sont ballotés par les événements, par l'histoire, à travers la révolte du petit peuple, la peste, le siège de Sienne... Après une vie aventureuse, Zénon revient chez lui à Bruges. C'est alors que sa vie bascule, qu'il est accusé et condamné. Il refuse toute compromission et préfère le suicide.

Ouvrage de référence

  • Jean Blot, Marguerite Yourcenar, éditions Seghers, 1980, 179 pages, isbn : 2-221-50126-8

Références complémentaires

Bibliographie sélective

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Notes et références

  1. Sur cette notion, voir Vous, Marguerite Yourcenar : la passion et ses masques, Michèle Sarde, éditions Laffont, 1995
  2. Essai l'écrivain japonais Yukio Mashima intitulé Mishima ou la vision du vide

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