Stefan Zweig au Brésil

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L'écrivain Stefan Zweig au Brésil

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« Nous avons décidé de ne pas nous quitter. » Stefan Zweig (sur la photo avec sa femme Lotte)

  • Rio de Janeiro , lundi 16 février 1942

Stefan Zweig et sa femme Lotte marchent dans les rues de Rio, portés par les tourbillons du Carnaval, par la vie débordante de cette foule chatoyante. Pour quelque temps d'abandon et d'oubli, ils ont quitté leur domicile de Pétrópolis, ville de la banlieue de Rio où ils habitent depuis leur départ d'Europe, après un crochet par les États-Unis. Quel contraste entre l'ambiance, les débordements de vie, de couleurs, de musique, de joie, la frénésie des "cariocos", la folle volupté des danseuses, et ces images de marche funèbre qui leur parviennent encore d'Allemagne ou de Vienne, « où un peuple muet défilait sous la neige. » Tant de beauté et d'insouciance ici, et là-bas...

Ici, pas de chars de guerre à tourelle mais de rutilants chars fleuris « surmontés de sculptures, de monstres et de danseuses à-demi nues. » Suivant le flux de la foule, ils ont parcouru l'Avenida Central jusqu'à la Plaça Onze [1] intégrée aux quartiers noirs, près de Morro da Favela et des faubourgs de la Zona Norte.

Le lendemain, en pleine journée de fête du Mardi Gras, ils décident de regagner leur domicile, leur petite maison 34 rua Gonçalves Dias. Dans le car qui les ramène chez eux à Petrópolis, Stefan Zweig se sent désespéré : nazis et japonais sont partout vainqueurs, en passe de gagner la guerre; un monde de barbarie va bientôt s'ouvrir.

  • Petrópolis , dimanche 22 février 1942

Stefan Zweig a mis ses affaires en ordre, écrit à tous les êtres qui lui sont chers, une longue lettre mûrement réfléchie à son cher Jules Romain qui va recevoir la nouvelle comme un coup au cœur. Sa femme Lotte est partie faire un tour, une dernière fois. Elle a descendu l'Avenida Koeler et poussé jusqu'au Palais de Cristal en face de la rivière Piabanha. Pour revoir tout ça une dernière fois.

Car c'est décidé, ce sera pour aujourd'hui. Il a préparé deux fioles où baignent de petits cristaux blancs aux effets létaux. « L'inconsolable témoin du monde d'hier » n'a pas voulu connaître le destin de la barbarie nazie et de sa chère ville de Vienne. Lui qui écrivait avec des accents nostalgiques, se remémorant l'époque de sa vie à Vienne : «  Ce temps-là ne reviendra plus. Jamais plus les flâneries sur le pont Élisabeth, les marches sur la Grande Allée du Prater, l'éclat des dorures du Palais Schönbrunn, ni le long déploiement du soleil rougeoyant sur les rives du Danube. »

  • Repères bibliographiques

- Stefan Zweig, Journaux, 1912-1940, éditions Belfond, 1986
- Stefan Zweig, Correspondances, 3 tomes, 1897-1919, 1920-1931 et 1932-1942, éditions Grasset 2008
- Stefan Zweig, Le monde d'hier, éditions Belfond, 1999
- Laurent Seksik, Les derniers jours de Stefan Zweig, éditions Flammarion, 2010

  1. Devenue depuis l'avenue Presidente Vargas
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